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Errances

Le Maroc de-ci de-là

Mercredi 28 juillet 2010, par Michel FONTAURELLE // L’Afrique

Le Maroc par le petit bout de la lorgnette, façon originale de découvrir ce pays ami dans le temps et l’espace. Quand l’instrument est tenu par Jean-Pierre Péroncel Hugoz - arabophone accompli, marocophile lucide et parfois exigeant le plaisir de la découverte est assuré.

C’est dans la ville de Fédala situé au bord de l’Atlantique, à une trentaine de kilomètres au nord de Casablanca, que notre pérégrin a posé son sac et son instrument. Une terre qui a connu la présence humaine depuis la nuit des temps ainsi qu’en témoignent divers outils en silex extraits d’un gisement paléolithique local. Les Berbères furent les premiers autochtones, des païens convertis à l’Islam lors d’invasions arabes.

Fédala entre dans l’histoire en 1068, date de sa première mention dans un document. Commence alors une longue période de huit siècles pendant laquelle la bourgade sert d’étape militaire aux sultans sur la piste impériale atlantique. Le début du XV° siècle voit les Portugais débarquer à Ceuta puis à Fédala en 1481. Cette petite enclave devient alors pour les Lusitaniens « une escale, un havre, une aiguade, une pêcherie, un souk surtout. » Les divers sultans qui se succèdent, n’en oublient pas moins la cité et parfois l’honorent d’une visite. Une des plus remarquée fut celle de Mohamed III accompagné de son épouse qui n’était rien moins que corse, Martha Franceschini. Les siècles passent, peu à peu l’autorité des sultans décline, les Européens s’installent, le Maroc est débité en tranches. L’empire chérifien se délite, des rapports de force s’établissent en Méditerranée et en Afrique. Comme le reconnaîtra Hassan II, le protectorat exercé par la France était devenu inéluctable, il sera signé en 1912 et sa mise en oeuvre confiée à Lyautey.

Il est certain que le Maroc ne serait pas ce qu’il est sans son action qui a marqué le royaume chérifien de façon indélébile. Certes, des voix se sont élevées pour contester certains comportements du Résident, voire le principe même de sa fonction. Elle est parfois exprimée de façon virulente chez certains intellectuels français « en proie au mal européen morbide de la repentance. » On observe plus de modération chez les Marocains, et de la louange et même de l’admiration chez Abderrahim Ouardighi le biographe de Ben Barka. L’historien Brahim Boutaleb résume cette aventure en écrivant : « À la limite Lyautey appartient plus au Maroc qu’à la France. »

Le protectorat ne fut pas adopté sans résistance « on ne fera pas le Maroc avec des pucelles ! », il fallut combattre et parfois perdre comme à BirRabah mais aussi pacifier : « envoyez-moi un médecin, je vous renverrai une compagnie ! ». Cocteau pourra écrire : Il « sut trop bien comprendre la différence existant entre colonisation et colonialisme. »
À quoi est due cette réussite ? Lyautey avait compris que le peuple était pétri de monarchisme depuis douze cent ans et son propre royalisme explique en grande partie le profond respect qu’il témoignera envers les personnes royales et la foi ardente qu’il mit dans la régénérescence de l’État alaouite, appuyé par une équipe de collaborateurs acquis aux même convictions : « Faute de roi en France, on se dévouait pour l’empereur du Maroc ». Le sultan Youssef 1er fut à la fois le supérieur et le collaborateur arrangeant de Lyautey. Collaboration que l’auteur qualifie avec bonheur : « Louis XIII et Richelieu version maghrébine. »

Respect du régime mais aussi pour l’islam qui unit le peuple dans une foi inébranlable. Bien des successeurs du Maréchal n’auront pas sa délicatesse. L’arabologue Jacques Berque préconisera l’abolition de la monarchie et l’institution de la République, idée reprise par Malraux ; et que dire de ces fonctionnaires radicaux, francs-maçons, mis en place après le départ de Lyautey couvrant les villes d’avenues de la République, places de la Révolution et même rues Robespierre ou Danton !

La création de Fédala la moderne entre dans le cadre d’une œuvre colossale. Lyautey en confia la réalisation, sous son étroit contrôle, aux deux frères Hersent, entrepreneurs. La ville lui doit ses larges avenues et places ombragées, les perspectives et sa célèbre corniche, première artère piétonnière au monde, les lignes bien dessinées de la mairie, de la poste et de sa grande et belle église. Ville balnéaire, élégante, avec sa presse, ses clubs, son casino et le célèbre Sphinx. « C’était tout simplement le plus beau bordel de la terre » avec ses habitués du général Oufkir au Glaoui, de Jacques Brel qui l’a chanté à ce vieux fripon d’Edgard Faure. D’autres amateurs fréquentaient les connus chemins garçonniers des lieux où l’on pouvait croiser le sémiologue Roland Barthes en vadrouille.

Le temps passe, la guerre, le débarquement américain sanglant de 1942. L’histoire suit son cours, la fin du protectorat est signée en 1956, le 25 juin 1960 Mohamed V en visite lègue son prénom à la ville, exit Fédala vive Mohamedia qui prend une énorme extension 350 000 habitants parmi lesquels 2 500 Français, vieux pieds noirs marocains ou algériens. Dernier chapitre Incertitude, fille d’Incohérence. Casino, Sphinx, hôtels fermés, beaux bâtiments classiques rasés, « cette cité détruit comme mécaniquement, depuis peu de lustres, ses principaux attraits ». Jusqu’à la célèbre corniche qui de piétonnier n’en garde même plus le nom et s’achève « dans un éboulis de sable mâtiné d’ordures ».

Voir par le petit bout de la lorgnette c’est, selon le dictionnaire, avoir une vue étriquée, un esprit étroit. Péroncel-Hugoz dans ces trois cents pages fait magistralement mentir cette définition. Journaliste reconnu, écrivain talentueux, esprit libéral, il témoigne une fois de plus - pour qui connaît son œuvre de sa totale indépendance de jugement. Amoureux du Maroc, on le sait ; amoureux parfois blessé, on le sent. C’est ainsi. J’ajoute, que cinquante belles photos en noir et blanc illustrent avec goût ce très beau livre.

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