Le Football par qui le scandale arrive.

Barbier le « journaliste » qui déforme les évènements.

Dimanche 22 mai 2011 // La France

Le football est un miroir à peine déformé de la France réelle, pas celle des élites mais celle des stades. Selon Christophe Barbier, qu’on y parle quotas n’est pas une bonne nouvelle.

Jamais la société ne parle vraiment par ses élites ou ses élus. Tandis que ceux-là "conceptualisent" et "verbalisent", c’est-à-dire se tordent les méninges et parlent pour ne rien dire, le corps social s’exprime par d’autres bouches, à l’inconscient débridé et au verbe cru. A côté des émissions de télévision, le sport est le plus sonore de ces théâtres de la sincérité populaire, souvent effrayante, toujours éloquente. Défouloir ou agora, humeur malsaine ou bon sens : seule la morale distingue. Ne parle-t-on pas de "manifestations" sportives ? C’est bien que s’y expriment des revendications, les slogans d’un moment sur ce qu’est et ce que veut être la France.

C’est à une telle aune qu’il faut mesurer le dernier scandale du football français, celui des "quotas de joueurs blancs". Cette équipe semble décidément maudite depuis l’esclandre de Knysna, en Afrique du Sud, jadis pays de l’apartheid. Qu’il s’agisse de conciliabules de dirigeants et non de proférations stadières ne change rien à la leçon : ce sont les "vérités d’en bas" que l’on traque dès qu’il s’agit de foot, pour les comprendre et, le cas ééant, les combattre.

Derrière un salmigondis d’informations, un pâté où se mêlent rumeurs, enregistrements pirates et géopolitique du sport, trois analyses transparaissent. D’abord, la légitime réflexion sur un jeu où la puissance a imposé sa loi, qu’il faut désormais contourner par la vivacité, le dribble, l’imprévisibilité. Derrière cette stratégie se cachent des gabarits de joueurs différents d’aujourd’hui, donc des origines ethniques nouvelles. Pas plus de blancs que de noirs, mais plus de petits insaissisables que de grands inébranlables... ce qui donne quand même plus de blancs que de noirs, compte tenu de la détection actuelle des talents. Plutôt Valbuena que Vieira, plus de Messi et moins de Thuram-Drogba. Les stratèges bâtissent des équipes pour en battre d’autres : faut-il leur reprocher leur ductilité ?

Vient ensuite un débat, tout aussi légitime, sur la double nationalité : la France forme, à grands frais, les futurs champions tricolores, mais certains préfèrent, le moment venu et comme c’est leur droit, transpirer pour un autre drapeau. Peut-on avoir deux patries ? Peut-on brandir ou cacher son passeport français selon les circonstances ? Des limites de cette tolérance, de cette hospitalité administrative, il faut que les politiques se saisissent, ou bien l’extrême droite en fera ses choux gras. Ce qui vient par le foot est à coup sûr une pitance électorale.

Enfin surgit la logique nauséabonde des quotas : il faut plus de blancs dans les équipes de foot pour mieux refléter la société traditionnelle, la vraie France, pour complaire au nationalisme franchouillard qui pense race et sang avant de rechercher la performance et le beau jeu. Rien de tel dans les propos prêtés aux dirigeants du foot français, mais leurs réflexions sur le recrutement et la stratégie de terrain les a rapprochés des marécages ethnocentrés. Qu’ils prennent garde, tel Monsieur Jourdain avec la prose, de ne pas se mettre à faire du racisme sans le savoir.

Le palmarès du sport français, et plus encore les monuments aux morts, prouvent que sans ses citoyens venus d’ailleurs, avec des couleurs de peau différentes, la France serait à coup sûr minuscule et peut-être déjà morte. A l’heure où la recherche des économies budgétaires est une priorité, pourquoi s’offusquer de l’affaire des quotas dans le foot ? Si on regardait cette histoire suivant une démarche purement comptable, peut-être que cela mériterait une autre réflexion. Ainsi, comment admettre qu’il soit dépensé - durant plusieurs années - de l’argent public pour former des joueurs de foot talentueux qui, au final, vous disent : « Merci pour tout. Maintenant je vais aller jouer pour mon autre pays. » Du coup, cela n’a rien à voir avec une quelconque idée de discrimination. Simplement une réflexion du style : « Comment faire pour avoir un retour d’investissement sur de talentueux joueurs que nous avons formé et qui préfèrent défendre les couleurs d’un autre pays. » Si je ne m’abuse, il y a des écoles d’administration qui demandent un remboursement à l’Etat aux élèves qui ne mènent pas à terme cette formation (démission de leur plein gré), ou qui refusent d’exercer leur profession à l’issue de leur formation. Pourquoi ne pas appliquer ce même principe aux joueus de foot binationaux qui refusent de porter nos couleurs en fin de formation ? Suivant des clauses adaptées (dans le temps), il serait demandé à l’intéressé de rembourser sa formation. Et si c’était simplement ça l’affaire des quotas dans le foot ?

Répondre à cet article