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Le FN version Marine.

Vendredi 8 avril 2011 // La France

Sans surprise, Marine Le Pen a été élue présidente du Front national le 16 janvier dernier. Elle n’a pas tardé à accentuer son emprise sur le parti fondé par son père en positionnant plusieurs de ses proches et en se démarquant du discours traditionnel.

Le Front national va-t-il changer avec Marine Le Pen ? Eléments de réponse.

AVANT même d’être élue, Marine Le Pen avait imaginé l’aggiomamento du FN, son organigramme, et pré-positionné ses troupes. La tâche lui a été facilité quand Bruno Gollnisch, son rival, a décliné la vice-présidence exécutive que la nouvelle présidente du FN lui offrait, jugeant « plus normal et plus sain de laisser les coudées franches à la nouvelle équipe ».

Concrètement, la nouvelle présidente ne touche pas, sur la forme, au fonctionnement dyarchique du FN qui s’articule en deux « pôles » historiques : d’une part, le secrétariat général plutôt chargé des fédérations et des affaires intérieures, et, d’autre part, la délégation générale plutôt tournée vers la formation et les élections. En revanche, la fille du « Chef » a poussé vers la sortie les « dinosaures » du parti qui détenaient des postes clés et profité de son élection pour récompenser les fidèles qui la soutiennent depuis une dizaine d’années. Beaucoup de ces nouveaux sont issus de l’association « Générations Le Pen » que Marine avait relancée en 2002 après la présidentielle. Ainsi, pas moins de huit des dix premières places du comité central reviennent à des « proches ».

Le bureau exécutif, organe décisionnel du parti, est tout dévoué à la nouvelle présidente. Elle a également repêché 20 secrétaires départementaux qui n’ont pas été élus, lors du renouvellement des instances le 16 janvier. Elle les a cooptés pour siéger au comité central, le parlement du Front, afin d’asseoir un peu plus son emprise sur le Parti.

MÉGRÉTISTES

La benjamine des trois filles du « Vieux » a surtout bétonné sa garde rapprochée. Ainsi, Alain Jamet, président du comité de soutien à Marine Le Pen devient-il premier vice-président, en charge de la commission de discipline et de conciliation. Il remplace un autre co-fondateur du FN, Roger Holeindre, vieux compagnon de route de Jean-Marie Le Pen. Alain Jamet est flanqué de deux vice-présidents, eux aussi fidèles parmi les fidèles de Marine : Louis Aliot, son compagnon dans la vie, nommé vice-président chargé du projet et Marie-Christine Arnautu, vice-présidente chargée des affaires sociales. Le nouvel organigramme fait aussi la part belle aux anci Ainsi Steeve Briois, fidèle lieutenant d’Hénin- Beaumont, devient secrétaire général en remplacement de Jean-François Jalkh désigné délégué général. Nicolas Bay, exclu du Mouvement national républicain (MNR) en 2008 pour avoir multiplié les contacts avec Marine Le Pen, est nommé délégué national à la communication électorale. C’est un poste qu’il connaît bien pour avoir été responsable des élections dans le parti mégrétiste... Reste que Marine n’a pas pu faire Philippe Olivier, un de ses proches conseillers, lui aussi mégrétiste et cheville ouvrière de la scission de décembre 1998.

DÉDIABOLISATION

C’est sans doute sur le fond, l’approche idéologique, que la rupture apparaît de manière plus sensible. L’atout de la nouvelle présidente est qu’elle s’est engagée, depuis quelques années, sur le chemin de la dédiabolisation. Marine Le Pen s’est démarquée à plusieurs reprises des propos provocateur de son père. Elle a enfoncé le clou dans une récente interview à nos confrères du Point : « Je ne me sens aucune filiation avec ce que fut l’armée allemande (..) Cette armée a assassiné nos pères et nos frères, je ne l’oublie pas. Et tous ceux qui font preuve d’ambiguïté sur le sujet m’agacent au plus haut point », a-t-elle affirmé.

Elle ne renie pas pour autant les « grands classiques maison » que sont la préférence nationale, la lutte contre l’immigration clandestine, les dérives de l’Europe et de l’euro... Sa sortie médiatique comparant les blocages de rue par des musulmans lors de la prière du vendredi à l’occupation allemande, a mis en émoi toute la petite bulle médiatico-politique mais a recueilli l’assentiment d’une large frange de la population. Car l’élite française, en attaquant de manière frontal Marine Le Pen sur des propos qui relèvent pourtant du bon sens, montre une fois de plus sa déconnexion profonde avec le grand public. A contrario, cette dédiabolisation fait rentrer le FN dans le rang et comme un parti qui compte dans le paysage politique français.

CONTRE-PIED

Il existe aussi une inflexion dans l’approche idéologique de Marine Le Pen, au point de voir émerger des axes forts plutôt surprenants : le 16 janvier, devant l’assemblée même qui l’a élue, Marine Le Pen a parlé de République, de ses valeurs (liberté, égalité, fraternité). Elle a aussi convoqué Jean Jaurès, les hussards noirs et surtout l’État. Elle (re)trouve à ce dernier de nombreuses vertus, notamment les protections économique, culturelle, sociale... Des thèmes généralement défendus par un homme politique de gauche. En évoquant ces sujets, elle prend à contre-pied, sinon à rebrousse-poil, une partie du FN. Quand elle s’engage sur le terrain controversé de la défense des homosexuels, quand elle lance un plaidoyer pour la laïcité et parvient à ne pas remettre en cause la loi Veil sur l’avortement, elle tord le cou aux vieux principes défendus par son père et par la frange la plus catholique de son électorat... Ce discours prend le contre-pied des thèses du Front national qui reste, malgré tout, économiquement libéral, sinon ultralibéral, même si depuis la chute du Mur de Berlin, le parti vilipende « l’impérialisme des États-Unis ». En outre, le FN se montre de plus en plus critique vis-à-vis du matérialisme de la société de consommation qui détournerait les individus des valeurs spirituelles de la nation.

SÉDUCTION

Par certains côtés, le développement de ces nouveaux thèmes séduit l’électorat de gauche et de droite. Marine Le Pen séduit à gauche parce que la laïcité est tenue pour une valeur suprême. Par son combat aujourd’hui quasi unique contre la « mondialisation », la présidente du FN est porteuse d’un espoir pour l’électorat traditionnel de la gauche. En ce sens, elle comble le vide laissé par le Parti socialiste qui promet un programme de mesures concrètes depuis 2002, qu’il est incapable de concevoir.

Par son discours sécuritaire, sa fermeté envers les récidivistes, et son intransigeance sur l’immigration, elle séduit les déçus du sarkozysme en particulier et de la droite en général. Est-ce l’effet boomerang du discours du président Sarkozy à Grenoble, discours resté lettre morte ? Les sondages confirment que la droite commence à être poreuse aux idées de Marine Le Pen et de son parti. Ainsi 32 % des sympathisants UMP se déclarent en accord avec les idées du Front national. « C’est 12 points de plus que l’année dernière », relève Edouard Lecerf, directeur général de TNS-Sofres (Baromètre d’image du Front National TNS-Sofres pour Le Monde, Canal+ et France Inter, janvier 2011). Un sondage de Viavoice pour Libération confirme la montée en puissance de la benjamine du clan : un électeur UMP sur quatre (24% contre 71%) et un ouvrier sur trois (31% contre 67%) ont une bonne opinion de Marine Le Pen.

OBJECTIF 2012

Marine Le Pen est clairement entrée dans une stratégie de conquête de pouvoir : « Je mefixe dès à présent pour objectifdefaire du parti l’instrument le plus performant qui soit dans notre stratégie de conquête du pouvoir », a-t-elle déclaré une fois élue. L’objectif visé est bien entendu de renouveler la performance de son père qui avait pu accéder au second tour de l’élection présidentielle de 2002. Rien n’est impossible selon les observateurs qui créditent la présidente du FN d’un potentiel électoral plus important que celui du père : 20% selon une enquête CSA pour l’hebdomadaire Marianne du 14 janvier, contre 13% au président d’honneur du FN. Mieux, Martine et Marine ne sont séparées que de cinq points. Et, cerise sur le gâteau, pas moins de 52 % des Français estiment que la nouvelle présidente du FN est « plus crédible que Jean-Marie Le Pen » en tant que « candidate à la présidence de la République »... Il ne lui reste plus qu’à transformer l’essai en gardant à l’esprit l’unité du parti. Première échéance électorale : les cantonales où le score ne devra pas être, en voix et en sièges, inférieur à celui réalisé sous la houlette de son père.

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