Le Chah d’Iran

Vendredi 20 février 2009 // Le Monde

Introduction.

Monsieur Giscard d’Estaing Chef de l’État de 1974 à 1981 a autorisé qu’un religieux Iranien vienne vivre en France pour faire de la politique tendant à renverser le Régime du Chah d’Iran. En acceptant que le Religieux puisse faire parvenir des cassettes et autres documents demandant à la population Iranienne de renverser le pouvoir légitime, Giscard a bafoué les règles les plus élémentaires ; Celles qui consistent à interdire sur le sol Français que des éléments perturbateurs puissent utiliser notre terre à des fins terroristes. Giscard d’Estaing porte la principale responsabilité dans les diverses formes du terrorismes Islamistes.

 

Réponse à l’Histoire.

Par Sa Majesté Réza Palhavi Chah d’Iran

Avant-propos

Voilà un peu plus d’un an paraissait à Téhéran mon dernier livre. C’était un livre d’espoir, où je présentais à mon peuple mes vues et mes projets pour son avenir. Un avenir que je souhaitais glorieux, heureux et prospère à souhait, digne de l’Histoire plusieurs fois millénaire d’un pays qui a toujours été l’un des principaux bâtisseurs de la civilisation universelle.

Je voulais, au seuil du troisième millénaire, un Iran parfaitement modernisé, progressif, une société iranienne hautement évoluée, jouissant d’une économie prospère, d’une éducation avancée et de structures démocratiques solides.

Je voyais les futures générations iraniennes occuper fièrement la place qui leur revenait dans la grande famille humaine, en assumant dignement leurs responsabilités. J’espérais voir dissipées à jamais les ténèbres moyenâgeuses d’où l’Iran avait été arraché il y a seulement un demi-siècle et s’ouvrir le règne de cette lumière qui est l’essence même de la civilisation et de la culture iraniennes.

Durant tout mon règne, je n’ai vécu que pour réaliser ce rêve, qui devenait réalité.

On va le voir j’y ai travaillé âprement et inlassablement. j’ai dû lutter sans répit contre toutes sortes d’obstacles et de difficultés. J’ai affronté des conjurations et des intrigues innombrables, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. J’ai combattu les tout-puissants trusts et cartels multinationaux, quand tous mes conseillers me mettaient en garde contre de tels défis. J’ai pu commettre des erreurs, certes ; mais cette langue bataille n’en fut pas une.

Je veux montrer pourquoi, comment, je me suis obstiné. Pourquoi, comment, je me suis efforcé de construire une société fondée sur la justice sociale, et non point sur la lutte classe contre classe, mais bien une société dont les classes étaient étroitement solidaires, interdépendantes les unes des autres.

Une bonne entente avec tous les pays - qu’ils appartiennent au monde occidental, au camp socialiste ou au Tiers Monde - me permettait d’édifier paisiblement l’Iran de la Grande Civilisation.
Je considère comme un devoir de montrer enfin comment on anéantit une nation, comment ce qui futédifié avec l’aide de l’Éternel et grâce à l’enthousiasme, au labeur de tout un peuple, a été disloque, miné, écrasé par des irresponsables.

Ce sera ma réponse à l’Histoire.

Les leçons du passé.

Pour répondre à l’Histoire, il faut connaître la nôtre, la comprendre. Nation dynastique trois fois millénaire, l’Iran a connu bien des vicissitudes de ténèbres et de lumières. Au cours des siècles, la nation n’a cessé de vivre dangereusement.
Aucun peuple ne peut vivre dans le passé mais il ne peut vivre non plus sans son passé. Si rien ne le rattache plus à son histoire, il disparaît nécessairement.

Le passé de la Perse, devenue sous notre dynastie l’Iran, est singulièrement chargé de troubles et de gloire, d’épreuves et d’espérances. Avec l’aide du Tout-Puissant, ce sont les leçons du passé qui, pour l’avenir, constituent les meilleurs guides de l’homme et du citoyen. C’est donc ce passé, dont nul ne peut faire table rase, que je veux d’abord évoquer.

Dangers et puissance de notre position géographique.

Nous sommes un très vieux pays l’histoire de la Perse se perd dans la nuit des temps.
Situés dans cette zone moyen-orientale où sont nées les grandes civilisations de l’Ouest, nous nous trouvons à la croisée des routes qui unissent l’Europe, l’Asie, le sous-continent indien et l’Afrique. Nous sommes aussi baignés par trois mers - la Caspienne au nord, le golfe Persique au sud-ouest, la mer d’Oman au sud - tandis que de la Méditerranée centre du monde civilisé pendant des siècles, nous ne sommes séparés que par l’Irak et la Syrie.

Voilà notre position de force, celle à partir de laquelle nous avons conquis, commercé, rayonné, civilisé les pays voisins, aux grandes époques de notre histoire.

Voici notre position de faiblesse l’Iran est un immense plateau, axé nord-ouest-sud-est, occupé par des steppes et des déserts salés. Il est bordé de tous les côtés par des chaînes de montagnes : monts Elbrouz couvrant à peu près la frontière nord, monts Zagros à l’ouest, montagnes du Baloutchistan au sud-est. A l’exception de quelques grandes villes (Ispahan, Kerman) le centre de notre pays est vide, désertique ; les populations, l’activité, la richesse et la culture se concentrent dans les provinces du pourtour. C’est pourquoi, au cours des siècles, la Perse a eu pour capitale tantôt l’une, tantôt l’autre des grandes villes excentriques : avant Téhéran ce furent, sous l’empire, Suse, Ecbatane, Persépolis, Ispahan, Tabriz et Ardabil dans l’Azerbaïdjan sous les Safavides. Aux basses époques, on voit donc la Perse envahie par ses voisins -quels que soient leur nom et la forme de leur gouvernement.

Nos très grandes époques sont celles où l’énergie, l’ambition, l’habileté, parfois la ferme sagesse d’un seul chef nous maintiennent unis. Nos basses époques, au contraire, sont toutes marquées par une double série d’attaques, dirigées, ouvertement ou non, de l’extérieur, mais aggravées par une complicité intérieure plus ou moins consciente, et plus ou moins organisée.
Une rapide étude de ces événements, qui passent souvent pour légendaires, permettra de mieux comprendre la signification et le retentissement des principaux épisodes d’une histoire qui reste pour beaucoup inconnue.

Les rois-héros Cyrus, Darius, Xerxês, Alexandre de Macédoine
De la Renaissance sassanide à la conquête arabe

C’est d’abord sous l’impulsion de deux groupes de populations indo-européennes, les Mèdes et les Perses qu’au bout de deux mille ans nous émergeons en vainqueurs d’entre les peuples qui se disputent la Mésopotamie. La dynastie achéménide (559 à 330 avant l’ère chrétienne) crée l’empire le plus vaste qu’on eût encore connu de la mer Noire à l’Asie centrale et de l’Inde à la Libye.

C’est aussi le premier véritable empire du monde, un seul chef y gouvernant de nombreux peuples différents. Pour que cette innovation fût et restât possible, les Perses durent inventer le satrape, c’est-à-dire le gouverneur provincial, la poste à relais, et même le télégraphe optique : des tours sémaphores, édifiées sur les sommets montagneux, permettaient de transmettre rapidement les messages d’un bout à l’autre de l’empire. Ils durent aussi imaginer des systèmes monétaires et de comptabilité publique, unifier les poids et mesures.

Ainsi la Perse prouva au monde antique la possibilité de gouverner et d’administrer un vaste empire. Rome ne fit que l’imiter, avec des moyens souvent copiés sur les siens.

Le fondateur de cet empire, Cyrus, mérite d’être appelé le Grand parce qu’il le fonda sur la tolérance et la justice. Sil fut un conquérant, il doit être considéré en quelque sorte comme le fondateur des droits de l’homme. Le premier dans le monde antique, Cyrus publia une charte qu’on peut qualifier de libérale elle élargissait les prisonniers de guerre et leur laissait leur terre, les nations sujettes gardaient leurs droits, leurs coutumes, leurs lois et leur religion étaient respectés par le pouvoir central. Cyrus non seulement pardonnait à ses ennemis valeureux, mais n’hésitait pas à leur confier ensuite d’importantes responsabilités. A ces titres, il peut être considéré comme le libérateur des peuples.

Cette politique obéissait au caractère persan. Elle fut celle de tous les souverains auxquels la paix laissa la faculté d’instaurer un ordre moral à leur image. La Perse fut connue comme une terre d’asile pour tous les persécutés. Cyrus II le Grand, Darius, Xerxês sont nos rois-héros : ils continuent leur marche dans les oeuvres de la littérature et des beaux-arts. Cependant, les Européens ont surtout appris que Darius fut battu à Marathon et Xerxès défait sur mer à Salamine (480). Ces émouvantes victoires du petit contre le grand font parfois oublier que la Perse devint maîtresse de la mer Égée (394).

La décadence achéménide aboutit à un phénomène unique, Alexandre de Macédoine (356-323). Il s’empare de tout ce qui avait été l’empire de Darius - moins le Pont et la Chorasmia mais l’étend légèrement au nord-est en remontant la frontière sur le Syr-Daria. Loin de dépecer l’empire ou de l’exploiter au profit de la Grèce, il imite Cyrus, se substitue à lui, faisant de la Perse son propre empire.

C’est après sa mort (13 juin 323) que survient le morcellement et, contrairement à ce qu’on peut lire dans la plupart des manuels d’histoire occidentaux, la Perse ne s’hellénise pas. Nous conservons, il est vrai, dans un musée, une charmante petite statue grecque. En fait, Alexandre épousa la civilisation Persane, et ce phénomène s’est reproduit avec les autres conquérants. Les Perses les ont subis, mais ont conservé et imposé aux vainqueurs leur propre culture.

Deux cent cinquante ans avant l’ère chrétienne, les Parthes firent régner la dynastie des Arsacides, qui finira cinq siècles plus tard avec la victoire du Persan Artaxerxès - ou Ardashir - sur Artaban. Ainsi fut fondée, contre les Parthes et contre Rome, la dynastie des Sassanides (224 à 651). Ardashir avait été gardien du temple de Zoroastre. L’empire qu’il fonda va de l’Indus et du Syr-Daria à la rive sud du golfe Persique. Il a joué dans l’histoire universelle deux grands rôles, l’un politique, l’autre culturel.

Avant-poste aryen Iran signifie « Terre des Aryens  » au seuil de l’Asie, il a été le premier barrage contre les nomades à demi ou tout à fait sauvages qui déferlaient des steppes et des montagnes de l’Asie. Les Scythes, puis les Huns blancs, puis les Seldjoukides et les Ottomans ont été contenus pendant des siècles au prix du sang de la Perse. Les frères indo-européens de l’empire romain d’Orient ne lui en surent aucun gré. Ils ne pensaient qu’à tirer profit de nos difficultés à l’est pour régler à leur avantage leconflit qui, pendant des millénaires, nous a opposés à la principale puissance méditerranéenne, quelle qu’elle fût.

Lorsque le barrage persan eut sauté, il se fit, à la charnière des deux mondes, un vide où s’engouffrèrent les Arabes venus de l’ouest, puis les Turcs, les Mongols venus d’Asie, ce qui modifia à jamais l’histoire de l’Europe occidentale et orientale, de la Russie, de l’Afrique du Nord et de l’inde.

Quant à la Renaissance sassanide, elle a été, comme l’européenne 1 200 ans plus tard, une synthèse. Chapour1er (241-272) avait, dit-on, ordonné que l’on réunit et traduisit tous les textes religieux, philosophiques, astronomiques et médicaux existant, non seulement dans l’empire byzantin, mais en Inde. Si l’on se rappelle que ce fut grâce aux traductions dites « arabes  » que l’Europe, à partir du XII° siècle, refit connaissance avec les grands textes grecs, peut-être est-on en droit de dire qu’il n’y aurait pas eu de Renaissance en Europe - ou du moins qu’elle eût été différente - sans les travaux et l’exemple bien antérieurs des Persans, que les Arabes imitèrent avec éclat.

Nouveaux âges d’or persans.

A partir de l’an 652 de l’ère chrétienne, l’Iran subit l’invasion arabe, puis une domination étrangère qui aurait dû l’anéantir le pays demeura quelques siècles sous la dépendance des califes de Bagdad. Or, comme il était arrivé avec les Grecs, les vaincus conquirent leurs vainqueurs.

Les Perses affirmèrent d’abord leur originalité et leur indépendance en refusant le sunnisme et en élaborant la doctrine chi’ite. Cela revint, en politique, à refuser de reconnaître la souveraineté spirituelle des califes héréditaires de Bagdad ; un peuple vaincu, occupé, n’a plus à lui que sa vie intérieure.

Dans l’ordre politique, le fait décisif de la reconquête de notre indépendance fut l’action victorieuse d’un émissaire des Abbassides (descendants d’Abbas, oncle du Prophète), Abou Moslem Khorassani. De 745 à 750 et grâce à une armée permanente en majorité iranienne, il libéra le Kborassan, s’empara de ce qui est aujourd’hui l’Irak à Bagdad, la dynastie des Abbassides succéda grâce à lui à celle des Omeyyades.

Les sciences, les arts persans avaient émigré vers l’est, dans la province du Khorassan. Ils y acquièrent une vigueur et une splendeur jamais vues. Nichapour sous les Tahirides ( IX° siècle), Samarcande et Boukhara sous les Samanides, deviennent les centres d’une haute culture qui sera appelée irano-islamique. C’est l’age d’or de la poésie persane notamment avec Firdouzi (935 à 1020 environ), prince de l’épopée, avec les mystiques Sana’i de Ghazni, Jalal ed-din Rumi (mort en 1273), l’essor de la médecine et de la philosophie avec Rhazès et Avicenne...

L’émiettement commence avec les Mameluks. L’irruption des Mongols ne fera qu’achever un processus de décomposition déjà bien avance, mais il l’achèvera radicalement. Rien ne pourra pallier les effets désastreux d’une conquête aussi brutale qu’inhumaine. Gengis Khan, Houlagou ont détruit la plupart des villes, surtout au Khorassan, passé leurs populations au fil de l’épée : plusieurs millions d’Iraniens furent massacrés. Ainsi furent détruites les organisations qui entretenaient les traditions culturelles irano-islamiques et s’est intensifié le processus de nomadisation, si contraire à l’esprit proprement persan. Enfin, le peu qui subsistait de la culture urbaine est balayé à partir de 1383 par Timour Leng (Tamerlan).

Les historiens évoqueront cet épouvantable obélisque qu’il fit ériger à Bagdad avec quatre-vingt-dix mille têtes coupées. Il épargne quelques artisans qu’il déporte à Samarcande, sa capitale, avec mission de l’embellir.

De la puissance à la servitude.

La légende a peut-être exagéré les violences de Tamerlan, il n’est pourtant pas discutable qu’il régna par la terreur. La Perse paraissait définitivement engloutie, rayée pour toujours de l’Histoire. Et cependant, voici qu’on assiste encore à un renouveau, à une renaissance perse, sous les Safavides (1501-1736).

Le premier d’entre eux, Chah Ismail (1487-1524), refera militairement l’unité du pays contre les Uzbeks à l’est et les Ottomans à l’ouest, il scellera l’unité morale de la nation en majorité ralliée au chi’isme qui devient religion d’État.

Abbas le Grand : Ispahan, la « moitié du monde »

Ismail reculera devant les Portugais d’Alphonse d’Albuquerque, qui se sont emparés de l’île d’Hormuz et de la côte proche. Depuis l’effondrement de l’empire romain, c’est la première fois que l’Occident s’attaque à la Perse. C’est le signe des temps nouveaux, les temps modernes le mouvement qui nous a tirés vers l’Orient s’achève. Insensiblement, commence l’attraction vers l’Occident.

L’arrière-petit-fils d’Ismaïl, Abbas le Grand (1587-1629), nous rendit puissants, redoutés et prospères. S’il ne put récupérer la Mésopotamie, perdue à jamais en 1534 au profit de l’empire ottoman, il embellit Ispahan, sa capitale, y attira artistes et poètes, en fit une cité magnifique de six cent mille habitants, la « moitié du monde ». Ce fut un autre âge d’or de l’architecture et de la peinture.

C’est aussi Abbas qui autorisa les Compagnies des Indes orientales anglaises et hollandaises à ouvrir des comptoirs en Perse. Il est vrai que la Compagnie des Indes l’aida à chasser les Portugais d’Hormuz (1622) nous ne devions pas gagner au change.

De 1629 à 1736, nouveau siècle de recul devant les invasions turque et russe. Par l’accord de 1724, ces deux puissances se partagent nos provinces septentrionales, tandis que l’Afghan Ashraf occupe tout l’est et pille Ispahan. La Perse est démembrée, déchirée. Tout semble à nouveau perdu.

J’ai déjà évoqué le triste destin de notre dernier roi safavide, le malheureux Soltan Hossein, si misérable qu’il était encerclé dans sa propre capitale par des bandits de grand chemin. Le destin de la Perse semble définitivement scellé.

Nadir Chah, le « Louis XIV persan  »

Or, celui que l’histoire a nommé le « Louis XIV persan  » va nous redonner éclat et puissance : Nadir Chah. Ayant soumis les rebelles du nord à Machad et à Hérat, battu Ashraf, repris Ispahan (1729), il chasse les Turcs en deux temps, puis se retourne contre les Russes, qui préfèrent ne pas l’affronter et abandonnent leurs conquêtes.

Ensuite, Nadir Chah attaque et prend Kandahar, puis Kaboul, enfile la passe de Tsatsobi parce qu’elle n’est pas défendue, alors que celle de Khyber l’est - et débouche dans le dos de l’adversaire, dont il triomphe. Emmenant ses prisonniers, Nadir marche sur Delhi et y entre en mars 1739. Sur quoi, dit un historien Indien, « les richesses accumulées pendant 348 ans changèrent de mains en un instant ».

Pour son second fils, Nadir obtient la main de la petite-fille d’Aurengzeb et, satisfait, seretire, offrant à Mohamed Chah son royaume, moins la rive droite de l’Indus qui avait fait partie de l’empire achéménide.

On raconte sur lui de nombreuses anecdotes, dont j’aime à citer celle-ci. Aux Indes, en pleine mêlée, Nadir aperçoit un vieillard à barbe blanche qui se bat comme un lion et l’interpelle
- Dis-moi, il y a treize ans, tu ne devais pas être là, puisque Ispahan a été prise ?
Et le vieillard de répondre :
- J’étais à Ispahan ce jour-là ; mais toi, tu n’y étais pas.
Nadir Chah a été comparé à Louis XIV parce qu’il fut constamment vainqueur au cours d’éblouissantes campagnes.

Fath Ali Chah.

Aux Afcharides de Nadir Chah succéda la dynastie Zand (1757-1794) qui nous donna celui qui se faisait appeler le « défenseur des serfs  », Karim Khan (1757-1779), et s’acheva par une nouvelle guerre civile, résolue au profit de la dynastie Khadjar (1794-1925).

C’est alors que la Perse se dissout dans un émiettement anarchique d’autant plus catastrophique qu’il coïncide avec l’industrialisation des puissances occidentales, c’est-à-dire avec leur conquête de la suprématie économique, grâce à laquelle elles ouvrent l’ère du colonialisme. Pendant que les puissances occidentales envahissent - économiquement, militairement ou politiquement - les quatre parties du monde, nous perdons nos provinces du Caucase (traités de Gulistan (1813), puis de Turkmanchai (1828)) au profit de la Russie ; la province de Hérat au profit du royaume d’Afghanistan que la Grande-Bretagne nous force à reconnaître (traité de Paris, 1857) ; la province de Merv au nord-est au profit des Russes. Enfin, en 1872, la province de Séistan est partagée entre l’Afghanistan et la Perse.

Fath Ah Khan, souverain khadjar qui régna de 1797 à1834, s’est efforcé de récupérer la Géorgie. Il fit grand accueil, en 1807, au général comte de Gardanne et à la mission diplomatico-militaire envoyée par Napoléon à Téhéran. Cette mission étudia et explora les routes de Perse en vue d’une puissante expédition française sur l’Inde. En Égypte, Bonaparte avait soigneusement étudié la campagne victorieuse de Nadir Chah en 1739. Son projet est aujourd’hui considéré comme utopie. Mais la correspondance de Fath Ah Chah, de son fils Abbas Mina, du général Gardanne, avec Napoléon et Champagny, ministre français des Affaires étrangères - correspondance qui est archivée -nous renseigne sur les véritables intentions de l’Empereur. Il considérait la Perse comme le bastion naturel de l’Occident et la « plaque tournante  » entre Orient et Occident. En conséquence, « cet espace stratégique de toute première importance  » devait être utilisé de façon à la fois offensive et défensive. Il s’agissait d’abord de contenir les Russes, on pouvait compter sur les Persans, « à condition qu’ils aient à leur disposition vingt mille fusils et une bonne artillerie ».

Il s’agissait ensuite d’entraîner sérieusement et d’utiliser « les 144 000 cavaliers persans, des troupes de tout premier ordre  » comme avant-garde de l’expédition française de l’Inde, « expédition, écrivait Gardanne le 26 janvier 1808, qui, à Téhéran, est dans toutes les têtes ». Les états-majors français se trouvant à Téhéran, à Ispahan et à Chiraz calculaient que « la campagne de l’Indus durerait de cinq à sept mois selon que l’on ferait passer la Grande Armée orientale par la route de terre (Alep, Bagdad, Bassorah, Chiraz, Yazd), ou par la mer Noire et Trébizonde. Une partie de l’année avancerait par Erzeroum, Hamadan, Yazd et Hérat, l’autre partie par Tauris, Téhéran, le Khorassan et Hérat. Gardanne ajoutait : « Il faudra une bête de somme pour deux hommes... On fabriquera sur place des canons, des boulets, de la poudre il y a en Perse du salpêtre de très bonne qualité... Les Sykhs de l’indus, en guerre contre les Anglais, peuvent réunir 50000 cavaliers.  »

L’alliance française ne donna malheureusement à Fath Ahi rien de ce qu’il espérait. Les troupes russes envahirent la Perse au nord et Gardanne manda à Napoléon : « Du golfe Persique monte une mission anglaise dirigée par sir Harford Jones, nanti de beaucoup d’or et doué d’une grande scélératesse.  » L’Empereur se trouvait alors en Espagne, pourchassant le corps expéditionnaire britannique afin d’installer son frère Joseph sur un trône déserté. Son projet d’expédition aux Indes à travers la Perse fut abandonné lorsqu’en 1809 ses armées durent combattre surie Danubeet, trois ans plus tard, sur la Moskova.

La route des Indes et le pétrole.

Sous les successeurs de Fath Ali (Mohammad, 1834-1848, Nassereddin, 1848-1896 ; et Mouzaffareddin, 1896-1907), la faiblesse persane devient de l’aboulie. Si, au début du règne de Mohammad Chah (1838). nous nous battons encore pour reconquérir la province de Hérat, QUI NOUS APPARTIENT, nous l’abandonnerons finalement et reconnaîtrons le royaume d’Afghanistan sur simple menace britannique. Et pourquoi « le gouvernement de Sa Majesté considérait-il comme un acte d’hostilité l’occupation de la province de Hérat » ? Non parce que nous, Iraniens, représentions une menace pour les Indes, mais bien à cause des consuls russes qui auraient ouvert leurs bureaux à Hérat reconquise !

Du traité de Paris de 1857 à 1921, aucun gouvernement de notre infortuné pays n’a osé bougerun soldat, accorder une concession, voire voter une loi n’intéressant que les Iraniens, sans l’accord, tacite ou exprès, soit de l’ambassade de Grande-Bretagne, soit de celle de Russie, soit des deux. Notre politique - si l’on peut encore employer ces mots -s’élaborait dans ces deux ambassades et les deux gouvernements dissimulaient à peine qu’ils tenaient la Perse pour une sorte de servante « intouchable ». Leurs communications diplomatiques étaient des ordres, que nous exécutions, des menaces, si nous nous montrions tant soit peu récalcitrants.

Au pis aller, la Grande-Bretagne nous « envahissait  » un « corps expéditionnaire  » (quelques centaines d’hommes) débarquait du Golfe. Et tout rentrait dans l’ordre, sauf quand des tribus, les Tchahkontahi ou les Tangestani par exemple, exterminaient de leur propre mouvement le corps expéditionnaire.
Les Anglais devaient à tout prix garder libre la route des Indes.

Le naphte.

Or voici que, sur cette route, deux savants français, le géologue Cotte et l’archéologue Jacques de Morgan, ont trouvé des traces évidentes de gisements de pétrole, du reste connu en Perse depuis l’Antiquité sous le nom de naphte. La certitude que le sous-sol de la Perse, notamment dans la région sud-ouest du pays, était riche en pétrole était acquise depuis longtemps. Dès 1872, Julius de Reuter, un baron anglais, avait obtenu une concession s’étendant à tout le pays, mais ses efforts pour en tirer parti demeurèrent vains et il renonça avant d’y engloutir sa fortune. Il devait, il est vrai, trouver une consolation à ses ambitions en créant une agence de presse bientôt réputée et qui a consent son nom.

Aux deux Français qui, quelques années plus tard, virent leurs efforts couronnés de succès, il fut plus facile de trouver un financier qui s’intéressât à leur découverte. Le ministre de Grande-Bretagne en Perse, Sir Henry Drumond, les mit en rapport avec un banquier australien, William Knox d’Arcy, vivant à Londres.

Knox d’Arcy disposait d’une impressionnante fortune qu’il devait à l’exploitation d’une mine d’or située dans le Queensland en Australie. Le goût du risque et son sens des affaires le persuadèrent qu’il pourrait doubler la mise avec l’or noir. Le 28 mai 1901, après d’assez laborieuses négociations, compliquées par les exigences quelque peu menaçantes des Russes, Knox d’Arcy se voyait enfin octroyer par le Chah de Perse une concession exclusive de soixante ans « pour trouver, extraire, transporter et commercialiser le gaz naturel, le pétrole, l’asphalte et les autres dérivés du pétrole sur toute l’étendue du pays... à l’exception des provinces limitrophes de la Russie tsariste. En fait Knox d’Arcy avait, cette fois, péché par excès d’optimisme. Les sommes à investir dépassèrent rapidement ses possibilités et il lui fallut céder sa concession à l’AngloPersian Oil Company.
Ce n’est que le 26 mai 1998 que le pétrole jaillit enfin à Masjid-i-Suleiman (ou Mosquée de Salomon, nom qu’elle devait à la proximité des ruines d’un temple voisin). Le nom de Knox d’Arcy allait dès lors figurer dans l’histoire du pétrole, bien qu’il n’eût jamais mis les pieds en Perse et qu’il n’eût probablement jamais vu un baril de pétrole de sa vie.

Dans l’intervalle, le 31 août 1907, Nicholson et lzvolski avaient signé le partage de la Perse entre la Grande-Bretagne et la Russie. Par curiosité, il m’est arrivé de feuilleter l’Encydopaedia Britannica et j’y ai lu, au chapitre de l’histoire de la Perse, le commentaire de M. Laurence Lockhart à propos de ce partage. Il ne s’agit nullement d’un article humoristique, comme on pourrait le croire. En voici le principal passage :

« Dans cet accord entre la Grande-Bretagne et la Russie, écrit M. Lockhart, les deux puissances, après avoir affirmé qu’elles respectaient l’indépendance et l’intégrité de la Perse, stipulaient qu’elles renonçaient à se faire accorder des concessions quelconques dans les régions limitrophes de leur commune frontière.

Le désarroi fut grand parmi les Persans lorsque les termes de l’accord furent connus. La Grande-Bretagne, qui avait montré jusque-là tant de sympathie aux constitutionnalistes, semblait les avoir trahis. Ce qu’on ne comprit pas en Perse, c’est que Grande-Bretagne et Russie avaient été forcées de signer cet accord par la crainte commune que leur inspirait la puissance grandissante de l’Allemagne. Une déclaration des deux puissances expliquant que l’objet de l’accord était d’empêcher, non de provoquer, une intervention, ne diminua guère les inquiétudes persanes.  »

Comment pouvait-on à la fois respecter l’indépendance et l’intégrité de la Perse et se la partager ? L’Encylopaedia Brïtannica ne le dit pas.

La Perse, pays de cauchemar.

L’agitation révolutionnaire russe de 1905, avec ses émeutes et attentats à Tiflis et à Bakou, avait déclenché à Téhéran un mouvement politico-religieux favorisé par la Grande-Bretagne, obligeant le faible Mouzaffareddin Chah à octroyer un fantôme de constitution (30 décembre 1905), avant de comparaître devant l’Éternel quelques jours plus tard. Mais à part l’élection entièrement dominée par les grands propriétaires féodaux - d’une Assemblée, il y eut peu de vraies réformes.

Le climat social et politique de la Perse relevait du cauchemar. Le gouvernement central était si faible que son autorité ne s’étendait pas même à toute la capitale. L’armée, la gendarmerie et la police étaient quasiment inexistantes, les quelques soldats, mal payés ou impayés, devant exercer de petits métiers pour subsister. D’ailleurs, ils obéissaient à des officiers russes au nord, à des officiers anglais au sud.

La seule loi qui régnait était celle de la force. Elle était aux mains des grands propriétaires fonciers et des chefs de tribus locales chargés d’assurer - sous contrôle britannique - la sécurité des exploitations pétrolières, aux mains des brigands dans les campagnes, des voleurs dans les villes. La Perse était un des pays les plus pauvres du monde il arrivait que le gouvernement dût emprunter aux marchands pour recevoir un hôte étranger. Quant aux particuliers, seuls prospéraient ceux qui trafiquaient avec l’étranger, auquel on avait cédé l’exploitation des principales ressources et des principaux services nationaux pétrole, pêcheries, télégraphe, douanes, etc. L’agriculture, l’artisanat, le commerce, avaient un caractère médiéval. Le servage existait encore.

La situation sanitaire était au-dessous de tout. Non seulement l’espérance moyenne de vie était réduite à trente ans, la mortalité infantile une des plus élevées du monde, mais la malnutrition et les mauvaises conditions d’hygiène avaient taré un peuple qui avait été un modèle de santé et de vitalité. L’absence totale d’hygiène avait donné une amplitude désastreuse à la typhoïde, à la malaria et au trachome devenus en certaines régions endémiques, tandis que les épidémies de peste et de choléra n’étaient pas rares, ni les disettes causées par la sécheresse.
L’ignorance allait de pair avec la misère et la maladie. Le taux des lettres n’atteignait pas un pour cent de la population, il n’y avait qu’un seul lycée, à Téhéran. Les femmes n’allaient pas à l’école, étant privées de tout droit.

Tout ce qui faisait l’apanage de la civilisation matérielle occidentale et s’étendait même, dans une certaine mesure, à l’empire ottoman, A l’inde et à nos autres voisins, tout cela était pratiquement inconnu : en Iran les chemins de fer, les voies carrossables, l’automobile, l’électricité, le téléphone n’existaient pas, ou constituaient un véritable luxe. Tous ces manques matériels et spirituels allaient de pair avec la généralisation de la corruption, du mensonge, de l’hypocrisie, du recours à l’opium et la pratique de toutes sortes de superstitions. Cette décadence, si elle résultait en partie de la faiblesse et de l’ignorance du peuple iranien, découlait aussi et surtout de l’incapacité des autorités gouvernantes perses, de l’égoïsme de l’aristocratie féodale et de la volonté délibérée des colonialistes étrangers. Nombreux étaient les Britanniques qui, se souvenant de Nadir, craignaient les Iraniens. Aussi pratiquaient-ils une politique de maintien d’un no man’s land entre la Russie et les Indes.

Comme un condamné ayant perdu tout espoir, le pays moribond attendait qu’on lui donnât le coup de grâce, et peu lui importait qu’il vint du nord ou du sud.
C’est alors que quelqu’un surgit. Mon père.

DE LA PERSE A L’IRAN.

La Dynastie des Pahlavi. Mon Père, Reza Chah le Grand

En 1907, au moment de la signature du traité anglo-russe, mon père, qui avait alors la trentaine, commandait une unité de cosaques iraniens. C’était un géant, adoré de ses cavaliers, redouté des chefs de bande le plus souvent au service des grandes familles féodales qui dominaient le pays. Écrivains, sculpteurs, peintres ont laissé de lui des portraits que journalistes, photographes et cinéastes ont popularisés durant plus d’un demi-siècle.
Au début de la Première Guerre mondiale, il est déjà Reza Maxim, du nom de la mitrailleuse Maxim : Une photo le représente derrière sa mitrailleuse percée d’une balle. Il ne devait pas y avoir plus de cinq ou six Maxim dans le pays à cette époque. Sa renommée ne cesse de grandir. En 1915, c’est avec douleur et colère qu’il voit notre pays devenir le champ clos où s’affrontent Turcs et Allemands contre Russes et Anglais.

Après le traité de Versailles de 1919, la Perse n’est ni plus ni moins qu’un protectorat britannique, tandis que, dans les provinces du nord, gronde la révolution bolchevique et qu’une république soviétique y peut être à tout moment proclamée.

C’est au milieu de ces troubles affreuxque je nais, àTéhéran, le 26 octobre 1919. Mon père, qui rentre d’une campagne victorieuse dans le nord, est heureux d’avoir un fils, un héritier.

Le général Reza Khan élu Empereur.

Il me l’a confié bien souvent : c’était alors à désespérer de la patrie. Le gouvernement central est inexistant. Les principaux chefs de bande se sont partagé le pays. Il n’y a plus ni loi, ni ordre, ni armée, ni police. Les tribunaux sont ceux d’un clergé ignorant et trop souvent intéressé. Les bandes armées ont leur cour martiale dont la justice est encore plus expéditive. Cependant l’étranger, fût-il malfaiteur avéré, ne peut, en vertu de protocoles de capitulation signés avec les grandes puissances, être jugé. A Téhéran même, on se garde de sortir après la nuit tombée, sauf en cas d’urgence, pour chercher un médecin, le plus souvent introuvable. On peut être détroussé ou assassiné à tous les coins de rue.

Notre système de communications est détérioré au point que, pour aller de Téhéran à Machad dans le nord-est, il faut traverser la Russie afin d’éviter les chemins infestés de bandits. Pour se rendre de la capitale au Khouzistan, province du sud-ouest, il est nécessaire de transiter par la Turquie et la Mésopotamie !

Mon père, qui lutte difficilement contre les bandes armées, est, tout juste avant ma naissance, saisi d’un tel écoeurement qu’il décide de trouver la mort honorable d’un soldat. Il enfourche son cheval blanc et galope bien au-delà de ses postes d’avant-garde ; les ennemis, d’abord frappés d’étonnement, le prennent pour cible et, inexplicablement, le manquent !

La mort ne voulant pas de lui, Reza Khan continue de servir. Au moment de la révolution bolchevique, il a chassé les officiers russes, « blancs  » en principe, mais peu sûrs, et pris en main les cosaques iraniens. Le voici désormais à la tête de 2 500 cavaliers à Ghazvine, place stratégique alors occupée par les Britanniques. Nous sommes en août 1920. Il comprend qu’il s’agit de la vie ou de la mort de la patrie et décide d’agir. Quittant Ghazvine en secret, il marche sur Téhéran, investit la ville et oblige Ahmad Chah, le souverain de l’époque, à changer le gouvernement (23 février 1921). Ce putsch éclair ne fit que très peu de victimes et on prête au général anglais Ironside, commandant des forces britanniques en Perse, ce jugement « Reza Khan est le seul homme capable de sauver l’iran.  »

Mon père avait eu pour allié un jeune journaliste politique, Seyed Zia ed-Din, dont l’anglophilie était notoire. Pendant trois mois, ce dernier présida le nouveau gouvernement, après quoi mon père qui détenait le portefeuille de la guerre l’encouragea fortement à quitter le pays. Il entendait ainsi affirmer sa volonté d’indépendance à l’égard de l’étranger. Ahmad Chah acquiesça, constitua un nouveau gouvernement, et confirma mon père dans ses fonctions de ministre de la Guerre avantde se rendre en Europe comme il en avait l’intention.

Devenu généralissime (Sardar Sepah) Reza Khan n’avait aucunement l’intention de détrôner le roi. Bien au contraire, il demanda avec insistance à Ahmad Chah de regagner son pays et, lorsque celui-ci s’y décida enfin, il alla l’accueillir à Bandar-Bouchehr, sur le golfe Persique. Lorsque, quelque temps plus tard, le souverain décida de repartir pour la France - il devait y mourir - Reza Khan comprit que l’Iran avait besoin d’un autre régime. L’absence d’une autorité véritable à la tête du pays était inconcevable.

A cette époque, tous les regards se portaient vers Mustapha Kemal qui s’employait à faire de la Turquie un État moderne. Mon père l’admirait beaucoup et je peux dire que le grand homme d’État turc le lui rendait bien. Une anecdote l’atteste quelques ann6es plus tard : alors que mon père, devenu empereur, effectuait une visite officielle en Turquie, Mustapha Kemal fit agenouiller devant lui le porte-drapeau de l’unité qui rendait les honneurs. Mon père avait pourtant songé à l’instauration d’une république dans le style de celle à laquelle Mustapha Kemal attacha son nom et dont il aurait brigué la présidence.

C’est le haut clergé chi’ite’ qui, avec la plupart des politiciens et des commerçants, s’y opposa en faisant valoir que la Perse, à la différence de la Turquie, était un empire où cohabitaient des ethnies aux langues diverses et qu’il fallait un souverain pour incarner et préserver son unité.

C’est dans ces conditions que, le 31 octobre 1925, le Parlement vota la déchéance des Khadjars. Une assemblée constituante fut élue qui, à l’unanimité moins quatre voix, remit la couronne au généralissime Reza Khan.

Le nouvel empereur devint Reza Chah Pahlavi.

Il avait emprunté à l’histoire de notre pays ce mot de pahlavi qui désignait la langue et l’écriture officielles de l’Empire d’Iran, à l’époque des Sassanides. C’est le nom patronymique qu’il m’a légué pour le transmettre à mon tour à mes enfants.

La cérémonie du couronnement eut lieu le 25 avril 1926. Au cours de cette cérémonie je fus proclamé prince héritier. Je n’avais pas sept ans.

Mon père nous aimait tendrement, profondément. Nous étions onze enfants, qui avions pour lui un amour admiratif et, tant il nous paraissait puissant et redoutable, une espèce de crainte respectueuse. Je compris bientôt que, sous son aspect de rude cavalier, il était d’une grande bonté.Ses adversaires mêmes l’ont reconnu il fut un de ces hommes providentiels qui apparaissent au cours des siècles pour empêcher que la patrie ne sombre dans le néant. C’est finalement son caractère entier, impétueux, qui lui permit de surmonterles pires difficultés pendant son règne, mais fut aussi cause de son départ.

Il n’avait rien du monarque oriental et ses taches impériales constituaient pour lui un véritable service militaire. Il couchait à même le sol, sur un simple matelas. Debout à cinq heures du matin, il prenait dans la journée deux repas très simples, et travaillait le reste du temps.

Lutte pour l’unité et l’indépendance nationales.

J’ai dit ailleurs combien grand fut son mérite.
Peu après le coup d’État, la Perse et la Russie soviétique signaient un pacte de non-agression et d’amitié qui abolissait les privilèges et capitulations stipulés par les conventions antérieures. Les clauses du traité anglo-iranien de 1919 qui n’avait jamais été ratifiées par le Parlement, furent officiellement dénoncées.
Mon père refit aussi l’unité intérieure. Les chefs de certaines tribus, propriétaires d’actions de l’Anglo-Iranian Oil Co, étaient chargés, en échange, d’assurer l’ordre et la sécurité dans les régions pétrolifères. Ce qui permettait aux Britanniques de manoeuvrer ces tribus. Mon père racheta les actions et soumit les tribus une à une, dans le Centre, le Sud et le Sud-Ouest.

Après la marche sur Téhéran, mon père se lamentait « Si je disposais seulement de mille fusils du même calibre !  »Son premier soin avait donc été de créer un instrument militaire. L’armée iranienne devint forte d’une division d’infanterie, d’une brigade autonome, d’unités spéciales assurant la sécurité des voies de communication. Des fortins furent d’ailleurs édifiés aux carrefours stratégiques des routes nationales. Par la suite, mon père créa une marine et une aviation. Les premiers cadres de l’armée nouvelle furent constitués par des officiers français et les futurs officiers iraniens firent leurs études en France, à Saint-Cyr, Saumur, Saint-Maixent. Plus tard, je fus moi-même instruit en Iran par des officiers saint-cyriens.

Parallèlement, une infrastructure industrielle fut créée, afin que la nation pût au plus vite disposer de produits manufacturés de première nécessité. Mon père aurait voulu, dans le même temps, faire un effort au moins égal pour notre paysannerie. Ce ne fut pas possible. Je dirai, plus loin, quelle futl’attitude de notre Révolution blanche vis-à-vis des travailleurs de la terre iraniens.
Mon père mit fin peu à peu aux monopoles étrangers. Les droits de douane, affermés aux Belges, étaient entièrement destinés à couvrir une partie de nos dettes extérieures. La gendarmerie était commandée par des Suédois. Il n’y avait de banques, que russe, anglaise et ottomane. Sans compter que les Britanniques conservaient d’autres monopoles tels que l’émission des billets de banque, le télégraphe, etc.

Tout cela fut aboli et la nouvelle monnaie garantie par de l’or et les bijoux de la couronne, dont les pierres les plus sensationnelles nous venaient de Nadir Chah, c’est-à-dire de l’Inde.
Si la couronne britannique possède le Koh-i-Noor (Montagne de Lumière), nous avons le Daria-i-Noor (Mer de Lumière), qui est peut-être encore plus beau. Ce prodigieux diamant se trouve dans les coffres de la Banque centrale de Téhéran, avec tout le Trésor national et les bijoux de la Couronne. Il y a dans les caves de cette banque des coffres pleins de perles et de diamants, car notre dynastie n’a cessé d’enrichir ce trésor de pierres achetées ou reçues en cadeau. Il va sans dire que nous avons toujours considéré un tel trésor comme propriété de la nation et du peuple iraniens mais cela va encore mieux en le disant.

Les émeutiers-électeurs de quinze à seize ans qui, dans nos villes, ont abattu les statues de Reza Chah, ignoraient quelle ténacité avait dû être celle de mon père pour tirer la patrie du néant, commencer à bâtir des villes, à construire des écoles, la première université, des hôpitaux, des fabriques, des routes, des ports, les premières centrales électriques, avant d’avoir une monnaie nationale, des billets de banque émis par la Banque Nationale d’État et garantis par le gouvernement. En 1927, il entreprit la construction du Transiranien, terminée en 1939. Plus de 1 500 kilomètres de voies ferrées (4 100 ponts, 224 tunnels d’une longueur totale de 86 kilomètres) de la Caspienne au golfe Persique.

Il fit tous ses efforts pour que les richesses du pays devinssent richesses nationales. C’est ainsi que, dès le mois de décembre 1932, il dénonça le contrat de concession signé en 1901 avec d’Arcy puis transféré à l’Anglo-Persian Oil Go. La production pétrolière de l’Iran, qui ne dépassait pas 2 365 000 tonnes en 1923, atteignait déjà 10 300000 tonnes en 1938. En 1977, la production annuelle avoisinait 300 millions de tonnes. Celle du gaz naturel dépassait 40 milliards de mètres cubes.

Entrer dans le siècle au lieu d’en sortir.

En 1926-1927 est introduit en Iran un système judiciaire sur le modèle français. L’instauration de l’enseignement primaire obligatoire et laïque est entreprise, malgré la pénurie de maîtres compétents. Les attributions juridiques parfois inquisitoriales du clergé se trouvèrent ainsi supprimées. Il faut comprendre l’importance capitale de cette évolution, qui se manifesta d’ailleurs dans tout le Proche-Orient islamique. L’instauration par mon père, le développement par moi-même, d’un régime politique moderne en partie inspiré de l’Occident, ont enlevé au clergé une grande partie de ses privilèges d’antan. Au lieu d’utiliser cet allégement pour développer en son sein la vie spirituelle et accroître ainsi son rayonnement, son influence morale et civilisatrice, une partie des prêtres chi’ites s’est d’abord rabattue sur la très ancienne position politique tenant à sa nature même celle qui consiste à regarder tout pouvoir temporel, quel qu’il soit, comme nécessairement usurpateur.

Quant aux marxistes, ils inventèrent l’invraisemblable et antinomique déviation, dite du marxisme islamique. Mais au temps de mon père, il faut bien reconnaître que, s’il n’avait pas combattu la tendance politicienne d’un certain cléricalisme, la tâche entreprise eût été beaucoup plus difficile. L’Iran n’aurait pu avant longtemps devenir un pays moderne.
C’est parce que mon père estimait peu certains hiérarques particulièrement fanatiques et sectaires qu’on le disait bien à tort irréligieux. Il était profondément croyant, comme je le suis moi-même. Sa foi était celle d’un homme brave et droit. L’autorité spirituelle du clergérestait incontestable et incontestée. La primauté morale du spirituel sur le temporel étant indiscutable et indiscutée, il s’agissait de faire entrer l’Iran dans son siècle, alors qu’on veut aujourd’hui l’en faire sortir. Ce qu’affirmait Reza Chah, c’est qu’il était impossible à une nation de vivre et de subsister, au XX° siècle, à l’obscurantisme.

La véritable spiritualité devait se tenir au-dessus de la politique et de l’économie. Reza Chah était trop croyant pour considérer Dieu comme unesorte d’agent électoral supérieur, ou d’ingénieur en chef des puits de pétrole.
Il donna à tous ses fils le nom de l’Imam Reza - avec un premier prénom, afin qu’on pût les distinguer - caril avait une vénération particulière pour ce descendant d’Ali. Souvent, Reza Chah se rendait en pèlerinage à Machad, au tombeau du saint Imâm. La fondation religieuse de l’Imâm Reza était, lorsque Reza Chah prit le pouvoir, à l’abandon et endettée. Les bâtiments tombaient en ruine. Reza Chah les releva.

Sous mon règne, la fondation est devenue l’une des plus importantes et des plus prospères du monde islamique. Les dons des fidèles, et parmi eux les miens, ont transformé cette fondation en un extraordinaire complexe religieux, du reste propriétaire de fabriques, d’unités agricoles mécanisées, d’hôpitaux et de nombreuses institutions charitables. Disons en passant que j’ai de même restauré et enrichi de très nombreux monuments et mosquées en Iran, mais aussi à l’étranger. On sait que les donations faites aux fondations religieuses sont définitives. Or le prétendu nouveau gouvernement de Téhéran les a placées sous séquestre !

Mon père avait aussi conscience de protéger notre religion contre la propagande d’un matérialisme intolérant qui invitait à « raser les mosquées ». Mais cela ne signifiait nullement qu’il acceptait toutes les prétentions de religieux vivant obstinément hors du siècle.
Ainsi décida-t-il que les citoyens abandonneraient définitivement le costume oriental, Leur large pantalon, leur turban et leur bonnet ce ne fut pas du goût de certains. Et lorsque les femmes furent invitées à renoncer au voile noir, ces mesures, « prises au nom du simple bon sens  », furent vivement contestées par une partie du clergé. Je devais me montrer beaucoup moins intransigeant sous mon règne, femmes et jeunes filles furent parfaitement libres de porter ou non le tchador.

Le fait reste qu’une certaine hiérarchie ecclésiastique fut, dès 1926, ouvertement opposée aux réformes du Chah et à la métamorphose de l’Iran en pays moderne. Cette opposition se retrouvera lors des événements insurrectionnels de 1952-1953, de 1963 et de 1978-1979.

Puissance de la prière et de la foi.

C’est grâce à l’exemple de mon père que j’ai compris, très jeune, quelle pouvait être la puissance de la prière, qui ne fut jamais, pour l’enfant que j’étais, récitation de formules apprises par coeur.
De nombreux chroniqueurs ont publié des récits plus ou moins exacts de mon enfance. Peu de temps après le couronnement de mon père, me voici au lit avec la typhoïde. On craint le pire lorsqu’une nuit, en rêve, je vois Ali, Dans maconscience d’enfant, je sais qu’il s’agit d’Ali, le premier de nos Imâms. De la main droite, il tient ce sabre à deux tranchants qu’on lui voit sur nos images, et de l’autre un bol contenant un liquide qu’il m’ordonne de boire. J’obéis. Le lendemain, la fièvre tombe et je guéris rapidement.

Un peu plus tard, durant l’été, en me rendant à Emamzadeh-Daoud, lieu de pèlerinage dans la montagne, je tombe de cheval sur les rochers et m’évanouis. On me croit mort, je n’ai pas une égratignure. En tombant, j’ai eu la vision de l’un de nos saints, Abbas, qui me soutenait dans ma chute.
A ce rêve, puis à cette vision, devait succéder, un peu plus tard, près du palais royal de Chimran, une apparition celle de l’Imâm, descendant du Prophète, qui, selon notre foi, doit réapparaître sur terre pour sauver le monde. Rêve, vision, apparition ces formes d’activité mentale restent mystérieuses pour ceux qui n’ont pas la foi.
En quatre occasions graves la foi, qui ne m’a jamais abandonné, m’a été d’un grand secours. Elle m’a sauvé la vie à deux reprises lors d’accidents qui auraient dû m’être fatals et lors de deux attentats perpétrés contre moi.

Mon premier accident d’avion eut lieu alors que je me rendais, aux commandes d’un « Tiger moth  ». près d’Ispahan où l’on procédait à l’aménagement du cours d’une rivière. Le général commandant la division d’Ispahan m’accompagnait. C’était un officier de cavalerie. En cours de route, brusquement, mon moteur a des ratés et se met à hoqueter. Il fallait que je me pose au plus tôt. Un coup d’oeil à la ronde me montra que ce ne serait pas facile. Nous nous trouvions face à un village : à ma droite une montagne, à ma gauche des champs fraîchement labourés sur lesquels il ne pouvait être -question de me poser.
Je me résous donc à virer sur ma droite en gardant une vitesse suffisante pour ne pas tomber. Soudain je m’aperçois que la montagne est coupée par un grand ravin. Je tire alors sur le balai et d’extrême justesse nous passons. Il ne me restait pas autre chose à faire que de me poser sur le flanc de la montagne, ce que je fis. A peine avais-je pris contact avec le sol que je me trouvai face à un rocher. Impossible de l’éviter. Le train d’atterrissage fut arraché et l’appareil poursuivit sa course sur le ventre ce qui eut pour effet de la ralentir fort opportunément. Une minute plus tard l’hélice heurta un autre rocher et l’appareil culbuta.

Mon compagnon de voyage et moi-même, nous nous retrouvâmes pendus, la tête en bas. Non sans difficultés, nous nous débarrassâmes de nos sangles. Le général était verdâtre.
Un autre appareil nous suivait. Il parvint à se poser sans casse derrière le village. Entre-temps, ceux qui nous accompagnaient nous avaient rejoints en voiture, et ses occupants coururentvers nous, passablement inquiets. Je m’empressai de les rassurer et je leur dis : « Eh bien maintenant, je vais continuer avec l’autre appareil !  » J’étais entouré de généraux qui protestèrent vigoureusement. Voyant que j’étais peu disposé à céder, ils se couchèrent devant l’appareil « Sire, vous ne partirez pas !  » C’est donc en voiture que je terminai le parcours et j’eus la satisfaction d’arriver à Ispahan pour y faire à temps ce qui avait motivé mon déplacement.

Une autre fois, une aventure à peu près comparable m’advint. Aux commandes de mon avion, je m’engageai dans un défilé très étroit. Je me rends compte aussitôt qu’il nous sera impossible de franchir la passe montagneuse. Obligé de faire demi-tour au moment où l’indicateur montrait que l’appareil était en perte de vitesse, je parvins, ailes à la verticale, sol à quelques mètres, à redresser mon avion, défiant contre toute attente les lois de la pesanteur et de l’aérodynamique. Sans cette manoeuvre désespérée, une mort assurée nous attendait. Nous aurions dû, en bonne logique, nous écraser. Le jeune pilote qui m’accompagnait était si étonné, à l’atterrisage, de nous voir encore vivants, lui et moi, qu’il voulut me faire, sur-le-champ et à son tour, une démonstration de ses talents.

Je le voyais désireux de mettre pas en reste. Il se proposait donc de volet sur le dos à la sortie d’un looping, de raser le sol, puis de se redresser, avant d’achever sa figure acrobatique. Comme je le savais tout à fait capable de réussir une figure aérienne aussi difficile, j’acceptai. Malheureusement, il ne parvint pas, ayant volé tête en bas, à se redresser et il s’écrasa sous mes yeux. Devant une si grande cruauté du sort, je dus convenir, une fois de plus, que mon heure n’était pas venue. L’attentat dont je fus victime le 4 février 1949me convainquit une fois encore que j’étais protégé. Au début de l’après-midi, ce jour-là, je devais assister à la cérémonie annuelle qui commémore la fondation de l’Université de Téhéran. J’étais en uniforme et devais présider la remise des diplômes aux lauréats.

Il était un peu plus de 15 heures lorsque je pris la tête du cortège officiel. Déjà les photographes s’affairaient. Un homme se détacha de leur groupe et, à moins de trois mètres de moi il braqua une arme dans ma direction. Trois balles firent voler ma casquette, m’effleurant le crâne, la quatrième balle m’atteignit à la pommette droite, fit basculer ma tête et ressortit sous le nez. Je n’avais pas quitté des yeux mon agresseur et je compris qu’il allait tirer encore une fois. J’eus le temps de me retourner, m’inclinant légèrement, de sorte que la balle que j’aurais dû recevoir en plein coeur m’atteignit à l’épaule. Il lui restait encore une balle mais l’arme s’enraya. L’homme, un certain Fakhr Araï, fut immédiatement tué. Peut-être avait-on intérêt à ce qu’il ne parlât pas.

Nous sûmes pourtant qu’il avait des liens étroits d’amitié avec de pseudo-religieux du clan ultra-conservateur, On découvrit chez lui des tracts et des brochures du parti Toudeh, le parti communiste iranien qui n’était pas encore interdit et qui tenait précisément son congrès à ce moment-là. Le miraculeux échec de cet attentat me prouva une fois de plus que j’étais protégé. J’ai toujours eu le sentiment que ne doit arriver que « ce qui est écrit ». Ma foi a toujours dicté ma conduite - celle de l’homme et celle du chef d’Etat - et j’ai toujours considéré que l’un de mes plus impérieux devoirs était de donner et de conserver à notre religion la place qui lui revient. Une civilisation athée n’en est pas une et j’ai toujours veillé que la Révolution blanche à laquelle j’ai consacré tant d’années de mon règne, soit en tout point conforme aux principes de l’Islam. La religion est le ciment qui permet à l’édifice social de tenir debout. Elle est la base même de la vie familiale et nationale.

« Mon fils, n’ayez peur de rien.  »

Libération et reconquête

J’avais six ans lorsqu’on me donna pour gouvernante une Française mariée à l’un de nos compatriotes, Madame Arfa, née Bugeaud je crois bien. Elle éprouvait une haine viscérale envers les Allemands. Grâce à elle, j’avais déjà une bonne connaissance de la langue française lorsqu’à douze ans je commençai en Suisse mes études. J’y restai jusqu’en 1936, pratiquant scrupuleusement notre religion.

Je dois dire que j’étais un passionné de l’histoire de France. J’admirais Saint Louis rendant la justice sous un chêne, au bois de Vincennes. L’histoire de Louis IX me rappelait celle de notre bon roi Anouchiravan le Juste et de la cloche qu’il avait fait installer à la porte de son palais : qui voulait réclamer justice n’avait qu’à la faire sonner. UN âne broutant tire un jour sur la corde de la cloche et Anouchiravan fait demander à l’animal le sujet de sa plainte. Henri IV, Louis XIV personnage pour moi vraiment extraordinaire - me fascinaient. J’étudiais avec un vif intérêt le rôle des cardinaux - Richelieu, Mazarin, Dubois-qui, malgré leurs défauts, avaient su servir la France.

Parmi les grands hommes, j’admirais encore Charles Quint, guerrier magnifique et sage politique, Pierre le Grand et la Grande Catherine, Elizabeth d’Angleterre et Frédéric le Grand. Prince héritier, je savais que j’étais destiné à régner un jour c’est pourquoi j’avais pour l’histoire une véritable passion. Un de mes grands désirs d’enfant était de rendre nos paysans heureux. Et mon autre rêve était que chacun pût être jugé selon de justes lois. Je dirai comment je me suis efforcé plus tard de faire de ce désir et de ce rêve des réalités. C’est de Bandar Pahlavi, petit port de la côte caspienne, qu’en 1931 je m’embarquai à destination de Bakou, en Russie, pour y prendre le train qui devait me conduire jusqu’en Suisse où j’allais faire mes études. Lorsque je rentrai en 1936, je ne reconnus rien Pahlavi était une ville moderne, occidentale. Téhéran, dont les vieux murs d’enceinte avaient été rasés sur ordre de mon père, commençait à prendre l’allure d’une capitale européenne. Mais je n’eus d’abord pas loisir de considérer endétail cet Iran nouveau qui surgissait sous mes yeux je suivais les cours de notre École militaire.

Breveté sous-lieutenant en 1938, j’entrai aussitôt en fonction en qualité d’inspecteur de l’armée. Chaque jour, je passais plusieurs heures avec le Chah, mon père, que j’accompagnais en outre très souvent dans ses déplacements. Il désirait que je connusse à fond notre pays et « le métier de roi  », à commencer par celui de chef militaire. Il avait vécu les années terribles de 1915 à 1921. Par une sorte de prémonition, il redoutait qu’un conflit mondial ne survint avant que l’Iran ne pût défendre son indépendance contre quiconque. L’année suivante, le 10 septembre 1939, la Seconde Guerre mondiale éclatait.

Notre espérance : Rester neutres.

Contrairement à ce qu’ont écrit les écrivains chroniqueurs, mon père n’avait que méfiance à l’égard de Hitler. Les conceptions politico-militaires du Führer lui semblaient non seulement téméraires, mais extrêmement dangereuses, voire désastreuses pour le monde civilisé et la Perse en particulier. Bien que nous employions en Iran un grand nombre de techniciens allemands, du reste pour la plupart excellents, il se hâta de proclamer la neutralité de l’iran.

Durant la première phase des hostilités et jusqu’à l’offensive de l’Axe dans les Balkans en avril 1941, nous conservâmes l’espoir que cette immense guerre épargnerait notre pays. Après que la Wehrmacht eut envahi l’URSS le 22 juin 1941, l’Iran affirmait à nouveau, et de façon particulièrement solennelle, sa stricte neutralité.

La guerre éclair de Hitler à l’ouest et à l’est plaçait désormais I’URSS dans une situation extrêmement critique. Il devenait évident qu’elle ne pourrait survivre que si les Alliés venaient à son secours. Or le ravitaillement par le nord et Mourmansk était difficile, le ravitaillement par la Méditerranée, impossible la Turquie avait bouclé les Détroits, le maréchal Rommel et son Afrika Korps menaçaient bientôt Alexandrie et les Allemands étaient maîtres de la Bulgarie et de la Grèce. On sait qu’au cours de l’été 1942, des unités motorisées allemandes parvinrent jusqu’au centre pétrolier de Maïkop, dans le Caucase. Les Alliés n’avaient donc qu’une seule route leur permettant de secourir sûrement la Russie celle qui montait du golfe Persique. L’Iran redevenait un espace stratégique, sinon tactique, de première importance.

Le roi Farouk, dont j’avais épousé la soeur, me fit savoir par son ambassadeur à Téhéran que des mouvements de troupes britanniques avaient lieu, qui pourraient bien être dirigés contre l’Iran. J’avertis mon père. Il envoie aussitôt un télégramme à notre ministre plénipotentiaire à Londres, M. Moghadam, afin qu’il s’informe des véritables intentions britanniques. Au même moment, quelques avions italiens lâchent deux ou trois bombes dans la région du golfe Persique et l’on prétend que les bateaux de commerce allemands qui naviguent dans le golfe, sont armés. Sans doute était-il possible de trouver un compromis nous permettant d’ouvrir aux Alliés la route de L’URSS et d’y faire transiter du matériel, avec notre autorisation. Mais notre ministre à Londres n’obtint pas la moindre réponse.

A Téhéran, les ambassadeurs anglais et soviétique faisaient pression sur nous pour que nous chassions les experts allemands résidant en Iran. Nous avions pris les premières mesures en ce sens lorsqu’au matin du 23 août 1941, des forces des deux pays nous envahirent sans avertissement.

La double invasion. Comment je reçus l’investiture du Parlement.

Au nord, de puissantes forces motorisées soviétiques ont franchi la frontière en Azerbaïdjan, et d’autres unités avancent à l’est dans le Khorassan et sur toute la frontière. Cinq divisions britanniques montent du sud-est, du sud, et de l’ouest. La Royal Air Force déverse ses bombes sur les objectifs militaires d’Ahwaz, Bandar-Chapour, Khorramchar, prenant soin cependant de ne pas détruire les installations pétrolières. En revanche, à l’aube du 25 août, un croiseur de la Royal Navy, le Shoreham, coula devant Abadan un de nos avisos ; l’aviation soviétique bombarde Tabriz, Ghazvine, Bandar-Pahlavi, Rasht, Fezayeh.

Notreambassadeur à Moscou, M. Saed, protesta auprès de Molotov, à qui il aurait demandé pourquoi les Russes avaient accepté de participer à une opération militaire contre l’Iran à l’instigation des Anglais. Molotov ne répondit rien. Mais nous savons maintenant que l’ouverture de la route iranienne vers L’URSS avait bien été décidée lors de la rencontre Churchill-Roosevelt, sur un navire de guerre américain lors de la signature du Pacte de l’Atlantique.

Le 28 août, Reza Chah donne l’ordre de déposer les armes. Il reçoit notification que, le 17 septembre, les forces alliées entreront dans notre capitale investie. Dès qu’il apprend que les troupes britanniques approchent de Téhéran, il me dit :

- Crois-tu que je puisse recevoir des ordres d’un petit capitaine anglais ?

Le 16 septembre, il abdique. L’acte d’abdication est lu devant le Parlement par le premier ministre Fouroughi

« Moi, Chah d’Iran par la volonté de Dieu et de la Nation, ai pris la grave décision de me retirer et d’abdiquer en faveur de mon fils bien-aimé Mohammad Reza Pahlavi...  »

Le Parlement ratifia l’acte à l’unanimité. Mais comment arriver jusqu’au Parlement pour y prêter serment et recevoir l’investiture ? Ce n’était pas facile. Les troupes russo-britanniques venaient d’entrer à Téhéran. C’est la foule qui m’assura un passage triomphal jusqu’aux portes du Parlement. La cérémonie terminée, les Iraniens, au comble de l’enthousiasme, voulurent même soulever ma voiture et la porter sur leurs épaules ! Ce fut, à l’heure du péril, une formidable manifestation de patriotisme, d’adhésion populaire à notre dynastie, qui ne s’effacera jamais de ma mémoire.

Les ambassadeurs de Grande-Bretagne et d’URSS s’étaient abstenus de paraître à cette cérémonie. Une certaine tendance britannique passait pour soutenir un prince Khadjar, officier dans la marine anglaise. Les deux ambassadeurs ne me transmirent la reconnaissance de leur gouvernement qu’au bout de trois jours : les manifestations populaires en ma faveur leur avaient montré qu’ils ne pouvaient agir autrement.

Les puissances occupantes espérèrent d’ailleurs avoir trouvé en moi un chef d’Etat docile. Le très jeune souverain que j’étais pourrait être, pensaient-elles, facilement manoeuvré. Les objectifs n’avaient pas changé comme en 1907, l’Iran devait être converti en espace neutre, « entretenu en état d’anarchie décente ».

Père avait lutté jusqu’au bout pour l’indépendance et l’unité de l’Iran. Je reçus de lui un émouvant message sur disque « Mon fils, me disait-il, n’ayez peur de Rien.  » Je ne devais jamais le revoir. Lorsque j’appris sa mort, survenue en Afrique du Sud, à Johannesburg, en 1944, ma douleur fut immense. Je devais à sa mémoire de continuer jusqu’à l’extrême du possible la tâche qu’il avait entreprise.

Il m’apparaissait clairement que, pour l’Iran, il s’agissait une fois de plus d’une question de vie ou de mort nous revenions à 1920. Mais nous étions en 1941 et je n’avais que vingt-deux ans.

La souveraineté et l’indépendance de l’iran sont expressément reconnues.

A mon retour je dus résoudre les graves problèmes posés par l’occupation de deux armées étrangères. Dès le 29 janvier 1942 nous réussîmes à signer avec les Britanniques et les Russes untraité d’alliance tripartite qui reconnaissait la souveraineté et l’indépendance politique de l’Iran et précisait (article V) :

« Les forces alliées devront avoir quitté le territoire iranien six mois au plus après la fin de toute hostilité entre les forces alliées et l’Allemagne et ses alliés.  »

De même l’article VI garantissait en principel’Iran contre tout partage ultérieur entre Grande-Bretagne et URSS.

Cependant, de 1942 à 1946, je dus défendre le pays contre une série d’attentats, directs ou camouflés, dirigés contre l’unité nationale et l’existence économique et politique de la nation.

Les maux économiques les plus gaves furent le marché noir et les réquisitions abusives. J’empêchai que certaines usines d’armement ne fussent démantelées et transportées en Russie. En contrepartie, jemis leur capacité industrielle au service des Alliés, contribuant ainsi à Leur effort de guerre. Sous le gouvernement Ghavam, l’ambassadeur d’un des pays occupants vint me dire qu’en raison de leur confiance en ce gouvernement les Alliés souhaitaient que nous émettions des billets de banque iraniens à l’intention des troupes d’occupation. Or le Parlement avait déjà marqué sa réticence à ce sujet. Je répondis que je n’avais aucun ordre à recevoir d’un pays étranger.

Politiquement, il fallut faire face aux tentatives de séparatisme, menées de l’intérieur et de l’extérieur. Fidèles à leurs méthodes, les Russes avaient créé un parti à leur dévotion, le Toudeh, qui, officiellement ou clandestinement, n’a cessé depuis lors d’oeuvrer à la désagrégation de l’État et à la démoralisation de la nation. L’organe du Toudeh, Mardom (Le Peuple) était subventionné au début par un certain Moustapha Fateh, qui était au service de l’Anglo-Iranian Co et des Britanniques. Il devint ainsi conseiller du général Frazer, attaché militaire anglais qui, au bout de quelques mois, fit tous ses efforts pour que me fût enlevé le commandement de notre armée. Mossadegh devait plus tard suivre la même politique.

Sur la même lancée, quelques années après, les Soviets devaient soutenir très activement les insurgés de Ghazi Mohammad au Kurdistan et ceux de Pichevari en Azerbaïdjan. Ils prolongeaient la présence sur notre sol de leurs troupes d’occupation, alors que celles des Anglo-Américains l’avaient évacué à la date prévue par le traité d’alliance de janvier 1942.

En Azerbaïdjan, la situation ne tarda pas à s’aggraver.

La garnison de Tabriz était encerclée par les insurgés, son commandant, succombant à la pression soviétique, se rendit. Y avait-il eu trahison ? Condamné à mort par la suite, il fut finalement gracié.

« Etre ou ne pas être... »

Les insurgés, à la suite de cette reddition, proclamèrent l’autonomie de la province, et celle du Kurdistan.

Cependant, l’opiniâtre résistance à la sécession de la majeure partie de la population faisait réfléchir le président Truman qui le 8 mars 1946 envoyait à Molotov un véritable coup de semonce. A la suite de quoi les Soviétiques évacuèrent officiellement la province (mai 1946). Le sol de notre patrie était enfin libéré des troupes d’occupation.

Le combat dont l’enjeu était la vie ou la mort de l’Iran n’était pas gagné pour autant et nous dûmes défendre âprement une indépendance que les traités stipulaient formellement.

Il y eut des tentatives de sécession à l’ouest et des troubles éclatèrent dans le sud, notamment à Abadan où le Toudeh restait puissant. Comme par hasard, d’autres tribus s’étaient soulevées dans le Fars, la région de Chiraz et autour d’Ispahan déjà les Anglo-Américains cherchaient à s’assurer une position de force dans le sud et le sud-ouest du pays, pour le cas où l’Iran ne parviendrait pas à recouvrer ses deux provinces du nord.
Il fut relativement facile pourtant d’en finir avec ces rébellions, mais non pas avec celle de l’Azerbaïdjan où les Soviétiques entretenaient d’importantes unités de partisans qui n’étaient que des troupes d’occupation camouflées.

J’avais d’abord eu pour premier ministre Ebrahim Hakimi, vieillard intègre, fort anglophile mais patriote, qui démissionna lorsque nos relations avec les Russes entrèrent dans l’impasse.

Je ne parus guère avoir de chance avec son successeur, M. Ghavam, qui prit la tête du gouvernement. A peine nommé, il partit pour Moscou. Il y signa un accord pour la prospection et l’exploitation du pétrole, 51 % pour les Russes, 49 % pour nous, heureusement assorti d’une clause spécifiant que l’accord, pour être validé, devrait être ratifié par le Parlement.

A son retour, l’accord pétrolier en poche, M. Ghavam entreprit des conversations avec les sécessionnistes d’Azerbaïdjan. Il me demanda même de faire avancer de deux grades les officiers rebelles un lieutenant serait devenu ipso factochef de bataillon, etc.

- J’aimerais mieux, répondis-je, que l’on me coupât la main, plutôt que de signer un tel décret.

Quant aux chefs militaires, la plupart - sauf le général Ali Razmara, mon chef d’état-major - me déconseillaient vivement d’entreprendre une campagne qui risquait de déclencher une intervention soviétique.

Je décidai cependant de faire front et d’entreprendre la reconquête de l’Azerbaïdjan. Cette décision, jugée téméraire par les politiciens et la plupart des militaires, était cependant basée sur certaines informations. Les rebelles n’étaient guère mieux armés que nous, mais ne tarderaient pas à recevoir des renforts et des armes modernes : ils avaient envoyé en Union soviétique des équipages de chars d’assaut et d’aviation qui auraient été prêts à entrer en action un an plus tard.

Je préférais d’ailleurs courir le risque de tomber dans un combat honorable plutôt que d’être le monarque de la servitude et du déshonneur. George Allen, ambassadeur des USA à Téhéran, un ami qui me soutenait, m’avertissait cependant :

- Les États-Unis sont cent pour cent d’accord, mais nous ne ferons évidemment pas la guerre à L’URSS pour vous.

Il n’en était nullement question. Je sentais que j’avais derrière moi tout mon peuple l’afflux des engagés volontaires pour la durée de la campagne le prouvait assez.

Reconquête de L’Azerbaïdjan.

Renonçant à la politique qu’il avait suivie jusque-là, le Premier ministre Ghavam se rallia à notre politique de reconquête. Nous reprîmes l’offensive. Avec le général Razmara qui n’avait cessé de m’appuyer, nous survolions le théâtre des opérations, tantôt dans un vieux coucou, tantôt dans un petit Beechcraft bimoteur, toujours sans liaison radio, afin de faire nos plans en connaissance de cause. Finalement, les troupes de notre adversaire, Pichevari, l’homme des Russes, scindées en trois tronçons, se débandèrent. Pichevari et ses acolytes s’enfuirent au-delà de la frontière.

Je reçus alors la visite de l’ambassadeur d’URSS. Fort courroucé, il venait me demander, en ma qualité de chef d’Etat et commandant en chef des armées, d’arrêter immédiatement l’avance de nos troupes « qui menaçaient la paix mondiale  »

Je refusai net notre armée ne menaçait rien ni personne en rétablissant le statu quo ante et en préparant des élections générales sur un territoire qui nous appartenait. J’ajoutai :

Vous devez d’ailleurs savoir que les rebelles viennent de me remettre leur reddition ?

Ainsi échoua la seconde tentative faite pour que l’Iran fût rayé de la carte du monde.

On se souvient que la première tentative remontait à1907 par la convention russo-anglaise du 30 août de cette année-là, notre pays s’était trouvé dépecé en deux morceaux, les Russes avaient pris le nord, les Anglais le sud.

Reza Chah avait réunifié la patrie après la Première Guerre mondiale.
La reprise du même projet à la faveur de la Seconde Guerre mondiale marque la continuité d’une certaine politique occidentale à l’égard de l’Iran. Dès 1945, en effet, le chef du Foreign Office britannique Bevin et le secrétaire américain aux Affaires étrangères, Byrnes, avaient proposé à Staline à Moscou, que l’Azerbaïdjan, le Kurdistan et le Khouzistan devinssent provinces autonomes.

Cette proposition fut d’abord acceptée par Staline. Cependant Molotov lui fit observer qu’il suffirait d’attendre pour que l’Iran tombât tout entier dans l’orbite soviétique. L’URSS, par le truchement des communistes iraniens, aurait finalement tout l’Iran - au lieu d’une province et demie, sans avoir à redouter une opposition alliée. C’est dans ces conditions que Staline refusa le plan anglo-américain. Bien entendu, les Russes ne prévoyaient ni ma réaction, ni la valeur de nos soldats - qu’on savait bien médiocrement armés -‘ ni la fidélité à la couronne et à la patrie de nos populations.

Les tentatives de désagrégation organisées de l’extérieur ayant échoué, on entreprit ensuite de démolir l’État par ce qu’on appelait « la politique ». Les forces de corruption et celles de la cinquième colonne s’unirent contre la nation et le peuple iraniens dont j’avais le devoir de maintenir l’unité. La plupart de ceux qui les dirigeaient n’avaient d’autre protection que l’étranger, d’autre but que de servir finalement des intérêts contraires à ceux de la patrie, d’autres armes que cette démagogie outrancière qui triomphe actuellement.

Ce que l’on voulait, c’était que la Perse retombât - de quelque manière que ce fût - dans l’anarchie et la servitude. Ce qui ne put être réussi ni en 1907 ni en 1945-1946, n’a-t-il pas été tenté - et réussi - à présent.?

Le plan de sept ans. Mossadegh ou la démagogie au pouvoir.

En 1947, je me rendis en Azerbaïdjan. Partout dans la province libérée que je parcourais, à Téhéran pour notre retour, ce furent des manifestations d’enthousiasme et de fidélité confinant au délire et que jamais je ne pourrai oublier. Quand j’y pense aujourd’hui, j’ai le coeur serré.

La phase essentiellement défensive de l’existence nationale était terminée, il s’agissait d’aborder la phase constructive. Les élections avaient donné une confortable majorité au chef du gouvernement d’alors, M. Ghavam. Il comprit comme moi qu’il y avait à entreprendre un nouveau combat national, avec l’élaboration d’un plan de développement.

La tentative Soviétique.

Nous nous étions trouvés, on s’en souvient, en face d’une proposition russe, si ferme qu’elle ressemblait fort à un diktat : une société pétrolière soviético-iranienne (51 %-49 %) devait être immédiatement créée. Il était clair que les Russes cherchaient à s’assurer au nord de notre pays la même position que les Anglais au sud.

Un projet de loi fut immédiatement discuté, puis approuvé par 109 voix, contre 27 à l’opposition dont le chef n’était autre que Mossadegh je parlerai du personnage plus avant.

A SUIVRE………………

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