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Le Chah d’Iran

Lundi 12 juillet 2010 // L’Histoire

Introduction

Monsieur Giscard d’Estaing Chef de l’État de 1974 à 1981 a autorisé qu’un religieux Iranien vienne vivre en France pour faire de la politique tendant à renverser le Régime du Chah d’Iran. En acceptant que le Religieux puisse faire parvenir des cassettes et autres documents demandant à la population Iranienne de renverser le pouvoir légitime, Giscard a bafoué les règles les plus élémentaires. Celles qui consistent à interdire sur le sol Français que des éléments perturbateurs puissent utiliser notre terre à des fins terroristes. Giscard d’Estaing porte la principale responsabilité dans les diverses formes du terrorismes Islamistes.

Réponse à l’Histoire.

Par Sa Majesté Réza Palhavi Chah d’Iran

Avant-propos

Voilà un peu plus d’un an paraissait à Téhéran mon dernier livre. C’était un livre d’espoir, où je présentais à mon peuple mes vues et mes projets pour son avenir. Un avenir que je souhaitais glorieux, heureux et prospère à souhait, digne de l’Histoire plusieurs fois millénaire d’un pays qui a toujours été l’un des principaux bâtisseurs de la civilisation universelle.

Je voulais, au seuil du troisième millénaire, un Iran parfaitement modernisé, progressif, une société iranienne hautement évoluée, jouissant d’une économie prospère, d’une éducation avancée et de structures démocratiques solides.

Je voyais les futures générations iraniennes occuper fièrement la place qui leur revenait dans la grande famille humaine, en assumant dignement leurs responsabilités. J’espérais voir dissipées à jamais les ténèbres moyenâgeuses d’où l’Iran avait été arraché il y a seulement un demi-siècle et s’ouvrir le règne de cette lumière qui est l’essence même de la civilisation et de la culture iraniennes.

Durant tout mon règne, je n’ai vécu que pour réaliser ce rêve, qui devenait réalité.

On va le voir j’y ai travaillé âprement et inlassablement. j’ai dû lutter sans répit contre toutes sortes d’obstacles et de difficultés. J’ai affronté des conjurations et des intrigues innombrables, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. J’ai combattu les tout-puissants trusts et cartels multinationaux, quand tous mes conseillers me mettaient en garde contre de tels défis. J’ai pu commettre des erreurs, certes ; mais cette langue bataille n’en fut pas une.

Je veux montrer pourquoi, comment, je me suis obstiné. Pourquoi, comment, je me suis efforcé de construire une société fondée sur la justice sociale, et non point sur la lutte classe contre classe, mais bien une société dont les classes étaient étroitement solidaires, interdépendantes les unes des autres.

Une bonne entente avec tous les pays - qu’ils appartiennent au monde occidental, au camp socialiste ou au Tiers Monde - me permettait d’édifier paisiblement l’Iran de la Grande Civilisation. Je considère comme un devoir de montrer enfin comment on anéantit une nation, comment ce qui futédifié avec l’aide de l’Éternel et grâce à l’enthousiasme, au labeur de tout un peuple, a été disloque, miné, écrasé par des irresponsables.

Ce sera ma réponse à l’Histoire.

Les leçons du passé.

Pour répondre à l’Histoire, il faut connaître la nôtre, la comprendre. Nation dynastique trois fois millénaire, l’Iran a connu bien des vicissitudes de ténèbres et de lumières. Au cours des siècles, la nation n’a cessé de vivre dangereusement. Aucun peuple ne peut vivre dans le passé mais il ne peut vivre non plus sans son passé. Si rien ne le rattache plus à son histoire, il disparaît nécessairement.

Le passé de la Perse, devenue sous notre dynastie l’Iran, est singulièrement chargé de troubles et de gloire, d’épreuves et d’espérances. Avec l’aide du Tout-Puissant, ce sont les leçons du passé qui, pour l’avenir, constituent les meilleurs guides de l’homme et du citoyen. C’est donc ce passé, dont nul ne peut faire table rase, que je veux d’abord évoquer.

Dangers et puissance de notre position géographique.

Nous sommes un très vieux pays l’histoire de la Perse se perd dans la nuit des temps. Situés dans cette zone moyen-orientale où sont nées les grandes civilisations de l’Ouest, nous nous trouvons à la croisée des routes qui unissent l’Europe, l’Asie, le sous-continent indien et l’Afrique. Nous sommes aussi baignés par trois mers - la Caspienne au nord, le golfe Persique au sud-ouest, la mer d’Oman au sud - tandis que de la Méditerranée centre du monde civilisé pendant des siècles, nous ne sommes séparés que par l’Irak et la Syrie.

Voilà notre position de force, celle à partir de laquelle nous avons conquis, commercé, rayonné, civilisé les pays voisins, aux grandes époques de notre histoire.

Voici notre position de faiblesse l’Iran est un immense plateau, axé nord-ouest-sud-est, occupé par des steppes et des déserts salés. Il est bordé de tous les côtés par des chaînes de montagnes : monts Elbrouz couvrant à peu près la frontière nord, monts Zagros à l’ouest, montagnes du Baloutchistan au sud-est. A l’exception de quelques grandes villes (Ispahan, Kerman) le centre de notre pays est vide, désertique ; les populations, l’activité, la richesse et la culture se concentrent dans les provinces du pourtour. C’est pourquoi, au cours des siècles, la Perse a eu pour capitale tantôt l’une, tantôt l’autre des grandes villes excentriques : avant Téhéran ce furent, sous l’empire, Suse, Ecbatane, Persépolis, Ispahan, Tabriz et Ardabil dans l’Azerbaïdjan sous les Safavides. Aux basses époques, on voit donc la Perse envahie par ses voisins -quels que soient leur nom et la forme de leur gouvernement.

Nos très grandes époques sont celles où l’énergie, l’ambition, l’habileté, parfois la ferme sagesse d’un seul chef nous maintiennent unis. Nos basses époques, au contraire, sont toutes marquées par une double série d’attaques, dirigées, ouvertement ou non, de l’extérieur, mais aggravées par une complicité intérieure plus ou moins consciente, et plus ou moins organisée. Une rapide étude de ces événements, qui passent souvent pour légendaires, permettra de mieux comprendre la signification et le retentissement des principaux épisodes d’une histoire qui reste pour beaucoup inconnue.

Les rois-héros Cyrus, Darius, Xerxês, Alexandre de Macédoine.

De la Renaissance sassanide à la conquête arabe

C’est d’abord sous l’impulsion de deux groupes de populations indo-européennes, les Mèdes et les Perses qu’au bout de deux mille ans nous émergeons en vainqueurs d’entre les peuples qui se disputent la Mésopotamie. La dynastie achéménide (559 à 330 avant l’ère chrétienne) crée l’empire le plus vaste qu’on eût encore connu de la mer Noire à l’Asie centrale et de l’Inde à la Libye.

C’est aussi le premier véritable empire du monde, un seul chef y gouvernant de nombreux peuples différents. Pour que cette innovation fût et restât possible, les Perses durent inventer le satrape, c’est-à-dire le gouverneur provincial, la poste à relais, et même le télégraphe optique : des tours sémaphores, édifiées sur les sommets montagneux, permettaient de transmettre rapidement les messages d’un bout à l’autre de l’empire. Ils durent aussi imaginer des systèmes monétaires et de comptabilité publique, unifier les poids et mesures.

Ainsi la Perse prouva au monde antique la possibilité de gouverner et d’administrer un vaste empire. Rome ne fit que l’imiter, avec des moyens souvent copiés sur les siens.

Le fondateur de cet empire, Cyrus, mérite d’être appelé le Grand parce qu’il le fonda sur la tolérance et la justice. Sil fut un conquérant, il doit être considéré en quelque sorte comme le fondateur des droits de l’homme. Le premier dans le monde antique, Cyrus publia une charte qu’on peut qualifier de libérale elle élargissait les prisonniers de guerre et leur laissait leur terre, les nations sujettes gardaient leurs droits, leurs coutumes, leurs lois et leur religion étaient respectés par le pouvoir central. Cyrus non seulement pardonnait à ses ennemis valeureux, mais n’hésitait pas à leur confier ensuite d’importantes responsabilités. A ces titres, il peut être considéré comme le libérateur des peuples.

Cette politique obéissait au caractère persan. Elle fut celle de tous les souverains auxquels la paix laissa la faculté d’instaurer un ordre moral à leur image. La Perse fut connue comme une terre d’asile pour tous les persécutés. Cyrus II le Grand, Darius, Xerxês sont nos rois-héros : ils continuent leur marche dans les oeuvres de la littérature et des beaux-arts. Cependant, les Européens ont surtout appris que Darius fut battu à Marathon et Xerxès défait sur mer à Salamine (480). Ces émouvantes victoires du petit contre le grand font parfois oublier que la Perse devint maîtresse de la mer Égée (394).

La décadence achéménide aboutit à un phénomène unique, Alexandre de Macédoine (356-323). Il s’empare de tout ce qui avait été l’empire de Darius - moins le Pont et la Chorasmia mais l’étend légèrement au nord-est en remontant la frontière sur le Syr-Daria. Loin de dépecer l’empire ou de l’exploiter au profit de la Grèce, il imite Cyrus, se substitue à lui, faisant de la Perse son propre empire.

C’est après sa mort (13 juin 323) que survient le morcellement et, contrairement à ce qu’on peut lire dans la plupart des manuels d’histoire occidentaux, la Perse ne s’hellénise pas. Nous conservons, il est vrai, dans un musée, une charmante petite statue grecque. En fait, Alexandre épousa la civilisation Persane, et ce phénomène s’est reproduit avec les autres conquérants. Les Perses les ont subis, mais ont conservé et imposé aux vainqueurs leur propre culture.

Deux cent cinquante ans avant l’ère chrétienne, les Parthes firent régner la dynastie des Arsacides, qui finira cinq siècles plus tard avec la victoire du Persan Artaxerxès - ou Ardashir - sur Artaban. Ainsi fut fondée, contre les Parthes et contre Rome, la dynastie des Sassanides (224 à 651). Ardashir avait été gardien du temple de Zoroastre. L’empire qu’il fonda va de l’Indus et du Syr-Daria à la rive sud du golfe Persique. Il a joué dans l’histoire universelle deux grands rôles, l’un politique, l’autre culturel.

Avant-poste aryen Iran signifie « Terre des Aryens  » au seuil de l’Asie, il a été le premier barrage contre les nomades à demi ou tout à fait sauvages qui déferlaient des steppes et des montagnes de l’Asie. Les Scythes, puis les Huns blancs, puis les Seldjoukides et les Ottomans ont été contenus pendant des siècles au prix du sang de la Perse. Les frères indo-européens de l’empire romain d’Orient ne lui en surent aucun gré. Ils ne pensaient qu’à tirer profit de nos difficultés à l’est pour régler à leur avantage le conflit qui, pendant des millénaires, nous a opposés à la principale puissance méditerranéenne, quelle qu’elle fût.

Lorsque le barrage persan eut sauté, il se fit, à la charnière des deux mondes, un vide où s’engouffrèrent les Arabes venus de l’ouest, puis les Turcs, les Mongols venus d’Asie, ce qui modifia à jamais l’histoire de l’Europe occidentale et orientale, de la Russie, de l’Afrique du Nord et de l’inde.

Quant à la Renaissance sassanide, elle a été, comme l’européenne 1 200 ans plus tard, une synthèse. Chapour1er (241-272) avait, dit-on, ordonné que l’on réunit et traduisit tous les textes religieux, philosophiques, astronomiques et médicaux existant, non seulement dans l’empire byzantin, mais en Inde. Si l’on se rappelle que ce fut grâce aux traductions dites « arabes  » que l’Europe, à partir du XII° siècle, refit connaissance avec les grands textes grecs, peut-être est-on en droit de dire qu’il n’y aurait pas eu de Renaissance en Europe - ou du moins qu’elle eût été différente - sans les travaux et l’exemple bien antérieurs des Persans, que les Arabes imitèrent avec éclat.

Nouveaux âges d’or persans.

A partir de l’an 652 de l’ère chrétienne, l’Iran subit l’invasion arabe, puis une domination étrangère qui aurait dû l’anéantir le pays demeura quelques siècles sous la dépendance des califes de Bagdad. Or, comme il était arrivé avec les Grecs, les vaincus conquirent leurs vainqueurs.

Les Perses affirmèrent d’abord leur originalité et leur indépendance en refusant le sunnisme et en élaborant la doctrine chi’ite. Cela revint, en politique, à refuser de reconnaître la souveraineté spirituelle des califes héréditaires de Bagdad ; un peuple vaincu, occupé, n’a plus à lui que sa vie intérieure.

Dans l’ordre politique, le fait décisif de la reconquête de notre indépendance fut l’action victorieuse d’un émissaire des Abbassides (descendants d’Abbas, oncle du Prophète), Abou Moslem Khorassani. De 745 à 750 et grâce à une armée permanente en majorité iranienne, il libéra le Kborassan, s’empara de ce qui est aujourd’hui l’Irak à Bagdad, la dynastie des Abbassides succéda grâce à lui à celle des Omeyyades.

Les sciences, les arts persans avaient émigré vers l’est, dans la province du Khorassan. Ils y acquièrent une vigueur et une splendeur jamais vues. Nichapour sous les Tahirides ( IX° siècle), Samarcande et Boukhara sous les Samanides, deviennent les centres d’une haute culture qui sera appelée irano-islamique. C’est l’age d’or de la poésie persane notamment avec Firdouzi (935 à 1020 environ), prince de l’épopée, avec les mystiques Sana’i de Ghazni, Jalal ed-din Rumi (mort en 1273), l’essor de la médecine et de la philosophie avec Rhazès et Avicenne...

L’émiettement commence avec les Mameluks. L’irruption des Mongols ne fera qu’achever un processus de décomposition déjà bien avance, mais il l’achèvera radicalement. Rien ne pourra pallier les effets désastreux d’une conquête aussi brutale qu’inhumaine. Gengis Khan, Houlagou ont détruit la plupart des villes, surtout au Khorassan, passé leurs populations au fil de l’épée : plusieurs millions d’Iraniens furent massacrés. Ainsi furent détruites les organisations qui entretenaient les traditions culturelles irano-islamiques et s’est intensifié le processus de nomadisation, si contraire à l’esprit proprement persan. Enfin, le peu qui subsistait de la culture urbaine est balayé à partir de 1383 par Timour Leng (Tamerlan).

Les historiens évoqueront cet épouvantable obélisque qu’il fit ériger à Bagdad avec quatre-vingt-dix mille têtes coupées. Il épargne quelques artisans qu’il déporte à Samarcande, sa capitale, avec mission de l’embellir.

De la puissance à la servitude.

La légende a peut-être exagéré les violences de Tamerlan, il n’est pourtant pas discutable qu’il régna par la terreur. La Perse paraissait définitivement engloutie, rayée pour toujours de l’Histoire. Et cependant, voici qu’on assiste encore à un renouveau, à une renaissance perse, sous les Safavides (1501-1736).

Le premier d’entre eux, Chah Ismail (1487-1524), refera militairement l’unité du pays contre les Uzbeks à l’est et les Ottomans à l’ouest, il scellera l’unité morale de la nation en majorité ralliée au chi’isme qui devient religion d’État.

Abbas le Grand : Ispahan, la « moitié du monde »

Ismail reculera devant les Portugais d’Alphonse d’Albuquerque, qui se sont emparés de l’île d’Hormuz et de la côte proche. Depuis l’effondrement de l’empire romain, c’est la première fois que l’Occident s’attaque à la Perse. C’est le signe des temps nouveaux, les temps modernes le mouvement qui nous a tirés vers l’Orient s’achève. Insensiblement, commence l’attraction vers l’Occident.

L’arrière-petit-fils d’Ismaïl, Abbas le Grand (1587-1629), nous rendit puissants, redoutés et prospères. S’il ne put récupérer la Mésopotamie, perdue à jamais en 1534 au profit de l’empire ottoman, il embellit Ispahan, sa capitale, y attira artistes et poètes, en fit une cité magnifique de six cent mille habitants, la « moitié du monde ». Ce fut un autre âge d’or de l’architecture et de la peinture.

C’est aussi Abbas qui autorisa les Compagnies des Indes orientales anglaises et hollandaises à ouvrir des comptoirs en Perse. Il est vrai que la Compagnie des Indes l’aida à chasser les Portugais d’Hormuz (1622) nous ne devions pas gagner au change.

De 1629 à 1736, nouveau siècle de recul devant les invasions turque et russe. Par l’accord de 1724, ces deux puissances se partagent nos provinces septentrionales, tandis que l’Afghan Ashraf occupe tout l’est et pille Ispahan. La Perse est démembrée, déchirée. Tout semble à nouveau perdu.

J’ai déjà évoqué le triste destin de notre dernier roi safavide, le malheureux Soltan Hossein, si misérable qu’il était encerclé dans sa propre capitale par des bandits de grand chemin. Le destin de la Perse semble définitivement scellé.

Nadir Chah, le « Louis XIV persan  »

Or, celui que l’histoire a nommé le « Louis XIV persan  » va nous redonner éclat et puissance : Nadir Chah. Ayant soumis les rebelles du nord à Machad et à Hérat, battu Ashraf, repris Ispahan (1729), il chasse les Turcs en deux temps, puis se retourne contre les Russes, qui préfèrent ne pas l’affronter et abandonnent leurs conquêtes.

Ensuite, Nadir Chah attaque et prend Kandahar, puis Kaboul, enfile la passe de Tsatsobi parce qu’elle n’est pas défendue, alors que celle de Khyber l’est - et débouche dans le dos de l’adversaire, dont il triomphe. Emmenant ses prisonniers, Nadir marche sur Delhi et y entre en mars 1739. Sur quoi, dit un historien Indien, « les richesses accumulées pendant 348 ans changèrent de mains en un instant ».

Pour son second fils, Nadir obtient la main de la petite-fille d’Aurengzeb et, satisfait, seretire, offrant à Mohamed Chah son royaume, moins la rive droite de l’Indus qui avait fait partie de l’empire achéménide.

On raconte sur lui de nombreuses anecdotes, dont j’aime à citer celle-ci. Aux Indes, en pleine mêlée, Nadir aperçoit un vieillard à barbe blanche qui se bat comme un lion et l’interpelle - Dis-moi, il y a treize ans, tu ne devais pas être là, puisque Ispahan a été prise ? Et le vieillard de répondre : - J’étais à Ispahan ce jour-là ; mais toi, tu n’y étais pas. Nadir Chah a été comparé à Louis XIV parce qu’il fut constamment vainqueur au cours d’éblouissantes campagnes.

Fath Ali Chah.

Aux Afcharides de Nadir Chah succéda la dynastie Zand (1757-1794) qui nous donna celui qui se faisait appeler le « défenseur des serfs  », Karim Khan (1757-1779), et s’acheva par une nouvelle guerre civile, résolue au profit de la dynastie Khadjar (1794-1925).

C’est alors que la Perse se dissout dans un émiettement anarchique d’autant plus catastrophique qu’il coïncide avec l’industrialisation des puissances occidentales, c’est-à-dire avec leur conquête de la suprématie économique, grâce à laquelle elles ouvrent l’ère du colonialisme. Pendant que les puissances occidentales envahissent - économiquement, militairement ou politiquement - les quatre parties du monde, nous perdons nos provinces du Caucase (traités de Gulistan (1813), puis de Turkmanchai (1828)) au profit de la Russie ; la province de Hérat au profit du royaume d’Afghanistan que la Grande-Bretagne nous force à reconnaître (traité de Paris, 1857) ; la province de Merv au nord-est au profit des Russes. Enfin, en 1872, la province de Séistan est partagée entre l’Afghanistan et la Perse.

Fath Ah Khan, souverain khadjar qui régna de 1797 à1834, s’est efforcé de récupérer la Géorgie. Il fit grand accueil, en 1807, au général comte de Gardanne et à la mission diplomatico-militaire envoyée par Napoléon à Téhéran. Cette mission étudia et explora les routes de Perse en vue d’une puissante expédition française sur l’Inde. En Égypte, Bonaparte avait soigneusement étudié la campagne victorieuse de Nadir Chah en 1739. Son projet est aujourd’hui considéré comme utopie. Mais la correspondance de Fath Ah Chah, de son fils Abbas Mina, du général Gardanne, avec Napoléon et Champagny, ministre français des Affaires étrangères - correspondance qui est archivée -nous renseigne sur les véritables intentions de l’Empereur. Il considérait la Perse comme le bastion naturel de l’Occident et la « plaque tournante  » entre Orient et Occident. En conséquence, « cet espace stratégique de toute première importance  » devait être utilisé de façon à la fois offensive et défensive. Il s’agissait d’abord de contenir les Russes, on pouvait compter sur les Persans, « à condition qu’ils aient à leur disposition vingt mille fusils et une bonne artillerie ».

Il s’agissait ensuite d’entraîner sérieusement et d’utiliser « les 144 000 cavaliers persans, des troupes de tout premier ordre  » comme avant-garde de l’expédition française de l’Inde, « expédition, écrivait Gardanne le 26 janvier 1808, qui, à Téhéran, est dans toutes les têtes ». Les états-majors français se trouvant à Téhéran, à Ispahan et à Chiraz calculaient que « la campagne de l’Indus durerait de cinq à sept mois selon que l’on ferait passer la Grande Armée orientale par la route de terre (Alep, Bagdad, Bassorah, Chiraz, Yazd), ou par la mer Noire et Trébizonde. Une partie de l’année avancerait par Erzeroum, Hamadan, Yazd et Hérat, l’autre partie par Tauris, Téhéran, le Khorassan et Hérat. Gardanne ajoutait : « Il faudra une bête de somme pour deux hommes... On fabriquera sur place des canons, des boulets, de la poudre il y a en Perse du salpêtre de très bonne qualité... Les Sykhs de l’indus, en guerre contre les Anglais, peuvent réunir 50000 cavaliers.  »

L’alliance française ne donna malheureusement à Fath Ahi rien de ce qu’il espérait. Les troupes russes envahirent la Perse au nord et Gardanne manda à Napoléon : « Du golfe Persique monte une mission anglaise dirigée par sir Harford Jones, nanti de beaucoup d’or et doué d’une grande scélératesse.  » L’Empereur se trouvait alors en Espagne, pourchassant le corps expéditionnaire britannique afin d’installer son frère Joseph sur un trône déserté. Son projet d’expédition aux Indes à travers la Perse fut abandonné lorsqu’en 1809 ses armées durent combattre surie Danubeet, trois ans plus tard, sur la Moskova.

La route des Indes et le pétrole.

Sous les successeurs de Fath Ali (Mohammad, 1834-1848, Nassereddin, 1848-1896 ; et Mouzaffareddin, 1896-1907), la faiblesse persane devient de l’aboulie. Si, au début du règne de Mohammad Chah (1838). nous nous battons encore pour reconquérir la province de Hérat, QUI NOUS APPARTIENT, nous l’abandonnerons finalement et reconnaîtrons le royaume d’Afghanistan sur simple menace britannique. Et pourquoi « le gouvernement de Sa Majesté considérait-il comme un acte d’hostilité l’occupation de la province de Hérat » ? Non parce que nous, Iraniens, représentions une menace pour les Indes, mais bien à cause des consuls russes qui auraient ouvert leurs bureaux à Hérat reconquise !

Du traité de Paris de 1857 à 1921, aucun gouvernement de notre infortuné pays n’a osé Bougerun soldat, accorder une concession, voire voter une loi n’intéressant que les Iraniens, sans l’accord, tacite ou exprès, soit de l’ambassade de Grande-Bretagne, soit de celle de Russie, soit des deux. Notre politique - si l’on peut encore employer ces mots -s’élaborait dans ces deux ambassades et les deux gouvernements dissimulaient à peine qu’ils tenaient la Perse pour une sorte de servante « intouchable ». Leurs communications diplomatiques étaient des ordres, que nous exécutions, des menaces, si nous nous montrions tant soit peu récalcitrants.

Au pis aller, la Grande-Bretagne nous « envahissait  » un « corps expéditionnaire  » (quelques centaines d’hommes) débarquait du Golfe. Et tout rentrait dans l’ordre, sauf quand des tribus, les Tchahkontahi ou les Tangestani par exemple, exterminaient de leur propre mouvement le corps expéditionnaire. Les Anglais devaient à tout prix garder libre la route des Indes.

Le naphte

Or voici que, sur cette route, deux savants français, le géologue Cotte et l’archéologue Jacques de Morgan, ont trouvé des traces évidentes de gisements de pétrole, du reste connu en Perse depuis l’Antiquité sous le nom de naphte. La certitude que le sous-sol de la Perse, notamment dans la région sud-ouest du pays, était riche en pétrole était acquise depuis longtemps. Dès 1872, Julius de Reuter, un baron anglais, avait obtenu une concession s’étendant à tout le pays, mais ses efforts pour en tirer parti demeurèrent vains et il renonça avant d’y engloutir sa fortune. Il devait, il est vrai, trouver une consolation à ses ambitions en créant une agence de presse bientôt réputée et qui a consent son nom.

Aux deux Français qui, quelques années plus tard, virent leurs efforts couronnés de succès, il fut plus facile de trouver un financier qui s’intéressât à leur découverte. Le ministre de Grande-Bretagne en Perse, Sir Henry Drumond, les mit en rapport avec un banquier australien, William Knox d’Arcy, vivant à Londres.

Knox d’Arcy disposait d’une impressionnante fortune qu’il devait à l’exploitation d’une mine d’or située dans le Queensland en Australie. Le goût du risque et son sens des affaires le persuadèrent qu’il pourrait doubler la mise avec l’or noir. Le 28 mai 1901, après d’assez laborieuses négociations, compliquées par les exigences quelque peu menaçantes des Russes, Knox d’Arcy se voyait enfin octroyer par le Chah de Perse une concession exclusive de soixante ans « pour trouver, extraire, transporter et commercialiser le gaz naturel, le pétrole, l’asphalte et les autres dérivés du pétrole sur toute l’étendue du pays... à l’exception des provinces limitrophes de la Russie tsariste. En fait Knox d’Arcy avait, cette fois, péché par excès d’optimisme. Les sommes à investir dépassèrent rapidement ses possibilités et il lui fallut céder sa concession à l’AngloPersian Oil Company.

Ce n’est que le 26 mai 1998 que le pétrole jaillit enfin à Masjid-i-Suleiman (ou Mosquée de Salomon, nom qu’elle devait à la proximité des ruines d’un temple voisin). Le nom de Knox d’Arcy allait dès lors figurer dans l’histoire du pétrole, bien qu’il n’eût jamais mis les pieds en Perse et qu’il n’eût probablement jamais vu un baril de pétrole de sa vie.

Dans l’intervalle, le 31 août 1907, Nicholson et lzvolski avaient signé le partage de la Perse entre la Grande-Bretagne et la Russie. Par curiosité, il m’est arrivé de feuilleter l’Encydopaedia Britannica et j’y ai lu, au chapitre de l’histoire de la Perse, le commentaire de M. Laurence Lockhart à propos de ce partage. Il ne s’agit nullement d’un article humoristique, comme on pourrait le croire. En voici le principal passage :

« Dans cet accord entre la Grande-Bretagne et la Russie, écrit M. Lockhart, les deux puissances, après avoir affirmé qu’elles respectaient l’indépendance et l’intégrité de la Perse, stipulaient qu’elles renonçaient à se faire accorder des concessions quelconques dans les régions limitrophes de leur commune frontière.

Le désarroi fut grand parmi les Persans lorsque les termes de l’accord furent connus. La Grande-Bretagne, qui avait montré jusque-là tant de sympathie aux constitutionnalistes, semblait les avoir trahis. Ce qu’on ne comprit pas en Perse, c’est que Grande-Bretagne et Russie avaient été forcées de signer cet accord par la crainte commune que leur inspirait la puissance grandissante de l’Allemagne. Une déclaration des deux puissances expliquant que l’objet de l’accord était d’empêcher, non de provoquer, une intervention, ne diminua guère les inquiétudes persanes.  »

Comment pouvait-on à la fois respecter l’indépendance et l’intégrité de la Perse et se la partager ? L’Encylopaedia Brïtannica ne le dit pas.

La Perse, pays de cauchemar

L’agitation révolutionnaire russe de 1905, avec ses émeutes et attentats à Tiflis et à Bakou, avait déclenché à Téhéran un mouvement politico-religieux favorisé par la Grande-Bretagne, obligeant le faible Mouzaffareddin Chah à octroyer un fantôme de constitution (30 décembre 1905), avant de comparaître devant l’Éternel quelques jours plus tard. Mais à part l’élection entièrement dominée par les grands propriétaires féodaux - d’une Assemblée, il y eut peu de vraies réformes.

Le climat social et politique de la Perse relevait du cauchemar. Le gouvernement central était si faible que son autorité ne s’étendait pas même à toute la capitale. L’armée, la gendarmerie et la police étaient quasiment inexistantes, les quelques soldats, mal payés ou impayés, devant exercer de petits métiers pour subsister. D’ailleurs, ils obéissaient à des officiers russes au nord, à des officiers anglais au sud.

La seule loi qui régnait était celle de la force. Elle était aux mains des grands propriétaires fonciers et des chefs de tribus locales chargés d’assurer - sous contrôle britannique - la sécurité des exploitations pétrolières, aux mains des brigands dans les campagnes, des voleurs dans les villes. La Perse était un des pays les plus pauvres du monde il arrivait que le gouvernement dût emprunter aux marchands pour recevoir un hôte étranger. Quant aux particuliers, seuls prospéraient ceux qui trafiquaient avec l’étranger, auquel on avait cédé l’exploitation des principales ressources et des principaux services nationaux pétrole, pêcheries, télégraphe, douanes, etc. L’agriculture, l’artisanat, le commerce, avaient un caractère médiéval. Le servage existait encore.

La situation sanitaire était au-dessous de tout. Non seulement l’espérance moyenne de vie était réduite à trente ans, la mortalité infantile une des plus élevées du monde, mais la malnutrition et les mauvaises conditions d’hygiène avaient taré un peuple qui avait été un modèle de santé et de vitalité. L’absence totale d’hygiène avait donné une amplitude désastreuse à la typhoïde, à la malaria et au trachome devenus en certaines régions endémiques, tandis que les épidémies de peste et de choléra n’étaient pas rares, ni les disettes causées par la sécheresse. L’ignorance allait de pair avec la misère et la maladie. Le taux des lettres n’atteignait pas un pour cent de la population, il n’y avait qu’un seul lycée, à Téhéran. Les femmes n’allaient pas à l’école, étant privées de tout droit.

Tout ce qui faisait l’apanage de la civilisation matérielle occidentale et s’étendait même, dans une certaine mesure, à l’empire ottoman, A l’inde et à nos autres voisins, tout cela était pratiquement inconnu : en Iran les chemins de fer, les voies carrossables, l’automobile, l’électricité, le téléphone n’existaient pas, ou constituaient un véritable luxe. Tous ces manques matériels et spirituels allaient de pair avec la généralisation de la corruption, du mensonge, de l’hypocrisie, du recours à l’opium et la pratique de toutes sortes de superstitions. Cette décadence, si elle résultait en partie de la faiblesse et de l’ignorance du peuple iranien, découlait aussi et surtout de l’incapacité des autorités gouvernantes perses, de l’égoïsme de l’aristocratie féodale et de la volonté délibérée des colonialistes étrangers. Nombreux étaient les Britanniques qui, se souvenant de Nadir, craignaient les Iraniens. Aussi pratiquaient-ils une politique de maintien d’un no man’s land entre la Russie et les Indes.

Comme un condamné ayant perdu tout espoir, le pays moribond attendait qu’on lui donnât le coup de grâce, et peu lui importait qu’il vint du nord ou du sud. C’est alors que quelqu’un surgit. Mon père.

DE LA PERSE A L’IRAN

La Dynastie des Pahlavi. Mon Père, Reza Chah le Grand

En 1907, au moment de la signature du traité anglo-russe, mon père, qui avait alors la trentaine, commandait une unité de cosaques iraniens. C’était un géant, adoré de ses cavaliers, redouté des chefs de bande le plus souvent au service des grandes familles féodales qui dominaient le pays. Écrivains, sculpteurs, peintres ont laissé de lui des portraits que journalistes, photographes et cinéastes ont popularisés durant plus d’un demi-siècle.

Au début de la Première Guerre mondiale, il est déjà Reza Maxim, du nom de la mitrailleuse Maxim : Une photo le représente derrière sa mitrailleuse percée d’une balle. Il ne devait pas y avoir plus de cinq ou six Maxim dans le pays à cette époque. Sa renommée ne cesse de grandir. En 1915, c’est avec douleur et colère qu’il voit notre pays devenir le champ clos où s’affrontent Turcs et Allemands contre Russes et Anglais.

Après le traité de Versailles de 1919, la Perse n’est ni plus ni moins qu’un protectorat britannique, tandis que, dans les provinces du nord, gronde la révolution bolchevique et qu’une république soviétique y peut être à tout moment proclamée.

C’est au milieu de ces troubles affreux que je nais, à Téhéran, le 26 octobre 1919. Mon père, qui rentre d’une campagne victorieuse dans le nord, est heureux d’avoir un fils, un héritier.

Le général Reza Khan élu Empereur.

Il me l’a confié bien souvent : c’était alors à désespérer de la patrie. Le gouvernement central est inexistant. Les principaux chefs de bande se sont partagé le pays. Il n’y a plus ni loi, ni ordre, ni armée, ni police. Les tribunaux sont ceux d’un clergé ignorant et trop souvent intéressé. Les bandes armées ont leur cour martiale dont la justice est encore plus expéditive. Cependant l’étranger, fût-il malfaiteur avéré, ne peut, en vertu de protocoles de capitulation signés avec les grandes puissances, être jugé. A Téhéran même, on se garde de sortir après la nuit tombée, sauf en cas d’urgence, pour chercher un médecin, le plus souvent introuvable. On peut être détroussé ou assassiné à tous les coins de rue.

Notre système de communication est détérioré au point que, pour aller de Téhéran à Machad dans le nord-est, il faut traverser la Russie afin d’éviter les chemins infestés de bandits. Pour se rendre de la capitale au Khouzistan, province du sud-ouest, il est nécessaire de transiter par la Turquie et la Mésopotamie !

Mon père, qui lutte difficilement contre les bandes armées, est, tout juste avant ma naissance, saisi d’un tel écoeurement qu’il décide de trouver la mort honorable d’un soldat. Il enfourche son cheval blanc et galope bien au-delà de ses postes d’avant-garde ; les ennemis, d’abord frappés d’étonnement, le prennent pour cible et, inexplicablement, le manquent !

La mort ne voulant pas de lui, Reza Khan continue de servir. Au moment de la révolution bolchevique, il a chassé les officiers russes, « blancs  » en principe, mais peu sûrs, et pris en main les cosaques iraniens. Le voici désormais à la tête de 2 500 cavaliers à Ghazvine, place stratégique alors occupée par les Britanniques. Nous sommes en août 1920. Il comprend qu’il s’agit de la vie ou de la mort de la patrie et décide d’agir. Quittant Ghazvine en secret, il marche sur Téhéran, investit la ville et oblige Ahmad Chah, le souverain de l’époque, à changer le gouvernement (23 février 1921). Ce putsch éclair ne fit que très peu de victimes et on prête au général anglais Ironside, commandant des forces britanniques en Perse, ce jugement « Reza Khan est le seul homme capable de sauver l’iran.  »

Mon père avait eu pour allié un jeune journaliste politique, Seyed Zia ed-Din, dont l’anglophilie était notoire. Pendant trois mois, ce dernier présida le nouveau gouvernement, après quoi mon père qui détenait le portefeuille de la guerre l’encouragea fortement à quitter le pays. Il entendait ainsi affirmer sa volonté d’indépendance à l’égard de l’étranger. Ahmad Chah acquiesça, constitua un nouveau gouvernement, et confirma mon père dans ses fonctions de ministre de la Guerre avant de se rendre en Europe comme il en avait l’intention.

Devenu généralissime (Sardar Sepah) Reza Khan n’avait aucunement l’intention de détrôner le roi. Bien au contraire, il demanda avec insistance à Ahmad Chah de regagner son pays et, lorsque celui-ci s’y décida enfin, il alla l’accueillir à Bandar-Bouchehr, sur le golfe Persique. Lorsque, quelque temps plus tard, le souverain décida de repartir pour la France - il devait y mourir - Reza Khan comprit que l’Iran avait besoin d’un autre régime. L’absence d’une autorité véritable à la tête du pays était inconcevable.

A cette époque, tous les regards se portaient vers Mustapha Kemal qui s’employait à faire de la Turquie un État moderne. Mon père l’admirait beaucoup et je peux dire que le grand homme d’État turc le lui rendait bien. Une anecdote l’atteste quelques années plus tard : alors que mon père, devenu empereur, effectuait une visite officielle en Turquie, Mustapha Kemal fit agenouiller devant lui le porte-drapeau de l’unité qui rendait les honneurs. Mon père avait pourtant songé à l’instauration d’une république dans le style de celle à laquelle Mustapha Kemal attacha son nom et dont il aurait brigué la présidence.

C’est le haut clergé chi’ite’ qui, avec la plupart des politiciens et des commerçants, s’y opposa en faisant valoir que la Perse, à la différence de la Turquie, était un empire où cohabitaient des ethnies aux langues diverses et qu’il fallait un souverain pour incarner et préserver son unité.

C’est dans ces conditions que, le 31 octobre 1925, le Parlement vota la déchéance des Khadjars. Une assemblée constituante fut élue qui, à l’unanimité moins quatre voix, remit la couronne au généralissime Reza Khan.

Le nouvel empereur devint Reza Chah Pahlavi.

Il avait emprunté à l’histoire de notre pays ce mot de pahlavi qui désignait la langue et l’écriture officielles de l’Empire d’Iran, à l’époque des Sassanides. C’est le nom patronymique qu’il m’a légué pour le transmettre à mon tour à mes enfants.

La cérémonie du couronnement eut lieu le 25 avril 1926. Au cours de cette cérémonie je fus proclamé prince héritier. Je n’avais pas sept ans.

Mon père nous aimait tendrement, profondément. Nous étions onze enfants, qui avions pour lui un amour admiratif et, tant il nous paraissait puissant et redoutable, une espèce de crainte respectueuse. Je compris bientôt que, sous son aspect de rude cavalier, il était d’une grande bonté. Ses adversaires mêmes l’ont reconnu il fut un de ces hommes providentiels qui apparaissent au cours des siècles pour empêcher que la patrie ne sombre dans le néant. C’est finalement son caractère entier, impétueux, qui lui permit de surmonter les pires difficultés pendant son règne, mais fut aussi cause de son départ.

Il n’avait rien du monarque oriental et ses taches impériales constituaient pour lui un véritable service militaire. Il couchait à même le sol, sur un simple matelas. Debout à cinq heures du matin, il prenait dans la journée deux repas très simples, et travaillait le reste du temps.

Lutte pour l’unité et l’indépendance nationales.

J’ai dit ailleurs combien grand fut son mérite. Peu après le coup d’État, la Perse et la Russie soviétique signaient un pacte de non-agression et d’amitié qui abolissait les privilèges et capitulations stipulés par les conventions antérieures. Les clauses du traité anglo-iranien de 1919 qui n’avait jamais été ratifié par le Parlement, furent officiellement dénoncées. Mon père refit aussi l’unité intérieure. Les chefs de certaines tribus, propriétaires d’actions de l’Anglo-Iranian Oil Co, étaient chargés, en échange, d’assurer l’ordre et la sécurité dans les régions pétrolifères. Ce qui permettait aux Britanniques de manouvrer ces tribus. Mon père racheta les actions et soumit les tribus une à une, dans le Centre, le Sud et le Sud-Ouest.

Après la marche sur Téhéran, mon père se lamentait « si je disposais seulement de mille fusils du même calibre !  »Son premier soin avait donc été de créer un instrument militaire. L’armée iranienne devint forte d’une division d’infanterie, d’une brigade autonome, d’unités spéciales assurant la sécurité des voies de communication. Des fortins furent d’ailleurs édifiés aux carrefours stratégiques des routes nationales. Par la suite, mon père créa une marine et une aviation. Les premiers cadres de l’armée nouvelle furent constitués par des officiers français et les futurs officiers iraniens firent leurs études en France, à Saint-Cyr, Saumur, Saint-Maixent. Plus tard, je fus moi-même instruis en Iran par des officiers saint-cyriens.

Parallèlement, une infrastructure industrielle fut créée, afin que la nation pût au plus vite disposer de produits manufacturés de première nécessité. Mon père aurait voulu, dans le même temps, faire un effort au moins égal pour notre paysannerie. Ce ne fut pas possible. Je dirai, plus loin, quelle fut l’attitude de notre Révolution blanche vis-à-vis des travailleurs de la terre iraniens. Mon père mit fin peu à peu aux monopoles étrangers. Les droits de douane, affermés aux Belges, étaient entièrement destinés à couvrir une partie de nos dettes extérieures. La gendarmerie était commandée par des Suédois. Il n’y avait de banques, que russe, anglaise et ottomane. Sans compter que les Britanniques conservaient d’autres monopoles tels que l’émission des billets de banque, le télégraphe, etc.

Tout cela fut aboli et la nouvelle monnaie garantie par de l’or et les bijoux de la couronne, dont les pierres les plus sensationnelles nous venaient de Nadir Chah, c’est-à-dire de l’Inde. Si la couronne britannique possède le Koh-i-Noor (Montagne de Lumière), nous avons le Daria-i-Noor (Mer de Lumière), qui est peut-être encore plus beau. Ce prodigieux diamant se trouve dans les coffres de la Banque centrale de Téhéran, avec tout le Trésor national et les bijoux de la Couronne. Il y a dans les caves de cette banque des coffres pleins de perles et de diamants, car notre dynastie n’a cessé d’enrichir ce trésor de pierres achetées ou reçues en cadeau. Il va sans dire que nous avons toujours considéré un tel trésor comme propriété de la nation et du peuple iraniens mais cela va encore mieux en le disant.

Les émeutiers-électeurs de quinze à seize ans qui, dans nos villes, ont abattu les statues de Reza Chah, ignoraient quelle ténacité avait dû être celle de mon père pour tirer la patrie du néant, commencer à bâtir des villes, à construire des écoles, la première université, des hôpitaux, des fabriques, des routes, des ports, les premières centrales électriques, avant d’avoir une monnaie nationale, des billets de banque émis par la Banque Nationale d’État et garantis par le gouvernement. En 1927, il entreprit la construction du Transiranien, terminée en 1939. Plus de 1 500 kilomètres de voies ferrées (4 100 ponts, 224 tunnels d’une longueur totale de 86 kilomètres) de la Caspienne au golfe Persique.

Il fit tous ses efforts pour que les richesses du pays devinssent
richesses nationales. C’est ainsi que, dès le mois de décembre 1932, il
dénonça le contrat de concession signé en 1901 avec d’Arcy puis transféré à
l’Anglo-Persian Oil Go. La production pétrolière de l’Iran, qui ne dépassait
pas 2 365 000 tonnes en 1923, atteignait déjà 10 300000 tonnes en 1938. En
1977, la production annuelle avoisinait 300 millions de tonnes. Celle du gaz
naturel dépassait 40 milliards de mètres cubes.

Entrer dans le siècle au lieu d’en sortir.

En 1926-1927 est introduit en Iran un système judiciaire sur le modèle français. L’instauration de l’enseignement primaire obligatoire et laïque est entreprise, malgré la pénurie de maîtres compétents. Les attributions juridiques parfois inquisitoriales du clergé se trouvèrent ainsi supprimées. Il faut comprendre l’importance capitale de cette évolution, qui se manifesta d’ailleurs dans tout le Proche-Orient islamique. L’instauration par mon père, le développement par moi-même, d’un régime politique moderne en partie inspiré de l’Occident, ont enlevé au clergé une grande partie de ses privilèges d’antan. Au lieu d’utiliser cet allégement pour développer en son sein la vie spirituelle et accroître ainsi son rayonnement, son influence morale et civilisatrice, une partie des prêtres chi’ites s’est d’abord rabattue sur la très ancienne position politique tenant à sa nature même celle qui consiste à regarder tout pouvoir temporel, quel qu’il soit, comme nécessairement usurpateur.

Quant aux marxistes, ils inventèrent l’invraisemblable et antinomique déviation, dite du marxisme islamique. Mais au temps de mon père, il faut bien reconnaître que, s’il n’avait pas combattu la tendance politicienne d’un certain cléricalisme, la tâche entreprise eût été beaucoup plus difficile. L’Iran n’aurait pu avant longtemps devenir un pays moderne. C’est parce que mon père estimait peu certains hiérarques particulièrement fanatiques et sectaires qu’on le disait bien à tort irréligieux. Il était profondément croyant, comme je le suis moi-même. Sa foi était celle d’un homme brave et droit. L’autorité spirituelle du clergé restait incontestable et incontestée. La primauté morale du spirituel sur le temporel étant indiscutable et indiscutée, il s’agissait de faire entrer l’Iran dans son siècle, alors qu’on veut aujourd’hui l’en faire sortir. Ce qu’affirmait Reza Chah, c’est qu’il était impossible à une nation de vivre et de subsister, au XX° siècle, à l’obscurantisme.

La véritable spiritualité devait se tenir au-dessus de la politique et de l’économie. Reza Chah était trop croyant pour considérer Dieu comme unesorte d’agent électoral supérieur, ou d’ingénieur en chef des puits de pétrole. Il donna à tous ses fils le nom de l’Imam Reza - avec un premier prénom, afin qu’on pût les distinguer - caril avait une vénération particulière pour ce descendant d’Ali. Souvent, Reza Chah se rendait en pèlerinage à Machad, au tombeau du saint Imâm. La fondation religieuse de l’Imâm Reza était, lorsque Reza Chah prit le pouvoir, à l’abandon et endettée. Les bâtiments tombaient en ruine. Reza Chah les releva.

Sous mon règne, la fondation est devenue l’une des plus importantes et des plus prospères du monde islamique. Les dons des fidèles, et parmi eux les miens, ont transformé cette fondation en un extraordinaire complexe religieux, du reste propriétaire de fabriques, d’unités agricoles mécanisées, d’hôpitaux et de nombreuses institutions charitables. Disons en passant que j’ai de même restauré et enrichi de très nombreux monuments et mosquées en Iran, mais aussi à l’étranger. On sait que les donations faites aux fondations religieuses sont définitives. Or le prétendu nouveau gouvernement de Téhéran les a placées sous séquestre !

Mon père avait aussi conscience de protéger notre religion contre la propagande d’un matérialisme intolérant qui invitait à « raser les mosquées ». Mais cela ne signifiait nullement qu’il acceptait toutes les prétentions de religieux vivant obstinément hors du siècle. Ainsi décida-t-il que les citoyens abandonneraient définitivement le costume oriental, Leur large pantalon, leur turban et leur bonnet ce ne fut pas du goût de certains. Et lorsque les femmes furent invitées à renoncer au voile noir, ces mesures, « prises au nom du simple bon sens  », furent vivement contestées par une partie du clergé. Je devais me montrer beaucoup moins intransigeant sous mon règne, femmes et jeunes filles furent parfaitement libres de porter ou non le tchador.

Le fait reste qu’une certaine hiérarchie ecclésiastique fut, dès 1926, ouvertement opposée aux réformes du Chah et à la métamorphose de l’Iran en pays moderne. Cette opposition se retrouvera lors des événements insurrectionnels de 1952-1953, de 1963 et de 1978-1979.

Puissance de la prière et de la foi.

C’est grâce à l’exemple de mon père que j’ai compris, très jeune, quelle pouvait être la puissance de la prière, qui ne fut jamais, pour l’enfant que j’étais, récitation de formules apprises par coeur. De nombreux chroniqueurs ont publié des récits plus ou moins exacts de mon enfance. Peu de temps après le couronnement de mon père, me voici au lit avec la typhoïde. On craint le pire lorsqu’une nuit, en rêve, je vois Ali, Dans ma conscience d’enfant, je sais qu’il s’agit d’Ali, le premier de nos Imâms. De la main droite, il tient ce sabre à deux tranchants qu’on lui voit sur nos images, et de l’autre un bol contenant un liquide qu’il m’ordonne de boire. J’obéis. Le lendemain, la fièvre tombe et je guéris rapidement.

Un peu plus tard, durant l’été, en me rendant à Emamzadeh-Daoud, lieu de pèlerinage dans la montagne, je tombe de cheval sur les rochers et m’évanouis. On me croit mort, je n’ai pas une égratignure. En tombant, j’ai eu la vision de l’un de nos saints, Abbas, qui me soutenait dans ma chute. A ce rêve, puis à cette vision, devait succéder, un peu plus tard, près du palais royal de Chimran, une apparition celle de l’Imâm, descendant du Prophète, qui, selon notre foi, doit réapparaître sur terre pour sauver le monde. Rêve, vision, apparition ces formes d’activité mentale restent mystérieuses pour ceux qui n’ont pas la foi. En quatre occasions graves la foi, qui ne m’a jamais abandonné, m’a été d’un grand secours. Elle m’a sauvé la vie à deux reprises lors d’accidents qui auraient dû m’être fatals et lors de deux attentats perpétrés contre moi.

Mon premier accident d’avion eut lieu alors que je me rendais, aux commandes d’un « Tiger moth  ». près d’Ispahan où l’on procédait à l’aménagement du cours d’une rivière. Le général commandant la division d’Ispahan m’accompagnait. C’était un officier de cavalerie. En cours de route, brusquement, mon moteur a des ratés et se met à hoqueter. Il fallait que je me pose au plus tôt. Un coup d’oeil à la ronde me montra que ce ne serait pas facile. Nous nous trouvions face à un village : à ma droite une montagne, à ma gauche des champs fraîchement labourés sur lesquels il ne pouvait être -question de me poser. Je me résous donc à virer sur ma droite en gardant une vitesse suffisante pour ne pas tomber. Soudain je m’aperçois que la montagne est coupée par un grand ravin. Je tire alors sur le balai et d’extrême justesse nous passons. Il ne me restait pas autre chose à faire que de me poser sur le flanc de la montagne, ce que je fis. A peine avais-je pris contact avec le sol que je me trouvai face à un rocher. Impossible de l’éviter. Le train d’atterrissage fut arraché et l’appareil poursuivit sa course sur le ventre ce qui eut pour effet de la ralentir fort opportunément. Une minute plus tard l’hélice heurta un autre rocher et l’appareil culbuta.

Mon compagnon de voyage et moi-même, nous nous retrouvâmes pendus, la tête en bas. Non sans difficultés, nous nous débarrassâmes de nos sangles. Le général était verdâtre. Un autre appareil nous suivait. Il parvint à se poser sans casse derrière le village. Entre-temps, ceux qui nous accompagnaient nous avaient rejoints en voiture, et ses occupants coururent vers nous, passablement inquiets. Je m’empressai de les rassurer et je leur dis : « Eh bien maintenant, je vais continuer avec l’autre appareil !  » J’étais entouré de généraux qui protestèrent vigoureusement. Voyant que j’étais peu disposé à céder, ils se couchèrent devant l’appareil « Sire, vous ne partirez pas !  » C’est donc en voiture que je terminai le parcours et j’eus la satisfaction d’arriver à Ispahan pour y faire à temps ce qui avait motivé mon déplacement.

Une autre fois, une aventure à peu près comparable m’advint. Aux commandes de mon avion, je m’engageai dans un défilé très étroit. Je me rends compte aussitôt qu’il nous sera impossible de franchir la passe montagneuse. Obligé de faire demi-tour au moment où l’indicateur montrait que l’appareil était en perte de vitesse, je parvins, ailes à la verticale, sol à quelques mètres, à redresser mon avion, défiant contre toute attente les lois de la pesanteur et de l’aérodynamique. Sans cette manoeuvre désespérée, une mort assurée nous attendait. Nous aurions dû, en bonne logique, nous écraser. Le jeune pilote qui m’accompagnait était si étonné, à l’atterrisage, de nous voir encore vivants, lui et moi, qu’il voulut me faire, sur-le-champ et à son tour, une démonstration de ses talents.

Je le voyais désireux de mettre pas en reste. Il se proposait donc de volet sur le dos à la sortie d’un looping, de raser le sol, puis de se redresser, avant d’achever sa figure acrobatique. Comme je le savais tout à fait capable de réussir une figure aérienne aussi difficile, j’acceptai. Malheureusement, il ne parvint pas, ayant volé tête en bas, à se redresser et il s’écrasa sous mes yeux. Devant une si grande cruauté du sort, je dus convenir, une fois de plus, que mon heure n’était pas venue. L’attentat dont je fus victime le 4 février 1949me convainquit une fois encore que j’étais protégé. Au début de l’après-midi, ce jour-là, je devais assister à la cérémonie annuelle qui commémore la fondation de l’Université de Téhéran. J’étais en uniforme et devais présider la remise des diplômes aux lauréats.

Il était un peu plus de 15 heures lorsque je pris la tête du cortège officiel. Déjà les photographes s’affairaient. Un homme se détacha de leur groupe et, à moins de trois mètres de moi il braqua une arme dans ma direction. Trois balles firent voler ma casquette, m’effleurant le crâne, la quatrième balle m’atteignit à la pommette droite, fit basculer ma tête et ressortit sous le nez. Je n’avais pas quitté des yeux mon agresseur et je compris qu’il allait tirer encore une fois. J’eus le temps de me retourner, m’inclinant légèrement, de sorte que la balle que j’aurais dû recevoir en plein coeur m’atteignit à l’épaule. Il lui restait encore une balle mais l’arme s’enraya. L’homme, un certain Fakhr Araï, fut immédiatement tué. Peut-être avait-on intérêt à ce qu’il ne parlât pas.

Nous sûmes pourtant qu’il avait des liens étroits d’amitié avec de pseudo-religieux du clan ultra-conservateur, On découvrit chez lui des tracts et des brochures du parti Toudeh, le parti communiste iranien qui n’était pas encore interdit et qui tenait précisément son congrès à ce moment-là. Le miraculeux échec de cet attentat me prouva une fois de plus que j’étais protégé. J’ai toujours eu le sentiment que ne doit arriver que « ce qui est écrit ». Ma foi a toujours dicté ma conduite - celle de l’homme et celle du chef d’Etat - et j’ai toujours considéré que l’un de mes plus impérieux devoirs était de donner et de conserver à notre religion la place qui lui revient. Une civilisation athée n’en est pas une et j’ai toujours veillé que la Révolution blanche à laquelle j’ai consacré tant d’années de mon règne, soit en tout point conforme aux principes de l’Islam. La religion est le ciment qui permet à l’édifice social de tenir debout. Elle est la base même de la vie familiale et nationale.

« Mon fils, n’ayez peur de rien.  »

Libération et reconquête

J’avais six ans lorsqu’on me donna pour gouvernante une Française mariée à l’un de nos compatriotes, Madame Arfa, née Bugeaud je crois bien. Elle éprouvait une haine viscérale envers les Allemands. Grâce à elle, j’avais déjà une bonne connaissance de la langue française lorsqu’à douze ans je commençai en Suisse mes études. J’y restai jusqu’en 1936, pratiquant scrupuleusement notre religion.

Je dois dire que j’étais un passionné de l’histoire de France. J’admirais Saint Louis rendant la justice sous un chêne, au bois de Vincennes. L’histoire de Louis IX me rappelait celle de notre bon roi Anouchiravan le Juste et de la cloche qu’il avait fait installer à la porte de son palais : qui voulait réclamer justice n’avait qu’à la faire sonner. UN âne broutant tire un jour sur la corde de la cloche et Anouchiravan fait demander à l’animal le sujet de sa plainte. Henri IV, Louis XIV personnage pour moi vraiment extraordinaire - me fascinaient. J’étudiais avec un vif intérêt le rôle des cardinaux - Richelieu, Mazarin, Dubois-qui, malgré leurs défauts, avaient su servir la France.

Parmi les grands hommes, j’admirais encore Charles Quint, guerrier magnifique et sage politique, Pierre le Grand et la Grande Catherine, Elizabeth d’Angleterre et Frédéric le Grand. Prince héritier, je savais que j’étais destiné à régner un jour c’est pourquoi j’avais pour l’histoire une véritable passion. Un de mes grands désirs d’enfant était de rendre nos paysans heureux. Et mon autre rêve était que chacun pût être jugé selon de justes lois. Je dirai comment je me suis efforcé plus tard de faire de ce désir et de ce rêve des réalités. C’est de Bandar Pahlavi, petit port de la côte caspienne, qu’en 1931 je m’embarquai à destination de Bakou, en Russie, pour y prendre le train qui devait me conduire jusqu’en Suisse où j’allais faire mes études. Lorsque je rentrai en 1936, je ne reconnus rien Pahlavi était une ville moderne, occidentale. Téhéran, dont les vieux murs d’enceinte avaient été rasés sur ordre de mon père, commençait à prendre l’allure d’une capitale européenne. Mais je n’eus d’abord pas loisir de considérer en détail cet Iran nouveau qui surgissait sous mes yeux je suivais les cours de notre École militaire.

Breveté sous-lieutenant en 1938, j’entrai aussitôt en fonction en qualité d’inspecteur de l’armée. Chaque jour, je passais plusieurs heures avec le Chah, mon père, que j’accompagnais en outre très souvent dans ses déplacements. Il désirait que je connusse à fond notre pays et « le métier de roi  », à commencer par celui de chef militaire. Il avait vécu les années terribles de 1915 à 1921. Par une sorte de prémonition, il redoutait qu’un conflit mondial ne survint avant que l’Iran ne pût défendre son indépendance contre quiconque. L’année suivante, le 10 septembre 1939, la Seconde Guerre mondiale éclatait.

Notre espérance : Rester neutres.

Contrairement à ce qu’ont écrit les écrivains chroniqueurs, mon père n’avait que méfiance à l’égard de Hitler. Les conceptions politico-militaires du Führer lui semblaient non seulement téméraires, mais extrêmement dangereuses, voire désastreuses pour le monde civilisé et la Perse en particulier. Bien que nous employions en Iran un grand nombre de techniciens allemands, du reste pour la plupart excellents, il se hâta de proclamer la neutralité de l’iran.

Durant la première phase des hostilités et jusqu’à l’offensive de l’Axe dans les Balkans en avril 1941, nous conservâmes l’espoir que cette immense guerre épargnerait notre pays. Après que la Wehrmacht eut envahi l’URSS le 22 juin 1941, l’Iran affirmait à nouveau, et de façon particulièrement solennelle, sa stricte neutralité.

La guerre éclair de Hitler à l’ouest et à l’est plaçait désormais I’URSS dans une situation extrêmement critique. Il devenait évident qu’elle ne pourrait survivre que si les Alliés venaient à son secours. Or le ravitaillement par le nord et Mourmansk était difficile, le ravitaillement par la Méditerranée, impossible la Turquie avait bouclé les Détroits, le maréchal Rommel et son Afrika Korps menaçaient bientôt Alexandrie et les Allemands étaient maîtres de la Bulgarie et de la Grèce. On sait qu’au cours de l’été 1942, des unités motorisées allemandes parvinrent jusqu’au centre pétrolier de Maïkop, dans le Caucase. Les Alliés n’avaient donc qu’une seule route leur permettant de secourir sûrement la Russie celle qui montait du golfe Persique. L’Iran redevenait un espace stratégique, sinon tactique, de première importance.

Le roi Farouk, dont j’avais épousé la soeur, me fit savoir par son ambassadeur à Téhéran que des mouvements de troupes britanniques avaient lieu, qui pourraient bien être dirigés contre l’Iran. J’avertis mon père. Il envoie aussitôt un télégramme à notre ministre plénipotentiaire à Londres, M. Moghadam, afin qu’il s’informe des véritables intentions britanniques. Au même moment, quelques avions italiens lâchent deux ou trois bombes dans la région du golfe Persique et l’on prétend que les bateaux de commerce allemands qui naviguent dans le golfe, sont armés. Sans doute était-il possible de trouver un compromis nous permettant d’ouvrir aux Alliés la route de L’URSS et d’y faire transiter du matériel, avec notre autorisation. Mais notre ministre à Londres n’obtint pas la moindre réponse.

A Téhéran, les ambassadeurs anglais et soviétique faisaient pression sur nous pour que nous chassions les experts allemands résidant en Iran. Nous avions pris les premières mesures en ce sens lorsqu’au matin du 23 août 1941, des forces des deux pays nous envahirent sans avertissement.

La double invasion. Comment je reçus l’investiture du Parlement.

Au nord, de puissantes forces motorisées soviétiques ont franchi la frontière en Azerbaïdjan, et d’autres unités avancent à l’est dans le Khorassan et sur toute la frontière. Cinq divisions britanniques montent du sud-est, du sud, et de l’ouest. La Royal Air Force déverse ses bombes sur les objectifs militaires d’Ahwaz, Bandar-Chapour, Khorramchar, prenant soin cependant de ne pas détruire les installations pétrolières. En revanche, à l’aube du 25 août, un croiseur de la Royal Navy, le Shoreham, coula devant Abadan un de nos avisos ; l’aviation soviétique bombarde Tabriz, Ghazvine, Bandar-Pahlavi, Rasht, Fezayeh.

Notreambassadeur à Moscou, M. Saed, protesta auprès de Molotov, à qui il aurait demandé pourquoi les Russes avaient accepté de participer à une opération militaire contre l’Iran à l’instigation des Anglais. Molotov ne répondit rien. Mais nous savons maintenant que l’ouverture de la route iranienne vers L’URSS avait bien été décidée lors de la rencontre Churchill-Roosevelt, sur un navire de guerre américain lors de la signature du Pacte de l’Atlantique.

Le 28 août, Reza Chah donne l’ordre de déposer les armes. Il reçoit notification que, le 17 septembre, les forces alliées entreront dans notre capitale investie. Dès qu’il apprend que les troupes britanniques approchent de Téhéran, il me dit :

- Crois-tu que je puisse recevoir des ordres d’un petit capitaine anglais ?

Le 16 septembre, il abdique. L’acte d’abdication est lu devant le Parlement par le Premier ministre Fouroughi : « Moi, Chah d’Iran par la volonté de Dieu et de la Nation, ai pris la grave décision de me retirer et d’abdiquer en faveur de mon fils bien-aimé Mohammad Reza Pahlavi...  »

Le Parlement ratifia l’acte à l’unanimité. Mais comment arriver jusqu’au Parlement pour y prêter serment et recevoir l’investiture ? Ce n’était pas facile. Les troupes russo-britanniques venaient d’entrer à Téhéran. C’est la foule qui m’assura un passage triomphal jusqu’aux portes du Parlement. La cérémonie terminée, les Iraniens, au comble de l’enthousiasme, voulurent même soulever ma voiture et la porter sur leurs épaules ! Ce fut, à l’heure du péril, une formidable manifestation de patriotisme, d’adhésion populaire à notre dynastie, qui ne s’effacera jamais de ma mémoire.

Les ambassadeurs de Grande-Bretagne et d’URSS s’étaient abstenus de paraître à cette cérémonie. Une certaine tendance britannique passait pour soutenir un prince Khadjar, officier dans la marine anglaise. Les deux ambassadeurs ne me transmirent la reconnaissance de leur gouvernement qu’au bout de trois jours : les manifestations populaires en ma faveur leur avaient montré qu’ils ne pouvaient agir autrement.

Les puissances occupantes espérèrent d’ailleurs avoir trouvé en moi un chef d’Etat docile. Le très jeune souverain que j’étais pourrait être, pensaient-elles, facilement manoeuvré. Les objectifs n’avaient pas changé comme en 1907, l’Iran devait être converti en espace neutre, « entretenu en état d’anarchie décente ».

Père avait lutté jusqu’au bout pour l’indépendance et l’unité de l’Iran. Je reçus de lui un émouvant message sur disque « Mon fils, me disait-il, n’ayez peur de Rien.  » Je ne devais jamais le revoir. Lorsque j’appris sa mort, survenue en Afrique du Sud, à Johannesburg, en 1944, ma douleur fut immense. Je devais à sa mémoire de continuer jusqu’à l’extrême du possible la tâche qu’il avait entreprise.

Il m’apparaissait clairement que, pour l’Iran, il s’agissait une fois de plus d’une question de vie ou de mort nous revenions à 1920. Mais nous étions en 1941 et je n’avais que vingt-deux ans.

La souveraineté et l’indépendance de l’iran sont expressément reconnues.

A mon retour je dus résoudre les graves problèmes posés par l’occupation de deux armées étrangères. Dès le 29 janvier 1942 nous réussîmes à signer avec les Britanniques et les Russes un traité d’alliance tripartite qui reconnaissait la souveraineté et l’indépendance politique de l’Iran et précisait (article V) : « Les forces alliées devront avoir quitté le territoire iranien six mois au plus après la fin de toute hostilité entre les forces alliées et l’Allemagne et ses alliés.  »

De même l’article VI garantissait en principe l’Iran contre tout partage ultérieur entre Grande-Bretagne et URSS.

Cependant, de 1942 à 1946, je dus défendre le pays contre une série d’attentats, directs ou camouflés, dirigés contre l’unité nationale et l’existence économique et politique de la nation.

Les maux économiques les plus gaves furent le marché noir et les réquisitions abusives. J’empêchai que certaines usines d’armement ne fussent démantelées et transportées en Russie. En contrepartie, je mis leur capacité industrielle au service des Alliés, contribuant ainsi à Leur effort de guerre. Sous le gouvernement Ghavam, l’ambassadeur d’un des pays occupants vint me dire qu’en raison de leur confiance en ce gouvernement les Alliés souhaitaient que nous émettions des billets de banque iraniens à l’intention des troupes d’occupation. Or le Parlement avait déjà marqué sa réticence à ce sujet. Je répondis que je n’avais aucun ordre à recevoir d’un pays étranger.

Politiquement, il fallut faire face aux tentatives de séparatisme, menées de l’intérieur et de l’extérieur. Fidèles à leurs méthodes, les Russes avaient créé un parti à leur dévotion, le Toudeh, qui, officiellement ou clandestinement, n’a cessé depuis lors d’oeuvrer à la désagrégation de l’État et à la démoralisation de la nation. L’organe du Toudeh, Mardom (Le Peuple) était subventionné au début par un certain Moustapha Fateh, qui était au service de l’Anglo-Iranian Co et des Britanniques. Il devint ainsi conseiller du général Frazer, attaché militaire anglais qui, au bout de quelques mois, fit tous ses efforts pour que me fût enlevé le commandement de notre armée. Mossadegh devait plus tard suivre la même politique.

Sur la même lancée, quelques années après, les Soviets devaient soutenir très activement les insurgés de Ghazi Mohammad au Kurdistan et ceux de Pichevari en Azerbaïdjan. Ils prolongeaient la présence sur notre sol de leurs troupes d’occupation, alors que celles des Anglo-Américains l’avaient évacué à la date prévue par le traité d’alliance de janvier 1942.

En Azerbaïdjan, la situation ne tarda pas à s’aggraver.

La garnison de Tabriz était encerclée par les insurgés, son commandant, succombant à la pression soviétique, se rendit. Y avait-il eu trahison ? Condamné à mort par la suite, il fut finalement gracié.

« Etre ou ne pas être... »

Les insurgés, à la suite de cette reddition, proclamèrent l’autonomie de la province, et celle du Kurdistan.

Cependant, l’opiniâtre résistance à la sécession de la majeure partie de la population faisait réfléchir le président Truman qui le 8 mars 1946 envoyait à Molotov un véritable coup de semonce. A la suite de quoi les Soviétiques évacuèrent officiellement la province (mai 1946). Le sol de notre patrie était enfin libéré des troupes d’occupation.

Le combat dont l’enjeu était la vie ou la mort de l’Iran n’était pas gagné pour autant et nous dûmes défendre âprement une indépendance que les traités stipulaient formellement.

Il y eut des tentatives de sécession à l’ouest et des troubles éclatèrent dans le sud, notamment à Abadan où le Toudeh restait puissant. Comme par hasard, d’autres tribus s’étaient soulevées dans le Fars, la région de Chiraz et autour d’Ispahan déjà les Anglo-Américains cherchaient à s’assurer une position de force dans le sud et le sud-ouest du pays, pour le cas où l’Iran ne parviendrait pas à recouvrer ses deux provinces du nord. Il fut relativement facile pourtant d’en finir avec ces rébellions, mais non pas avec celle de l’Azerbaïdjan où les Soviétiques entretenaient d’importantes unités de partisans qui n’étaient que des troupes d’occupation camouflées.

J’avais d’abord eu pour Premier ministre Ebrahim Hakimi, vieillard intègre, fort anglophile mais patriote, qui démissionna lorsque nos relations avec les Russes entrèrent dans l’impasse.

Je ne parus guère avoir de chance avec son successeur, M. Ghavam, qui prit la tête du gouvernement. A peine nommé, il partit pour Moscou. Il y signa un accord pour la prospection et l’exploitation du pétrole, 51 % pour les Russes, 49 % pour nous, heureusement assorti d’une clause spécifiant que l’accord, pour être validé, devrait être ratifié par le Parlement.

A son retour, l’accord pétrolier en poche, M. Ghavam entreprit des conversations avec les sécessionnistes d’Azerbaïdjan. Il me demanda même de faire avancer de deux grades les officiers rebelles un lieutenant serait devenu ipso factochef de bataillon, etc.

J’aimerais mieux, répondis-je, que l’on me coupât la main, plutôt que de signer un tel décret.

Quant aux chefs militaires, la plupart - sauf le général Ali Razmara, mon chef d’état-major - me déconseillaient vivement d’entreprendre une campagne qui risquait de déclencher une intervention soviétique.

Je décidai cependant de faire front et d’entreprendre la reconquête de l’Azerbaïdjan. Cette décision, jugée téméraire par les politiciens et la plupart des militaires, était cependant basée sur certaines informations. Les rebelles n’étaient guère mieux armés que nous, mais ne tarderaient pas à recevoir des renforts et des armes modernes : ils avaient envoyé en Union soviétique des équipages de chars d’assaut et d’aviation qui auraient été prêts à entrer en action un an plus tard.

Je préférais d’ailleurs courir le risque de tomber dans un combat honorable plutôt que d’être le monarque de la servitude et du déshonneur. George Allen, ambassadeur des USA à Téhéran, un ami qui me soutenait, m’avertissait cependant :

- Les États-Unis sont cent pour cent d’accord, mais nous ne ferons évidemment pas la guerre à L’URSS pour vous.

Il n’en était nullement question. Je sentais que j’avais derrière moi tout mon peuple l’afflux des engagés volontaires pour la durée de la campagne le prouvait assez.

Reconquête de L’Azerbaïdjan.

Renonçant à la politique qu’il avait suivie jusque-là, le Premier ministre Ghavam se rallia à notre politique de reconquête. Nous reprîmes l’offensive. Avec le général Razmara qui n’avait cessé de m’appuyer, nous survolions le théâtre des opérations, tantôt dans un vieux coucou, tantôt dans un petit Beechcraft bimoteur, toujours sans liaison radio, afin de faire nos plans en connaissance de cause. Finalement, les troupes de notre adversaire, Pichevari, l’homme des Russes, scindées en trois tronçons, se débandèrent. Pichevari et ses acolytes s’enfuirent au-delà de la frontière.

Je reçus alors la visite de l’ambassadeur d’URSS. Fort courroucé, il venait me demander, en ma qualité de chef d’Etat et commandant en chef des armées, d’arrêter immédiatement l’avance de nos troupes « qui menaçaient la paix mondiale  »

Je refusai net notre armée ne menaçait rien ni personne en rétablissant le statu quo ante et en préparant des élections générales sur un territoire qui nous appartenait. J’ajoutai :

Vous devez d’ailleurs savoir que les rebelles viennent de me remettre leur reddition ?

Ainsi échoua la seconde tentative faite pour que l’Iran fût rayé de la carte du monde.

On se souvient que la première tentative remontait à1907 par la convention russo-anglaise du 30 août de cette année-là, notre pays s’était trouvé dépecé en deux morceaux, les Russes avaient pris le nord, les Anglais le sud.

Reza Chah avait réunifié la patrie après la Première Guerre mondiale. La reprise du même projet à la faveur de la Seconde Guerre mondiale marque la continuité d’une certaine politique occidentale à l’égard de l’Iran. Dès 1945, en effet, le chef du Foreign Office britannique Bevin et le secrétaire américain aux Affaires étrangères, Byrnes, avaient proposé à Staline à Moscou, que l’Azerbaïdjan, le Kurdistan et le Khouzistan devinssent provinces autonomes.

Cette proposition fut d’abord acceptée par Staline. Cependant Molotov lui fit observer qu’il suffirait d’attendre pour que l’Iran tombât tout entier dans l’orbite soviétique. L’URSS, par le truchement des communistes iraniens, aurait finalement tout l’Iran - au lieu d’une province et demie, sans avoir à redouter une opposition alliée. C’est dans ces conditions que Staline refusa le plan anglo-américain. Bien entendu, les Russes ne prévoyaient ni ma réaction, ni la valeur de nos soldats - qu’on savait bien médiocrement armés -’ ni la fidélité à la couronne et à la patrie de nos populations.

Les tentatives de désagrégation organisées de l’extérieur ayant échoué, on entreprit ensuite de démolir l’État par ce qu’on appelait « la politique ». Les forces de corruption et celles de la cinquième colonne s’unirent contre la nation et le peuple iraniens dont j’avais le devoir de maintenir l’unité. La plupart de ceux qui les dirigeaient n’avaient d’autre protection que l’étranger, d’autre but que de servir finalement des intérêts contraires à ceux de la patrie, d’autres armes que cette démagogie outrancière qui triomphe actuellement.

Ce que l’on voulait, c’était que la Perse retombât - de quelque manière que ce fût - dans l’anarchie et la servitude. Ce qui ne put être réussi ni en 1907 ni en 1945-1946, n’a-t-il pas été tenté - et réussi - à présent. ?

Le plan de sept ans. Mossadegh ou la démagogie au pouvoir.

En 1947, je me rendis en Azerbaïdjan. Partout dans la province libérée que je parcourais, à Téhéran pour notre retour, ce furent des manifestations d’enthousiasme et de fidélité confinant au délire et que jamais je ne pourrai oublier. Quand j’y pense aujourd’hui, j’ai le coeur serré.

La phase essentiellement défensive de l’existence nationale était terminée, il s’agissait d’aborder la phase constructive. Les élections avaient donné une confortable majorité au chef du gouvernement d’alors, M. Ghavam. Il comprit comme moi qu’il y avait à entreprendre un nouveau combat national, avec l’élaboration d’un plan de développement.

La tentative Soviétique.

Nous nous étions trouvés, on s’en souvient, en face d’une proposition russe, si ferme qu’elle ressemblait fort à un diktat : une société pétrolière soviético-iranienne (51 %-49 %) devait être immédiatement créée. Il était clair que les Russes cherchaient à s’assurer au nord de notre pays la même position que les Anglais au sud.

Un projet de loi fut immédiatement discuté, puis approuvé par 109 voix, contre 27 à l’opposition dont le chef n’était autre que Mossadegh je parlerai du personnage plus avant.

La vérité sur la Savak.

Dès la réapparition du terrorisme, la Savak a été la cible favorite de la presse internationale, mais aurait-en parlé d’elle comme on l’a fait si des forcenés n’avaient commencé par mettre le pays à feu et à sang, obligeant ainsi la police àintervenir vigoureusement ?

On a attribué à la Savak les pires forfaits. On n’a pas craint d’écrire que des millions d’iraniens travaillaient pour elle, affirmation parfaitement ridicule. Par quel sortilège, ces millions de Savakis, fidèles au régime par définition, se seraient-ils volatilisés lorsque mon régime chancela ?

En fait, la Savak comptait trois mille deux cents fonctionnaires au début de 1978 et leur nombre ne dépassa pas quatre mille à la fin de l’année.

Son nom est formé par les initiales de la « Sazemane Etella’at va Amniate Keshwar », ce qui veut dire « Organisation de la sécurité et des renseignements de l’État ».

Il existe des services semblables dans tous les pays du monde parce que c’est le devoir de chaque nation de mettre hors d’état de nuire à ceux qui portent atteinte à sa sécurité intérieure et extérieure.

On trouve de tels services aussi bien dans les régimes dictatoriaux que dans les démocraties occidentales. Selon le lieu, ils s’appellent KGB, CIA ou FB1, Intelligence Service, M 15 ou SDECE.

Faut-il ajouter que l’Iran n’avait pas plus de raisons de s’accommoder du terrorisme que les Italiens ne s’accommodent de l’activité des Brigades rouges ou les Allemands des exactions de la Bande à Baader. Et lorsque le même jour, en Allemagne, six prisonniers se suicident en se tirant une balle dans la nuque pour ne pas se manquer, on s’étonne à peine qu’ils aient eu une arme à leur disposition dans leur cellule et on présente comme tout à fait normale cette série de coïncidences vraiment extraordinaire. L’opinion publique mondiale accepte cette version sans sourciller.

Contre la subversion communiste.

La Savak avait été créée chez nous pour combattre la subversion communiste après la funeste expérience Mossadegh. Je n’ai pas à juger l’attitude des pays occidentaux à l’égard de leurs communistes, mais on ne peut pas voir les choses de la même manière, selon que l’on a ou que l’on n’a pas de frontière commune avec l’Union soviétique.

Si, fort heureusement, j’ai fini par avoir avec ce pays des relations de bon voisinage et une coopération économique profitable à nos deux nations, nous avons traversé, au lendemain de la guerre, des périodes difficiles. Dois-je rappeler que les troupes soviétiques qui occupaient notre pays ne l’ont quitté qu’en avril 1946 et que le parti Toudeh crut bien son heure venue dans les derniers mois de l’expérience Mossadegh ? Nous dûmes l’interdire car ce n’était pas seulement le régime qui était menacé, mais aussi l’intégrité territoriale du pays.

La Savak fut donc créée pour mettre un terme aux activités subversives qui, de l’extérieur ou de l’intérieur, constituaient un grave danger pour l’Iran.

Cette mission fut confiée au général Bakhtiar, en 1953, et ce dernier fit appel, comme conseiller, à la CIA.

De nombreux fonctionnaires de la Savak devaient, par la suite, aller suivre des stages de formation au siège de la CIA, à Langley. Ils firent également des voyages d’étude ou des stages dans d’autres pays occidentaux pour se familiariser avec les méthodes que ces derniers employaient.

Le général Bakhtiar demeura en fonction jusqu’en 1962, puis je dus me séparer de ce personnage ambitieux et cupide qui mit ses pouvoirs au service de ses intérêts personnels et qui pratiquait des méthodes inquisitoriales pour parvenir à ses fins. Il fut exilé et s’en alla comploter à Beyrouth. Il devait mourir, quelques années plus tard, victime d’un attentat, en Irak.

Rôle et pouvoirs de la Savak.

Il y avait en Iran, comme ailleurs, des traîtres, des espions, des agitateurs et des saboteurs professionnels, sur lesquels notre gouvernement et notre haut commandement devaient être renseignés et contre lesquels notre peuple devait être défendu c’était le rôle de la Savak. Service de renseignement et de contre-espionnage, elle agissait aussi à la requête des magistrats civils. Mais ce dernier rôle lui fut enlevé pour être confié à la gendarmerie et à la police ordinaire, à la suite des recommandations faites par des commissions de juristes internationaux.

Les cadres de la Savak avaient été constitués par des militaires sûrs, qui recrutèrent, eux-mêmes, des agents dans l’année, la police, parmi les diplômés universitaires, etc. Elle fut, finalement, formée d’une majorité de civils.

Il est faux de prétendre, comme on l’a fait, que cette police intervenait dans le déroulement de notre processus judiciaire, très semblable à celui qui est en vigueur en Occident procès avec défenseur, procédures d’appel et de cassation. Dans les derniers mois de 1978, la procédure d’interrogatoire fut modifiée sur les conseils des commissions de juristes internationaux et ils eurent lieu en présence d’avocats.

Les activités de la Savak furent de même exagérées par tous ceux dont les intérêts étaient contraires à l’ordre et au progrès du pays. Selon les « informateurs, le chiffre des « prisonniers politiques » « torturés » dans nos prisons oscillait entre 25006 et 100000.

Or, dans une publication clandestine intitulée Chronique de la répression, imprimée en Iran et utilisée par l’opposition contre la Savak, on précisait que, de 1968 à 1977, c’est-à-dire en neuf ans, le chiffre des personnes arrêtées, pour des raisons politiques, fut exactement de 3 164.

Droit de grâce.

Dans aucun pays, la responsabilité des services de police et de renseignement n’incombe au souverain ou au Chef de l’État, mais aux ministres de l’Intérieur et de la Guerre, ou au premier ministre.

En Iran, la Savak relevait directement du premier ministre. Les chefs d’État n’interviennent, à la demande du ministre de la Justice, que pour exercer leur droit de grâce à l’égard de condamnés ; je n’ai pas fait exception à cette règle.

C’est avec émotion que j’ai appris que M. Hoveyda, ancien Premier ministre, les généraux Hassan Pakravan, Nassiri et Moghadam, tous anciens chefs de la Savak, avaient tenu à préciser, avant d’être suppliciés et assassinés, que jamais ils n’avaient reçu de moi un ordre quelconque concernant le traitement d’un prévenu, d’un accusé ou d’un condamné.

J’avais pouvoir de remettre les peines, j’en ai toujours usé le plus largement possible, ainsi que du droit de grâce. Je signais toutes les propositions de grâce ou de remise de peine qui m’étaient présentées par les magistrats. Quant à ceux qui avaient attenté à ma vie, je les ai toujours graciés, même contre l’avis du Parquet.

Inévitables « bavures »

Je ne peux défendre tous les actes de la Savak, tous ses faits et gestes. Il se peut que des gens arrêtés par elle aient été malmenés. Toutefois, des instructions précises furent données pour qu’aucun abus n’ait lieu. Quand la Croix-Rouge a voulu enquêter, un an plus tard, les portes des prisons se sont ouvertes devant ses représentants. Il a été tenu compte des recommandations qui nous ont été faites et, à partir de ce moment-là, nous n’avons plus recueilli de plaintes.

Il a pu y avoir chez nous, comme dans bien d’autres pays que je connais, des « bavures » et je le déplore, mais je dois faire une distinction entre les terroristes et les prisonniers politiques.

Que des terroristes aient trouvé la mort dans des affrontements avec la Savak et, plus souvent encore, avec les forces de l’ordre, c’était inévitable. Personne ne les obligeait à allumer des incendies, à se livrer à des actes de pillage ou à attenter à des vies humaines. Ils ont été les victimes du choix qu’ils avaient fait.

En ce qui concerne les gens qui ont été arrêtés pour des raisons politiques - je ne peux évidemment pas ranger dans cette catégorie les saboteurs et les incendiaires - j’affirme qu’ils ont été traités correctement, qu’ils n’ont jamais été molestés. Personne ne pourra me citer le nom d’un homme politique « liquidé » par la Savak.

Au mois de novembre 1978, le général Azhari, mon premier ministre de l’époque, a fait arrêter un ancien chef de la Savak, le général Nassiri, et une trentaine de fonctionnaires de cet organisme.

Je ne m’y suis pas opposé, faisant confiance aux juges pour instruire les faits qui leur étaient imputés. Je n’en suis pas moins indigné par la manière dont la « justice » a été rendue après mon départ. Les anciens chefs de la Savak, y compris le malheureux général Pakravan qui était un philosophe plus qu’un militaire et qui, dans la période où il exerça ses fonctions, se conduisit d’une manière irréprochable, ils ne furent pas jugés ; ils furent assassinés.

J’attends encore que se manifestent ces juristes progressistes qui entraient en transes lorsqu’ils apprenaient qu’un terroriste était tombé, victime d’un affrontement avec les forces de l’ordre.

Les mass media ont transformé ces criminels en champions de la liberté et les saboteurs communistes ont été salués comme les plus ardents défenseurs des Droits de l’homme. Qui, aujourd’hui, s’indigne des abominations dont mon pays est le théâtre ? Personne, en dehors d’une poignée d’écrivains et de journalistes courageux.

Une débâcle soigneusement préparée.

Pendant les huit premiers mois de 1978 manifestations et émeutes se multiplièrent à travers le pays. Pour tenter de détendre le climat et enlever aux opposants les prétextes d’une agitation soigneusement entretenue, moi-même et mon gouvernement pttmes un certain nombre de mesures destinées à apaiser les esprits. Plusieurs centaines de prisonniers politiques furent libérés.

Les graves incidents qui se produisirent à Ispahan obligèrent néanmoins le gouvernement à proclamer la loi martiale. Le plan élaboré pour détruire ce qui avait été édifié se poursuivait inexorablement.

A la fin du mois d’août le chef de la Sûreté, le généra Moghadam, vint me trouver à la suite d’un entretien qu’il avait eu avec une importante personnalité religieuse que je ne peux évidemment pas nommer. Il me rapporta les propos de son interlocuteur. Je les résume « Sire, je vous en conjure, faites quelque chose de spectaculaire. Il y va de l’intérêt de tons. » Le général Moghadam me répéta plusieurs fois l’adjectif employé par le dignitaire qu’il avait rencontré quelque chose de spectaculaire !

Je ne pouvais rester indifférent à un tel message mais dans la situation où nous nous trouvions, à ce moment-là, que pouvions-nous faire de spectaculaire ?

Il m’apparut que seul un changement de gouvernement pouvait répondre à cette attente, un gouvernement auquel je laisserais la plus entière liberté d’action.

M. Amouzegar, avec lequel je m’en étais franchement entretenu, m’offrit sa démission et je l’acceptai. Ce fut de ma part une regrettable erreur. J’eus le tort de laisser cet homme désintéressé et de bon conseil s’éloigner.

La loi martiale.

Son successeur, M. Charif Emami, crut devoir tirer un trait sur ce qui avait existé avant lui en déclarant d’emblée qu’il ne voulait rien avoir à faire avec le Raztakhiz, le parti de la Renaissance, se coupant ainsi des partisans du régime sans pour autant voir son crédit grandir dans l’opposition.

Pour se concilier les bonnes grâces des religieux chi’ites il remit en vigueur le calendrier de l’Hégire et ferma les casinos et les maisons de jeux.

Les manifestations de rues prenant chaque jour davantage d’ampleur la loi martiale dut être rétablie à Téhéran et d’autres villes et le 8 septembre, jour de son entrée en vigueur, fut ce que les chefs de l’opposition et les mass media appelèrent le « vendredi noir ». Interrogé par les parlementaires le chef du gouvernement leur indiqua que le parquet avait délivré 85 permis d’inhumer à la suite des affrontements qui opposèrent les manifestants aux forces de l’ordre et qu’il assumait toutes les responsabilités découlant de l’application de la loi martiale.

L’escalade de la violence allait se poursuivre et bien qu’ils aient été vilipendés, je dois rendre hommage au sang-froid de nos gendarmes, de nos policiers et de nos soldats qui, en de nombreuses autres circonstances, demeurèrent impavides devant des hordes déchaînées et ne cherchèrent pas à venger leurs camarades tombés sous les balles des tueurs ou sauvagement assassinés.

Il est évident que si la loi martiale avait été appliquée dans toute sa rigueur ; les tribunaux auraient dû siéger jour et nuit. Les émeutiers surpris après le couvre-feu risquaient la mort. En fait la loi martiale ne fut rien de plus qu’un avertissement qui ne troubla guère les fauteurs de troubles. Nos soldats n’ouvrirent le feu que sur des incendiaires, des pillards ou des membres de commandos armés.

Une situation prérévolutionnaire.

Les ordres donnés à ces commandos partaient des mosquées et c’est des mosquées que s’organisaient les liaisons. On vit alors les agitateurs déclarer qu’il n’y avait pas d’incompatibilité entre l’islamisme intégriste et le socialisme du type soviétique. Cette thèse surprenante avait été importée chez nous par les Combattants du peuple (Moujaheddin Khalq), entraînés au Liban et en Libye.

La presse de gauche, dans les pays occidentaux, évoquait le régime effroyable qui n’était point celui des terroristes mais celui qui, selon elle, aurait été instauré par la police et la Savak.

A en croire ces mêmes journaux plus de cent mille opposants se trouvaient encore dans les prisons du Chah. La réalité est celle-ci le nombre de prisonniers politiques n’a jamais dépassé 3 164, comme je l’ai déjà dit. En novembre 1978, il n’était plus que de trois cents, tous dotés de dossiers criminels.

Il est évident que la situation prérévolutionnaire dans laquelle nous nous trouvions avait été soigneusement élaborée. Dans les villes les plus importantes où la loi martiale demeurait en vigueur des groupes de harcèlement avaient été constitués. Ces unités étaient dotées d’armes automatiques et d’explosifs, l’indispensable panoplie pour la guérilla urbaine.

Bientôt l’ordre leur fut donné de s’attaquer aux ambassades et aux services gouvernementaux. Il s’agissait d’amener le pays au bord du chaos, le plus rapidement possible.

Les voyages de MM. Sandjabi et Bazargan.

Voyant l’impasse, j’essayais de former un gouvernement d’union nationale. Je pressentis M. Abdollah Entezam qui, malgré son grand âge et une santé précaire, accepta de former ce gouvernement de coalition, où entrerait le prétendu Front national.

Je pris contact avec des membres de l’opposition mais les exigences de M. Sandjabi, secrétaire général du Front national étaient inacceptables.

Il est vrai que M. Sandjabi revenait de Neauphle-le-Château. Vers la même époque, le président de l’Association des droits de l’homme, M. Mehdi Bazargan, riche homme d’affaires, se rendait également à Neauphle puis, avant de rentrer en Iran, à Londres. Le 5 novembre 1978, l’émeute déferlait sur la capitale. Sur le campus et dans les écoles, des messages de haine avaient été diffusés par haut-parleurs, en sorte que des étudiants, et même des lycéens, avaient rejoint dans les rues les activistes de la « Révolution islamique »

Ordre avait été donné à l’armée et à la police de contenir les manifestants, mais de ne faire usage des armes qu’en cas de nécessité absolue. A l’ouest et au centre de la ville, la plupart des banques, des centaines de magasins, des dizaines d’hôtels et de grands immeubles, de nombreuses salles de cinéma, des édifices publics, furent pillés, saccagés ou incendiés. Les forces militaires qui protégeaient l’ambassade de Grande-Bretagne ne purent empêcher qu’elle fût en partie incendiée. Le ministère de l’information fut pris d’assaut et mis à sac.

Arrestation de M. Hoveyda.

Le 5 novembre M. Chant Emami ayant démissionné, je demandai au général Gholam Reza Azhari, chef de l’état-major général, de constituer un nouveau gouvernement.

C’était un homme honnête, fidèle, qui s’était toujours tenu à l’écart de la politique. A ce moment-là les civils ne se disputaient pas le pouvoir. Le général Azhari accepta la charge que je lui confiai comme un devoir.

Soucieux, lui aussi, de donner des gages à l’opposition il n’eut rien de plus pressé que de faire arrêter une douzaine de personnalités dont M. Hoveyda qu’il fit placer en résidence surveillée.

Seul un procès en bonne et due forme, vint-il me dire, ferait justice des accusations portées contre mon ancien Premier ministre et les autres personnes arrêtées.

Je n’étais pas très convaincu du bien-fondé de cette analyse mais M. Hoveyda pour lequel mon estime était demeurée entière, était l’une des cibles favorites de l’opposition. En fait c’est moi que l’on cherchait à atteindre à travers lui.

Je lui avais proposé de prendre un poste à l’étranger et lui offris l’ambassade de Bruxelles. Trop sûr de lui, ou trop fidèle peut-être, il déclina cette proposition. Je reparlerai de lui, bien sûr, à propos de l’abominable traitement auquel il fut soumis avant d’être assassiné.

Espoir et déception.

Durant les premiers jours du gouvernement Azhari, nous eûmes encore une lueur d’espoir. Le travail reprit, la production pétrolière quotidienne, tombée au plus bas, remonta à 5 300 000 barils. Il y eut des réactions populaires favorables. La grève générale prêchée de Neauphle-le-Château pour le mardi 12 novembre, fut un échec. Dans toutes les grandes villes - Téhéran, Ispahan, Machad, Chiraz, Tabriz de nombreux jeunes armés de gourdins affrontèrent les troupes de choc du parti Rouge et Noir.

Mais c’était la paix que nous voulions, la réconciliation de tous les Iraniens. Le gouvernement fit tout pour décourager ce qui aurait pu dégénérer en contre-terrorisme.

Non seulement nous fîmes libérer, en quatre ou cinq occasions, plusieurs centaines de prisonniers politiques, mais le gouvernement ayant déclaré, le 19 octobre 1978, qu’une amnistie pleine et entière serait accordée k tous les Iraniens, pourvu qu’ils respectent la Constitution ta, vigueur, le général Azhari le réaffirma et décembre. Au même moment, nous fîmes libérer les derniers prisonniers politiques, hormis ceux qui étaient convaincus de crimes ou d’assassinats.

Mais il ne s’agissait plus, contre moi, d’une conjuration des forces d’opposition ; il s’agissait d’une mobilisation générale des forces de destruction. C’était l’Iran moderne et progressiste que l’on désirait anéantir, en liquidant, d’une manière ou d’une autre, le représentant d’une dynastie qui, si souvent, avait empêché le pays de sombrer sans retour.

Alors commencèrent les grèves qui devaient mettre le pays à genoux. Coupures d’électricité plusieurs heures par jour, grèves des transports, de l’eau, du pétrole ; puis des banques, des ministères, de tous les secteurs clefs qui, les uns après les autres ou tous à la fois, s’enrayaient, paralysant la vie de la nation, jetant dans les rues les foules désoeuvrées, aigrissant les humeurs. Les ouvriers et les autres grévistes avaient été menacés dans leur personne ou dans leur famille par des meneurs. Nous savons très bien qu’il suffit de cinq ou six personnes placées au coeur des grandes centrales électriques pour que le courant vienne à manquer. Nous savons très bien qu’il en va de même aux centres de pompage du pétrole. Ce petit nombre explique que la grève insurrectionnelle ait pu être parfaitement coordonnée.

En deux mois les arrêts de travail aux puits et aux raffineries causèrent des pertes incalculables.

La tentative de reprise en main du pays déboussolé, affolé, était en train d’échouer. La poursuivre devint d’ailleurs tout à fait impossible car, fin décembre, le général Azhari, victime d’un infarctus, ne fut plus en mesure d’assumer ses responsabilités.

Le pouvoir ne se transmet pas.

Certains interlocuteurs, aujourd’hui, me disent que j’aurais dû appliquer dans toute sa rigueur la loi martiale. Rétablir l’ordre en usant des moyens dont je disposais, cela eût été certainement possible mais à quel prix ?

On me dit encore que cela aurait coûté moins cher à mon pays que la sanguinaire anarchie qui s’y est instaurée. A cela je peux répondre qu’il est facile de jouer les prophètes à posteriori et qu’un souverain ne peut sauver son trône en faisant verser le sang de ses compatriotes. Un dictateur peut le faire, lui, parce qu’il agit au nom d’une idéologie qu’il estime devoir faire triompher, quel qu’en soit le prix. Mais un souverain n’est pas un dictateur. Il y a entre lui et son peuple une alliance qu’il ne peut rompre. Un dictateur n’a rien à transmettre. Le pouvoir, c’est lui et lui seul. Un souverain recueille une couronne et doit la transmettre. Mon pays ayant atteint un certain niveau culturel, industriel, agricole et technologique, je pouvais envisager dans un certain cadre politique de laisser, de mon vivant, mon fils monter sur le trône.

Pendant les plus dures semaines de la fin de mon règne, j’ai passé le plus clair de mon temps au téléphone. Mon langage fut toujours le même « Faites l’impossible pour éviter que le sang ne coule. « 

Le jour où le gouverneur de Machad, passablement embarrassé, annonça qu’une horde de manifestants tentait de déboulonner ma statue, je fis savoir que ce n’était pas au moment où le gouvernement lâchait pied et cédait sur tous les points qu’on allait engager les forces de l’ordre pour protéger une statue.

Bakhtiar, Premier ministre. Étrange mission du général Huyser.

Pendant toute cette période, je voulais encore croire que je trouverais en face de moi des opposants de bonne foi.

Ils voulaient qu’on aille plus avant dans la voie de la libéralisation.? J’y étais décidé.

Ils dénonçaient la corruption.? Je n’avais pas attendu qu’ils le demandent pour sévir.

Déterminé à ne point recourir à la force, je voulais que la crise que nous traversions fût résolue par des solutions constitutionnelles, dans un climat de conciliation. Il me parut qu’un gouvernement civil, dans lequel entreraient des membres de l’opposition, parviendrait, peut-être, à démobiliser les agitateurs et les moutons de Panurge qui leur avaient emboîté le pas et à remettre le pays au travail, ce dont il avait grand besoin.

Les exigences des politiciens.

Je m’adressai d’abord au Dr Sadighi, membre du Front national que je considérais comme un patriote. Sans me poser la moindre condition, il se déclara prêt à former un gouvernement de coalition, mais me demanda une semaine de réflexion que je lui accordai. Cédant aux pressions de son parti, il exigea finalement que je nomme un Conseil de Régence, tout en restant dans le pays. Condition inacceptable puisqu’elle équivalait à me reconnaître incompétent à remplir les devoirs du souverain.

Le Dr Sadighi fut du moins la seule personnalité politique civile qui me supplia de ne m’éloigner à aucun prix.

MM. Sandjabi et Bazargan s’étaient lancés, dès leur retour à Téhéran, dans une telle agitation anti-gouvernementale qu’ils avaient été arrêtés pour déclarations anti-constitutionnelles. De sa prison, M. Sandjabi demanda à me voir. Il choisit pour intermédiaire le chef de la Savak lui-même qui déjà m’avait transmis le message de l’éminent religieux sous le gouvernement Amouzegar et qui devait être exécuté un peu plus tard. Résolu d’aller jusqu’au bout des efforts de conciliation, j’obtins la libération de M. Sandjabi après quelques jours de détention et je le reçus. Il me baisa les mains, protesta hautement de sa fidélité à ma personne et se déclara prêt à former un gouvernement.., à la condition que je quitte l’Iran pour des « vacances ».

Il n’était pas question pour lui de nommer, auparavant, un Conseil de Régence - ce qui, constitutionnellement, s’imposait - ni de demander avant mon départ le vote de confiance du Parlement. Je dus renoncer à cette solution et recourir à de nouvelles consultations, qui s’avérèrent difficiles, la situation ne cessant de se dégrader.

Ces politiciens avaient-ils conscience que la nation était au bord de l’abîme ? Comprenaient-ils qu’il ne s’agissait plus de sauver des privilèges, des monopoles ou la prépondérance d’un parti électoral, mais bien de la vie ou de la mort du pays ?

Bakhtiar « torpillé » par ses amis.

Le désordre économique qui s’instaurait n’était pas moins préoccupant que l’agitation dans la rue et aux abords des universités. Les grèves succédaient aux grèves.

La production de pétrole qui, en temps ordinaire, était de 5,8 millions de barils était tombée, le 25 décembre, à1,7 millions de barils, ce qui représentait un désastre pour notre économie.

L’acheminement vers l’Union soviétique du gaz dont nous étions le premier pays producteur était sérieusement compromis. Pareille situation ne pouvait se prolonger.

C’est alors que M. Chapour Bakhtiar, membre, lui aussi, du Front national, me fit demander, à son tour, par le chef de la Savak - le général Moghadam - un entretien.

J’avais eu un premier contact avec lui par l’intermédiaire de M. Amouzegar qui, depuis la fin du mois d’août, n’avait plus de responsabilités politiques mais qui demeurait pour moi un interlocuteur précieux et avisé.

Dès ce moment-là, je souhaitais constituer un gouvernement de coalition, mais l’intransigeance de quelques-uns des leaders de l’opposition m’en avait empêché et, tandis que M. Sandjabi se répandait en déclarations incendiaires, M. Bakhtiar, de son côté, observait une attitude discrète et plus réservée.

Je le reçus donc et je crois bien que c’est le général Mogadham, lui-même, qui le conduisit chez moi, un soir, au palais de Niavaran, en dehors des heures d’audience habituelles. Nous eûmes une longue conversation. M. Bakhtiar multiplia les démonstrations de fidélité à la cause monarchique et entreprit de me démontrer qu’il était seul capable de constituer un gouvernement dans la période critique que nous traversions.

Comme il se déclarait désireux de respecter les formes constitutionnelles, à savoir nommer un conseil de régence juste avant mon départ en vacances, obtenir le vote de confiance des deux chambres, sa proposition me parut acceptable. Il constitua, non sans quelques difficultés, un cabinet civil, sollicita et obtint l’investiture aisément, à la Chambre, par 149 voix contre 43 et 13 abstentions et, plus confortablement encore, au Sénat.

Il n’eut pas la possibilité de réaliser le programme qu’il s’était fixé et qu’il avait largement exposé aux envoyés spéciaux du monde entier accourus à Téhéran, et à la télévision ses anciens amis du Front national entreprirent de le « torpiller ».

Curieusement, à ce moment-là, ce n’est ni le rétablissement de l’ordre et la remise en marche de notre économie qui préoccupaient les dirigeants du pays. C’était le sort du souverain.

Un certain nombre de personnes, dans mon entourage, me conseillaient de m’éloigner pendant quelques semaines, le temps que les esprits se calment.

Mes généraux, en revanche, se montraient résolument hostiles à une telle solution.

« Sire, si vous « paniquez », me répétaient-ils, tout le monde va flancher. »

Les événements d’Iran faisaient la une de tous les journaux du monde.

Les dés étaient pipés

Se peux le dire aujourd’hui, je pensais depuis de longues semaines que les jeux étaient faits et que les dès étaient pipés.

Depuis longtemps - près de deux ans - je trouvais l’attitude de certains Américains inquiétante. Je savais qu’un certain nombre d’entre eux était opposés à notre programme militaire. Ils proclamaient à qui voulait les entendre que les techniciens appelés à titre d’experts et d’instructeurs, pour l’emploi des nouveaux matériels d’armement, pourraient bien servir d’otages aux Soviétiques.

Cela signifiait-il que, dans leur esprit, devait être dénoncé le traité d’alliance bilatéral qui nous liait aux États-Unis et faisait obligation à ces derniers de venir à notre secours dans le cas où nous aurions été attaqués par un pays communiste ou téléguidé par les communistes ?

Cette façon de voir les choses me parut inquiétante et j’en référai au gouvernement américain, en le priant de préciser son attitude à l’égard des traités existants.

Il me fut répondu « Les États-Unis honorent toujours leurs engagements.. » !

Quelques mois plus tard, j’eus l’occasion de rencontrer mon grand ami Nelson Rockefeller. « Peut-on concevoir, lui demandai-je à brûle-pourpoint, que les Américains et les Soviétiques se soient partagé le monde.? - Bien sûr que non », me répondit-il.

Puis il ajouta « à ma connaissance, du moins !... »

Dès le mois de septembre 1978, dès que les événements s’aggravèrent, les ambassadeurs américain et anglais étaient venus ensemble me promettre leur soutien. « Contrairement à ce qui s’est passé en 1951 - il leur avait fallu presque deux ans pour se mettre d’accord - nous sommes, dès à présent, ensemble pour vous soutenir » me dirent-ils.

Un avertissement de la « Pravda »

Je voyais aussi beaucoup, jusqu’au début de l’été, l’ambassadeur d’URSS, en poste depuis un an déjà. Il me tenait un langage à peu près semblable, m’assurant, lors de chacune de ses visites, de la coopération et de l’amitié soviétiques. Là-dessus, il prit ses vacances et, après son retour à Téhéran, je ne le revis jamais.

Les événements d’Iran préoccupaient, néanmoins, sérieusement les Soviétiques et, s’il en avait été besoin, la preuve m’en aurait été apportée par un article de la Pravda, paru fin novembre. C’était un avertissement en bonne et due forme :

« L’Union soviétique, qui entretient avec l’Iran des relations de bon voisinage, déclare résolument qu’elle est contre une ingérence dans les affaires intérieures de l’Iran de la part de qui que ce soit, sous quelque forme et prétexte que ce soit. Dans ce pays ont lieu des événements d’ordre purement intérieur et les problèmes qui y sont liés doivent être réglés par les Iraniens eux-mêmes. Tous les pays doivent s’en tenir aux principes fixés par la Charte de l’ONU, comme par d’autres documents internationaux fondamentaux, et doivent respecter la souveraineté et l’indépendance de l’Iran, du peuple iranien.

« Il doit être clair que toute intervention, a fortiori une intervention militaire, dans les affaires de l’Iran, État directement limitrophe de I’URSS, serait considérés comme une atteinte aux intérêts de sa propre sécurité. »

Le 7 décembre, les États-Unis, par une déclaration officielle firent savoir « qu’ils n’interviendraient, en aucune façon, en Iran ».

Néanmoins, lors de chacune de leurs visites, les ambassadeurs anglais et américain revinrent me tenir leur langage habituel « Nous vous soutenons ! »

Durant tout l’automne et l’hiver 1978-1979, ils me poussèrent dans la voie d’une politique de libéralisation à outrance. C’était certes la mienne ; mais accélérée, dans une période de troubles et alors que nous n’avions pas les cadres nécessaires à une telle politique, cela ne pouvait mener qu’à la catastrophe.

Bien mieux ! Il m’arrivait assez souvent de recevoir une personnalité ou un envoyé américain, qui me donnait ou me transmettait des conseils de fermeté. Questionné par moi, l’ambassadeur des États-Unis répondait toujours qu’il n’avait aucune instruction en ce sens.

Bientôt un nouveau régime »

Ces encouragements ne concordaient pas avec des propos ou des attitudes qui me furent rapportés par ailleurs.

Quelques semaines plus tôt, j’avais reçu le nouveau représentant de la CIA à Téhéran. Je fus étonné de l’insignifiance des propos qu’il me tint. A un moment donné, nous parlâmes de la libéralisation et je vis, sur son visage, un sourire épanoui. C’est cela qui le préoccupait, ce dont il avait mission de me parler - de la libéralisation, et non de la sécurité dans cette partie du monde.

Après que des émeutiers eurent incendié l’ambassade d’Angleterre, un de mes généraux rencontra l’attaché militaire britannique. Celui-ci hurla « Vous n’avez donc pas compris que la solution est une solution politique ! »

A son tour, à la fin du mois de décembre, le sénateur Mohammed Ah Massoudi me rapporta une confidence de M. Georges Lambrakis, premier secrétaire de l’ambassade des États-Unis « Il y aura bientôt en Iran un nouveau régime ! »

Je n’étais cependant pas au bout des surprises qu’allaient me ménager ceux dont nous avions été, pendant tant d’années, les fidèles alliés.

L’étrange mission du général Huyser.

Au début de janvier, on m’apporta une nouvelle surprenante.

« Sire, le général Huyser est à Téhéran depuis quelques jours ! »

Les événements des dernières semaines m’avaient appris à ne plus m’étonner de rien. Tout de même, le général Huyser n’était pas un mince personnage. Commandant-adjoint de I’OTAN, il était venu à Téhéran à plusieurs reprises, précédé chaque fois d’une demande d’audience.

Il ne s’agissait pas de simples visites de courtoisie, mais de celles rendues nécessaires, à la fois par le fait que j’étais le chef des armées et que l’iran faisait parti du Cento.

Les déplacements du général Huyser étaient toujours programmés à l’avance. Cette fois, rien, mystère total. Son arrivée avait été fort discrète. Les militaires américains allaient et venaient sur leurs propres avions et n’avaient naturellement pas à se soumettre aux formalités rituelles, en se posant sur les bases militaires.

J’interrogeai mes généraux. Eux non plus ne savaient rien. Qu’était donc venu faire, en Iran, ce général américain.? Sa présence était véritablement insolite. Un homme assumant les responsabilités qui étaient les siennes ne joue pas à cache-cache sans de sérieuses raisons.

Dès que la nouvelle de sa présence fut ébruitée, la presse soviétique réagit « Le général Huyser est à Téhéran pour fomenter un coup d’État militaire. » En quelque sorte, un avertissement officieux donné par le Kremlin.

De Paris, le New York Herald Tribune se chargea de rassurer les chancelleries. Il n’eut qu’à remplacer le verbe « fomenter » par « empêcher ». C’était cela la préoccupation des dirigeants américains ; Empêcher un coup d’État militaire en Iran.

Un tel risque existait-il ? Je ne le crois pas. Mes officiers étaient liés par leur serment de fidélité à la Couronne et à la Constitution. Tant que la Constitution serait respectée, ils ne broncheraient pas.

Mais les différents services de renseignement américains avaient peut-être de solides raisons de penser que la Constitution serait malmenée. Il fallait donc neutraliser l’armée iranienne. C’était manifestement pour cela que le général Huyser était venu à Téhéran.

Je ne le vis qu’une fois pendant son séjour. Il accompagna l’ambassadeur Sullivan lors d’une des dernières entrevues que j’eus avec ce dernier. Ce qui les préoccupait, l’un et l’autre, c’était de savoir quel jour et à quelle heure je partirais.

L’armée décapitée.

Le général Huyser fit au général Ghara-Baghi, mon chef d’état-major, une surprenante proposition celle de lui ménager un entretien avec M. Bazargan. Le général Ghara-Baghi m’en informa.

Quelles décisions furent prises ? Je sais simplement que le général Ghara-Baghi usa de son autorité pour décider les officiers généraux placés sous ses ordres à ne pas bouger. Lui seul connaît ces décisions. Les uns après les autres, ces généraux ont tous été exécutés. Seul le général Ghara-Raghi a échappé à cette sanglante épuration. M. Bazargan, l’interlocuteur choisi par le général Huyser, a pu le sauver.

Le général Huyser est resté sur place plusieurs jours après mon départ. Que s’est-il passé ? Tout ce que je peux dire, c’est que, lors de la parodie de procès qui précéda son exécution, le général Rabii, commandant en chef de l’armée de l’air iranienne, devait déclarer à ses « juges » « Le général Huyser a jeté le Roi hors du pays comme une souris morte. »

L’exil.

Il avait été convenu que l’impératrice et moi prendrions quelques semaines de vacances dès que M. Bakhtiar aurait obtenu l’investiture des deux Chambres.

Les derniers jours furent des jours de déchirement, de nuits sans sommeil. Il fallait continuer à travailler tout en sachant que le départ approchait. L’état dans lequel mon pays se trouvait était naturellement ma préoccupation de tous les Instants.

Les adieux.

Je ne puis ni ne désire exprimer les sentiments qui m’animaient lorsque, le 16janvier 1979, je pris, avec l’Impératrice, le chemin de l’aérodrome. J’avais au coeur un sinistre pressentiment et trop d’expérience pour ne pas imaginer ce qui pouvait arriver.

Je voulais nie persuader que mon départ calmerait les esprits, apaiserait les haines, désarmerait les assassins. J’espérais que Chapour Bakhtiar serait peut-être servi par la chance et que la patrie pourrait survivre, malgré les immenses destructions ordonnées par des fous furieux.

Un vent glacial, habituel en cette période de l’année.

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