Le Canada

Grandes manœuvres au « sommet » ?

Dimanche 7 novembre 2010 // Le Monde

Le Canada a baissé les bras et s’est retiré de la course au siège de membre non permanent auprès du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le gagnant ? Le Portugal.

Une élection à l’issue de bien de marchandages inavouables qui a également profité à… l’Allemagne…

Une élection qui a mobilisé le ban et l’arrière-ban de la « docte » assemblée.

Pas moins de 190 bulletins valides sur les 192 pays membres de l’ONU frétillaient dans l’urne… pour le plus grand malheur du Canada qui espérait gagner son siège dès le premier tour, tablant sur la défection habituelle de 10 à 20 pays.

Dès le premier tour du scrutin le Portugal avait une confortable avance sur l’Allemagne : 128 voix contre 114…

Des observateurs attentifs notaient les mines déconfites des deux protagonistes qui s’attendaient l’un comme l’autre à une victoire au premier tour, peut-être trop confiants dans des appuis antérieurement promis ?

Trop distancé lors du second tour, le Canada a jeté le gant laissant la victoire au Portugal à l’issue d’un troisième tour purement formel.

Pour la première fois dans son histoire le Canada échouait dans sa campagne pour l’obtention d’un siège de membre bon permanent au sein du Conseil de sécurité… Peut-être le prix à payer pour une politique extérieure « trop américaine » ?

De drôles d’élections…

En plus de ces cinq membres permanents, le Conseil de sécurité est composé de 10 membres non permanents pour lesquels la répartition est la suivante :

  • cinq États membres d’Afrique et d’Asie (en général, trois d’Afrique et deux d’Asie) ;
  • un État membre d’Europe orientale ;
  • deux États membres d’Amérique latine ;
  • deux États membres du groupe des États d’Europe occidentale et autres États.

Les membres non permanents ont un mandat de deux ans ; chaque année ils sont renouvelés par moitié par un vote à la majorité des deux tiers de l’Assemblée générale.

Ces dernières élections voient donc la consécration de l’Inde qui succède au Japon (Asie), de l’Afrique du Sud qui prend la suite de l’Ouganda… (Afrique), de la Colombie qui remplace le Mexique (Amérique latine) et de l’Allemagne et du Portugal qui prennent la place de l’Autriche et de la Turquie …

Peu avant le vote, le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, déclarait qu’il était « très confiant »… Nous avons fait tout ce que nous pouvions. » Précisant : « Le Canada et le Portugal sont deux concurrents très forts. »…

Un résultat qui a mis un peu de baume au cœur pour la chancelière Angela Merkel qui s’est félicitée de ce vote, affirmant qu’il s’agissait d’« un honneur pour nous, que nous ayons eu les voix de nombreux pays ».

« Mais c’est aussi avant tout un devoir pour nous de contribuer à rendre possible davantage de sécurité et de solutions à des conflits …Dans son travail au conseil de sécurité, l’Allemagne va oeuvrer pour que la réforme du Conseil de sécurité avance.

C’est une attente que beaucoup dans le monde ont », a-t-elle souligné.

L’élection de l’Allemagne ne surprend personne, toute la bonne société onusienne rappelant que l’Allemagne est le deuxième contributeur mondial pour l’aide au développement mondial… Sans oublier qu’Angela Merkel n’a pas ménagé ses efforts auprès de la Chine…

L’article 24 de la Charte le définit ainsi : « Afin d’assurer l’action rapide et efficace de l’Organisation, ses Membres confèrent au Conseil de sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationale. »

Echec du Canada à l’ONU : Ottawa accuse l’opposition libérale

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a accusé l’opposition libérale d’avoir contribué à l’échec de son pays à se faire élire mardi à un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.

S’exprimant devant la presse à l’issue du vote au siège de l’ONU à New York, M. Cannon a critiqué le chef de l’opposition libérale Michael Ignatieff pour avoir fait en sorte que le pays "ne parle pas d’une seule voix" et "indiqué clairement que le Canada ne méritait pas un siège pour sa politique étrangère".

M. Ignatieff a effectivement eu des mots durs à l’égard de la candidature canadienne, déclarant le mois dernier que le gouvernement conservateur "avait fondamentalement ignoré les Nations unies pendant quatre ans" et se demandant "si ce gouvernement méritait cette place" au Conseil de sécurité.

M. Cannon a souligné qu’aucun homme politique d’opposition en Allemagne ou au Portugal n’avait fait de déclaration de ce genre ces derniers mois. Le ministre des Affaires étrangères a aussi affirmé que le Canada poursuivait dans sa politique étrangère les principes de la liberté, de la démocratie, du respect des droits de l’homme et de la loi.

"Certains diraient que c’est à cause de notre attachement à ces valeurs que nous avons perdu le siège au conseil. Si c’est le cas, qu’il en soit ainsi", a-t-il conclu.

Le Devoir aux Nations unies (New York) — Le Canada et le Portugal devront attendre un deuxième tour surprise pour connaître qui aura la chance d’obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce tour supplémentaire a présentement lieu à l’Assemblée générale des Nations unis, à New York.

L’Assemblée générale de l’ONU avait commencé à voter vers 10h15 pour renouveler 5 des 10 membres non permanents du Conseil de sécurité. Pour y accéder, le Canada doit récolter le vote des deux tiers des pays présents à l’Assemblée générale, soit 127 votes, Canada 114, Portugal 122 Le Canada a obtenu 114 voix au premier tour. L’Allemagne, avec 128 votes, accède

Dans les camps portugais et canadiens, les visages étaient longs. Visiblement, les deux délégations pensaient ne pas avoir besoin d’un deuxième tour. Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a dû repousser sa conférence de presse, prévue à 11h30.

Les cinq sièges à combler sont divisés en sous-régions de la planète, de sorte que dans la zone géographique « Europe occidentale et autres pays », trois nations s’affrontaient pour deux sièges disponibles. Trois pays avec une bonne réputation internationale : le Canada, l’Allemagne et le Portugal. Les deux nouveaux venus remplaceront l’Autriche et la Turquie. Le mandat est de deux ans (2011 et 2012).

Les membres de l’Assemblée générale avaient donc droit à deux votes pour cette région, qu’ils inscrivent en même temps sur un bout de papier. Les bulletins sont déposés dans six urnes brunes. Le comptage est fait à la main.

Les rondes de vote s’enchaînent tant et aussi longtemps que deux pays n’ont pas obtenu l’appui des deux tiers de l’Assemblée.

Trois des cinq sièges non permanents à remplacer avaient déjà trouvé preneurs avant même le début du vote ce matin, puisque les pays des sous-régions à qui sont réservées les places s’étaient entendus entre eux. Ainsi, pour l’Asie, l’Inde prend la place du Japon. En Amérique latine, la Colombie remplace le Mexique, alors que sur le continent africain, l’Afrique du Sud occupera le poste que détenait l’Ouganda.

Succès pour le Canada

À chaque décennie depuis la création de l’ONU, le Canada a brigué avec succès un siège dans le saint des saints de la sécurité mondiale. La dernière présence du Canada remontait à 1999 et 2000. Il avait fait son entrée grâce à 131 votes (premier tour), en compagnie des Pays-Bas (122 votes). La Grèce (87) avait mordu la poussière. Lors du vote, en 1998, 177 pays étaient présents.

Le Conseil de sécurité se compose de 15 membres, soit 10 non-permanents et cinq permanents, qui ont un droit de veto sur les décisions (France, Russie, Grande-Bretagne, Chine, États-Unis). Outre les membres permanents et les cinq postes décidés ce matin, les cinq autres pays au Conseil de sécurité sont présentement le Brésil, le Liban, le Nigeria, le Gabon et la Bosnie-Herzégovine. Ils seront remplacés dans un an.

Le club le plus exclusif de l’ONU

Le Conseil de sécurité est le club le plus exclusif et puissant de l’ONU. Il dirige les débats qui touchent la sécurité mondiale et doit souvent intervenir en cas de crise.

Depuis le début de la course, dans la zone « Europe occidentale et autres pays », l’Allemagne était donnée favorite par les observateurs politiques et la classe diplomatique. Berlin pèse très lourd en Europe et a une diplomatie efficace et une contribution exemplaire à l’ONU.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a d’ailleurs fait le voyage jusqu’à New York cette semaine afin de soutenir la candidature de son pays. Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a fait de même.

L’ambassadeur allemand à l’ONU, Peter Wittig, disait hier souhaiter que ce siège au Conseil de sécurité serve à « poursuivre une politique active de paix ». « Nous avons l’expérience et les ressources pour cela », a-t-il dit.

Le Canada devait être aidé par sa grande visibilité internationale cette année, grâce au G-8, au G-20 et aux Jeux olympiques. Ottawa a aussi obtenu un coup de pouce de certains pays puissants dans des régions-clés, comme la Russie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

L’avantage du Canada se situait également dans la représentation géographique. « Est-ce que les pays du monde voudront deux nouveaux membres au Conseil qui proviennent de l’Europe ? Il y a déjà la France et la Grande-Bretagne qui ont un siège permanent », affirmait récemment au Devoir un autre diplomate onusien.

En théorie, les pays devaient faire leur choix en fonction de trois critères : la contribution aux opérations de maintien de la paix, la contribution générale à l’ONU et la répartition géographique équitable. Mais en réalité, la campagne donne lieu à du marchandage de toutes sortes pour obtenir l’appui des pays.

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