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Le Cameroun

Ce document sur le Cameroun, je le dédie à mon ami, à mon « Frère de cœur » Jean Claude M Bida. Je le dédie aussi à mes « Frères » de couleur, trop souvent victimes du racisme et de l’incompréhension de mes compatriotes Gaulois. P Vaurs

Lundi 20 mars 2006, par Paul Vaurs // L’Afrique

Avec une superficie de 475 442 kilomètres carrés et une population de dix millions d’habitants, le Cameroun occupe une position particulière sur l’échiquier africain. Territoire sous mandat puis sous tutelle, le Cameroun indépendant, mais incomplètement réunifié, a connu d’abord une forme d’État fédéral jusqu’en 1972. La tragédie bamiléké dont il a hérité de la colonisation a durablement marqué le système politique et social du pays, et le président Ahidjo avait poursuivi sans répit une politique d’intégration nationale en utilisant une pluralité d’instruments de contrôle. La politique extérieure du Cameroun a affirmé son originalité dans les relations avec les autres pays d’Afrique et avec la France. Cette politique est au service d’une image forte - l’indépendance du Cameroun, et du développement économique du pays. L’après-Ahidjo a été marqué par la reprise des conflits sur le terrain politique.

Le drapeau du Cameroun arbore en trois bandes verticales les couleurs panafricaines, symbolisant ici l’indépendance, entourée de la forêt et de la savane. Au centre, l’étoile d’or de l’unité et de la liberté.

Ahmadou Ahidjo, premier président de la République du Cameroun. Ahmadou Ahidjo, chef du parti l’Union camerounaise, a été président de la République du Cameroun de 1960 à 1982.
Le cadre géographique.

Les actuelles frontières du Cameroun résultent des vicissitudes de la conquête coloniale et des rivalités entre l’Allemagne, l’Angleterre et la France ; aussi ce pays est-il composé de régions très diverses et de populations très différentes, mais ce qui pourrait être une faiblesse se révèle une source de richesses.

S’étendant du 2e au 13e parallèle nord, le Cameroun a presque la superficie de la France et offre des paysages très variés. À l’ouest, une chaîne de montagnes, dominée par le mont Cameroun, volcan de 4 070 m, s’étend presque jusqu’au Tchad avec d’extraordinaires reliefs volcaniques ; au nord, de vastes plaines, traversées ou bordées par la Bénoué et le Logone, touchent aux marécages du lac Tchad ; le Centre est un vaste plateau de 800 à 1 500 m d’altitude, propice à l’élevage ; le Sud est constitué par un système complexe de longues plaines ou de collines en partie recouvertes par la grande forêt, presque déserte au sud-est ; quant aux rivages du Sud-Ouest, ils sont plats, sablonneux, souvent marécageux.

Les populations ne sont pas moins diverses. Il y a des Arabes Choa, de race blanche quoique basanés, pasteurs de petit bétail. D’autres populations de type soudanien occupent le Nord : dans les plaines parfois inondées vivent les Kotoko islamisés ou les grands Massa, les Toupouri et les Mousgoum ; dans les massifs montagneux escarpés, on trouve de véritables mosaïques de tribus comme les Matakam, les Kapsiki, les Fali, plus bas les Dourou, les Doayo, les Namchi ; sur le plateau, les Mboum, les Tikar et les Babouté, dont la civilisation originale connaît des rois divinisés. Suzerains des pâturages du Nord et du plateau, les Foulbé sont des pasteurs et des guerriers souvent très métissés, dont le type le plus pur se trouve chez les nomades bororo au teint cuivré.

Dans les montagnes de l’Ouest, des semi-Bantou, les Bamiléké et les Bamoum, vivent groupés en fortes densités humaines ; dans la zone forestière défrichée se retrouvent des Bantou d’origines diverses comme les Douala, les Bassa et les Bafia, puis des tribus du groupe fang, Boulou, Ewondo, Eton et, plus loin à l’est, les Maka, Kaka et Baya. Enfin la grande forêt inviolée, souvent marécageuse, abrite encore quelques milliers de chasseurs pygmées qui constituent une race particulière. Du fait de la variété de ses climats, tenant à la fois aux différences de latitude et aux variations d’altitude, les productions du Cameroun sont très variées : caoutchouc, bois, cacao, café, banane, huile de palme, arachide et coton, élevage des bovidés, sans compter d’intéressantes richesses minières et hydrauliques. Le Cameroun est un pays que la nature a privilégié.

Pendant longtemps le Sud, couvert de forêts, fut hostile à l’homme et ne permit pas l’éclosion de vraies civilisations ; en revanche, les pays des savanes participèrent aux vicissitudes historiques des peuples soudanais riverains du lac Tchad.

Un peuple légendaire, les Sao, aurait vécu au bord du Logone, dès le XIII° ou le XIV° siècle. Il enterrait ses morts dans des urnes de grande taille, dont la légende a fait des gobelets pour boire, ce qui explique que la tradition en ait fait un peuple de géants ; les Sao sont connus par des statuettes d’ancêtres et des objets de bronze.
 
Fondé au XVe siècle, le royaume du Mandara fut envahi au XVI° siècle par les musulmans du Bornou et entra ainsi dans l’histoire ; vers 1715, le Maï Boukar, son vingt-cinquième roi, se convertit à l’islam. Pendant le XVIII° siècle, le Mandara se libéra de la suzeraineté du Bornou et, au XIX° siècle, il résista longtemps à l’invasion des Foulbé.

Largement ouverte aux invasions, la plaine du Diamaré fut périodiquement pillée et razziée par les guerriers du Baguirmi et du Bornou. Depuis le XVII° siècle, les Foulbé venant de l’ouest s’étaient infiltrés, derrière leurs troupeaux de bœufs aux grandes cornes, en pays haoussa, au Bornou et jusqu’aux pâturages du Nord-Cameroun. Ils surent se faire accepter pacifiquement des cultivateurs païens comme des seigneurs musulmans, mais, bientôt las d’être vassaux de gens qu’ils méprisaient, ils se soulevèrent et, au galop de leurs chevaux, sous les bannières blanches d’Othman dan Fodié, s’emparèrent des pays qui les avaient accueillis ; ils y fondèrent des féodalités hiérarchisées composées d’hommes libres exploitant les matchoubé (ou non libres), c’est-à-dire les autochtones nigritiens, qui formaient de 50 à 60% de la population des « lamidats » (ou sultanats).

En 1809, le Modibo Adama poursuivit ses conquêtes dans les plaines du Nord, mais il lui faudra dix ans pour venir à bout du Mandara, dont le roi sera décapité en 1822. Ces guerres furent compliquées par la résistance du pays kirdi, dont les massifs montagneux opposèrent un obstacle insurmontable à la cavalerie peul, et par les dissensions des chefs de guerre foulbé qui combattirent parfois les uns contre les autres. Quand Adama mourut, en 1847, sa capitale Yola se déclara indépendante de l’empire de Sokoto.

Au XVII° siècle, les grandes migrations fang, peuple qui semble apparenté aux Azandé, parvinrent dans le Sud-Cameroun et s’y installèrent, tandis que leurs avant-gardes arrivaient, au XIX° siècle, jusque sur les rives de l’Ogooué, au Gabon.

En 1472, sous le règne d’Alphonse V de Portugal, un certain Fernando Póo découvrit une île, qu’il appela Formosa, et l’estuaire d’un grand fleuve dominé par une haute montagne ; il nomma ce fleuve « o rio dos CamaroGs ». La côte était habitée par les Caabo et les Bota ; le Français Jean Fontenau visita, un peu plus tard, la côte et en décrivit « les bonnes populations » qu’il appelait Ambou..

Les Portugais fondèrent là un poste de traite qui subsista jusqu’en 1596. À cette date, ils furent supplantés par les Hollandais ; ceux-ci s’emparèrent de la capitainerie de São Tomé ; au début du XVII° siècle, ils y achetaient de 400 à 500 esclaves par an et des perles en pierre bleue, dites d’Aigris.

Dès le XVIII° siècle, avec l’extension de la traite des esclaves, des navires négriers de tous pays vinrent commercer avec les rois indigènes douala et malimba, mais sans pouvoir s’installer sur le continent.

En 1827, des Anglais s’installèrent à Fernando Póo et, de là, explorèrent le Biafra et la côte du Cameroun ; ils y introduisirent leurs missionnaires, leurs commerçants (dont John Lilley, en 1840) et leurs explorateurs, soutenus par l’African Society. Le métis anglais James Beecroft signa le traité du 17 décembre 1850, qui organisait le commerce du port, les péages et la police de la ville, et celui du 24 avril 1852 qui prévoyait l’abolition de la traite, celle des coutumes « barbares », notamment des sacrifices humains, alors fréquents au Biafra, et l’organisation du commerce de l’huile de palme et de l’ivoire. Le premier missionnaire qui s’installa à Douala fut l’Anglais Alfred Saker, qui ouvrit la première école.

Pendant que les Européens prenaient pied sur la côte, dans les montagnes du Sud-Ouest se développaient les confédérations de chefferies bamiléké d’une structure très originale, avec roi, reine mère, nombreux dignitaires et tout un réseau de sociétés dites secrètes, régnant sur une population très hiérarchisée. Il y a deux siècles, peut-être, les Bamoum s’en détachèrent et constituèrent un royaume unifié sous l’autorité du roi Ncharé d’origine tikar.

Le grand roi conquérant qui donna ses frontières au pays et embellit la capitale Foumban fut Mbwé-Mbwé, dixième roi de la dynastie. Son sixième successeur fut Njoya, qui monta sur le trône en 1888 et accepta le protectorat allemand en 1902 ; après avoir tenté d’imposer à son peuple une religion syncrétiste islamo-chrétienne, il opta pour l’islam ; en outre, il inventa et perfectionna un système d’écriture qu’il poussa jusqu’à l’alphabet et fit rédiger l’histoire des Bamoum. Entre-temps, Heinrich Barth avait visité le Nord-Cameroun en 1849-1855, il avait vu Kano et Sokoto ; Gustav Nachtigal arriva au Tchad en 1861, Flogel sur la Bénoué en 1879. Les Anglais progressèrent en remontant par la Bénoué, avec la Royal Niger Company, jusqu’à Yola et Garoua. Les Français enfin atteignirent le Tchad, en 1890, avec Fernand Fourreau ; Louis Mizon vint à Ngaoundéré et à Batouri, Casimir Maistre atteignit Garoua.

En 1868, l’Allemand Woerman fonda une maison de commerce à Douala ; ensuite, Nachtigal signa avec les chefs indigènes le traité du 12 juillet 1884, qui mettait le pays sous la protection de l’Allemagne. Le consul anglais Hervett, qui allait visiter les chefs locaux, arriva huit jours trop tard.

La colonisation allemande.

La Conférence de Berlin (nov. 1884) mit un peu d’ordre dans l’imbroglio des rivalités entre puissances européennes qui se disputaient des zones d’influence en Afrique noire. L’Allemagne pénétra alors progressivement et difficilement en direction du Tchad de 1885 à 1905 ; Yaoundé fut fondée en 1887, et c’est là que sévit, à partir de 1894, le fameux major Dominik. Cependant, en 1914, le nord du pays n’était pas encore réellement pacifié. En 1911, en échange de sa liberté d’action au Maroc, et d’un petit territoire situé entre Logone et Chari (le fameux « bec de canard »), la France cédait à l’Allemagne une zone de 275 000 km2, ce qui étendait les frontières du Cameroun jusqu’au Congo.
 L’administration allemande réalisa un remarquable travail de mise en valeur du pays, d’abord en matière agricole, avec la création de grandes compagnies qui reçurent d’immenses territoires. En 1913, le Cameroun put exporter 8 000 t d’acajou ; la culture du coton fut amorcée. La principale difficulté à vaincre fut celle des transports : le portage était devenu un fléau qui menaçait l’équilibre du pays (80 000 porteurs entre Yaoundé et Kribi) ; on construisit des routes où les premiers camions circulèrent en 1912 et, dès 1913, la construction de deux voies ferrées fut décidée. L’œuvre sociale des Allemands fut parfaitement réussie et les Camerounais lui ont rendu hommage ; elle porta sur la suppression de l’esclavage, sur la santé publique et sur l’enseignement.

L’œuvre coloniale de la France.

En 1914, les Anglais et les Français décidèrent de s’emparer du Cameroun allemand, mais celui-ci était bien défendu ; Garoua ne fut pris que le 10 juin 1915 avec l’aide des contingents de cavalerie peul, en particulier ceux du Lamido de Rey. C’est le 1er janvier 1916 que les Alliés entrèrent dans Yaoundé vide de ses habitants. Le 20 février 1916, après dix-huit mois de résistance, le capitaine Raben, retranché à Mora, accepta de se rendre et obtint du général français Aymerich les honneurs de la guerre.
 
De 1919 à 1945, la plus grande partie du Cameroun fut placée par mandat international de la Société des Nations sous l’autorité de la France. Celle-ci y pratiqua une politique d’administration directe, mais sut l’adapter aux conditions locales, surtout dans le Nord où les Lamibé conservèrent une partie de leurs pouvoirs.
 
Dès 1923, la France se lança dans un grand programme d’équipement : construction du port de Douala, achèvement du chemin de fer du Centre, création de routes (6 000 km en 1939 contre 600 en 1914) et d’aérodromes. Cependant, les travailleurs volontaires étant en nombre insuffisant, les gouverneurs français furent obligés de rétablir le travail ou plutôt le recrutement obligatoire en faveur des chantiers d’intérêt public mais aussi des plantations privées, système évidemment autoritaire mais adouci par une importante législation sociale. L’administration favorisa la culture du cacaoyer, du bananier et du caféier par les planteurs indigènes. On créa des centres agricoles dès 1927 et des moniteurs furent envoyés dans les villages. La culture de l’hévéa et du palmier à huile se développa parallèlement (plantation de Dizanguè). L’enseignement public et missionnaire fut étendu ; en 1938, les écoles missionnaires accueillaient 87 000 élèves ; en 1952, elles en recevaient 350 000 dont 8 000 dans le secondaire. L’action médicale fut caractérisée par l’œuvre remarquable du docteur Jamot, vainqueur de la maladie du sommeil.

L’essor du Cameroun, favorisé par un fonctionnement paisible de l’administration, fut entravé par la Seconde Guerre mondiale. Les Camerounais, qui n’avaient eu aucune contestation sérieuse avec l’administration, se sentirent solidaires de la France et, quand le colonel Leclerc débarqua, les volontaires camerounais se présentèrent par milliers pour s’engager. Dans ces circonstances critiques, le loyalisme des Camerounais fut parfait ; les autorités françaises y furent sensibles et c’est pourquoi la Conférence de Brazzaville du 30 janvier 1944 recommanda de profondes réformes politiques et administratives, notamment la création d’assemblées locales élues. Le Cameroun allait aborder une page déterminante de son histoire.

Le régime de tutelle.

Le 4 mars 1916, un accord franco-britannique avait octroyé la plus grande partie du Cameroun à la France, la Grande-Bretagne se réservant deux zones limitrophes du Nigeria, l’une au sud, peuplée de Bamiléké, l’autre au nord, composée principalement de Peuls. Le Cameroun fut administré comme un territoire sous mandat, dans le cadre de la Société des Nations, puis comme un territoire sous tutelle, après la création de l’Organisation des Nations unies. En 1961, cependant, le Cameroun était constitué par la réunion du Cameroun français et de la zone méridionale de l’ex-Cameroun allemand qui avait été dévolue à la Grande-Bretagne. Entre-temps, une double évolution s’était dessinée.

À partir de 1946, le Cameroun sous tutelle française avait été représenté dans les assemblées politiques françaises, à l’égal des territoires d’outre-mer de la République française ; en 1957, la loi-cadre applicable aux territoires d’outre-mer est étendue au Cameroun, qui devient un État sous tutelle et acquiert, en décembre 1958, la pleine autonomie interne. Cependant, la vie politique du territoire avait pris rapidement un caractère prénational du fait de l’absence d’un grand parti interterritorial, tel que le Rassemblement démocratique africain (R.D.A.), force politique très agissante en Afrique noire francophone. L’histoire avait légué au Cameroun un polyethnisme très accusé et des chefferies puissantes. Les plus influentes encadraient les populations musulmanes et animistes du nord du Cameroun ainsi que la région bamiléké. Si l’islam donnait sa force aux chefferies foulbé, les différentes religions importées, catholique et protestante, avaient profondément marqué le reste du territoire. Ce pluralisme ethnique et religieux eut des conséquences électorales et politiques non négligeables, dont le pluralisme partisan.

En 1948 était créée l’Union des populations du Cameroun (U.P.C.), affiliée au R.D.A. jusqu’en 1951, et qui s’appuyait sur les salariés syndicalisés ; l’administration française lui retira rapidement son soutien. En 1951 naissait un éphémère Bloc démocratique camerounais (B.D.C.), d’obédience catholique, et, en 1953, l’Union socialiste camerounaise. En 1955, à la suite d’incidents sanglants, l’U.P.C. est dissoute ; elle devait réapparaître en 1960 et, depuis cette date, une large fraction de ce parti, demeurée dans l’opposition, entraîne pour le gouvernement de sérieuses difficultés en pays bamiléké. À partir de 1956, l’opposition, qui refuse le statut de 1956-1957, est représentée par le Mouvement d’action nationale de Soppo-Priso, très hostile au leader du B.D.C., M’Bida, l’organisateur de la répression contre l’U.P.C. À compter de février 1958, habilement conduite par Ahmadou Ahidjo qui l’avait créée en 1957, l’Union camerounaise allait devenir l’axe de la majorité après l’échec de M’Bida. Divers partis régionaux se rallieront à l’Union camerounaise, et son chef définira une politique de réconciliation nationale, en dépit de la création de nombreux partis à base ethnique. Le problème de l’unité nationale revêt ainsi, au Cameroun, une particulière acuité.
 
La partie britannique du Cameroun avait été, dès 1916, rattachée au Nigeria et placée, en 1922, sous mandat. Dans la région méridionale, la vie politique est restreinte jusqu’en 1946 ; le Cameroun septentrional est rattaché à la province sud-orientale du Nigeria. Mais, à partir de 1954, il se voit reconnaître des institutions propres, dont une Assemblée législative, compétente dans toutes les matières qui ne sont pas réservées à la Chambre fédérale du Nigeria. En 1959, le nombre des membres élus de l’Assemblée législative est considérablement augmenté ; en même temps, le Conseil exécutif devient un véritable Conseil des ministres, composé d’hommes politiques et non plus seulement de fonctionnaires. Son président, le commissionner, fonctionnaire responsable devant les autorités fédérales, le consulte obligatoirement. Lorsque, le 1er octobre 1960, le Nigeria accède à l’indépendance, le problème se pose du rattachement du Cameroun britannique à la Fédération nigériane ou à l’ensemble camerounais.

L’indépendance et la réunification.

Dès 1957, le Royaume-Uni avait décidé d’accorder l’indépendance à la Fédération du Nigeria. Or le Cameroun sous tutelle britannique, jusque-là administré comme partie intégrante du Nigeria, ne semblait pas souhaiter profiter de cette occasion pour rendre définitif son rattachement à la Fédération. Un plébiscite, organisé le 7 novembre 1959, avait donné des résultats favorables au maintien de la tutelle. L’Assemblée générale des Nations unies décida de consulter, en février 1961, les populations sur leur avenir. Cette fois, les résultats furent différents dans les deux régions formant le Cameroun britannique. Les populations du Nord décidaient de s’unir à la Fédération du Nigeria, tandis que les populations du Sud, entraînées par le Kamerun National Democratic Party du docteur Foucha, très favorable à la réunification, optaient, elles, pour le rattachement à l’État camerounais. Les Nations unies décidèrent, contre l’avis exprimé par la France et les États francophones d’Afrique noire, d’entériner les résultats enregistrés.

Dès 1958, dans le Cameroun sous tutelle française, l’Assemblée législative avait manifesté sa volonté d’obtenir à brève échéance l’indépendance du Cameroun. Avec l’appui des Nations unies, l’indépendance fut proclamée le 1er janvier 1960, quelques mois avant celle des ex-territoires français d’Afrique.
 
Un grave litige allait opposer le nouvel État camerounais et le Royaume-Uni, d’abord au sein du Conseil de tutelle et de l’Assemblée générale des Nations unies, ensuite devant la Cour internationale de justice. Le Cameroun estimait que les conditions dans lesquelles le territoire avait été administré par la Grande-Bretagne constituaient une violation des accords de tutelle. Dans son arrêt du 2 décembre 1963, la Cour de La Haye s’est abstenue de juger l’affaire au fond, afin de préserver l’exercice de sa « fonction judiciaire » ; en réalité, elle refusait de désavouer les organes des Nations unies et la volonté des peuples intéressés ; elle prenait parti en faveur du grand principe du statu quo territorial en Afrique, dans le même sens que les auteurs de la charte d’Addis-Abeba, quelques mois auparavant.
 
Psychologiquement et techniquement, il était difficile de maintenir un État camerounais unitaire. Il fallait respecter l’originalité de chacune des parties composantes ; ainsi naquit le fédéralisme camerounais, expérience politique originale et qui devait marquer de son sceau la vie politique du nouvel État.

Le fédéralisme camerounais et le présidentialisme.

La Constitution fédérale du 14 août 1961 fut arrêtée, à la suite des entretiens Ahidjo-Foucha, par un accord biparti entre les représentants des deux Camerouns. Toute révision constitutionnelle exige l’assentiment des deux groupes de députés représentant les deux États ; cependant, la Constitution interdit de porter atteinte à l’unité et à l’intégrité de la Fédération, et elle établit un régime présidentiel dans le cadre d’un système fédéral centralisateur.

Le président et le vice-président sont élus au suffrage universel sur la même liste ; la vice-présidence traduit la structure fédérale du pays. Ce dualisme, étonnant dans les régimes africains, constitue une limite objective à la personnalisation du pouvoir. On ne le retrouve pas sur le plan parlementaire, puisque une seule Assemblée fédérale représente l’ensemble de la population du Cameroun ; cependant, les représentants de chacun des États fédérés votent distinctement la loi en seconde lecture.

Le président de la République fédérale nomme les Premiers ministres et les secrétaires d’État des États fédérés, il peut dissoudre l’Assemblée législative d’un État ; c’est dire que la structure présidentielle de l’État l’emporte sur la structure parlementaire des États fédérés. L’évolution des forces politiques va dans le même sens ; le 1er septembre 1966 était créée l’Union nationale camerounaise (U.N.C.). Le nouveau parti unique regroupait ainsi quelques groupes d’opposition - sauf l’U.P.C. de Théodore Mayi - et les deux principales formations fédérales jusque-là dominantes dans chacun des États : l’Union camerounaise du président Ahidjo et le Kamerun National Democratic Party du vice-président Foucha. Était-ce l’amorce d’une évolution vers un État unitaire ?

Les États fédérés obéissent au schéma du régime parlementaire ; chacune des assemblées dispose du pouvoir législatif et peut mettre en jeu la responsabilité du gouvernement. Au modèle britannique le Cameroun occidental a emprunté certaines institutions traditionnelles, telles que l’attorney general, le speaker et les secrétaires parlementaires. L’évolution s’est faite dans le sens d’une centralisation croissante au profit des organes fédéraux, tandis que le droit public des États fédérés faisait l’objet d’une unification progressive. L’administration elle-même, de nature fédérale, repose sur un découpage en six régions et trente-sept départements. En 1961 et 1962, devant l’opposition de l’U.P.C., des textes législatifs relatifs à l’état d’urgence et à la sûreté intérieure de l’État ont accru les pouvoirs de l’administration en matière d’ordre public.

La création en 1966 de l’Union nationale camerounaise, parti unifié, le droit présidentiel de nommer le Premier ministre dans chaque État fédéré, la montée des fédéralistes, au détriment des « particularistes », au Cameroun occidental (ex-britannique) ont constitué autant d’étapes sur la voie d’un régime fortement centralisé. Le 20 mai 1972, la nouvelle Constitution établissant un État unitaire était approuvée massivement par référendum. L’État unitaire, dont le caractère biculturel est réaffirmé, est divisé en sept provinces. Le régime est désormais fondé sur un système présidentiel de développement : dans les faits, le pouvoir présidentiel a chassé le fédéralisme ; l’Assemblée ne peut renverser le gouvernement qui demeure responsable devant le chef de l’État.
 
Toutefois, une autre révision constitutionnelle est intervenue en mai 1975 au lendemain de la réélection d’Ahmadou Ahidjo à la présidence de la République afin de procéder à certaines déconcentrations du pouvoir administratif, au profit du Premier ministre et des membres du gouvernement. C’est une tendance que l’on retrouve dans de nombreux pays africains et qui n’infirme pas la nature présidentielle du régime : elle corrige l’hypertrophie du système.

La succession tourmentée du président Ahidjo et le « renouveau.

Le 5 avril 1980, le président Ahidjo est réélu pour la quatrième fois, et l’un de ses plus proches, Paul Biya, confirmé comme Premier ministre, un chrétien d’origine boulu (une ethnie minoritaire du sud du pays). Le 4 novembre 1982, Ahidjo démissionne au profit du Premier ministre qui, par le jeu de la Constitution, devient, deux jours plus tard, président de la République. Cette démission surprise, à l’image de celle qui est intervenue au Sénégal, semble motivée par des raisons de santé sur la base d’expertises médicales et une « lassitude » du pouvoir. Cette succession paisible allait rapidement devenir une « guerre » de succession. Bien qu’Ahidjo fût resté président de l’U.N.C., Paul Biya fut amené à procéder, au moyen de plusieurs remaniements ministériels, à l’élimination des proches de l’ex-président, surtout des nordistes. En août 1983, il change le gouvernement, les gouverneurs de province et nomme chef d’état-major le général Pierre Seungué. Ahidjo, de retour de France, est obligé de démissionner de la présidence de l’U.N.C. Au début de l’année 1984, Paul Biya, qui annonce une politique d’ouverture, est élu, sur la base d’une élection anticipée, président de la République. Par une loi constitutionnelle du 25 janvier 1984, la république unie du Cameroun devient la république du Cameroun, mais, surtout, le poste de Premier ministre détenu par un homme du Nord est supprimé. Un procès pour raisons de « complot » est instruit par défaut contre l’ex-président et certains officiers proches de lui. Ahidjo est condamné à mort par contumace. Maladresse de la part d’un président qui avait été élu, lui aussi, avec 99,9% des suffrages ou nécessité pour la reprise en main du pouvoir ? La journée du 6 avril 1984 sera marquée par une tentative de putsch conduite par le colonel Saleh Ibrahim et des éléments de la garde républicaine restés fidèles à l’ex-président.

Le coup de force sur le palais échoue de peu, les messages radiodiffusés n’ayant pas été retransmis en dehors de Yaoundé et l’armée ayant pu intervenir de manière efficace. Le président Biya, à l’occasion de cette grave crise, a su utiliser à son profit le nationalisme camerounais dans la mesure où l’opinion publique a été persuadée que le complot émanait d’un président déchu appuyé par des autorités françaises et des milieux d’affaires, notamment nordistes, désormais suspects. Après le rétablissement de l’ordre par l’armée interviendra un procès à huis clos et l’exécution de cinquante inculpés (cent vingt selon les estimations, contestées par le Cameroun, d’Amnesty International).
 
La réorientation politique qui avait été abordée, dès 1983, par un assouplissement assez théorique des règles relatives à l’éligibilité du président fut poursuivie par le nouveau pouvoir en mars 1985, lors du congrès de Bamenda qui vit la naissance d’un nouveau parti, substitué à l’U.N.C., le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (R.D.P.C.). De façon latente, le choix était alors entre deux politiques : la « continuité », qui passait par la poursuite d’un subtil équilibre interethnique et le maintien d’un appareil administratif fort, et le « changement », qui pouvait conduire vers l’instauration d’un véritable pluripartisme sur le modèle sénégalais (souhaité par les jeunes et l’U.P.C., parti politique illégal). En fait, le système du parti unique a été maintenu, assorti d’un pluralisme de candidatures à l’échelon local. Mais la marge de manœuvre du président est restée limitée, face aux insatisfactions des anglophones et aux déceptions exprimées par les héritiers de l’U.P.C.

La question centrale demeure l’aménagement des équilibres interethniques et inter-régionaux. Si la région du Nord a été découpée en trois provinces afin de l’affaiblir et si le président Biya a procédé à des changements dans l’appareil administratif au profit des ministres et administrateurs issus du Centre-Sud, les hommes d’affaires nordistes n’ont pas été découragés de poursuivre leurs affaires, souvent fructueuses, au risque d’irriter la bourgeoisie commerçante bamiléké. Dans l’appareil gouvernemental, si progressivement les partisans du changement l’ont emporté sur les tenants de la continuité, il n’est pas sûr que l’extraordinaire pluralisme de la société civile camerounaise ne constitue pas, subjectivement et objectivement, un frein au renouveau démocratique, souhaité par beaucoup, mais dont la mise en œuvre paraît toujours contredire l’unité du pays. La recherche d’un compromis social demeure la contrainte principale héritée de l’histoire et de la nature des choses.

« Démocratie gouvernante » et oppositions.

Le régime s’est heurté à plusieurs oppositions, outre l’opposition armée de l’U.P.C. qui se poursuit jusqu’à l’exécution du dernier chef rebelle, Ernest Ouandié, en janvier 1971. Celle des syndicats jusqu’à leur fusion en 1971 en Union nationale des travailleurs du Cameroun. Celle des étudiants, interrompue par la montée de jeunes technocrates dans les cercles du pouvoir et le rapprochement de l’Université et du régime : celui-ci consent à celle-là des moyens importants et lui assigne en contrepartie des missions de développement. Celle des Églises qui ont provoqué plusieurs tensions graves, dont la plus importante fut l’affaire de Mgr Ndongmo en 1970. Celle des chefferies musulmanes du Nord, inquiètes devant la promotion de gens du Sud (en dépit de la politique d’islamisation de Ahidjo).

Les oppositions ponctuelles ont été surmontées et le régime a su neutraliser de façon pragmatique ses adversaires. L’ambiance générale ne se prêtait pas au libéralisme : poursuite de la guérilla, usage de pouvoirs d’exceptions, amalgame des oppositions radicales et des oppositions modérées, sentiment de crainte et de suspicion. L’autoritarisme politique a été le fruit de l’histoire et de la structure sociale du Cameroun, non de la seule personnalité d’Ahmadou Ahidjo. Le président Biya s’oriente vers une plus grande libéralisation politique.

Sans que l’on puisse parler d’une véritable « transition » vers la libéralisation, on observe que plusieurs étapes ont été franchies nolens volens au cours des cinq dernières années : pluralisme des candidatures (arbitré par le R.D.P.C.), retour des exilés de l’U.P.C., multiplication des journaux d’opposition et des associations pour les droits de l’homme, légalisation d’une vingtaine d’associations politiques, abrogation de l’ordonnance de 1962 sur la subversion, reconnaissance du multipartisme longtemps ajournée. Mais la toile de fond de cette évolution est restée marquée par de profondes tensions : rumeurs de coups d’État militaires, agitations universitaires, réveil des autonomismes, insatisfaction et violences en pays anglophone, manifestations de rues, répression policière et militaire, résistances de l’appareil d’État à la création de nouveaux partis politiques dont le Social Democratic Front, d’origine anglophone. Le président Biya et le R.D.P.C. sont contraints à faire coexister une politique d’ouverture et des comportements de fermeté qui donnent une image brouillée de la démocratisation au Cameroun.

Une société pluraliste et segmentaire .

Le régime politique camerounais se greffe sur une société particulièrement divisée à clivages multiples et persistants. Le premier clivage oppose le Nord et le Sud : le Nord, en partie islamisé, est plus conservateur et moins développé économiquement que le Sud. Le deuxième clivage, Est-Ouest, est d’ordre historique et culturel : en dépit du bilinguisme officiel, la spécificité du Cameroun ex-britannique subsiste. Le troisième clivage oppose les Bamiléké, dynamiques, dominant l’économie locale, au reste de la population ; la rébellion U.P.C. issue du pays bassa y a trouvé un terrain favorable. À ces clivages s’ajoutent des divisions propres à chaque sous-ensemble. Dans chaque cas, conflits traditionnels de type ethnique et conflits socio-économiques se combinent. Pour cette raison, la vie politique se traduit par une recherche constante de l’équilibre entre les provinces du Cameroun : il existe un principe de répartition des portefeuilles ministériels, des mandats de députés à l’Assemblée nationale, des fonctions administratives. La légitimité du président n’est pas d’ordre charismatique, elle est fonctionnelle et dépend de sa capacité à faire prévaloir l’unité de l’ensemble. Le nationalisme camerounais, fortement teinté de jacobinisme, est un produit de la diversité sociale et culturelle.

Politique extérieure : le « modèle camerounais »

À compter du début des années 1970, la politique extérieure du Cameroun a été rectifiée par touches successives et cohérentes qui révèlent une ascension vers un rôle de puissance africaine moyenne décidée à jouer pleinement sur le clavier du non-alignement. Trois explications peuvent être avancées La première explication est d’ordre historique : le Cameroun, ancien territoire sous mandat, entend conserver sa spécificité par rapport aux anciennes colonies françaises, bien qu’il n’ait pu l’affirmer lors de l’indépendance. La rébellion U.P.C. - et l’aide politique française qu’elle impliquait -, la revendication territoriale vis-à-vis du Nigeria (aujourd’hui abandonnée, elle a fait place à un litige en partie résolu concernant la limite des eaux territoriales), la nature des adversaires politiques intérieurs et extérieurs du régime Ahidjo y firent obstacle longtemps. La deuxième est d’ordre géoculturel : l’importance des frontières, les solidarités ethniques et les perspectives de complémentarité économique avec le Nigeria, le caractère originel fédéral - surtout biculturel - du pays et la formation des élites anglophones donnent au Cameroun une vocation naturelle de médiateur entre les deux « Afrique » linguistiques ; ses dirigeants se sont soigneusement abstenus de soutenir la sécession biafraise. La troisième explication est d’ordre économique : les richesses exploitées et potentielles du Cameroun lui confèrent une autorité particulière au sein de l’O.U.A. et dans les tribunes internationales sur le développement. Encore fallait-il que l’affrontement interne fût en voie d’apaisement. La pratique camerounaise a été conforme à ces données structurelles.

Orientations de la politique extérieure.

On tiendra pour significative la position du Cameroun vis-à-vis des groupements francophones. Tournant le dos aux successifs traités de Yaoundé, le Cameroun s’est retiré d’Air Afrique en 1971, puis de l’O.C.A.M. (Organisation commune africaine et malgache) et de ses organismes spécialisés à compter de 1973. Si cette dernière mesure rectifie l’image de la relation franco-camerounaise dans le sens d’une plus grande distanciation, elle vise aussi la Côte d’Ivoire dont de nombreuses prises de position ont irrité les dirigeants camerounais. Le Cameroun n’est pas membre à part entière de l’Agence de coopération culturelle et technique. C’est sur sa demande que furent signés en février 1974 de nouveaux accords de coopération avec la France, ouvrant la voie dans plusieurs pays africains à un plus juste équilibre des intérêts en présence. En outre, le gouvernement camerounais ne participa pas, à partir de 1973, aux successives conférences franco-africaines. Par ailleurs, la France reste le principal fournisseur du Cameroun avec 50% des importations, et son principal client (30% des exportations). Les échanges commerciaux se traduisent donc par un solde important au profit de la France. L’intégration dans la zone franc a été maintenue, en dépit des critiques émises par certains technocrates proches du gouvernement. Les interventions françaises (Mauritanie, Tchad, Zaïre) ont été, en leur temps, approuvées par le Cameroun. Il a facilité l’opération Manta au Tchad en 1983, puis l’opération Épervier.

Si les relations avec la France ont été perturbées par le présumé soutien qu’elle aurait porté à Ahidjo, son aide financière fut accrue en 1985 après que l’incident fut considéré comme clos par les dirigeants camerounais. Les racines de ce conflit éphémère, mais fort, doivent être trouvées sans doute dans un certain attentisme français (version de la non-ingérence dans les affaires intérieures africaines) et dans le dessein des nouveaux dirigeants camerounais de mobiliser le sentiment national contre les anciens lors d’un changement tumultueux. Le principe du non-alignement a reçu une application systématique sous la forme d’un développement réel de relations avec des groupes de pays très diversifiés. Le rapprochement avec la Chine fut lent, retardé par l’aide que la Chine avait apportée à l’U.P.C. : reconnaissance du gouvernement de la république populaire de Chine en 1971, conclusion d’accords de coopération l’année suivante, voyage du président Ahidjo à Pékin en 1973, ouverture de nombreux chantiers, dont le barrage de Lagdo sur le fleuve Chari, et missions médicales à travers le pays.

Le Cameroun entretenait simultanément des relations avec l’U.R.S.S. (depuis 1964) et les pays du Comecon dont il reçut une aide limitée, et avec les pays de l’Atlantique Nord. Si les relations commerciales sont surtout orientées vers les pays de la C.E.E. qui lui fournissent l’aide du Fonds européen du développement, les États-Unis sont cependant le deuxième fournisseur du Cameroun. Les relations extérieures du Cameroun ont été réorientées vers les pays arabes à compter de 1973 (surtout l’Arabie Saoudite), mais il a renoué avec Israël en 1986 pour des raisons internes de sécurité.
 
Cette infrastructure diplomatique a favorisé le rôle tribunitien du Cameroun (Afrique australe, dialogue Nord-Sud, conférence des Non-Alignés), la dévolution à son profit de certains postes de responsabilité (Conseil de sécurité des Nations unies, Secrétariat général de l’O.U.A. deux fois) ainsi que l’exercice par l’ex-président Ahidjo d’une fonction de médiateur dans de nombreux conflits africains, internes ou externes. Sur le plan régional, le Cameroun attend beaucoup du traité de l’U.D.E.A.C. (Union douanière et économique d’Afrique centrale) qui le lie au Congo, au Gabon, au Centrafrique : les échanges intracommunautaires ont progressé plus vite que le commerce extérieur de la région, ils peuvent accélérer l’essor d’une industrie de substitution dans un pays qui représente les deux tiers de la population globale de l’espace économique régional et de réelles capacités de croissance. Le Cameroun, par son pragmatisme, a su récupérer le legs de l’ancienne Afrique-Équatoriale française à laquelle il n’appartenait pas historiquement.

Dans les faits, la politique extérieure s’est heurtée aux contraintes intérieures découlant de la situation économique et sociale. Après son indépendance, le Cameroun bâtit son économie sur les cultures d’exportation : café et cacao (dont les productions ont respectivement doublé et quadruplé), mais aussi banane, huile de palme, coton et thé. Les choix en matière industrielle se portèrent sur l’agro-industrie et les industries de substitution aux importations.

Le Cameroun étant par ailleurs riche en ressources du sous-sol et en possibilités énergétiques, l’exploitation du pétrole s’est élevée à partir de 1977 jusqu’en 1985, où elle représentait 45% des recettes budgétaires et 66% des recettes d’exportation (mais moins de 20% du P.N.B.). Mais la gestion de la ressource, en partie débudgétisée, a permis au président Ahidjo de disposer d’une masse de manœuvre (sans contrôle) analogue à celle que d’autres dirigeants tirent de leurs Caisses de compensation et péréquation agricoles. La ressource financière fut épuisée en 1986, et les perspectives d’exploitation paraissent compromises à moyen terme.
 
Au début des années quatre-vingt, le Cameroun avait résisté mieux que tout autre État africain à la crise (notamment grâce au pétrole). L’objectif du plan 1981-1986 portant sur une croissance de 7% par an a été dépassé, tandis que le taux d’endettement extérieur du pays restait faible. À compter de cette date, le retournement des cours du pétrole et la baisse de la production ont produit des effets négatifs aggravés par la chute des cours du café et du cacao : désorganisation des circuits financiers et assèchement de la trésorerie publique. Ayant initialement refusé de recourir à l’ajustement structurel et au F.M.I., le gouvernement applique un plan de stabilisation intérimaire, puis, à dater de 1988, un véritable programme d’ajustement structurel et fera rééchelonner sa dette par le Club de Paris. Le ministre des Finances M. Hayatou, partisan de ces programmes, a été nommé au poste - recréé - de Premier ministre en 1990.

Politique intérieure.

Le 5 décembre 1990, l’Assemblée nationale adopte une loi qui instaure le multipartisme, mais interdit tout recrutement de militants sur une base ethnique ou régionale.

Le 1er mars 1992 ont lieu les élections législatives. Les principaux partis d’opposition ont appelé à boycotter le scrutin. La participation est de 60,58%, mais le tiers seulement de la population est inscrit sur les listes électorales. Avec 88 sièges sur 180, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (R.D.P.C.), ex-parti unique du président Paul Biya, ne dispose que de la majorité relative. L’Union nationale pour la démocratie et le progrès du Peul Maïgari Bello Bouba effectue une percée en obtenant 68 sièges.

Le 11 octobre se déroule la première élection présidentielle pluraliste de l’histoire du pays. Le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a pour adversaires l’anglophone John Fru Ndi, chef du Social Democratic Front, et Maïgari Bello Bouba. Les résultats tardent à être publiés et l’opposition, déjà désavantagée par le caractère anticipé de la consultation et le scrutin à un tour, dénonce des fraudes. Le 20, John Fru Ndi proclame sa victoire. Le 23, la Cour suprême annonce la réélection de Paul Biya, avec 39,9% des suffrages. John Fru Ndi en obtient 35,9% et Maïgari Bello Bouba, 19,2%. Le taux de participation s’élève à près de 72%. Des émeutes immédiatement réprimées éclatent dans les bastions de l’opposition.
 
En novembre 1994, après deux années d’un immobilisme politique illustré par ses fréquentes absences de la capitale, ou même du pays, le président Biya met en place des assises nationales en vue de démocratiser les institutions. Boycottée par l’opposition, cette initiative aboutit à un projet de Constitution peu différent de la Loi fondamentale en vigueur depuis 1972.
 
Le 18 janvier 1996 est promulguée la Constitution révisée que le Parlement a adoptée en décembre 1995. Elle crée un Sénat dont 30% des membres sont nommés par le chef de l’État, ainsi qu’une Cour constitutionnelle ; elle transforme les provinces en régions dotées de la personnalité juridique ; elle rend le gouvernement responsable devant le Parlement et limite la durée du mandat présidentiel - renouvelable une seule fois - à sept années. Le 21, les élections municipales sont remportées par le R.D.P.C., au pouvoir, qui contrôle plus de la moitié des municipalités, principalement dans le centre et le sud du pays. L’opposition anglophone du Social Democratic Front de John Fru Ndi l’emporte dans l’Ouest et l’Union nationale pour la démocratie et le progrès de Maïgari Bello Bouba dans le Nord.
 
Le 27 février, le gouvernement nomme des délégués chargés d’administrer, aux côtés des conseils élus, les onze premières villes du pays, dont huit contrôlées par l’opposition. Celle-ci organise, en guise de protestation, une journée « ville morte », en mai.
 
Le 19 septembre, le président Biya nomme Peter Mafany Musonge, considéré comme un technicien, Premier ministre.
 
Le 17 mai 1997, le R.D.P.C. remporte 109 sièges sur 173 lors des élections législatives. Le Social Democratic Front en obtient 43, l’Union nationale pour la démocratie et le progrès 23 et l’Union démocratique camerounaise (U.D.C.) 5.

Le 12 octobre, le président Paul Biya est réélu à la tête de l’État avec 92,5% des suffrages. L’opposition avait appelé à boycotter le scrutin.

L’année 2000 est marquée par la lutte contre la corruption et l’insécurité. En février est annoncée la création d’un Observatoire de la corruption composé de personnalités. Le 18 mars, le président Biya procède à un remaniement qui aboutit à la mise à l’écart des responsables de la sécurité publique.
 
En 2001, l’armée se trouve au centre de l’actualité. En janvier, la disparition de neuf jeunes gens interpellés par des hommes du Commandement opérationnel, unité chargée de lutter contre la délinquance, suscite une vive émotion. En février, un incendie inexpliqué détruit la poudrière des armées à Yaoundé. En avril, le ministre de la Défense est limogé. En juillet, le président Biya nomme un nouveau chef d’état-major appartenant à la même ethnie que lui.

Le 30 juin 2002, le R.D.P.C. du président Paul Biya, qui fêtera en novembre le vingtième anniversaire de son arrivée au pouvoir, remporte les élections législatives en obtenant 133 des 180 sièges au Parlement. Mal préparé, le scrutin a dû être retardé d’une semaine.
 
Le 11 octobre 2004, le président Biya est réélu à la tête de l’État avec 70,8% des suffrages contre 17,4% des voix pour son principal adversaire, John Fru Ndi, candidat du Social Democratic Front. Le candidat de la coalition de l’opposition, Amadou Ndam Njoya, chef de l’U.D.C., n’obtient que 4,5% de suffrages. Le taux de participation annoncé est de 82,2%. L’opposition conteste les conditions de déroulement et les résultats du scrutin.

En 1990, le pays est affecté par le niveau toujours très bas du prix de ses principales denrées d’exportation, le cacao et le café, et par les conséquences sociales des mesures d’ajustement économique. La paralysie du système bancaire et la mise en sommeil des entreprises étrangères, condamnées par les impayés de l’État, ne laissent guère de champ pour une reprise de l’activité. Les relations avec le F.M.I. et la Banque mondiale sont suspendues, Yaoundé ne parvenant pas à se conformer à ses obligations, notamment au sujet de l’équilibre budgétaire. La hausse du prix du pétrole permet finalement au pays de raffermir sa position.
 
En 1993, les relations de Yaoundé avec les institutions financières internationales se dégradent. En mars, la Banque mondiale suspend ses concours, en raison des retards de paiement du Cameroun. Paris accorde une nouvelle aide financière afin de permettre au pays d’honorer ses engagements. Le F.M.I. renonce à l’octroi d’un crédit stand-by après avoir constaté le manque de progrès dans les réformes annoncées par le gouvernement. Le budget voté le 29 juin, qui sacrifie les secteurs capables de stimuler les investissements, n’est pas de nature à remédier à la situation.

Le 11 janvier 1994, sous la pression de la France et du F.M.I., les dirigeants des quatorze États africains appartenant à la zone franc (Bénin, Burkina, Cameroun, Centrafrique, Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée équatoriale, Mali, Niger, Sénégal, Tchad, Togo), réunis à Dakar, annoncent la dévaluation de 50% du franc CFA et de 33,3% du franc comorien. Destinée à assainir l’économie et à relancer la croissance dans ces pays, cette décision a été rendue nécessaire par l’absence de politique d’ajustement interne de leur part après l’effondrement des cours des matières premières. Paris promet de participer à l’allègement de la dette, au financement des programmes conclus avec le F.M.I. et à l’« accompagnement de l’ajustement » dans les pays de la zone.

Mais le plan d’ajustement structurel adopté en mars est abandonné en juin, le pays ne satisfaisant pas à ses obligations. En milieu d’année, les premiers effets favorables de la dévaluation du franc CFA se font sentir sur les exportations. En avril 1995, le Cameroun bénéficie d’un rééchelonnement de dette de la part de plusieurs partenaires. En juin, Yaoundé annonce une accélération du programme de privatisations et présente son plan de compression des effectifs de la fonction publique. En septembre, le F.M.I. accorde au Cameroun un crédit de 101 millions de dollars destiné à soutenir son programme économique pour 1995-1996. Le respect de ce programme conditionne la signature avec le F.M.I. d’un plan d’ajustement renforcé de trois ans.
 
En 1996, le ralentissement de la croissance rend encore plus important le poids de la dette extérieure - plus de 4 000 milliards de francs CFA et de la dette intérieure - quelque 1 000 milliards de francs CFA.
 
En août 1997 est signé avec les institutions financières internationales un accord de 219 millions de dollars sur trois ans relatif à une facilité d’ajustement structurel renforcé. Cet accord est rendu possible par une normalisation, qui reste fragile, de la situation économique.

En 1998, la croissance se maintient, en dépit de l’insuffisance des infrastructures et de la lenteur de la mise en œuvre des privatisations. La corruption et l’insécurité juridique qui règnent dans le pays découragent les investisseurs.
 
En 1999, le programme de réformes économiques se met en place tandis que s’accélère la lutte contre la corruption et l’incurie des services publics ; la privatisation de ceux-ci est engagée.
 
En 2000, le Cameroun parvient à mener à son terme le programme d’ajustement structurel signé en 1997 avec les institutions financières internationales. L’engagement de réformes par les autorités, qui stimulent l’investissement, porte ses fruits. Le pays bénéficie de l’initiative multilatérale concernant la réduction de la dette des pays pauvres très endettés (P.P.T.E.). Le F.M.I. octroie un crédit supplémentaire destiné à la réduction de la pauvreté.

En 2001, le maintien de bons résultats économiques ne permet pas encore de faire reculer la pauvreté. La lutte contre la corruption engagée par les autorités demeure d’actualité.

En 2002, la croissance se maintient et le solde budgétaire demeure positif. Toutefois, aucune initiative n’est entreprise dans le domaine social et la pauvreté perdure. Les privatisations prennent du retard.
 
En 2003, la croissance de l’activité ne s’accompagne toujours pas d’une baisse du chômage. Il en résulte qu’un tiers de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. L’économie qui repose sur l’exportation de produits de rente (café, cacao, coton, pétrole) reste soumise aux cours des marchés mondiaux. Le pays atteint toutefois l’autosuffisance alimentaire.
 
L’année 2004, n’offre pas de bons résultats économiques, malgré une croissance toujours en hausse. La mauvaise gestion, notamment des finances publiques, empêche le pays d’atteindre les objectifs fixés par le F.M.I. dans le cadre de l’Initiative pour les pays pauvres très endettés. Le Cameroun ne peut donc prétendre à la réduction de sa dette extérieure qui aurait permis à l’État de retrouver une capacité de financement.

En février 1994, un conflit frontalier oppose le Cameroun au Nigeria, à propos de la péninsule de Bakassi, une zone riche en poisson et en hydrocarbures. Après une tentative de médiation du président togolais Eyadéma au début de mars, le Cameroun porte l’affaire devant la Cour internationale de justice le 29.
 
Le 1er novembre 1995, le Cameroun devient membre du Commonwealth, ce qui a pour conséquence d’aviver les revendications séparatistes des provinces anglophones de l’Ouest.
 
En mars 1996, la tension renaît entre le Cameroun et le Nigeria au sujet de la péninsule de Bakassi.

Du 8 au 10 juillet, Yaoundé accueille le sommet de l’O.U.A.
 
Les 18 et 19 janvier 2001 se tient à Yaoundé le XXI° sommet franco-africain, consacré à « l’Afrique face aux défis de la mondialisation ». La conférence est dominée par l’assassinat, deux jours plus tôt, du président de la République démocratique du Congo, Laurent-Désiré Kabila. Le président français Jacques Chirac annonce l’annulation immédiate de la dette bilatérale de dix-huit pays africains parmi les plus pauvres de la planète. La totalité de la dette bilatérale des pays africains à l’égard de la France atteint 10,5 milliards d’euros.
 
Le 1er janvier 2002, le Cameroun devient, pour deux ans, membre du Conseil de sécurité de l’O.N.U.
 
Le 10 octobre, la Cour internationale de justice rend un jugement favorable au Cameroun dans le litige qui l’oppose au Nigeria à propos de la presqu’île de Bakassi, riche en pétrole, et de la délimitation de leurs frontières. Le 15 novembre, les chefs d’État des deux pays s’engagent, sous l’égide de l’O.N.U., à respecter ce jugement.

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