Le Brésil, nouvelle grande puissance.

Lundi 7 février 2011 // Le Monde

Rarement à l’ordre du jour de nos médias, le Brésil a fait néanmoins l’actualité avec l’élection présidentielle en octobre dernier. À la surprise générale, Dilma Rousseff la candidate parrainée par le président sortant Lula, dont elle était le Premier ministre, n’a pas obtenu au premier tour une majorité suffisante lui permettant d’esquiver le second. En effet, la candidature populaire de Monica Silva, qui lui reprochait, entre autre, son projet de libéralisation de l’avortement, l’a privé d’une victoire écrasante (46%).

Le second tour a vu logiquement sa victoire avec 56% des voix, l’érigeant première femme président du Brésil, ce qui est une victoire assez large mais qui demeure loin de la cote de popularité de Lula qui dépasse les 80%. C’est assez dire que le charisme et la popularité d’un homme politique ne se transmettent pas à volonté.
Le bilan du Président sortant est en effet très positif : ancien syndicaliste et homme de gauche, celui en qui d’aucuns craignaient (ou espéraient) un nouveau Chavez, s’est, bien au contraire, révélé comme un sage et un véritable homme d’Etat. Élu Président du Brésil, il succéda en 2002 au très populaire Fernando Henrique Cardoso dans la ligne duquel il se situa et il suivit en matière économique une politique de rigueur menée avec habileté par son Ministre Antonio Palocci lui-même ancien trotskyste !

Cette politique, appuyée sur de nombreuses entreprises dynamiques et souvent de niveau international, permit de juguler l’inflation et de favoriser les investissements étrangers engendrant de larges excédents commerciaux. Tout en se conformant aux normes du FMI, Le Brésil a pu ainsi non seulement rembourser ce dernier mais échapper à la crise financière internationale. En effet, une croissance de 4 à 8% l’an, prévue à 5% pour 2011, une inflation réduite à 4,5% et des réserves de devises représentant une année d’importations, permettent d’envisager l’avenir avec quelque sérénité. C’est là le triomphe de l’orthodoxie budgétaire et monétaire sans que, pour autant, ait été négligée une politique sociale que le succès de la politique économique lui a permis de mener. Ce fut en effet l’un des grands mérites du Président, de comprendre qu’on ne peut « faire du social » qu’avec une économie en bon état de marche.

Avec un PIB de 1600 milliards de dollars, le Brésil, pays de 190 millions d’habitants dont 83% urbanisés, est désormais la huitième puissance économique du monde. Il forme avec la Russie, l’Inde et la Chine ce que l’on appelle le groupe « BRIC », celui elles pays émergents qui modifient l’équation géostratégique mondiale.

A ce propos, il n’est pas sans intérêt de souligner l’essor du secteur pétrolier dont est responsable la société nationale Petrobras. C’est ainsi que le Brésil, devenu un grand consommateur d’énergie, est aujourd’hui auto-suffisant en matière pétrolière et sera demain exportateur de pétrole grâce aux gisements « off-shore » découverts dans l’Atlantique, notamment le champ de Tupi, l’un des plus grands gisements du monde, pour le développement duquel, entre autres, le Président a pu annoncer cette année la réussite d’une énorme augmentation de capital de Petrobras d’un montant de 66 milliards de dollars. En outre, le Brésil produit 90% de son électricité grâce à l’énergie hydraulique et 50% de son carburant est produit à base d’éthanol. C’est dire la bonne santé de son bilan énergétique lequel est généralement le reflet de l’économie d’un pays.

Il convient cependant d’avoir aussi conscience des grands contrastes et disparités énormes d’une région à une autre de cette République Fédérative de 26 Etats et du District Fédéral de Brasilia. Alors que, par exemple, Sao Paulo avec sa mégapole représente 25% de la population du pays et 34% de son PNB, alors que d’autres abritent des populations clairsemées et une réelle pauvreté, en d’autres termes, des forêts de gratte-ciel aux forêts amazoniennes, de vastes problèmes restent à résoudre.

On comprend dès lors que le Président sortant ait mis l’accent sur la lutte contre la pauvreté et Dilma Rousseff entend en faire une priorité de sa présidence.

En conclusion si Dilma Rousseff n’a pas la même aura que son mentor, elle devrait s’inscrire dans la continuité de l’action menée par Lula, confortant son pays dans son rôle de nouvelle grande puissance mondiale.

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