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Le Brésil de Lula da Silva.

Lundi 30 octobre 2006, par Paul Vaurs // Le Monde

Trêve électorale chez les sans-terre

Le nombre d’occupations de terres a fortement diminué pendant la campagne
électorale. Non que tous les problèmes soient résolus, mais pour ne pas
nuire à Lula.

Afin de ne pas porter atteinte à la campagne du président Luiz Inácio Lula
da Silva (Parti des travailleurs, PT), qui est en tête dans la course à la
présidence, le Mouvement des sans terres (MST) a mis un bémol aux
occupations de terres dans tout le pays. Si l’on en croit les chiffres de l’organisation,
on est passé de 134 actions menées dans 21 États entre janvier et avril à
seulement 46 dans 11 États entre mai et août, en pleine campagne électorale.
Juste avant, le MST n’hésitait pas à organiser des manifestations aux
répercussions très néfastes, comme la destruction du centre de recherches
forestières d’Aracruz Celulose, à Barra do Riveiro, dans le Rio Grande do
Sul. Et le mois d’avril avait encore été marqué par une vague d’occupations
de bâtiments et de fazendas, de blocages de routes et de péages. Mais, dès
que les sondages ont placé le président en position d’être réélu, le
mouvement, en allié responsable, a demandé aux militants qui organisent les
actions de calmer le jeu. Plusieurs leaders se sont d’ailleurs engagés dans
la campagne du PT.

En juillet, il n’y a eu que 12 occupations, et seulement 7 en août, toutes
ponctuelles et organisées en réponse à des problèmes locaux. Au cours de la
dernière action, début septembre, lors de l’occupation par 200 militants
sans terre du siège de l’Institut foncier de l’Etat de São Paulo (ITESP) à
Presidente Prudence [ville de l’Etat de São Paulo située à 400 kilomètres de
la capitale économique brésilienne], le coordonnateur, José Aparecido Maia,
avait recommandé aux militants d’être prudents et de ne rien endommager.
Lorsqu’on l’a interrogé à ce sujet, il a affirmé qu’il s’agissait d’une
recommandation pratique, dans le cadre d’une manifestation pacifique à l’objectif
bien défini. « Le gouvernement a promis d’installer 1400 familles dans la
région, mais il n’a pas tenu ses promesses ». Il a toutefois reconnu que le
MST veillait à ne pas agir de façon inconsidérée, comme le fait le Mouvement
de libération des sans terre (MLST), qui a failli déstabiliser la campagne
de Lula en manifestant violemment dans les locaux de la Chambre des députés,
en juin dernier.

À Pontal do Paranapanema [dans l’État de São Paulo], zone de conflits
fonciers dominée par le MST, l’absence de manifestations provoque le
mécontentement d’Antonio Silva, 79 ans, qui vit dans un campement depuis
quatre ans : « Il est déjà difficile d’obtenir de la terre par la lutte,
imaginez ce que c’est de voir tout arrêté ainsi. »

La dernière occupation, celle de la fazenda São Sebastião, à Teodoro
Sampaio, a eu lieu il y a quatre mois. Fin juillet, le leader José Rainha
Júnior avait réussi à former un front avec la direction d’autres mouvements
afin d’organiser ce qu’il appelle un arrastão [action menée en bande dans le
but de ramasser ostensiblement tout sur son passage] dans les propriétés
agricoles de la région. Avec le Mouvement des agriculteurs sans terre
(MAST), le mouvement Unis pour la terre (UNITERRA) et l’Association
rénovatrice des sans terre (ARST), le MST de Rainha comptait envahir vingt
fazendas à Pontal. Lula étant en bonne position dans les sondages, ce projet
a dû être abandonné. « Nous attendrons le moment opportun », a déclaré le
leader.

Les nouvelles manifestations n’auront lieu qu’après les élections.

Dans les campements ; la propagande électorale se confond avec les drapeaux
rouges du MST. Converti en directeur de campagne de son épouse, Diolinda
Alves de Souza, candidate au fauteuil de député d’Etat pour le PT : Lula
pour la Présidence , Aloizio Mercadante pour le gouvernement de São Paulo,
Eduardo Suplicy pour le Sénat et le companheiro José Genoino pour la
Chambre des députés. Diolinda apparaît également avec le député Luiz Eduardo
Greenhalgh, qui était son avocat lorsqu’elle était en prison. « Lula a été
très heureux d’apprendre ma candidature », affirme Diolinda, qui a pris la
tête, en mars dernier, d’un groupe de femmes lors de l’occupation de cinq
fazendas à Pontal. Les nouvelles manifestations n’auront pas lieu qu’après
les élections. « Aujourd’hui, je suis en campagne. »

La coordinatrice nationale du MST, Marina dos Santos, raconte que la
mobilisation s’est calmée, car en période électorale, les interlocuteurs
avec lesquels engager des négociations se font rates. « Ce n’est pas une
trêve. Il se trouve que, durant cette période, la réforme ne progresse pas,
et ce serait gâcher nos munitions. La grande mobilisation de début d’année,
affirme t’elle, a été prévue en fonction des élections. Nous savons que tout
s’arrête pendant la campagne. »

Selon Marina dos Santos, le mouvement n’a pas pris dans le débat mais « la
majorité des militant votera pour Lula. Ce sera un vote critique, car le
rythme de la réforme agraire suscite de nombreux mécontentements. Un million
de familles devaient être installées durant ces quatre années ? Or il n’y en
a pas eu 400 000. »

Ce que la presse a oublié de dire.

Les médias se sont acharnés à détruire la crédibilité du gouvernement,
affirme la psychanalyste Suely Rolnik.

Quels sont à vos yeux les changements positifs apportés par le gouvernement
de Lula ?

Au Brésil, la presse ne parle quasiment pas de ce qui a été fait au cours
de ce mandat : la communication est entre les mains des élites, qui
construisent jour après jour un imaginaire qui détruit Lula, son
gouvernement et son parti. L’un des échecs de ce gouvernement est
précisément de n’être jamais parvenu à inventer des stratégies intelligentes
lui permettant de percer cette forteresse médiatique. Sa principale
conquête, selon moi, est d’avoir permis, pour la première fois dans
l’histoire du Brésil, une transformation de la répartition des richesses qui
a bénéficié aux plus pauvres et réduits l’abîme entre les différentes
classes sociales. Les conditions de vie des classes les plus défavorisées
ont connu une amélioration incontestable, avec une croissance de 13 % par
an, bien supérieure à la moyenne nationale. Tout cela grâce à une série de
mesures d’intégration sociale et d’égalité des chances : la retraite rendue
proportionnelle au revenu, le plan Bolsa Familiar ( « bourse familiale »,
système d’allocations qui permet des transferts de richesses au profit des
plus pauvres), la PROUNE (pour l’accès aux universités privées des étudiants
issus de l’école publique), le microcrédit à faible taux d’intérêt, etc..
Ces mesures ne sautent peut-être pas aux yeux : on est encore loin d’un
changement significatif, surtout pour ceux qui vivent tout cela au
quotidien, pour lesquels le fossé est tellement immense et la démesure des
privilèges si absurdement bien installée. Toujours est-il que les classes
défavorisées perçoivent clairement le changement apporté dans leur vie par
ce gouvernement, comme en témoigne la popularité écrasante dont jouit Lula
dans les sondages en vue de la prochaine élection. Et cela en dépit de
l’acharnement des médias à détruire sa crédibilité. Les exemples ne manquent
pas. Ainsi la réforme urbaine, l’une des facettes de la politique sociale de
ce gouvernement, se fonde sur la reconnaissance du droit de propriété pour
l’habitat informel, les favelas, où vit la majorité de la population
brésilienne. C’est fondamental, car l’inexistence territoriale de cette
frange de la population ajoute à l’ambiguïté de son inexistence dans la
cartographie de la ville : cette population est une sorte de fantôme qui
n’apparaît qu’à travers les services qu’elle fournit aux autres classes. On
peut également citer une autre grande conquête du gouvernement de Lula : la
reconnaissance et la régularisation des quilombos, ces quelque 2500
communautés noires isolées qui vivent d’une économie de subsistance et
étaient totalement occultées par la cartographie - tant imaginaire que
réelle - du Brésil.

Quelles ont été les répercussions des derniers scandales de corruption au
sein du Parti des travailleurs. (PT) ?

C’est une question complexe. La corruption est profondément enracinée dans
la culture politique du Brésil. Les élites se sont toujours approprié les
biens publics et elles l’ont fait de façon explicite, car cette
appropriation était vue comme une preuve d’intelligence, un faire-valoir,
pour un homme, de vrai mâle digne de respect. Cette subjectivation politique
du Brésil profond ne peut pas disparaître d’un coup de baguette magique. Les
quatre cinquièmes des membres de l’Assemblée nationale fonctionnent encore
selon cette logique ; pour voter la moindre loi, il faut acheter les
parlementaires. Face à cet état de fait, le gouvernement du PT a adopté la
vieille logique de la gauche orthodoxe : la fin justifiant les moyens, un
certain niveau de corruption reste acceptable dans la mesure où cela permet
de mener à bien des actions importantes, notamment l’adoption des lois.
C’est une pratique manifestement admise par une partie du gouvernement. D’un
point de vue micropolitique, il y a probablement eu une mobilisation de
cette tradition de l’appropriation privée des biens publics, tradition
profondément enracinée dans le pays et dans la subjectivité de certains
dirigeants aux origines populaires ou appartenant à la petite classe
moyenne, pour qui la corruption offre une perspective d’ascension sociale et
d’intégration dans la caste des vrais machos brésiliens.

Grand nettoyage dans la police fédérale.

C’est nouveau au Brésil : désormais, on peut être riche, puissant et en état
d’arrestation. Tout cela grâce à la rénovation de la police fédérale. Mais
il reste encore à « nettoyer » les polices des Etats. Et l’appareil
judiciaire.

Félicitations ! Quelle opération ... « Telle a été la réaction spontanée de
Lucivaldo Laurindo, plus connu sous le nom de Torturado, au moment où il
était menotté et plaqué à terre, avec ses vingt-cinq acolytes, dans une
maison de Porto Alegre. Cette opération montée par la police fédérale (PF) a
marqué le début d’une spectaculaire série d’arrestations dans le milieu du
crime organisé. Jusqu’en 2000, la PF était considérée comme une organisation
de policiers brutaux (les chuta-portas) gangrenée par la corruption. Dans
les hautes sphères, son image était encore plus déplorable. On la
considérait comme une annexe des officines des Etats-Unis. Jusqu’à la fin
des années 1990, les voitures et le carburant de la PF brésilienne étaient
payés par la CIA.

« C’est nous qui fournissons les fonds, c’est nous qui fixons les règles »,
avait même déclaré en mai 1999 James Derham, en poste à l’ambassade des
Etats-Unis à Brasilia. Mais, convoqué par son gouvernement, Derham a ensuite
dû rentrer aux Etats-Unis. La révision de l’ancienne structure a été lancée,
et son budget renforcé. En un mot, la PF s’est modernisée.

Désormais, c’est au cinquième étage du Morcego Negro [la chauve-souris
noire], siège de la police à Brasilia, que travaille, barricadée, sous la
surveillance permanente de caméras vidéo, la Direction de l’intelligence
policière (DIP). C’est là aussi que sont émis des mandats d’arrêt comme on
n’en avait jamais vu au paravant de l’ex-gouverneur Paulo Maluf à Eliana
Tranchesi, propriétaire du magasin de luxe Daslu. La DIP dispose de près de
100 agents dans la capitale fédérale, qui se connaissent à peine entre eux.
Le cas d’un agent déguisé et qui a vécu cinq jours près de la porte d’un
responsable de la PF à Rio de Janeiro est resté dans les annales. C’est
également au cinquième étage du siège national que se trouve le Guardião,
impressionnant système informatique permettant de gérer des centaines
d’écoutes téléphoniques et de recouper les renseignements avec les bases de
données policières nationales et mondiales. C’est l’un des dispositifs de
renseignements les plus modernes qui soient, fruit d’une volonté de
rénovation du dispositif technologique de la PF. Aujourd’hui, 11 000
policiers fédéraux sont engagés dans des missions au service du pays.

Ils disposent de 5 hélicoptères, 9 avions, une vingtaine de bateaux et 2
327 véhicules automobiles. Depuis 2003, ce dispositif a permis de mener 119
000 opérations. Contrairement aux services de renseignements des différents
États du pays, qui, aujourd’hui encore n’hésitent pas à associer torture,
informateurs et arrestations illégales, la PF agit aujourd’hui en
partenariat avec les juges et avec de plus en plus de discernement et de
moins en moins de violence. Pour cela, elle a d’abord dû faire le ménage
dans ses propres rangs. Accusés de corruption, plus de 60 fédéraux ont
récemment été arrêtés. « Jusqu’en 2003, beaucoup des nôtres étaient associés
au crime organisé », raconte un commissaire de São Paulo qui souhaite garder
l’anonymat. Parmi les cibles visées, des juges, des fonctionnaires du
ministère public et des policiers. Il a donc fallu prendre beaucoup de
précautions pour que l’enquête ne s’enlise pas. Ce savoir-faire a ouvert la
voie à d’autres opérations impliquant des personnalités célèbres ou
puissantes. Il reste maintenant à faire appliquer cette modernisation au
pouvoir judiciaire, garant du travail de la police.

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