Innovation démocratique, une volonté politique pour retrouver des valeurs républicaines lutter contre l'injustice et conduire une politique de droite éclairée en France. Paul Vaurs
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>>Le Brésil de Lula da Silva.Trêve électorale chez les sans-terre Le nombre d’occupations de terres a fortement diminué pendant la campagne électorale. Non que tous les problèmes soient résolus, mais pour ne pas nuire à Lula. Afin de ne pas porter atteinte à la campagne du président Luiz Inácio Lula da Silva (Parti des travailleurs, PT), qui est en tête dans la course à la présidence, le Mouvement des sans terres (MST) a mis un bémol aux occupations de terres dans tout le pays. Si l’on en croit les chiffres de l’organisation, on est passé de 134 actions menées dans 21 États entre janvier et avril à seulement 46 dans 11 États entre mai et août, en pleine campagne électorale. Juste avant, le MST n’hésitait pas à organiser des manifestations aux répercussions très néfastes, comme la destruction du centre de recherches forestières d’Aracruz Celulose, à Barra do Riveiro, dans le Rio Grande do Sul. Et le mois d’avril avait encore été marqué par une vague d’occupations de bâtiments et de fazendas, de blocages de routes et de péages. Mais, dès que les sondages ont placé le président en position d’être réélu, le mouvement, en allié responsable, a demandé aux militants qui organisent les actions de calmer le jeu. Plusieurs leaders se sont d’ailleurs engagés dans la campagne du PT. En juillet, il n’y a eu que 12 occupations, et seulement 7 en août, toutes ponctuelles et organisées en réponse à des problèmes locaux. Au cours de la dernière action, début septembre, lors de l’occupation par 200 militants sans terre du siège de l’Institut foncier de l’Etat de São Paulo (ITESP) à Presidente Prudence [ville de l’Etat de São Paulo située à 400 kilomètres de la capitale économique brésilienne], le coordonnateur, José Aparecido Maia, avait recommandé aux militants d’être prudents et de ne rien endommager. Lorsqu’on l’a interrogé à ce sujet, il a affirmé qu’il s’agissait d’une recommandation pratique, dans le cadre d’une manifestation pacifique à l’objectif bien défini. « Le gouvernement a promis d’installer 1400 familles dans la région, mais il n’a pas tenu ses promesses ». Il a toutefois reconnu que le MST veillait à ne pas agir de façon inconsidérée, comme le fait le Mouvement de libération des sans terre (MLST), qui a failli déstabiliser la campagne de Lula en manifestant violemment dans les locaux de la Chambre des députés, en juin dernier. À Pontal do Paranapanema [dans l’État de São Paulo], zone de conflits fonciers dominée par le MST, l’absence de manifestations provoque le mécontentement d’Antonio Silva, 79 ans, qui vit dans un campement depuis quatre ans : « Il est déjà difficile d’obtenir de la terre par la lutte, imaginez ce que c’est de voir tout arrêté ainsi. » La dernière occupation, celle de la fazenda São Sebastião, à Teodoro Sampaio, a eu lieu il y a quatre mois. Fin juillet, le leader José Rainha Júnior avait réussi à former un front avec la direction d’autres mouvements afin d’organiser ce qu’il appelle un arrastão [action menée en bande dans le but de ramasser ostensiblement tout sur son passage] dans les propriétés agricoles de la région. Avec le Mouvement des agriculteurs sans terre (MAST), le mouvement Unis pour la terre (UNITERRA) et l’Association rénovatrice des sans terre (ARST), le MST de Rainha comptait envahir vingt fazendas à Pontal. Lula étant en bonne position dans les sondages, ce projet a dû être abandonné. « Nous attendrons le moment opportun », a déclaré le leader. Les nouvelles manifestations n’auront lieu qu’après les élections. Dans les campements ; la propagande électorale se confond avec les drapeaux rouges du MST. Converti en directeur de campagne de son épouse, Diolinda Alves de Souza, candidate au fauteuil de député d’Etat pour le PT : Lula pour la Présidence , Aloizio Mercadante pour le gouvernement de São Paulo, Eduardo Suplicy pour le Sénat et le companheiro José Genoino pour la Chambre des députés. Diolinda apparaît également avec le député Luiz Eduardo Greenhalgh, qui était son avocat lorsqu’elle était en prison. « Lula a été très heureux d’apprendre ma candidature », affirme Diolinda, qui a pris la tête, en mars dernier, d’un groupe de femmes lors de l’occupation de cinq fazendas à Pontal. Les nouvelles manifestations n’auront pas lieu qu’après les élections. « Aujourd’hui, je suis en campagne. » La coordinatrice nationale du MST, Marina dos Santos, raconte que la mobilisation s’est calmée, car en période électorale, les interlocuteurs avec lesquels engager des négociations se font rates. « Ce n’est pas une trêve. Il se trouve que, durant cette période, la réforme ne progresse pas, et ce serait gâcher nos munitions. La grande mobilisation de début d’année, affirme t’elle, a été prévue en fonction des élections. Nous savons que tout s’arrête pendant la campagne. » Selon Marina dos Santos, le mouvement n’a pas pris dans le débat mais « la majorité des militant votera pour Lula. Ce sera un vote critique, car le rythme de la réforme agraire suscite de nombreux mécontentements. Un million de familles devaient être installées durant ces quatre années ? Or il n’y en a pas eu 400 000. » Ce que la presse a oublié de dire. Les médias se sont acharnés à détruire la crédibilité du gouvernement, affirme la psychanalyste Suely Rolnik. Quels sont à vos yeux les changements positifs apportés par le gouvernement de Lula ? Au Brésil, la presse ne parle quasiment pas de ce qui a été fait au cours de ce mandat : la communication est entre les mains des élites, qui construisent jour après jour un imaginaire qui détruit Lula, son gouvernement et son parti. L’un des échecs de ce gouvernement est précisément de n’être jamais parvenu à inventer des stratégies intelligentes lui permettant de percer cette forteresse médiatique. Sa principale conquête, selon moi, est d’avoir permis, pour la première fois dans l’histoire du Brésil, une transformation de la répartition des richesses qui a bénéficié aux plus pauvres et réduits l’abîme entre les différentes classes sociales. Les conditions de vie des classes les plus défavorisées ont connu une amélioration incontestable, avec une croissance de 13 % par an, bien supérieure à la moyenne nationale. Tout cela grâce à une série de mesures d’intégration sociale et d’égalité des chances : la retraite rendue proportionnelle au revenu, le plan Bolsa Familiar ( « bourse familiale », système d’allocations qui permet des transferts de richesses au profit des plus pauvres), la PROUNE (pour l’accès aux universités privées des étudiants issus de l’école publique), le microcrédit à faible taux d’intérêt, etc.. Ces mesures ne sautent peut-être pas aux yeux : on est encore loin d’un changement significatif, surtout pour ceux qui vivent tout cela au quotidien, pour lesquels le fossé est tellement immense et la démesure des privilèges si absurdement bien installée. Toujours est-il que les classes défavorisées perçoivent clairement le changement apporté dans leur vie par ce gouvernement, comme en témoigne la popularité écrasante dont jouit Lula dans les sondages en vue de la prochaine élection. Et cela en dépit de l’acharnement des médias à détruire sa crédibilité. Les exemples ne manquent pas. Ainsi la réforme urbaine, l’une des facettes de la politique sociale de ce gouvernement, se fonde sur la reconnaissance du droit de propriété pour l’habitat informel, les favelas, où vit la majorité de la population brésilienne. C’est fondamental, car l’inexistence territoriale de cette frange de la population ajoute à l’ambiguïté de son inexistence dans la cartographie de la ville : cette population est une sorte de fantôme qui n’apparaît qu’à travers les services qu’elle fournit aux autres classes. On peut également citer une autre grande conquête du gouvernement de Lula : la reconnaissance et la régularisation des quilombos, ces quelque 2500 communautés noires isolées qui vivent d’une économie de subsistance et étaient totalement occultées par la cartographie - tant imaginaire que réelle - du Brésil. Quelles ont été les répercussions des derniers scandales de corruption au sein du Parti des travailleurs. (PT) ? C’est une question complexe. La corruption est profondément enracinée dans la culture politique du Brésil. Les élites se sont toujours approprié les biens publics et elles l’ont fait de façon explicite, car cette appropriation était vue comme une preuve d’intelligence, un faire-valoir, pour un homme, de vrai mâle digne de respect. Cette subjectivation politique du Brésil profond ne peut pas disparaître d’un coup de baguette magique. Les quatre cinquièmes des membres de l’Assemblée nationale fonctionnent encore selon cette logique ; pour voter la moindre loi, il faut acheter les parlementaires. Face à cet état de fait, le gouvernement du PT a adopté la vieille logique de la gauche orthodoxe : la fin justifiant les moyens, un certain niveau de corruption reste acceptable dans la mesure où cela permet de mener à bien des actions importantes, notamment l’adoption des lois. C’est une pratique manifestement admise par une partie du gouvernement. D’un point de vue micropolitique, il y a probablement eu une mobilisation de cette tradition de l’appropriation privée des biens publics, tradition profondément enracinée dans le pays et dans la subjectivité de certains dirigeants aux origines populaires ou appartenant à la petite classe moyenne, pour qui la corruption offre une perspective d’ascension sociale et d’intégration dans la caste des vrais machos brésiliens. Grand nettoyage dans la police fédérale. C’est nouveau au Brésil : désormais, on peut être riche, puissant et en état d’arrestation. Tout cela grâce à la rénovation de la police fédérale. Mais il reste encore à « nettoyer » les polices des Etats. Et l’appareil judiciaire. Félicitations ! Quelle opération ... « Telle a été la réaction spontanée de Lucivaldo Laurindo, plus connu sous le nom de Torturado, au moment où il était menotté et plaqué à terre, avec ses vingt-cinq acolytes, dans une maison de Porto Alegre. Cette opération montée par la police fédérale (PF) a marqué le début d’une spectaculaire série d’arrestations dans le milieu du crime organisé. Jusqu’en 2000, la PF était considérée comme une organisation de policiers brutaux (les chuta-portas) gangrenée par la corruption. Dans les hautes sphères, son image était encore plus déplorable. On la considérait comme une annexe des officines des Etats-Unis. Jusqu’à la fin des années 1990, les voitures et le carburant de la PF brésilienne étaient payés par la CIA. « C’est nous qui fournissons les fonds, c’est nous qui fixons les règles », avait même déclaré en mai 1999 James Derham, en poste à l’ambassade des Etats-Unis à Brasilia. Mais, convoqué par son gouvernement, Derham a ensuite dû rentrer aux Etats-Unis. La révision de l’ancienne structure a été lancée, et son budget renforcé. En un mot, la PF s’est modernisée. Désormais, c’est au cinquième étage du Morcego Negro [la chauve-souris noire], siège de la police à Brasilia, que travaille, barricadée, sous la surveillance permanente de caméras vidéo, la Direction de l’intelligence policière (DIP). C’est là aussi que sont émis des mandats d’arrêt comme on n’en avait jamais vu au paravant de l’ex-gouverneur Paulo Maluf à Eliana Tranchesi, propriétaire du magasin de luxe Daslu. La DIP dispose de près de 100 agents dans la capitale fédérale, qui se connaissent à peine entre eux. Le cas d’un agent déguisé et qui a vécu cinq jours près de la porte d’un responsable de la PF à Rio de Janeiro est resté dans les annales. C’est également au cinquième étage du siège national que se trouve le Guardião, impressionnant système informatique permettant de gérer des centaines d’écoutes téléphoniques et de recouper les renseignements avec les bases de données policières nationales et mondiales. C’est l’un des dispositifs de renseignements les plus modernes qui soient, fruit d’une volonté de rénovation du dispositif technologique de la PF. Aujourd’hui, 11 000 policiers fédéraux sont engagés dans des missions au service du pays. Ils disposent de 5 hélicoptères, 9 avions, une vingtaine de bateaux et 2 327 véhicules automobiles. Depuis 2003, ce dispositif a permis de mener 119 000 opérations. Contrairement aux services de renseignements des différents États du pays, qui, aujourd’hui encore n’hésitent pas à associer torture, informateurs et arrestations illégales, la PF agit aujourd’hui en partenariat avec les juges et avec de plus en plus de discernement et de moins en moins de violence. Pour cela, elle a d’abord dû faire le ménage dans ses propres rangs. Accusés de corruption, plus de 60 fédéraux ont récemment été arrêtés. « Jusqu’en 2003, beaucoup des nôtres étaient associés au crime organisé », raconte un commissaire de São Paulo qui souhaite garder l’anonymat. Parmi les cibles visées, des juges, des fonctionnaires du ministère public et des policiers. Il a donc fallu prendre beaucoup de précautions pour que l’enquête ne s’enlise pas. Ce savoir-faire a ouvert la voie à d’autres opérations impliquant des personnalités célèbres ou puissantes. Il reste maintenant à faire appliquer cette modernisation au pouvoir judiciaire, garant du travail de la police. |