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La vérité sur la grande révolte de Madagascar.

Lundi 8 octobre 2007, par Paul Vaurs // Le Monde

Une fois de plus l’internaute qui lira ces lignes, éprouvera du dégoût face à la barbarie des armées de la République Française. Depuis que Louis XVI a signé à Versailles la déclaration « Des droits des hommes à vivre libres et égaux » ; Depuis les années 1875 la politique coloniale de la République n’a eu de cesse de progresser, et cela au mépris des engagements solennels pris par notre Pays.

Une légende noire entoure l’insurrection de Madagascar en 1947. Les chiffres de la répression (du Pays des soi-disant droits de l’homme ), des soldat de la république Française ont été largement sous évalués. Les massacres de 1947 à Madagascar ont provoqué un traumatisme dans l’île, qui dure encore.

L’insurrection de Madagascar en 1947, épisode peu glorieux de l’histoire coloniale française, est aujourd’hui aussi célèbre que mal connue. Elle fait partie, en effet de cette série de grands événements de l’histoire de Madagascar qui ont conservé leur part de mystère. Passions et intérêts particuliers s’en sont emparés dès ses débuts et ont conduit à des interprétations fantaisistes ou simplistes, le déroulement réel des événements étant occulté au profit d’une légende noire. Il est ainsi possible de proférer sans risque les pires énormités. Dans Le Monde du l9 septembre 1997, Claude Simon, prix Nobel de littérature, parle de « Madagascar, dont on a longtemps caché qu’on y a tué 100 000 indigènes et, trois jours ». Des images, où l’on voit des prisonniers mitraillés dans des wagons ou jetés d’avions. Et un bilan de 80 000 à 100 000 morts.

Il est vrai que les archives, dispersées, forment un puzzle difficile à reconstituer et que les témoignages sont rares à Madagascar, l’ignorance de ce qui s’est passé reste grande, les véritables acteurs sur le terrain ayant gardé le silence pendant des décennies, tandis que ceux qui se sont arrogé la parole n’avaient guère qualité pour le faire ; qu’il s’agisse des pouvoirs en place, de l’intelligentsia urbaine ou, plus récemment, de la diaspora malgache. Il est resté de l’insurrection une rancoeur et des antagonismes ethniques durables. Pour le chercheur, il en résulte un conflit entre mémoire et histoire particulièrement difficile à démêler.

DES CAUSES PROFONDES.

Les causes de l’insurrection sont d’abord à rechercher dans les tares structurelles du système colonial instauré à la fin du XIX° siècle le travail forcé, le code de l’indigénat, la justice indigène (confiée aux administrateurs qui cumulent et confondent les pouvoirs) et enfin le racisme de contact colonial au quotidien. Il convient cependant de les replacer dans une évolution. Le travail forcé (sous des deux formes principales, les prestations pour l’administration et la réquisition pour le compte des colons) a connu son apogée entre 1916 et 1924. A l’époque des responsables coloniaux s’étaient même étonnés qu’il ne provoque pas de révolte. L’idée bien ancrée que les Malgaches étaient d’une résignation sans limite coexista donc, dans la société coloniale, avec la peur d’un complot qui exterminerait les Européens—crainte qu’avait fait naître, en 1916, l’affaire de la VVS.

Le travail forcé ne toucha que peu l’ouest du pays. Et, dans l’Est, où il dominait, il connut un recul marqué après 1924, même si on en inventa alors une forme nouvelle, le Smotig (Service de la main-d’oeuvre pour les travaux d’intérêt général) appliqué de 1926 à 1937 aux jeunes recrues comme substitut de leur service militaire. Une enquête de 1938 montra par ailleurs que les populations de l’Est, étaient les plus mal nourries de l’île—conséquence du développement de cultures marchandes à la place des cultures vivrières. Ces cultures, le café principalement, avaient néanmoins eu le mérite de libérer les paysans de la pression coloniale, en leur permettant de payer l’impôt sans avoir à travailler pour les colons.

La Seconde Guerre mondiale vient ruiner les acquis antérieurs et provoquer une régression très mal ressentie. L’application en 1939 de la loi de 1938 sur l’organisation de la nation en temps de guerre permet un retour en force de la réquisition de main-d’oeuvre, divine surprise pour les colons. Après juin 1940, la société coloniale se range derrière Vichy. Dans l’élite malgache, l’image de la France va souffrir d’un discours officiel cette fois ouvertement raciste. Son prestige est également écorné en 1942 lorsque l’île est occupée par les Britanniques.

Plus grave, les déceptions et la colère engendrées par la gestion catastrophique du pays par les gaullistes auxquels les Alliés remirent le pouvoir en 1943 et qui restent en place jusqu’en 1946. Le nouveau gouverneur, le général Legentilhomme, commence par humilier les Malgaches par une proclamation fustigeant « un détestable retour à l’oisiveté dont ce pays a toujours souffert »

La situation de crise se prolonge sous le gouverneur général de Saint-Mart, un gaulliste historique de I’AEF, dont le nom est resté attaché aux pires pratiques de l’époque : corruption, marché noir et misère populaire. Lorsqu’il est remplacé en mai 1946, son successeur Marcel de Coppet relèvera avec effarement la désorganisation et l’inefficacité d’une administration qui semblait ne rien percevoir de l’évolution des Malgaches. Certains groupes souffrent davantage de la situation. C’est le cas des commerçants merina (les Merina étaient l’ethnie alors la plus avancée, occupant historiquement le centre de l’île). Déjà lésés par l’Office du riz et écartés du commerce d’importation, ils dépendent d’un commerce français et indien qui leur impose, par un système de troc, un échange si inégal entre les produits locaux qu’ils collectent et les produits de première nécessité (les tissus en premier) qu’ils vendent au détail ; qu’ils doivent à leur tour tomber dans le marché noir et subir des condamnations de la justice locale — le mouvement indépendantiste n’aura pas de propagandistes plus zélés... Dans cette économie de pénurie, les cotonnades atteignent des prix si extravagants que beaucoup choisissent de se passer de ce produit de consommation courante. Mais le mécontentement grandit.

En novembre 1945, Léon Reallon, ancien gouverneur retiré à Tananarive, et très introduit dans les milieux malgaches, résume l’état d’esprit de l’élit locale :« Vous nous avez affamé en nous privant de riz par votre stupide réquisition. Vous nous avez fait mourir de froid en réservant les tissus aux seuls Européens. Vous nous tenez en esclavage au moyen de l’indigénat et de votre justice indigène. Vous nous avez menti en nous disant que vous vous intéressiez à nous alors que vous n’êtes que des exploiteurs. Nous avons lu la chartre de l’Atlantique. Nous avons assez souffert. Nous en avons assez Allez-vous en.. »

Dans une pareille conjoncture, l’éveil de l’île à la vie politique, avec l’élection de deux députés malgaches à l’Assemblée constituante française en octobre 1945, va donner à la crise un tour aigu. En France, on ne perçoit pas la contradiction entre le fait d’intégrer au Parlement des représentants élus des indigènes et le maintien d’un système colonial inchangé. Certes, dans les mois qui suivent, indigénat, travail forcé et justice indigène sont abolis. Mais ces avancées réelles sont, à Madagascar, portées entièrement au crédit des députés Ravoahangy et Raseta, et du MDRM (Mouvement démocratique de la rénovation malgache), le parti nationaliste qu’ils fondent à Paris en février 1946. Le pays va vivre désormais au rythme des élections à répétition (cinq en dix-huit mois) et d’une agitation pré insurrectionnelle à laquelle une presse locale foisonnante va servir de caisse de résonance.

Aux législatives de novembre 1946, un troisième député, le poète Jacques Rabemananjara, vient rejoindre Ravoahangy et Raseta et va se distinguer rapidement par ses discours incendiaires lors de ses tournées sur la côte est. Sur le terrain, le MDRM recrute en masse des cadres dans la diaspora merina des provinces—commerçants, planteurs, fonctionnaires—, mais aussi parmi les (chefs locaux) du Sud-Est, et parmi les anciens tirailleurs rapatriés de France. L’Iles de France en débarque 6 000 d’un coup à Tamatave (actuelle Toamasina) en août 1946, à qui l’on fait subir une première humiliation, dès leur retour, en leur retirant leurs chaussures militaires.

La masse de la population, elle, ne comprend rien aux pratiques de la vie politique moderne. Mais elle voit le pouvoir se déliter. Elle est sensible au mot d’indépendance, compris comme un retour à l’ordre ancien et une reprise de la terre malgache aux étrangers. Un grand mouvement de désobéissance civile se développe dans le Sud-Est, on exclut du tombeau ancestral quiconque ira travailler pour les vazaha (Européens). Les militants du MDRM, à la formation sommaire, entraînés par une illusion lyrique, tiennent un discours fruste ; le gouvernement des Français a fait son temps, Ravoahangy est le nouveau maître du pays.

À partir d’octobre 1946, une double évolution va déboucher sur l’insurrection. D’une part, le pouvoir colonial se raidit dans une politique de répression, qui se traduit notamment par l’arrestation de nombreux cadres du MDRM. Parallèlement, au sein du MDRM, grandit un courant radical qui rejette l’idée, pourtant acceptée par les députés, « d’une indépendance, dans le cadre de l’Union française », telle que la définit la toute nouvelle Constitution de la 1V° République. Une société secrète, la Jina (Jeunesse nationaliste), noyaute le MDRM : les Français nous ont privés de toute indépendance par la violence, nous devons la reprendre parle même moyen. Ce credo est à l’origine de l’insurrection que la Jina va lancer le 29mars 1947.

UNE JACQUERIE PAYSANNE.

Ecartons d’abord une thèse répandue, mais fausse, selon laquelle l’insurrection aurait été le résultat d’une manipulation de la sûreté coloniale destinée à écraser le MDRM. Parmi les arguments en faveur d’une telle hypothèse, certains avancent la totale impréparation de la révolte. De fait, le mouvement démarre le 29 mars sans aucune organisation ni projet d’ensemble. La confusion est aggravée par le fait que, deux jours avant, sur les instances de Ravoaliangy et Rabemananjara, le bureau politique du MDRM, découvrant le mot d’ordre de la Jina, envoie à toutes les sections un appel au calme. Le pouvoir colonial voudra y voir plus tard un message codé appelant à la révolte.,. Bien à tort. Sur le terrain, on constate que ce télégramme démobilisa des militants en de nombreux endroits.

L’insurrection se déclenche uniquement là où les responsables de la Jina prennent sur eux de maintenir le mot d’ordre, faisant miroiter l’aide des Anglo-Saxons. Le député Raseta est ainsi à l’origine du slogan dit « des trois jours » tenons seulement trois jours face aux Français, et alors Anglais et Américains les contraindront à nous accorder l’indépendance. Côté malgache donc, personne ne songe à s’engager dans une insurrection longue et difficile, La grande journée du29 mars est conçue comme l’aboutissement des luttes engagées depuis un an. « La propagande du MDRM fait prévoir l’indépendance pour le 29 mars », signalent même les renseignements militaires français de Fianarantsoa le 25 mars.

Les 29 et 30 mars, des centaines d’hommes hâtivement rassemblés, armés de sagaies et d’antsy (coupe-coupe malgache), sont lancés contre Moramanga et son camp militaire, contre les villes côtières de Manakara et de Vohipeno, et contre les concessions coloniales de ces districts. Outre les Européens, les insurgés attaquent tous ceux qui sont plus ou moins réputés pro-français, par exemple des membres du Padesm (Parti des déshérités de Madagascar). Si les Français avaient disposé des moyens militaires qu’ils aligneront quatre mois plus tard, l’insurrection aurait alors été étouffée dans l’oeuf. Mais, pour l’heure, ils ne peuvent compter que sur des forces de police, importantes, qui procèdent partout à des arrestations de membres du MDRM. Soumis aux violences policières (supplice de la baignoire et nerf de boeuf), certain responsables » avouent » ce qu’on veut leur faire dire, et notamment que les députés sont bien les chefs du mouvement. Le 12 avril, Ravoahangy et le poète Rabemananjara sont arrêtés malgré leur immunité parlementaire. Celle de Raseta, alors en France, sera levée le 10 juin, après la dissolution, le 10 mai, du MDRM et des sociétés secrètes.

A la mi-avril, le pouvoir colonial pense que le mouvement, décapité, est voué à s’éteindre rapidement. Or il ne fait que commencer. Le 2 avril, dix districts des provinces de Tamatave et de Fianarantsoa, c’est-à-dire plus de la moitié de la façade orientale de l’île, ont été déclarés en état de siège. Mais, sur les 800 kilomètres qui séparent Tamatave et Farafangana, il n’y a pas un seul soldat français. L’incendie va donc pouvoir se propager, attisé par les exécutions sommaires et les bombardements aveugles et dérisoires auxquels se livrent les Français. Coupée de ses relations avec les militants des villes, privée de toute direction centrale, l’insurrection se développe, telle une jacquerie paysanne, comme une traînée de poudre. Début avril, elle submerge à l’est de l’île les pays Antemoro et Tanala, puis le pays Betsimisaraka. Vers l’intérieur, elle escalade les Hautes Terres pour toucher en juin la bordure de l’lmerina et le pays Betsileo. Mais l’insurrection restera toujours cantonnée à l’Est. Face à cette marée, tout ce que peuvent faire les Français, c’est tenir les centres côtiers et les voies de communication (deux chemins de fer principalement) entre les Hautes Terres et la côte.

Les modalités de l’insurrection varient fortement suivant les régions. Dans certaines d’entre elles, les cadres nationalistes merina doivent céder la place à des chefs de guerre locaux plus brutaux, qui accentuent la fragmentation de l’espace insurgé. En pays Betsimisaraka, des chefs souvent étrangers au pays s’affranchissent de tout contrôle et transforment leurs troupes de jeunes et de migrants en bandes de pillards qui transgressent toutes les normes sociales. Les populations, prises entre deux terreurs, sont obligées de fuir en forêt ; elles vont payer un lourd tribut en vies humaines.

Les fureurs paysannes effraient d’autant plus les Européens qu’elles s’accompagnent de pratiques rituelles qui ne sont pas comprises. Or, faire la guerre, pour les paysans de l’Est, c’est d’abord tuer leur ennemi, mais c’est aussi partager collectivement la responsabilité du meurtre en plongeant à tour de rôle la sagaie dans le cadavre, qui est ensuite mutilé,voire coupé en morceaux et jeté à la rivière pour lui ôter toute chance de retrouver le tombeau de ses ancêtres.

Face à cette poussée de violence, la société coloniale est plongée dans une peur panique. A Tananarive et dans les villes côtières assiégées, où se sont réfugiés les colons de la brousse, il n’est question que des tortures que les rebelles ont infligées à leurs victimes. A côté de drames véridiques, on colporte des récits fantasmatiques de sorciers, d’assauts en masse d’insurgés au cri magique de « Rano, rano » ( « eau, eau ») censé changer les balles en eau ou de supplice comme celui du chef de poste français de Sahasinaka, prétendument coupé vivant en morceaux par son ami, le médecin merina du lieu. Malgré un démenti formel dès le 17 avril, la rumeur continue à courir, on racontera encore cette histoire à Paris, à l’Académie des sciences d’outre-mer, lors du cinquantenaire des événements en 1997...

RÉPRESSION ET CRIMES DE GUERRE.

C’est dans ce contexte paranoïaque qu’il faut situer les crimes de guerre commis alors par les forces coloniales. Ils ont revêtu une gravité particulière en deux en droits. A Moramanga, le 6 mai1947, prétextant une attaque malgache, le commandant de la place mitraille les cadres du MDRM emprisonnés dans des wagons. Cette affaire fait entre 124 et 160 morts, militants MDRM innocents pour la plupart. A Mananjary, où des fusillades terroristes ont lieu entre le 15 avril et le 12 mai, on compte une centaine de morts malgaches, dont 18 femmes et un groupe de prisonniers jetés d’avion. D’autres massacres, dus parfois à la panique des gardes, commis en certaines circonstances de sang-froid, se déroulent à Farafangana, Manakara, Mahanoro, avec, à chaque fois, de 35 à 50 morts...

Ces événements, certes sinistres, ne concernent toutefois que les six premières semaines de l’insurrection, et ont été démesurément amplifiés et généralisés par la rumeur, les passions et la propagande, pour donner naissance à une légende noire, faisant de crimes d’exception la norme de la répression, au prix de ce qu’il faut bien appeler une falsification de l’histoire. On n’a pas hésité à parler de « Moramanga, l’Oradour malgache » pour désigner l’expédition punitive à laquelle se sont livrés une douzaine de Sénégalais le 30 mars 1947 pour venger leurs camarades tués la nuit précédente. Mais la quasi-totalité de la population avait déjà évacué la ville. Un type de crime de guerre reste imparfaitement connu l’exécution sans jugement d’insurgés considérés comme dangereux. Toutefois, d’après nos enquêtes locales, le total en est finalement limité.

Les soldats coloniaux n’avaient en réalité que peu à craindre des marosalohy, les porteurs de sagaies. Il n’y eut donc de véritables combats qu’entre avril et juin 1947, et les plus meurtriers ne firent que quelques dizaines de morts. Vu le déséquilibre de l’armement, les insurgés optent très vite pour une stratégie d’évitement ou de simple harcèlement, ne causant que peu de victimes de part et d’autre. Fin juillet 1947, avec l’arrivée de cinq bataillons nord-africains, les Français peuvent reprendre l’initiative. Mais les moyens alignés — 16 000 hommes au début de 1948 — resteront toujours modestes. La reconquête est menée par une dizaine de bataillons, soit 7 000 à 8 000 hommes, les autres étant maintenus en garnison dans les régions demeurées tranquilles, c’est-à-dire les cinq sixièmes de l’île.

Quant à la méthode usitée, elle s’inspire directement de la tactique de la « tache d’huile » jadis employée par Gallieni, premier gouverneur de l’île de 1896 à 1905. La méthode s’avère toujours efficace contre des adversaires pauvrement armés, attachés à un espace limité et communiquant mal entre eux. Le réseau de postes menant des patrouilles incessantes contraint les insurgés à se soumettre ou à fuir toujours plus loin, tandis que l’on s’efforce de faire sortir de leurs refuges forestiers les populations apeurées et affamées, a qui on offre des vivres, mais aussi, ces soins médicaux et ces cotonnades qui leur ont tant manqué depuis 1940. La seule nouveauté par rapport à Gallieni réside dans l’emploi d’une aviation composée d’antiques Junker 52 dont les bombes lancées sans aucune précision ont, à défaut d’efficacité réelle, un effet démoralisant.

L’espace insurgé se réduit donc progressivement. Son dernier bastion tombe en novembre 1948. Symboliquement, il s’agit de l’un de ces massifs forestiers dénommés (Tsiazombazaha) « Qui est inaccessible aux Européens... » Les Français organisent un grand procès public de l’insurrection de juillet à octobre 1948 à Tananarive. Ils croient exorciser ainsi les démons de 1947 ; ce sera un échec. Ce que l’on appelle le « procès des parlementaires » est en fait,le procès de l’état-major du MDRM, 77 personnes qui, pour la plupart, ne sont pour rien dans la révolte. Certes, il y a là Rasera, le chef occulte de la Jina. Mais cela ne fait pas l’affaire du pouvoir, qui veut avant tout abattre Ravoahangy, figure charismatique du mouvement national, Il s’agit au final d’un procès politique fondé sur des pseudos preuves. Ravoabangy est condamné à mort, ainsi que Raseta et quatre autres insurgés, pour montrer aux populations que La France entend rester à Madagascar. Toutes ces peines seront commuées en juillet 1949 en peines de détentionà perpétuité. 

L’essentiel de la répression judiciaire, qui a, moins retenu l’attention, est mené par les tribunaux militaires relayés par les tribunaux et cours criminelles civiles :5756 Malgaches sont condamnés, dont 865 par les militaires et 4 891 par les civils. 29 terroristes seront exécutés.

COMBIEN DE MORTS ?

Reste la question du bilan des victimes, pièce essentielle de la légende noire. Certains s’accrochent au chiffre de 80 000 à 100 000 morts avec pour seul argument le fait qu’il a été avancé par les autorités en 1948-1949. Or il résulte d’une interprétation fausse d’estimations approximatives des militaires. Ceux-ci, au 1er décembre 1948, évaluaient à 80 000 le nombre des Malgaches échappant à leur contrôle dans la zone insurgée. Comme, au même moment, le haut commissaire Pierre de Chevigné se vanta à la radio que plus un mètre carré de l’île n’était hors de contrôle, on décréta que les 80 000 personnes manquantes étaient mortes !

Chevigné s’empara du chiffre pour gonfler la responsabilité des parlementaires malgaches condamnés et la gravité des crimes des insurgés qui allaient passer en justice. »Sur 80 000 à 100 000 morts, proclama-t-il, 75 000 doivent être portés au compte des criminels qui ont déclenché cette rébellion, mais pas au compte de la France. » Tout cela n’était que conjectures d’un discours politicien. Les données démographiques de l’époque contredisent ce chiffre de victimes. La perte de 80 000 personnes (2 % de la population) aurait dû apparaître sur les courbes. Or celles-ci ne portent pas trace du drame.

Après le creux de 1943-1945, la croissance de la population reprend et s’accélère même de 1946 à 1949. Le démographe Alfred Sauvy a parlé de « percussion novatrice » à propos de ces événements tragiques pour mettre en évidence leurs conséquences démographiques positives. Car c’est dans ces années 1948- 1949 que le pouvoir colonial investit de grands moyens dans la lutte contre le paludisme. Elle va rencontrer un succès complet et inespéré, la population résignée n’osant plus opposer sa traditionnelle résistance passive aux campagnes de nivaquinisation forcée et de pulvérisation de DDT. L’explosion démographique de Madagascar peut alors commencer.

Revenons aux chiffres de la répression. Une enquête de 1950, menée village par village, fournit des listes nominatives totalisant 1 162 morts malgaches. Certes, la critique détaillée de ce recensement montre clairement qu’il sous évalue les pertes. Nombre de femmes, d’enfants surtout, et de migrants décédés ont été oubliés, et le travail a été parfois bâclé. Un peu plus prudent, en 1951, le ministre de la France d’outre-mer François Mitterrand avança devant le Parlement le chiffre de I5 000 morts.

Cependant, malgré ses lacunes, cette enquête s’accorde assez bien avec ce que nous savons par ailleurs de l’insurrection, grâce aux archives et aux enquêtes de terrain.

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