La transition congolaise

Lundi 15 mai 2006, par Gaston // Agenda

Depuis le 30 juin 2003, la République Démocratique du Congo entrait dans une phase cruciale de son histoire : une période de transition devant déboucher aux élections. Après les affres de la guerre dite de « libération » (1996-1997) qui a chassé du pouvoir le président MOBUTU et tout ce qui s’en est suivi (mécontentement des alliés d’hier, agression du pays par les voisins de l’Est, morcellement du territoire sous plusieurs administrations, assassinat de Laurent Désiré KABILA,....), il fallait enfin remédier à cette situation apocalyptique sévissant sur tout le territoire où les morts se comptaient par milliers.

Que faire ? Les congolais étant incapables de se mettre d’accord eux-mêmes, il a fallu l’intervention des étrangers pour mettre un peu d’eau dans notre vin. En effet, si la République Démocratique du Congo ne nous intéresse pas, il faut savoir qu’elle intéresse beaucoup d’autres nations « amies ». C’est ainsi qu’une formule jamais vue ailleurs a été imaginée : 1+4 (1 président et 4 vice-présidents).
Les embrouilles étant - par essence - congolaises, Dieu seul sait combien il a été difficile de désigner le vice-Président de l’opposition politique où plusieurs candidats étaient en lisse (Zahidi NGOMA, TSHISEKEDI, Nzuzi Wa MBOMBO, Mokolo wa POMPO,....).

Revenons au « 1+4 » qui est, en fait, un « 1+4+60 » car ce gouvernement regorge 60 ministres et vice-ministres, en plus du « 1+4 », qui se partagent tous le fameux gâteau congolais.
La pratique constitutionnelle renseigne que les gouvernements d’union nationale, et de surcroît, pléthoriques sont fragiles. L’arène politique se transforme vite en champ de bataille, question de s’affirmer avant les échéances électorales, les coups bas se multiplient et les peaux de banane deviennent monnaie courante. Cette formule a certes le mérite d’avoir mis ensemble les « belligérants d’hier » (si seulement ils ont cessé de l’être) afin de mettre tous la main à la pâte. Est-ce possible quand nul n’ignore que toutes les parties à la formule « 1+4 » ont des agendas qui échappent au commun des mortels ?

Comme nous l’avons dit ci-haut, « 1+4 » a été construit pour résoudre un problème immédiat : un semblant de paix en République Démocratique du Congo. Cela n’est pas construit en matériaux durables et, de facto, ne pourra résister à l’usure du temps. Bref, cet édifice colossale et jurisprudentiel, devait s’écouler logiquement comme un château de paille car n’étant qu’un géant aux pieds d’argile....
Les évènements qui s’enchaînent à une vitesse vertigineuse semblent confirmer nos propos. On se demande même si l’UDPS, le PALU et les autres n’avaient pas raison de refuser d’embarquer dans ce train qui paraît foncer droit au mur.

En effet, les frictions au sein des institutions de la République se font de plus en plus nombreuses. Il ne nous reste qu’à assister à une partie de boxe ou de karaté opposant les différents acteurs politiques. Roger NYIMI du MLC (Ministre de tourisme) a été le premier et pas le dernier à être dans l’œil du cyclone. Les « propos discourtois » qu’il avait tenus en l’endroit du Chef de l’Etat lui avaient valu son fauteuil de ministre. Plus près de nous, c’est l’affaire « Olenghankoy » qui a fait coulé beaucoup d’encre et de salive. Joseph OLENGHANKOY, leader du FONUS, aurait traité Jean Pierre BEMBA (Vice-Président de la République et leader du MLC) de « folklore » et de « bon pour le théâtre de chez nous ».
Nous préférons utiliser le conditionnel car le MLC, à notre avis, n’a jamais réussir à prouver noir sur blanc qu’OLENGHANKOY avait réellement tenu les propos qu’on lui reproche. Un bras de fer terrible avait été engagé entre le FONUS et le MLC : la presse ne parlait que de cela. C’est terrible de perdre de l’énergie utile dans les débats puérils car la population n’en a pas du tout besoin. Ce dont elle a besoin, c’est d’un bien-être social (manger à sa faim, vivre humainement, travailler...) et non pas de ce « show » à l’américaine proposé par nos politiciens, avides d’argent et de pouvoir.

Tout ce cirque va déboucher à la « suspension » d’OLENGHANKOY pour 1 mois (du 26 février au 26 mars). Cette sanction a étonné plus d’un congolais car, comme d’habitude, c’était du « jamais vu » ! C’est incongru de constater que ce pays déjà malade de partout trouve encore la force de créer des solutions dignes d’un asile de fous pour résoudre les problèmes qui s’y créent. Un ministre est révoqué, maintenu en fonction ou est poussé à la démission. Il n’est jamais suspendu (à moins d’être en République Démocratique du Congo made in « 1+4 » où tout peut arriver).

Bref, la suspension d’un ministre nous semble, de mémoire d’homme, une première en droit constitutionnel et nous croyons que le droit constitutionnel congolais devrait être inspiré par l’Ancien Testament ou des textes de l’âge de la pierre taillée....

Dans cet imbroglio où le Parlement (Assemblée Nationale et Sénat) se dresse en chambre d’acquiescement de l’exécutif, tout prête à confusion. Le parlement issu d’un texte qui n’est pas le nôtre (Accord global + constitution de la transition) ne sait pas jouer son rôle de contrôleur de l’exécutif. De ce fait, cette constitution regroupant en son sein de nombreuses figures des régimes MOBUTU et KABILA I se complait à jouer, encore et toujours, à du « jamais vu » : HCR-PT, un club de gens qui parlotent et vivotent en vue d’amasser le plus grand nombre d’espèces sonnantes et trébuchantes. Juste à voir l’agitation qu’il y a pour les salaires de ces parlementaires, on peut dire que bon nombre de ceux-ci viennent plus pour leurs poches que pour l’intérêt suprême du pays.
Dans ce contexte, pas étonnant de constater qu’après près de 8 mois de fonctionnement, le Parlement n’avait adopté que son règlement d’ordre intérieur. Quel exploit ! Coïncidence ou incidence de l’histoire, il a fallu que le président Sud-africain Thabo MBEKI vienne lui-même en personne à Kinshasa, secouer l’arbre de la transition qui refusait encore de donner ses fruits pour qu’enfin quelques agrumes puissent tomber : loi sur les partis politiques, vote du budget national,...

L’influence de l’extérieur dans les affaires intérieures de la République Démocratique du Congo traduit une situation alarmante en contradiction avec les éloges que l’on fait sur ce pays : la République Démocratique du Congo est un Etat-ONG et ceux qui y mettent leur argent sont ceux là qui commandent. C’est si simple que cela !

A l’allure où vont les choses, nous pensons que les élections au Congo ne seront jamais démocratiques. Le vainqueur est celui qui est déjà désigné par les chancelleries occidentales. C’est même pour cela que la communauté internationale ne veut pas qu’il y ait recensement de la population et prétexte qu’on peut se fier à celui fait par MOBUTU en 1985. En matière d’élections, peut on faire de la projection démographique ? Qu’on ne se moque pas de nous.

Ainsi, nous pensons et croyons dur comme fer que si nous ne nous approprions pas les élections en République Démocratique du Congo par un financement local, elles ne consacreront alors que la volonté de nos bailleurs de fonds. La crise de la légitimité qui a élu domicile au pays après KASA-VUBU et LUMUMBA ne sera jamais dans les oubliettes. Bien au contraire elle restera toujours présente dans nos esprits car faisant partie de notre vécu quotidien. Faisons donc attention ! ! !

Paris, le 04 avril 2006

MUANDA MAKAYA Gaston

MAYEMBA NKANSA Mireille

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