Tribunes

La tragédie des mal-logés mérite mieux que des gesticulations.

Par Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville.

Samedi 26 avril 2008 // La France

Ce soir encore, Droit au logement prendra la responsabilité de pousser des femmes et des enfants à coucher dans la rue dans la rigueur du froid. Parmi eux, de très jeunes enfants et des femmes enceintes risqueront tout pour une association qui se sert de leur détresse au lieu de les protéger. Oui, je mesure les espérances de ces familles, affligées par l’attente trop longue d’un logement conforme à leurs besoins.

Oui, je partage avec elles cette rage légitime à vouloir que les choses changent.

Oui, je suis déterminée à les aider. Encore faut-il que Jean-Baptiste Eyraud, le président du DAL, me donne enfin la liste exhaustive de ces familles et les noms de celles qu’il estime prioritaires. Pas moyen de l’obtenir, en dépit de multiples rendez-vous organisés avec son association au ministère ! Plusieurs personnalités se sont émues de la situation. Selon moi, le fait d’être privilégiées ne les condamne pas à baisser les yeux et à s’interdire d’alerter l’opinion sur les conditions de vie de nos concitoyens. Leurs protestations sont sans doute sincères et dénuées du cynisme de ceux qui exploitent la misère pour en tirer des dividendes médiatiques ou électoraux. Elles pointent légitimement du doigt un scandale : pendant plus de vingt ans, notre pays a construit deux fois moins de logements qu’il n’en fallait.

La pénurie est si grave que la question de l’habitat n’est plus seulement celle des déshérités, elle est devenue celle de tous les Français. Le logement est un gouffre pour le pouvoir d’achat et entrave trop d’entre nous dans notre marche vers la prospérité. Député, je me suis investie sur les problèmes les plus douloureux en rapportant la loi sur le droit au logement opposable. Ministre du Logement, je suis déterminée à rendre ce droit effectif. Sur la question spécifique des hôtels insalubres, je viens de lancer un plan de traque des marchands de sommeil et de lutte contre l’habitat indigne. Surtout, je me suis fixé le but de développer massivement la construction et de tenir l’objectif de 500 000 nouveaux logements chaque année, dont 120 000 sociaux.

D’ici là, le bon sens comme l’humanité nous conduit à proposer des solutions transitoires à ceux qui n’ont plus de toit. Un hôtel, ce n’est pas la solution rêvée. Mais, on ne construit pas un demi-million de logements d’un claquement de doigts et je préfère savoir un enfant ou une femme enceinte au chaud à l’hôtel que sous une tente, sur le bitume parisien. Qui plus est, je dois aussi prendre en considération ceux qui n’ont même pas d’hôtel et dorment dans leur voiture.

La bataille des mal-logés ne se gagnera pas en sortant des enfants des hôtels pour les faire camper dans les rues sous les caméras du JT de 20 heures. Elle se gagnera loin des projecteurs, à force de persévérance, en construisant beaucoup, durablement, partout où cela sera nécessaire. N’attendons pas la résolution de la pénurie de logements d’un miracle qui nous éloignerait de l’effort que nous avons tous à produire. Si l’action gouvernementale est là pour donner l’impulsion, elle est là aussi pour rappeler chacun à ses devoirs et à ses responsabilités. J’en appelle à tous les maires qui hésitent à accueillir la pauvreté et aux Français qui préféreraient ne pas voir la misère à leur porte. Pour fournir un toit aux hommes, aux femmes et aux enfants de ce pays, il faudra vraisemblablement construire dans leur commune, dans leur voisinage, près de chez eux. J’en appelle aussi à tous les jeunes qui hésitent sur leur formation professionnelle car nous manquons cruellement de bras pour construire des logements.

La solidarité, ce n’est pas reporter l’accusation et la responsabilité des malheurs du monde sur autrui, c’est tenter vaille que vaille de transformer le réel. Je regrette à cet égard que certains responsables associatifs impliqués rue de la Banque aient refusé mon offre de participer au comité de suivi sur le droit au logement opposable. En ce qui me concerne, je suis décidée à travailler avec toutes les personnes de bonne volonté, quel que soit leur statut : personnalités, banquiers, bailleurs sociaux comme privés, constructeurs, associations. La grande cause nationale du logement mérite l’élan d’un État résolu et d’une nation rassemblée.

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