La tentation du populisme.

Lundi 6 février 2012 // Le Monde

Des deux côtés de l’Atlantique, les parallèles sont frappants. Vous avez deux présidents, élus brillamment en 2007 et 2008, qui ont depuis, perdu une partie de leur aura et qui cherchent à se faire réélire en 2012. Vous avez face à eux deux hommes politiques, Mitt Romney et François Hollande, que certains commentateurs n’hésitent pas à comparer. Tous deux, en effet, ne s’efforcent-ils pas de convaincre et de séduire, faute de charisme ? Il y a pourtant quelques différences l’ancien gouverneur du Massachusetts a prouvé ses qualités de gestionnaire, dans le privé comme à la tête de son Etat, mais le député de la Corrèze a encore tout à prouver ; à l’inverse, les Américains reprochent à Romney son "authentique manque d’authenticité" et son absence d’humour, alors qu’on ne peut pas enlever à Hollande ces qualités-là...

Mais, au-delà de leurs différences, tous deux combattent le même ennemi, et cet ennemi porte un nom : le populisme. Aux Etats-Unis, nombre de candidats républicains ont endossé cette tunique, le dernier étant Newt Gingrich, qui vient de remporter la primaire de Caroline du Sud et qui est en tête des sondages pour celle de Floride le 31 janvier. En France, nous avions deux voix populistes, l’une à gauche (Jean-Luc Mélenchon), l’autre à droite (Marine Le Pen). Est venue s’y ajouter, au centre, celle de François Bayrou, qui dans ses discours n’a que le mot "peuple" à la bouche et qui a lancé il y a un mois le "Achetons français’ ; un slogan démagogique aux antipodes de ses engagements européens.

Par leur tempérament et par leur style, Mitt Romney tout comme François Hollande sont incapables de devenir populistes. C’est leur point faible, car en période de crise et d’incertitude les électeurs aiment ceux qui les rassurent et qui les flattent. Ces électeurs veulent croire que certains candidats ne sont pas, comme les autres, le "produit d’un système" et de l’establishment. Newt Gingrich, lui, joue cette carte avec talent, faisant oublier tout à la fois ses frasques privées, ses entorses aux règles et surtout son passé parmi l’élite de Washington, quand il était président de la Chambre des représentants.

Il se veut donc issu de la Géorgie profonde, prêt à combattre d’abord cet affreux produit de Wall Street (Romney), puis cet intellectuel, ce "socialiste radical" qui a fait grossir le gouvernement fédéral "contre le peuple américain" (Obama, vous l’aurez reconnu). Oui, les primaires américaines sont passionnantes, car il s’y joue une vraie question politique.

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