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Françafrique.

La rupture commencera-t-elle par le Tchad ?

Dimanche 21 août 2011, par James-William Gbaguidi // L’Afrique

Le 5 juillet Alain juppe a évoque un possible rapatriement de la force Epervier déployée sur le sol tchadien. Cela annonce-t-il la fin de la présence française sur le continent noir ?

Le vol de l’épervier va prendre fin. Déployé au-dessus du Tchad depuis le milieu des années 1980, le dispositif militaire français au Tchad connu sous le nom d’opération Epervier égrène peut-être ses derniers jours. Du moins si l’on en croit l’annonce faite par le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé. Mise en application de la politique sarkozyenne de "rupture" tant annoncée sans grand résultat, ou repli stratégique pour faire défaut à un ami ingrat ?

C’est sur la base d’un simple accord d’assistance logistique et de renseignement que la France entretient au Tchad environ un millier de soldats. En réalité, depuis le lendemain des indépendances, soucieuse de maintenir son rang vis-à-vis de la Grande-Bretagne, de l’URSS et surtout des Etats-Unis, la France a décidé de tout mettre en oeuvre pour conserver une importante influence dans ses anciennes colonies africaines, alors même que les revendications indépendantistes se multipliaient. Cette influence qui devait lui assurer l’accès aux ressources et un rôle politique important avait alors besoin de se fonder sur un socle véritablement solide et sécurisé : l’armée. Les accords de coopération militaire et de défense signés à cette occasion ne laissaient pas le moindre doute à ceux qui en connaissaient le contenu.

L’indépendance était un vain mot. Aussi, lorsque les forces militaires françaises sont intervenues en 1986 pour sauver le régime du président tchadien Hissène Habré de ses ennemis soutrnus par la Libye, il y avait pas grand monde pour émettre des protestations.

Les pratiques de ce type, extrêmement banales en cette période de l’Histoire, n’ont commencé à poser problème qu’à la fin de la guerre froide, et surtout à partir de la vague de démocratisations des années 1990. Même si, au début de son mandat, le président français François Mitterrand a mené quelques actions à l’encontre des réseaux occultes chargés par l’Elysée de maintenir le "pré carré" français en Afrique, autant dire à l’encontre de la France elle-même, cela n’aura duré que le temps de se rendre à l’évidence. C’est sous le même François Mitterrand que l’opération Epervier a été déployée au Tchad en 1986 et ql, un peu partout en Afrique, ld présence militaire française a été mise au service d’ambitions retorses, totalement en contradiction avec les intérêts réels des peuples d’Afrique. Avec la bénédiction de leurs dirigeants. Comme par le passé.

Les annonces de transmutation se sont succédé sans jamais se concrétiser. La doctrine française a également évolué. En vocables. De l’indépendance dans l’interdépendance d’Edgard Faure [ministre des Affaires étrangères en 1955] à l’accompagner sans dicter de Dominique de Villepin [ministre des Affaires étrangères de 2002 à 2004, en passant par « ni ingérence ni indifférence" sous Lionel Jospin [Premier ministre de 1997 à 2002], on en est arrivé avec Nicolas Sarkozy à la promesse de "rupture" formulée en 2007. Pour le même résultat. Avant l’intervention de la force française Licorne en Côte d’Ivoire, qui restera dans les mémoires comme l’action décisive qui a fait capituler Laurent Gbagbo, l’armée française est intervenue deux fois au Tchad, dont une fois du temps de la "rupture". En 2006, et surtout en 2008, alors que les forces rebelles hostiles au président Idriss Déby Itno étaient sur le point de prendre la capitale tchadienne N’Djamena, il aura fallu l’intervention, là encore décisive, du dispositif français Epervier pour sauver le régime. Raison pour laquelle, quand par ces temps derniers est évoqué avec une certaine insistance le retrait prochain des soldats français siationnés au Tchad, il m’arrive àl’esprit une foule de questions et d’hypothèses.

D’abord, pourquoi ? Et pourquoi maintenant ? Certainement parce que, sentant amoindrie la menace rebelle, le gouvernement tchadien a commencé depuis quelques mois à exiger de la France qu’elle paie pour justifier sa présence sur le territoire tchadien. Les forces rebelles traditionnellement armées par le Soudan sont en effet totalement déconfites et désorganisées, après le retrait du soutien que leur assurait le président du Soudan Omar ElBéchir. Par ailleurs, l’autre menace potentielle, celle venant de la Libye, est peut-être en passe d’être éradiquée, du fait de l’insurrection et des bombardements de l’Otan. Enfin, du point de vue français, Epervier coûte déjà environ 4o millions d’euros annuels au contribuable.

Néanmoins, ces hypothèses ne satisfont pas. Il yen a d’autres. Premièrement, il ne faut pas croire que la France aurait retiré son armée d’un pays qu’elle a gardé sous contrôle durant pratiquement la totalité des cinquante années d’indépendance si elle n’avait pas eu d’autres moyens de pression. Deuxièmement, les exigences du président Déby n’ont pas dû plaire. Alors peut-être faudrait-il le laisser se dépêtrer seul face à une rébellion qui pourrait bien profiter de l’occasion pour se reconstituer ou à une déferlante islamiste en provenance de la Libye voisine en feu. Cela lui rappellera sans doute l’utilité de l’Epervier français. Troisièmement, ce peut bien être un simple effet d’annonce, à l’endroit d’une opinion publique française qui, même si elle n’en fait pas sa cup of tea, attend sûrement de son gouvernement qu’il réalise de substantielles économies sur les postes supposés futiles, pour faire face à la crise interne.

En tout état de cause, les Français peuvent toujours faire mine de partir, ils reviendront. Sous les formes actuelles ou sous le nouveau manteau annoncé par le Quai d’Orsay. La fin de la Françafrique n’est pas encore pour demain... Et elle ne commencera sûrement pas par le Tchad.

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