Pays émergents.

La ronde des investisseurs.

Mardi 8 février 2011 // Le Monde

Les marchés financiers sont, depuis plusieurs semaines, tiraillés entre plusieurs éléments contradictoires. Certains sont très positifs pour les Bourses et l’espoir d’une poursuite de la reprise. Ainsi, les pays dits émergents continuent de se développer sur le plan économique, un fait majeur qui dynamise le commerce international.

Preuve en est la forte croissance dégagée par la Chine au troisième trimestre (+9,6%). Ces nations, dont certaines s’apparentent à des mini-continents (Chine, Russie, Inde...), possèdent un marché intérieur au potentiel gigantesque : en Chine, près de 700 millions de personnes aux revenus très modestes pourraient accéder aux facilités matérielles dans les prochaines décennies.

Les investisseurs ne s’y trompent pas : depuis plusieurs mois, l’argent afflue dans les pays émergents, si bien que nombre d’entre eux réfléchissent désormais à limiter les entrées de capitaux pour éviter des bulles financières. Dans les nations développées, les observateurs ont été étonnés par la croissance dégagée en Grande-Bretagne entre début juillet et fin septembre (+0,8% contre +0,4% attendue), tandis que l’Allemagne continue de faire office de locomotive industrielle, avec un indice des directeurs d’achats (PMI) dans les industries en forte hausse en octobre. Enfin, on peut raisonnablement s’attendre à une légère reprise de l’emploi aux États-Unis. Dans la plus grande économie du monde, la productivité par salarié atteint des records et peut-être des limites alors que les entreprises tirent au maximum sur la corde des heures travaillées de peur de réembaucher.

Une première inflexion est survenue en octobre, avec près de 159 000 créations nettes de postes dans le secteur privé selon le ministère du Travail, une première en cinq mois. Enfin, la décision de la Banque centrale américaine d’acheter pour 600 milliards de dollars d’obligations de l’État fédéral dans les huit prochains mois (contre une augmentation dans son bilan de la monnaie créée) pourrait aider à soutenir la finance états-unienne. Cette action aura en effet pour conséquence probable le maintien de taux d’intérêts à court terme très bas et la libération de moyens financiers conséquents pour les banques acheteuses de dette publique américaine.

LA PRUDENCE DE MISE

Le rebond de l’activité pourrait néanmoins tourner court devant la réapparition de risques financiers majeurs. Le premier d’entre eux concerne le marché obligataire public de certains pays de la zone euro. Depuis début septembre, les intérêts versés par l’État irlandais pour ses titres à dix ans se sont envolés de 5,5% à 8,5% (avant le programme de prêt annoncé par les principales nations européennes), tandis que les obligations portugaises ou espagnoles ont subi d’authentiques krachs en séances. L’absence d’amélioration des finances publiques et la volonté allemande de préparer une restructuration de la dette de ces pays ont fait s’impatienter des créditeurs Désormais, ces derniers savent qu’un remboursement complet et total n’est pas assuré, augurant de possibles perte à venir. Seule bonne nouvelle, la baisse de l’euro permettra de soutenir les exportateurs européens et la machine allemande. De l’autre côté de l’Atlantique, c’est de nouveau la finance liée à l’immobilier qui fait craindre le pire. Le scandale des hypothèques américaines, soit la vente frauduleuse de titrisations de mauvaise qualité par les banques prêteuses, puis la présentation de faux documents pour faire valoir des droits de propriété perdus afin de saisir des logement, puis de les vendre, pourrait occasionner d’importantes pertes dans le secteur bancaire américain. Ainsi, Bank of America, l’un des principaux établissements de détail outre-Atlantique, encourt-il déjà pour 375 milliards de dollars de poursuites judiciaire, soit 160% de ses fonds propres. Poursuite n’est pas condamnation, mais certains observateurs craignent une nouvelle vague de pertes financières aux États-Unis. Enfin, l’évolution économique en Chine est à suivre avec attention. Pour contrer la hausse de l’inflation, la Banque centrale a augmenté ses taux d’intérêt pour la première fois en trois ans, provoquant une chute de la bourse chinoise au lendemain de l’annonce. De manière plus globale, un retournement violent est possible dans les vingt-quatre mois qui viennent, après l’envolée du crédit voulue par l’État pour contrer l’affaissement de l’activité mondiale (multiplié par deux et demi depuis l’an 2008). Tous ces évènements sont susceptibles de provoquer des pertes et une vente en cascade d’actifs par les établissements en difficulté ce qui incite à adopter une attitude prudente en Bourse dans les prochains mois.

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