La revanche de la spéculation anglo-saxonne.

Dimanche 3 octobre 2010 // L’Europe

La revanche de la spéculation anglo-saxonne

La revanche de la spéculation anglo-saxonne.
POLITIQUE MAGAZINE

Alors que l’optimisme était de rigueur en début d’année, la correction qui a eu lieu début février en a surpris plus d’un. Au cours de la première semaine de février, le couple euro-dollar a connu les séances les plus agitées de son histoire, avec un euro tombant à un plancher de 1,3585 dollar.

La crise de confiance sur les dettes souveraines a déclenché une attaque concertée sur l’euro et des dégagements massifs sur les marchés actions. Toutefois, ce début 2010 à forte volatilité ne modifie en rien notre vision optimiste pour le reste de l’année. D’ailleurs, quelques jours après la « semi-panique » de la première semaine de février, la Bourse de New York rebondissait nettement, les investisseurs spéculant sur une intervention de l’Union européenne pour soutenir la Grèce. L’affolement général sur la dette de la Grèce nous a rappelé à bien des égards la crise concernant la dette de l’émirat de Dubaï qui avait provoqué une mini-tempête boursière en novembre dernier. Dans un premier temps, les commentaires faisaient craindre que le gouvernement de l’émirat ne laisse tomber le holding surendetté, Dubaï World. Et puis, deux mois après, l’on apprenait dans la plus complète indifférence des marchés, que non seulement Abu Dhabi était venu au secours de son voisin, mais que le gouvernement de Dubaï, avait fait son devoir en renflouant le holding fautif.

UNE PROIE IDÉALE.

La spéculation financière est comparable au lion dans la savane. Lorsqu’il a faim, il s’attaque à l’animal qui lui paraît le plus faible, et, une fois rassasié, il lâche sa proie, du moins ce qu’il en reste, avant de préparer une nouvelle attaque. En ce début d’année, c’est la Grèce qui a constitué la proie idéale et provoqué quelques sueurs froides au marché. De manière assez inattendue, tous les marchés mondiaux, de Shanghai à Wall Street, ont plongé dans le sillage des places européennes, entrainant l’indice CAC 40 à un retrait de 9.5% depuis le début d’année. Le début de panique qui relève de la pure spéculation a été tel que les politiques ont dû une fois de plus monter au créneau pour calmer le jeu et éviter un risque de « contagion ». Lors du récent G7 (États-Unis, Canada, Japon, Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni), Jean-Claude Trichet, président de la BCE, s’est montré rassurant en confirmant sa confiance dans la Grèce « pour qu’elle prenne toutes les décisions nécessaires » afin de ramener son déficit à 3% du PIB en 2012 (contre 12.7% actuellement). Par contre, Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe, même s’il a maintenu que c’était à l’Europe seule de régler le problème grec, sans l’aide du FMI, ce qui eut été humiliant, n’a pas manqué de lancer une mise en garde à peine voilée au gouvernement grec en déclarant : « La Grèce doit comprendre que lorsque l’on viole les règles pendant trop longtemps, on doit s’attendre à payer le prix fort.

Il faisait référence aux statistiques plus que douteuses présentées parfois par la Grèce pour respecter les critères monétaires européens. La France, et surtout l’Allemagne, qui conjointement, détiennent 39% de la dette abyssale de la Grèce s’élevant à 294 milliards d’euros, ont affiché quelques réticences à venir au secours de la Grèce. Cela s’explique notamment par le fait que l’évasion fiscale est très difficile à éradiquer dans les pays méditerranéens. Pourtant, contre son gré, mais en posant ses propres conditions, Berlin s’est résolu à sauver « le petit pays du Club Méditerranée », pour reprendre l’expression qui désigne la Grèce. Résultat de cette crise : les Grecs vont devoir sérieusement se serrer la ceinture si l’on en croit la palette de mesures annoncées par le gouvernement socialiste de Georges Papandréou : hausse du prix de l’alcool, tabac, essence ; chasse à la fraude fiscale, gel des salaires et des embauches dans la fonction publique, hausse de l’âge du départ à la retraite, baisse de 10% des dépenses des ministères.

ET LES AUTRES ?

Autant de mesures d’amaigrissement qui pourraient bien être généralisées à l’ensemble des pays de la zone euro dont le déficit public moyen ressortit à 6.1%. L’Espagne, guère mieux lotie que la Grèce avec un déficit de 9.6% du PIB, a annoncé fin janvier un plan d’économies de 50 milliards d’euros sur quatre ans et un report de l’âge légal de la retraite de 65 à 67 ans. D’ailleurs, les Américains, qui affichent, quant à eux, un déficit public de 11.2% du PIB, feraient bien de s’inspirer de ces mesures de discipline budgétaire avant qu’ils ne soient eux-mêmes la prochaine victime des marchés financiers. Car sur ce point, personne ne se fait trop d’illusions : les problèmes auxquels l’Europe doit faire face actuellement ne sont que le premier acte de ce que vont devoir affronter très rapidement le Royaume-Uni et les États-Unis. Mais pour l’heure, ce sont les spéculateurs anglo-américains qui ont tiré les premiers en attaquant l’euro.

 Sans doute, est-ce leur réponse aux diverses annonces de fin d’année proposant de créer à terme une monnaie d’échange internationale de substitution au dollar. Il est à craindre que la livre sterling ne soit attaquée et qu’elle n’aille au tapis, du fait du déficit public record du Royaume-Uni à 12.6%, proche du niveau de la Grèce. Mais c’était sans compte avec les « hedge funds » de la City et de New York, qui ont réalisé leur meilleur année en 2009. Ainsi, dans le cadre di leur spéculation dite « Cary trade », il ont « dégainé » les premiers en attaquant violemment l’euro, et les marchés action continentaux. Selon le Chicago Mercantile Exchange (marché des dérivés constituant un bon indicateur des positions prises par les « hedge funds »), les positions vendeuse sur les contrats à terme sur l’euro ont frôle les 8 milliards de dollars, un record depuis la création de l’euro.

RESTONS CONFIANTS.

Au-delà de cette crise financière qui ne sera certainement pas la dernière, les signe : d’une saturation sociale s’accumulent D’une manière générale, les ménages européens et américains restent fondamentalement déprimés en raison du niveau élevé du chômage d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique. Il est clair que la pression qui s’exerce sur les revenus (baisse de l’emploi, et freinage des salaires et des bonus) parallèlement à la nécessité d’un désendettement (baisse de la valeur de l’actif net, immobilier et financier) met les ménages devant l’obligation de réduire leurs dépenses. D’autre part, comme nous l’avons signalé à plusieurs reprises, la paupérisation durable d’une partie de la population des pays développés conjuguée aux effets du vieillissement risque de ralentir la croissance future. Une autre crainte anime actuellement les marchés ; celle d’une absence de reprise économique solide dans les pays émergents, qui ne serait plus soutenue par la Chine. Pekin a en effet décidé de limiter le crédit bancaire à 773 milliards d’euros en 2010, contre 966 milliards l’an dernier, afin de limiter la surchauffe de son économie (+10% de croissance attendue en 2010, après +10.7% au 4T09). Dans cet environnement globalement morose, il reste néanmoins de bonnes nouvelles qui nous sont venues des indices PMI, censés nous donner une approximation assez fiable du rythme de croissance de l’activité. Lors du quatrième trimestre, les principaux indices de la zone euro (Allemagne, France et Italie) ont confirmé une accélération de la croissance en fin d’année, tout en attestant d’une sortie technique de récession. C’est ce qui nous autorise à rester encore confiant pour l’année 2010 plutôt chahuté.

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