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La régression sociale est en route.

La manifestation contre le pacte pour renforcer la compétité européenne et ses conséquences sociales se multiplient en Europe.

Dimanche 15 mai 2011 // L’Europe

Que ce soit à l’initiative des syndicats nationaux, comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal ou à l’appel de la Confédération européenne des syndicats (CES), le monde du travail se mobilise contre ce nouveau dispositif, fruit d’une réflexion menée conjointement en Allemagne et en France.

Officiellement, il s’agit de jeter les bases d’une gouvernance européenne, seule à même de réduire les déficits et la dette des États, d’assainir les économies et de relancer la croissance. Mais, dans l’esprit de la chancelière allemande et du président français, l’objectif est de revenir sur un certain nombre d’acquis sociaux hérités des « Trente glorieuses ».

Une fenêtre de tir est en effet ouverte depuis la crise en 2008 pour aligner les droits sociaux des pays européens sur les pays dits émergents. Ceci de manière à réduire les distorsions de concurrence liées à l’existence d’un salaire minimum dans plusieurs pays européens, d’un système de protection sociale et de services publics. Ainsi débarrassées des scories d’un passé révolu, les économies n’en seront que plus compétitives.., et les peuples, plus pauvres, esclaves d’un système qui fait de la finance l’alpha et l’oméga de nos sociétés modernes. Certes le dispositif a été revu dans sa forme par la Commission européenne, mais le fond demeure : la modération salariale et la déflation restent au cœur de cette stratégie.

Les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro veulent « revoir les accords de fixation des salaires et, le cas échéant, le degré de centralisation dans le processus de négociation, et les mécanismes d’indexation ». Ce qui, en clair, signifie une remise en cause des conventions collectives et la suppression - là où elle existe encore - de l’indexation des salaires sur la hausse des prix, pour faire dépendre les augmentations de salaires uniquement de la productivité, comme l’a expliqué Christine Lagarde, ministre française de l’Économie et des Finances. Enfin, il est question d’engager des « réformes du marché de l’emploi pour encourager la flexicurité » et de repousser, voire supprimer, la durée du travail et l’âge légal de départ à la retraite.

Pour lutter contre ce pacte dit de compétitivité qui, on l’aura compris, n’est rien d’autre qu’un pacte de régression sociale, la CES et ses syndicats affiliés ne cessent d’appeler à la mobilisation. Le 16 mars, cinquante mille personnes ont manifesté dans les rues de Bucarest ; le 24 mars, à Bruxelles, trente mille syndicalistes belges et de pays voisins se sont rassemblés ; le 26 mars, une marche pour l’alternative emploi, croissance et justice a été organisée à Londres à l’appel du TUC ( syndicat anglais )

Une euro-manifestation se déroulera à Budapest à l’appel de la CES et de ses six affiliés hongrois le 9 avril prochain, jour de la réunion du Conseil européen pour les affaires économiques et financières (Ecofin). Par ailleurs, une initiative des syndicats français et allemand a abouti à la rédaction d’une déclaration commune réclamant « que soit préservée l’autonomie de négociation en matière tarifaire », que soit « mis en place des salaires minimum nationaux garantissant une vie décente » (une nouveauté de la part des syndicats allemand qui, jusqu’à présent, ont toujours été opposé à l’existence d’un salaire minimum), « que la maîtrise des budgets et la réduction des déficits publics préservent les capacités d’investissement et les budgets sociaux », « que soit adopté au lieu des politiques d’austérité et du plafonnement des endettements, un programme d’innovations et d’investissements »...

Reste à savoir ce qui motive les syndicats : s’agit-il, pour eux, d’encadrer les mécontentements ou de véritablement prendre la tête d’un mouvement de contestation du système ? En France, si toutes les organisations ont signé l’appel syndical franco-allemand, on voit poindre deux approches totalement opposées.

La CFDT s’est fendue de son propre communiqué dans lequel Marcel Grignard, son numéro deux, revendique une « gouvernance européenne sur les questions économiques », se félicite de la démarche, prétend que « les travailleurs européens et français ont besoin d’un pacte qui assure la stabilité monétaire », qui « crée une harmonisation des politiques fiscales » (sans en dfinir les contours), qui « renforce la convergence sociale », et qui « apporte une dynamique économique ». À aucun moment, la CFDT ne remet en cause les dérives de la construction européenne.

La CGT-FO, elle aussi dans son propre communiqué, se montre plus vindicative. Ainsi, la confédération de Jean-Claude Mailly est-elle plus clairvoyante qui dénonce dans le pacte de stabilité un « pacte des loups de la finance qui renforcera l’emprise des marchés financiers (...) afin d’imposer aux Vingt-sept des politiques socialement dévastatrices ». Elle considère également que le fait de « construire l’Europe selon le diktat des marchés financiers en interdisant aux États, parfois complaisants, de mener librement leurs propres politiques et en asservisyant les travailleurs à des normes sociales toujours en baisse revient à un déni de démocratie ».

Nous risquons de voir réapparaître le clivage classique entre les organisations qui accompagnent le système (la CFDT et l’Unsa) et celle qui propose une alternative (la CGT-FO). Un match qui pourrait être arbitré par une CGT qui hésite entre l’une ou l’autre voix et qui, pour l’heure, reste fidèle à son accord avec la CFDT... à moins que ce ne soit par les travailleurs eux-mêmes qui, lassés des jeux des appareils, pourraient avoir envie de prendre leur destin en main.

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