La réforme des retraites : vraiment non ?

Lundi 4 octobre 2010 // La France

Au soir de la deuxième journée de manifestations organisée en septembre par les syndicats contre la réforme des retraites, de nombreux observateurs avaient l’impression d’une situation en train de se bloquer ; gouvernement et syndicats ont des points de vue totalement contraires sur la dynamique du mouvement et les deux camps se disent fermement décidés à persévérer dans la confrontation.

Dès lors, on songe à la loi sur le CPE (Contrat de première embauche) que le Premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin, avait voulu imposer à des manifestants de plus en plus nombreux et déterminés avant de retirer le texte en toute hâte. Pourtant, en 2006, la CFDT était favorable à un compromis rapide sur le sujet et c’est une analyse erronée de Matignon qui avait conduit à un choc frontal entre le gouvernement et des syndicats rejoints, contre toute attente, par une masse importante de lycéens et d’étudiants.

Dans la tête des opposants à la réforme des retraites, il y a ce précédent du CPE. Et la manifestation du 23 septembre les a confortés dans l’idée que le gouvernement pourrait plier devant un mouvement qui gagne en popularité. Pour les directions syndicales comme pour ceux qui marchaient dans les rues de la capitale et de plus de deux cents autres villes, il est évident que les foules rassemblées étaient plus nombreuses que le 7 septembre. Sans reprendre les querelles de chiffres ( moins d’un million de manifestants selon la police, près de trois millions selon les syndicats) la longueur des défilés témoignait de l’ampleur de la mobilisation autour d’un sentiment diffus d’injustice très difficile à contrer par des arguments objectifs ? Quels que soit leurs convictions et leurs choix tactiques, les syndicats ne peuvent qu’appeler à la poursuite du mouvement social et cours.

À l’Élysée les réactions sont diamétralement opposées à celles de la rue. Nicolas Sarkozy est persuadé que les Français lui seront finalement reconnaissants d’avoir fait voter une réforme difficile et ses conseillers estiment que les manifestations faiblissent.

Les enquêtes d’opinion confirment pourtant la puissance du mouvement de révolte que les syndicats se refusent d’orchestrer (ils n’ont pas attaqué personnellement Eric Woerth) et dont le Parti socialiste ne profite guère. Ne pas prendre la mesure de la crise sociale pourrait être aussi dangereux pour Nicolas Sarkozy que pour Dominique de Villepin en 2006, et en Alain Juppé en 1995.

Cependant, le choc frontal n’est pas inéluctable. La CGT et la CFDT n’exigent pas le retrait de la loi en discussion au Parlement et n’ont pas lancé d’appel â la grève générale souhaitée par Force ouvrière et l’extrême gauche syndicale. Par ailleurs, le gouvernement n’est pas hostile à des compromis et Gérard Larcher, président du Sénat, a déclaré le 26 septembre que « ses collègues feront des propositions pour les handicapés, les chômeurs de longue durée, les carrières longues et la pénibilité » précisant qu’il avait « parlé » de la réforme des retraites « avec le Président ».
Les syndicats ont annoncé une nouvelle journée de manifestations le samedi 2 octobre (pour que les salariés du privé puissent se joindre au mouvement sans prendre de risques) d’une autre journée de grèves et de manifestations le mardi 12 octobre.

Face à un gouvernement qui ne veut pas reculer, il n’est pas sûr que les syndicats les plus modérés sachent comment arrêter le cycle des manifestations.

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