Innovation démocratique, une volonté politique pour retrouver des valeurs républicaines lutter contre l'injustice et conduire une politique de droite éclairée en France. Paul Vaurs
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>>La psychanalyse Freudienne.Avant propos. Faire une Psychanalyse demande une volonté d’affronter son passé. Revivre des moments difficiles sont pour celui qui décide de s’allonger sur le divan, une période pénible, souvent des médicaments sont indispensables pour atténuer les angoisses qui ne manqueront pas de revenir amplifiées par l’analyse, surtout, à ses débuts. Le psychanalyste ne donne aucun médicament. Pour obtenir des remèdes, le patient devra impérativement être suivi par un autre psychanalyste, ayant les compétences requises pour, les prescrire. Il faut savoir qu’une psychanalyse coûte cher et que les caisses de sécurités sociales n’en remboursent qu’une infime partie. Prendre une assurance privée est indispensable, vu que les pouvoir publics semble être autiste, et pourtant l’angoisse et le mal de vivre causent des souffrances d’une ampleur telle, qu’elles peuvent conduire au suicide. Depuis plusieurs années la psychanalyse que pratiquaient Freud ou Lacan a évolué ; C’est désormais la Psychanalyse comportementale qui est demandée par les patients. Moins pénible et tout autant efficace, la psychanalyse comportementale est de plus en plus recommandée. Le ou la Psychologue, reçoivent des patients qui souffrent de diverses phobies (exemple : une personne qui ne peut pas traverser une rue sans être accompagnée, car elle éprouve une angoisse inexplicable) qui leur rendent une existence extrêmement pénible. Cette analyse a pour but de mettre celui où celle qui en souffre, dans des situations ayant un rapport avec la pathologie, dont ils sont les « souffre douleurs ». . La psychanalyse n’aurait pas occupé la place qui lui revient, non seulement dans le progrès des disciplines médicales et des sciences humaines, mais dans le développement général de la civilisation, si la préoccupation la plus intime de Freud n’avait été, de toujours, celle de la souffrance. En témoignent, aux origines de sa carrière, ses recherches sur les stupéfiants ; et l’avènement même de la psychanalyse n’a pas eu raison de cet intérêt. « Une théorie de la sexualité, écrira-t-il dans l’analyse du cas Dora, ne pourra, je le suppose, se dispenser d’admettre l’action excitante de substances sexuelles déterminées. Ce sont les intoxications et les phénomènes dus à l’abstinence de certains toxiques chez les toxicomanes qui, parmi tous les tableaux cliniques que nous offre l’observation, se rapprochent le plus des vraies psychonévroses. » L’intérêt, donc, subsiste ; mais, dans sa finalité, radicalement retourné : il ne s’agit plus, avec la psychanalyse, d’endormir la souffrance, mais d’éveiller à sa vérité. La découverte de Freud est que cette vérité est celle du désir. Mais la manifestation de cette vérité porte des effets très divers sur les symptômes, sur la souffrance notamment, dont la méconnaissance se révèle cause. De là, le problème soulevé par la psychanalyse quant à ses fins spécifiques. Si la vérité agit, et si cette action peut avoir une efficience « curative », de tels effets ne nous engagent-ils pas à en restreindre la portée au domaine des disciplines médicales ? Mais comment expliquer, dans cette hypothèse, l’ampleur de ses incidences dans les domaines les plus étrangers à ces mêmes disciplines ? Peut-être observera-t-on que la difficulté ne saurait être formulée en ces termes spéculatifs, mais qu’elle doit être portée sur le terrain scientifique. S’il apparaît en principe plus aisé de se représenter l’action de la cocaïne que celle d’une intervention analytique, encore reste-t-il que la psychanalyse n’est pas seulement une pratique ; elle est un corps de doctrine empiriquement fondé, à l’intérieur duquel ont à se définir les critères même de la pratique. Mais c’est tenir pour acquis ce qui est en question. L’exil de Freud. Sigmund Freud et sa fille Anna, sont arrivée Paris en 1938. Gravement malade, le fondateur de la psychanalyse, dont l’œuvre est l’une des cibles des autodafés nazis, s’est résigné à quitter Vienne pour Londres après l’Anschluss. Or, ce thème de la fin de l’analyse, qui commandera toute l’élaboration du concept de répétition et de la pulsion de mort avant d’émerger en sa position de butoir à la veille de la disparition de Freud, tout se passe comme si nous en retrouvions précisément l’équivalent transposé, trois semaines plus tard, dans le registre de l’épistémologie. Le fini, en l’occurrence, c’est l’idéal d’achèvement d’une œuvre maîtrisée, cette valeur de séduction dont Freud lui-même connaît la hantise, et dont il condescend, au seuil d’une amitié déclinante, à faire mérite au talent subalterne de Fliess : « Lorsque ton ouvrage [La Théorie des périodes] paraîtra, nul d’entre nous ne sera capable de porter sur son exactitude un jugement qui reste réservé à la postérité, comme chaque fois qu’il s’agit d’une grande découverte ; mais la beauté de la conception, l’originalité des idées, la simplicité des raisonnements et la conviction de l’auteur créeront une impression qui sera un premier dédommagement de la lutte pénible menée contre le démon. » Cependant, « en ce qui me concerne, poursuit Freud, il en va tout autrement ». Il évoque alors la disproportion entre ses propres problèmes et leur solution ; et soudain, sans que le fils de Jakob Freud nous ait, bien entendu, dispensé d’en dénouer par nous-mêmes l’énigme, surgit en quelques traits littéralement fantasmatiques un remodelage de la version biblique du combat avec l’Ange. « Pour ma juste punition, aucune des régions psychiques inexplorées où le premier parmi les mortels j’ai pénétré ne portera mon nom ou ne se soumettra à mes lois. Quand, au cours de la lutte, je me suis vu menacé de perdre le souffle, j’ai prié l’Ange de renoncer, ce qu’il a fait depuis. Mais je n’ai pas eu le dessus, et depuis je vais en boitant. » Transcrivons : il n’y aura pas de « loi de Freud » ; il n’y aura pas de loi qui puisse se désigner du nom choisi par l’Ange, au lieu et place du patronyme de Freud, pour le découvreur de l’inconscient. Car il n’a pas, lui, Freud, comme le Jacob de la Genèse, aperçu Dieu face à face, il n’est donc pas destiné à rester dans la mémoire des hommes comme l’éponyme d’une science nouvelle ; comme un autre Israël, il n’est qu’un homme du troupeau, « un vieil israélite de quarante-quatre ans plutôt minable », et le signe glorieux dont Jacob fut marqué à la hanche n’est sur lui que le stigmate dérisoire du boiteux. Mais brusquement la scène change et, sous le prétexte d’une fête de famille, s’ouvre par un glissement véritablement délirant sur l’appel prophétique aux générations futures : « Les miens ont, malgré tout, tenu à fêter mon anniversaire. Ma meilleure consolation est de penser que je ne leur bouche pas entièrement l’avenir ; ils peuvent vivre et vaincre dans la mesure où leur force le leur permettra. Je leur laisse une marche à gravir sans les conduire à un sommet d’où ils ne pourraient s’élever davantage. » Mais cette tâche, à son tour, est-elle donc « terminable » ? Les lacunes de la théorisation psychanalytique tiennent-elles aux limites de fait de l’investigation, ou à la constitution même du domaine qu’elle vise ? L’enjeu d’une telle question, c’est d’abord le rapport de Freud à la psychanalyse. Supposons en effet que la théorisation psychanalytique soit en droit « terminable ». Rien ne nous interdirait alors de faire abstraction de son surgissement historique dans un exposé de part en part conceptualisable, voire formalisable. Certes, un tel système renverra toujours à l’expérience qui le fonde. Mais cette expérience elle-même portera le sceau d’une généralité typique, sous laquelle en particulier se rangera l’expérience qui fut propre à Freud. Admettons au contraire une théorisation « interminable » ; c’est-à-dire que la « disproportion des problèmes aux solutions » qu’évoquait Freud en 1900 soit commandée par la structure même du domaine psychanalytique. Nous ne saurions plus tenir pour négligeable la singularité historique de la découverte freudienne. Que la psychanalyse ait à être transmise pour se perpétuer, qu’elle ne soit pas un acquis du savoir, mais une figure fragile de la culture, ces traits n’en infirmeraient pas la portée scientifique, ils exigeraient que soit caractérisée dans sa spécificité la méthode propre à la garantir. Ainsi pourraient être, en l’absence de tout éclectisme, restaurées dans leur dignité scientifique les vicissitudes au premier abord déconcertantes dont a témoigné le mouvement psychanalytique. Du vivant même de Freud, et selon ses propres termes, elles ont obéi au processus de réduction du tout à la partie : tel a été le cheminement suivi à partir de 1910 par Adler puis par Jung ; par l’école anglaise dans la mouvance de Melanie Klein ; par l’école américaine dans son effort de rapprochement entre la psychanalyse du moi et la théorie psychologique de l’adaptation. En France même, où les divers courants qui se réclament de Freud prennent du commentaire de Jacques Lacan les repères de leurs orientations divergentes, c’est à la fonction du signifiant dans la constitution de l’inconscient qu’est trop souvent réduit cet apport, en fait commandé par le statut de l’altérité, dont précisément émanent la genèse et les effets du signifiant. Ces diverses réductions témoignent-elles donc de la mutilation d’un système privilégié ? Ne jalonnent-elles pas plutôt la transmission précaire d’un discours ancestral, dont la conceptualisation de Freud aurait pour un temps soutenu l’épiphanie ? En adoptant cette dernière hypothèse, nous nous bornerions en somme à prendre la seconde topique au sérieux. La « théorie psychanalytique », dirions-nous, ne nous représente en effet rien d’autre que la cohérence des conditions empiriques dans lesquelles le sujet prend la mesure de son ignorance de soi. Mais le renvoi de l’ontogenèse à la phylogenèse étend cette opacité du discours subjectif aux dimensions de l’histoire humaine. Chacune des cures psychanalytiques apparaît ainsi comme le maillon d’une chaîne dont on chercherait en vain à fixer l’ancrage, et c’est du statut paradoxal de ce discours contingent qu’il appartiendrait à l’épistémologie de la psychanalyse d’aborder l’énigme. Aussi bien, des modèles relevant de registres scientifiques très divers pourraient-ils également prétendre à figurer l’invention psychanalytique en ses diverses étapes. La tentation des modèles. Pour emprunter un premier exemple aux débuts de la carrière de Freud, on sait que l’investigation du psychisme « par couches » relève d’une méthodologie sérielle dont le Freud des Études sur l’hystérie a caractérisé la démarche selon trois dimensions, correspondant au triple champ du conscient, du préconscient et de l’inconscient. De la première, linéaire, relève l’ordre chronologique des souvenirs groupés par thèmes à la manière d’archives ; de la deuxième, la distribution de ces mêmes souvenirs autour du noyau pathogène : la raison de cette série, c’est-à-dire la loi de croissance et de décroissance qui en ordonne les valeurs, traduit alors la stratification des couches de résistance rencontrées dans l’investigation psychanalytique. L’un et l’autre de ces types d’ordination sont représentables par des lignes fixes, courbes et droites. Quant au troisième, doté de propriétés dynamiques et non plus morphologiques, il intéresse le contenu des pensées et leur enchaînement ; et c’est par des chemins en lacis qu’il aurait à être figuré, sur le modèle du jeu du cavalier aux échecs. Encore faudrait-il souligner que l’image en laisserait ignorer une caractéristique fondamentale : un tel système ne correspond pas en effet à une ligne en zigzags mais plutôt à un réseau ramifié, et plus particulièrement convergent. « Il comporte des nœuds où se rencontrent deux ou plusieurs lignes. Une fois réunies, ces lignes poursuivent ensemble leur cheminement. En règle générale, plusieurs fils courent indépendamment les uns des autres ou, parfois, réunis par des relais en position latérale, débouchent ensemble dans le rayon central. » Autrement dit, conclut Freud, « il convient de remarquer avec quelle fréquence un symptôme est pluri- ou surdéterminé ». Cherche-t-on à se donner de cette construction sérielle une figuration théorique, un premier type de modèle paraît s’imposer, d’ordre physique, et plus précisément électrique : Freud, visiblement, s’inspire ici, comme il le fera dans l’Esquisse pour une psychologie scientifique (publication posthume, rédigée en 1895), des circuits de Kirchhoff ; et cette référence au modèle électrique peut sembler d’autant plus séduisante qu’elle se recoupe au mieux avec la physiologie cérébrale dont il se réclame à la même époque. L’Esquisse fait mention, en effet, d’« expériences » entreprises sur les particules neuroniques, « expériences maintenant fréquentes ». « Nous ne pouvons, écrivent en note les éditeurs de ce texte, préciser de manière certaine à quels essais Freud fait allusion ici. » La difficulté n’est pourtant pas sans solution : ces expériences intéressent à la fois l’électricité cérébrale et le problème des localisations. On sait, en effet, le soin qu’apporte La Science des rêves à souligner la valeur fonctionnelle de la représentation spatiale de l’appareil psychique, à l’exclusion de toute conception « localisatrice ». Plus précisément : « Il nous suffit, écrit Freud, qu’une succession constante soit établie, du fait que les systèmes sont parcourus par l’excitation dans un certain ordre temporel, lors de certains processus psychiques. » Huit ans plus tôt, l’anticipation d’une telle représentation était apportée par le travail sur l’aphasie, fondé sur une critique des localisations cérébrales. Or Nothnagel, celui des maîtres de Freud dont le soutien ne s’est jamais démenti, n’est pas seulement, avec Hitzig, l’un des pionniers de l’expérimentation sur les propriétés électriques du cerveau, il est aussi, en opposition à Hitzig, l’un des premiers à conclure de ces expériences à la critique des localisations cérébrales. Le livre sur l’aphasie peut donc être compris comme la version clinique de ce travail expérimental. Mais une solidarité plus étroite encore pourra être introduite entre la pensée ordinale et le modèle électrique. Car une élaboration ordinale est effectivement intervenue dans la théorie de l’électricité. Elle a été le fait de Riemann, qui, en 1857, applique aux circuits de Kirchhoff les ressources de l’analysis situs, sous les espèces d’une théorie générale des connexions. Freud en a-t-il donc tenté une transposition ? La suggestion prendra tout son poids si l’on veut bien se rappeler que les idées de Riemann ont fait à Vienne l’objet, le 27 septembre 1894, d’une conférence de Felix Klein, et que cette conférence, prononcée donc quelques mois avant la rédaction finale des Études sur l’hystérie, l’avait été devant l’Association des savants et médecins allemands. En dehors de la théorie mathématique du potentiel, c’est au premier chef de constructions, ou plutôt de créations géométriques, que Klein fait gloire à Riemann. Ainsi, de quelque nature que puisse être ce processus, il se décompose finalement en un certain nombre d’oscillations simples selon les trois directions principales, oscillations qui, en général, seront d’amplitude, de période et d’élongation inégales, mais qui pourront ainsi s’accorder dans les cas spéciaux. Le plaisir et le déplaisir pourront être déterminés du point de vue quantitatif comme fonction des amplitudes a, a´, aJ, du point de vue qualitatif comme fonction des périodes T, T´, TJ, le rapport des élongations ne jouant qu’un rôle auxiliaire dans la forme du processus. » On s’explique ainsi la référence apparemment énigmatique de L’Homme aux loups à une arithmétisation possible de la notion de l’inertie psychique, prélude à la théorisation des pulsions de mort. Faut-il cependant s’en tenir à cette représentation physico-mathématique ? Un modèle linguistique issu de Max Müller semblerait tout aussi désigné pour la représentation des rapports d’ordre envisagés par Freud et il aurait le grand avantage de s’ajuster au détail même, non seulement des Études sur l’hystérie, mais de La Science des rêves et des travaux immédiatement postérieurs. D’une part, en effet, la stratification des couches de langage chez Müller pose le modèle de la stratification des couches d’expression chez Freud ; d’autre part, les formes de processus par lesquelles Müller caractérise la vie souterraine des langages primitifs trouvent leur réplique - au premier chef, la métaphore, dans les processus primaires par lesquels Freud caractérise l’inconscient. Est-ce à dire que de l’un à l’autre une transition soit immédiatement assignable ? Nous disposons d’un précieux jalon intermédiaire : en 1885, c’est-à-dire à la date même où l’investigation psychanalytique à ses débuts se cherche un modèle de conceptualisation, paraît La Vie des mots étudiés dans leur signification, d’Arsène Darmesteter, dont l’objet est d’assimiler aux tropes de la rhétorique et de la stylistique traditionnelles les glissements sémantiques qui se développent dans la « vie inconsciente des langues ». Pour passer du registre linguistique au registre psychanalytique, il n’est que de substituer dans cet exposé de Darmesteter l’inconscient individuel à cet inconscient collectif. On y sera d’autant plus fondé qu’à la sériation représentative des Études sur l’hystérie et de La Science des rêves s’ordonnent très précisément les diagrammes à l’aide desquels Darmesteter figure la « chaîne » dont les progrès de la linguistique à partir de Ferdinand de Saussure permettront d’élaborer la notion. Enfin, du courant qui porte Müller et Darmesteter, dépend également Rudolf Kleinpaul, dont on ne saurait sous-estimer, et dans le plus fin détail, l’influence sur Freud, de La Science des rêves au Mot d’esprit. Lorsque Freud fait reproche à Jung d’avoir mutilé la psychanalyse selon la maxime du pars pro toto, que signifie donc, en l’occurrence, le tout ? Un fait nous est clair en toute hypothèse. Dès l’époque de la cure cathartique, Freud discernait le paradoxe épistémologique inhérent à sa recherche et le formulait dans une exigence critique touchant la causalité naturelle : « Contrairement à ce que dit l’axiome cessante causa, cessat effectus, écrivait-il en 1895, l’incident déterminant [à l’époque, le traumatisme] continue des années durant à exercer une action, et cela, non point indirectement à l’aide de chaînons intermédiaires, mais directement en tant que cause déclenchante. » Dès ce moment pourtant apparaît entre la réflexion épistémologique et l’objet même de l’investigation psychanalytique un motif de solidarité plus intime, et ce motif n’est autre que la référence à l’inconscient. Sens et altérité. C’est, en effet, en tant que refus d’un savoir que le refoulement est originairement conçu. « Quand, à la première entrevue, je demandais à mes malades s’ils se souvenaient de ce qui avait d’abord provoqué le symptôme considéré, les uns prétendaient n’en rien savoir, les autres me rapportaient un fait dont le souvenir, disaient-ils, était vague, et auquel ils ne pouvaient rien ajouter [...]. Par mon travail psychique, je devais vaincre chez le malade une force psychique qui s’opposait à la prise de conscience (au retour du souvenir) des représentations pathogènes [...]. Sans doute s’agissait-il justement de la force psychique qui avait elle-même concouru à la formation du symptôme hystérique en entravant, à ce moment-là, la prise de conscience de la représentation pathogène. » Or, à mesure que s’est affirmée l’originalité de la psychanalyse par rapport à l’abréaction cathartique, à mesure aussi s’est déterminé en son affinité aux sanctions du jugement l’acte par lequel s’opère la levée du refoulement. « La théorie du refoulement, écrit Freud en 1927, est devenue le pilier de la théorie des névroses. Le but de la tâche thérapeutique a cessé d’être l’abréaction de l’affect engagé sur des voies erronées, elle vise à la découverte des refoulements et à leur solution grâce à des activités de jugement, pouvant résulter en une assomption (Annahme) ou une exclusion (Verwerfung) de ce qui avait été autrefois écarté. » Ainsi se dégage la question majeure de la théorie psychanalytique : de quelle nature doit être le refoulé, s’il est vrai que l’expérience analytique donne de telles opérations logiques pour caractéristiques de sa restitution ? Dans le droit fil de la pensée psychanalytique, la lecture contemporaine de Freud se propose comme une réponse à cette interrogation. Pour en saisir la nécessité, il suffira de se reporter à la présentation donnée par Otto Fenichel en 1946 du travail de l’interprétation : « Que fait l’analyste ? 1o Il aide le patient à éliminer les résistances autant qu’il est possible. Bien qu’il puisse y appliquer des moyens variés, fondamentalement l’analyste appelle l’attention du patient, qui n’est absolument pas averti de ses résistances, ou l’est insuffisamment, sur les effets de ces résistances. 2o Sachant que ses propos sont en réalité des allusions à d’autres choses, le psychanalyste essaye d’en déduire ce qui gît derrière les allusions et d’en informer le patient. Quand il y a un minimum de distance entre l’allusion et ce à quoi il est fait allusion, l’analyste donne au patient des mots pour exprimer les sentiments qui affluent à la surface, et facilite ainsi leur prise de conscience. Cette procédure consistant à déduire ce que le patient veut dire en fait et à le lui dire est appelée interprétation. » « Donner des mots au refoulé », la formule se rencontre effectivement chez Freud - mais dans la période de la cure cathartique. Il s’agit donc d’en suivre l’approfondissement ultérieur sur le terrain propre du discours analytique. Le commentaire de la Gradiva de Jensen, explicitement proposé par Freud comme une représentation de la cure, nous précise en quelles directions. On comprend tout aussitôt l’usage qu’a fait Lacan des ressources de la linguistique en vue d’éclairer les mécanismes de l’inconscient. Ce que Freud a désigné comme « plasticité du matériel verbal », Lacan l’interprète en tant que « perméabilité de la chaîne signifiante aux effets de métaphore et de métonymie ». Encore faut-il, pour vraiment saisir l’intérêt de sa contribution, en dégager l’originalité. Il est courant de rattacher les vues de Lacan à celles de Roman Jakobson, attentif au rôle respectif de ces deux figures dans la genèse des aphasies. C’est oublier le mouvement d’idées bien plus général issu de Müller, et dont on a vu que Freud lui-même participe. On soulignera que Jakobson a innové par rapport à cette tradition, en y insérant la notion, renouvelée par Saussure, de différence signifiante. Mais l’intérêt de la contribution de Lacan est dans le fonctionnement qu’il assure à la notion. Que les processus primaires de la condensation et du déplacement donnent au rêve un équivalent des figures poétiques de métaphore et de métonymie, l’idée en est familière à tout lecteur des travaux de linguistique, de mythologie, de poétique du XIXe siècle ; elle l’était en particulier à Freud. Que ces mêmes processus aient vocation, non seulement à exprimer le désir, mais aussi à en révéler la constitution, c’est là ce qui restait, par contre, à découvrir sous l’impulsion de Freud, et notamment du commentaire de la Gradiva. Interprétation et construction. La psychanalyse, on le sait, a pris naissance à la rencontre de l’investigation clinique de l’hystérie et de l’auto-analyse de Freud. De la première sont issues la conception du sens du symptôme et la découverte du transfert en tant que noyau de la définition des névroses de transfert ; la seconde a mis au jour les mécanismes d’élaboration des processus primaires ; et l’analogie des deux domaines donne alors assise à la représentation intégrée de la structure psychique, sous son double aspect topique et dynamique. En principe, se trouvaient donc, dès ce moment, réunis les éléments d’une articulation entre la sphère du sens et la dimension de l’altérité : celle-ci est d’abord et fondamentalement impliquée dans la définition même du désir, différencié du besoin par la hantise de la source originelle de satisfaction, c’est-à-dire de la première présence tutélaire ; et elle l’est également dans le phénomène de transfert. En vertu, cependant, des conditions de fait de la découverte freudienne, tout se passe comme si l’approche des processus primaires par les voies de l’auto-analyse avait initialement privilégié les processus de sens par rapport à la dimension de l’altérité. Une attention profonde à la fonction qu’a pour le sujet en développement son « semblable » (Mitmensch) est attestée par l’Esquisse pour une psychologie scientifique, alors que la représentation de l’appareil psychique proposée par le VIIe chapitre de La Science des rêves n’en fait aucunement état. On comprend, dans ces conditions, que l’expérience du transfert soit d’ores et déjà reconnue alors que la théorie n’en est pas véritablement abordée, réduite qu’elle est à la notion de « liaison erronée » ; et, de façon générale, que l’épistémologie de ce « refus de savoir » qu’est le refoulement hystérique - et dont l’essence ainsi comprise vaut précisément à la force qui la sous-tend sa qualification de « force psychique » - prenne pour centre la falsification des rapports de sens, dans l’attente du fondement qui reste à lui donner en autrui. Or cette situation s’est entièrement renouvelée, et nous avons la chance de disposer du témoignage même de Freud pour préciser sous quelles exigences. Celles-ci sont d’ordre clinique ; elles prennent leur départ de la mise en évidence du processus de régression, caractéristique de la psychose, et dont l’analyse découvrira qu’il met en jeu, au premier chef, les vicissitudes de la relation d’altérité. Phases de l’organisation sexuelle et intersubjectivité. Il convient en effet de distinguer, selon les termes de l’Introduction à la psychanalyse (1916), entre deux sortes de régression : retour aux premiers objets marqués par la libido, et qui sont de nature incestueuse ; retour de toute l’organisation sexuelle à des phases antérieures. Or, souligne Freud, « comme cette dernière régression manque dans l’hystérie et que toute notre conception des névroses se ressent encore de l’influence de l’étude de l’hystérie, qui l’avait précédée dans le temps, l’importance de la régression de la libido ne nous est apparue que beaucoup plus tard que celle du refoulement. Attendez-vous à ce que nos conceptions connaissent de nouvelles extensions et modifications, lorsque nous aurons à tenir compte, en plus de l’hystérie et de la névrose obsessionnelle, des névroses narcissiques. » Trois étapes, en fait, se sont succédé avant que cette évolution s’impose dans toute sa portée, à la fois théorique et épistémologique. Elle prend forme avec l’analyse de la paranoïa de Schreber (1911). Mais l’intérêt porté par Freud à la paranoïa lui est évidemment bien antérieur, et il est remarquable que ce soit à travers elle que s’amorce, dès 1899, la restitution génétique de l’altérité : « L’hystérie, écrit-il à Fliess le 9 décembre, comme sa variété la névrose obsessionnelle, est allo-érotique et se manifeste principalement par une identification à la personne aimée. La paranoïa redéfait les identifications, rétablit les personnes que l’on a aimées dans l’enfance (voir les observations relatives aux rêves d’exhibition) et scinde le moi en plusieurs personnes étrangères. Voilà pourquoi j’ai été amené à considérer la paranoïa comme la poussée d’un courant auto-érotique, comme un retour à la situation de jadis. » Le progrès va consister alors à préciser les types d’organisation correspondant à ces phases de développement. Il se marque déjà en 1908, en collaboration avec Karl Abraham, sur le cas de la démence précoce : l’hypothèse est émise que « la fixation de la libido aux objets fait défaut dans cette affection ». Que devient-elle alors ? « À cette question, écrit Freud huit ans plus tard, Abraham n’hésita pas à répondre que la libido se retourne vers le moi [...] et que telle est la source de la manie des grandeurs. » Celle-ci, d’ailleurs, « peut être comparée à l’exagération de la valeur sexuelle de l’objet qu’on observe dans la vie amoureuse ». Ainsi, « pour la première fois un trait d’une affection psychotique nous est révélé par sa confrontation avec la vie amoureuse normale ». Comparons ces suggestions avec l’apport du cas Schreber : « L’individu en voie de développement, écrit Freud, rassemble en une unité ses pulsions sexuelles, qui jusque-là agissaient sur le mode auto-érotique, afin de conquérir un objet d’amour, et il se prend d’abord lui-même, il prend son propre corps pour objet d’amour, avant de passer au choix objectal d’une autre personne. Peut-être ce stade intermédiaire entre l’auto-érotisme et l’amour objectal est-il inévitable au cours de tout développement normal [...] ; dans ce soi-même pris comme objet d’amour, les organes génitaux constituent peut-être déjà l’attrait primordial. L’étape suivante conduit au choix d’un objet doué d’organes génitaux pareils aux siens propres, c’est-à-dire au choix homosexuel de l’objet, puis de là à l’hétérosexualité. » Depuis qu’en 1905 Freud décrivait les stades de développement de la libido, la notion d’« organisation sexuelle » a donc pris une valeur toute nouvelle : elle s’inscrit, désormais, dans la perspective de l’altérité. Si nous cherchons à pousser l’investigation au-delà de cette couche périphérique de l’expérience où le conflit hystérique met aux prises avec le préconscient une sexualité génitale déjà organisée, c’est donc à en restituer les positions successives que nous viserons. Mais une conséquence en résulte, fondamentale au plan épistémologique : nous sortons du champ de l’interprétation, pour accéder à celui de la construction. L’opposition des deux démarches, la prévalence de la seconde seront formulées par Freud avec la plus grande rigueur dans Les Constructions dans l’analyse en 1932. Mais l’article consacre en fait l’approfondissement conceptuel et le progrès technique intervenus depuis l’analyse de la régression de Schreber. « La psychanalyse, écrit Freud, n’est pas un art d’interprétation, elle est une construction. L’interprétation porte sur un élément du matériel (acte manqué, lapsus, etc.). La construction, au contraire, porte sur le cours entier d’une existence, et notamment sur ses phases initiales déterminantes. » Or l’histoire de ces phases est l’histoire d’une intersubjectivité : déplacement de la position de l’individu dans la famille, modification des valeurs de crédibilité qui s’attachent à autrui. Exprimons d’une autre manière cette primauté désormais reconnue à l’Autre dans la constitution du sens « latent ». Le délire, comme le rêve, attestent que le détachement de la réalité peut être utilisé par la poussée du refoulé comme un moyen pour faire accéder son contenu à la conscience. Ce mécanisme, dit Freud, semble donc reproduire un type archaïque d’organisation de l’expérience, correspondant à un stade où l’épreuve de réalité n’est pas instituée. Autrement dit, la croyance délirante comporte un élément de « vérité historique », et la construction analytique aura pour objet de restituer les vicissitudes de ces positions de vérité. Ainsi dira-t-on du délirant, comme de l’hystérique, qu’il souffre de réminiscence. Mais cette réminiscence n’est pas celle d’un contenu, c’est la réminiscence d’un moment de croyance, d’un type d’organisation du réel. Désir, sens latent et vérité historique. Renversant, pour les besoins d’un exposé didactique, l’ordre d’invention des concepts, qui nous porterait de l’expérience irremplaçable de la cure et de son ressort transférentiel à la mise en évidence de la structure qui en est la loi, situons maintenant selon leurs positions le désir, le sens latent et la vérité historique, de manière à y raccorder les conditions structurales de la pratique psychanalytique. Au principe, s’impose la distinction entre besoin et désir, dont Lacan a montré depuis 1950 que l’étonnante méconnaissance a faussé radicalement l’intelligence de l’œuvre freudienne, en la réduisant à une théorie biologique des « instincts ». Dès l’époque de La Science des rêves (1900), Freud marquait en effet que, si le besoin est présupposé par le désir, celui-ci ne vise pas sa satisfaction, mais le retour de la première présence secourable, grâce à laquelle cette satisfaction a été assurée. Reste à comprendre en quoi retentit sur le statut du désir cette double condition de la dépendance d’autrui dans la satisfaction du besoin, et de la répétition de ce qui est une fois advenu. Quant au premier point, Freud, fort des enseignements de la talking cure, témoigne du rôle essentiel de l’activité expressive : dans le cas où une excitation interne ne peut se trouver supprimée que par une intervention extérieure, remarque-t-il dans l’Esquisse pour une psychologie scientifique, « celle-ci, apport de nourriture, proximité de l’objet sexuel, est une « action spécifique », qui ne peut s’effectuer que par des moyens déterminés. Celle-ci ne peut, aux stades précoces de l’organisme humain, se réaliser qu’avec une aide extérieure, et au moment où l’attention d’une personne au courant se porte sur l’état de l’enfant. Ce dernier l’a alertée, du fait d’une décharge se produisant sur la voie des changements internes (par les cris de l’enfant, par exemple). La voie de décharge acquiert ainsi une fonction secondaire d’une extrême importance, celle de la compréhension mutuelle. L’impuissance originelle de l’être humain devient ainsi la source première de tous les motifs moraux [passages soulignés par Freud]. » Mais une expression rapportée à une action spécifique relève du registre signifiant. Ainsi pourra-t-on, avec Lacan, définir comme « demande » l’appel lancé à autrui en vue de la satisfaction du besoin, et dire que c’en est la loi d’être « pris dans les défilés du signifiant » de cette « demande ». Le statut de l’Autre. Articulons ces thèmes dans le langage plus systématique auquel Lacan a fait concourir la théorie du signifiant. Nous aurons à nous demander en quelle façon l’organisation inconsciente du message qui frappe l’écoute analytique peut nous aider à cerner le statut de l’Autre. Nous prenons donc pour texte de départ, avec les processus primaires, la condensation et le déplacement ; c’est-à-dire ces deux modes de transposition (Entstellung), issus, comme le dit Freud, de la « plasticité du matériel verbal », autrement dit, dans les termes de Lacan, de la « perméabilité de la chaîne signifiante aux effets de métaphore et de métonymie » - et qui nous donnent la mesure de l’inadéquation du signifiant au signifié. Restituer, à partir de ces paramètres, l’inconnue du désir, c’est-à-dire la hantise de la présence dont l’évocation se dérobe, consistera donc à annuler les redistributions captieuses du signifiant, pour rendre le signifié à sa fugacité. Rien ne distinguerait plus, en effet, le signifiant d’un indice de présence s’il était avec son signifié en un rapport d’immédiateté. Or, cette restitution, s’il faut une psychanalyse pour l’accomplir, c’est que la constitution comme le déchiffrage du message prennent appui de l’altérité ? Qu’est-ce à dire, sinon que l’Autre doit être situé en une position telle que le patient qui l’invoque l’y tienne pour garant de l’évocation dont il est exclu ? Mais cette exclusion est de droit, et de même que le langage se caractérise par la fugacité du signifié, de même la parole ne s’engendre que de cerner la place aujourd’hui laissée vide par l’infans naguère investi des titres de la jouissance. Des mythes transférentiels à la mythologie des pulsions. Un fait domine cette élaboration. L’expérience du transfert n’a pu recevoir son statut théorique avant que l’analyse des psychoses ne l’ait assurée, dans la régression, de sa dimension propre. Fait paradoxal au premier abord, s’il est vrai que la psychose, du point de vue de la praxis psychanalytique, se caractérise précisément par son incapacité à donner prise au transfert. Pourtant, c’est à des dates voisines que l’analyse de la paranoïa de Schreiber donne corps à la notion de régression, et que cette même notion est invoquée en manière d’introduction à l’article sur la Dynamique du transfert (1911). De même qu’il est significatif que ce soit en un même chapitre de l’Introduction à la psychanalyse que Freud ait choisi de traiter du transfert, et des limites de son instauration. Nous avons donc lieu de penser que les deux problèmes se sont présentés conjointement, et que le transfert doit se comprendre dans l’unité de ses conditions d’émergence et de ses conditions d’exclusion ; plus précisément s’agira-t-il de déterminer à quel titre la régression interdit au psychotique l’accès du transfert, et cependant en précipite et en scande le mouvement dans le cas des névroses de transfert. Formes et moments du transfert. Partons de la première esquisse d’une définition générale, dégagée par Freud dans l’analyse du cas Dora, publiée en 1905. La productivité de la névrose au cours de la cure, écrit-il, « n’est nullement éteinte, elle s’exerce en créant des états psychiques particuliers, pour la plupart inconscients, auxquels on peut donner le nom de transferts. Que sont ces transferts ? Ce sont de nouvelles éditions, des copies des tendances et des fantasmes qui doivent être éveillés et rendus conscients par les progrès de l’analyse, et dont le trait caractéristique est de remplacer une personne antérieurement connue par la personne du médecin. Autrement dit, un nombre considérable d’états psychiques antérieurs revivent, non pas comme états passés, mais comme rapports actuels avec la personne du médecin. Il y a des transferts qui ne diffèrent en rien de leur modèle quant à leur contenu, à l’exception de la personne remplacée. Ce sont donc [...] de simples rééditions stéréotypées, des réimpressions [...]. D’autres sont des éditions revues et corrigées [...]. Si l’on considère la théorie de la technique psychanalytique, on se rend compte que le transfert en découle nécessairement [...] la sensation de conviction relative à la justesse des connexions construites (die Richtigkeit der konstruierten Zusammenhänge) n’est éveillée chez le malade qu’une fois le transfert résolu. » Le problème de l’épistémologie freudienne. Or cette personnification transférentielle a sa réplique dans la théorie ; et telle apparaît en définitive la raison de la signification proprement critique de l’épistémologie psychanalytique. Cette exigence critique est attestée dès 1900 avec la constitution de la première topique, dans l’effort de Freud pour fixer le statut de l’inconscient, et que traduit la distinction entre l’instance et le système. S’il recourt à ce dernier concept, c’est, nous dit-il, « pour les besoins d’une représentation intuitive » (der Anschaulichkeit zuliebe). L’instance, de son côté, désignerait un pur principe d’exclusion auquel ne saurait donc être assigné aucun corrélat objectal ; et c’est pourtant en cette vérité de l’inconscient que l’on aurait à fonder ses effets observables. Aussi bien, quelque dix ans plus tard, Freud se résout-il à désigner comme système inconscient « le système dont nous pouvons seulement dire que les processus qui y appartiennent sont inconscients ». Tout ce passe donc comme si le discours psychanalytique était voué à ne jamais déterminer son objet que par les conditions mêmes qui le lui rendent indéterminable. Passons-nous du point de vue topique au point de vue dynamique, c’est-à-dire à la considération des forces psychiques, sans doute pourrions-nous escompter, fût-ce en principe, l’adéquation du concept à un facteur de causalité effectivement assignable. « Nous ne voulons pas seulement décrire et classer les phénomènes, écrit Freud dans l’Introduction à la psychanalyse. Nous entendons aussi les concevoir comme les indices d’un jeu de forces s’accomplissant dans l’âme, comme la manifestation de tendances ayant un but défini et travaillant, soit dans la même direction, soit dans des directions opposées. Nous cherchons à nous former une conception dynamique des phénomènes psychiques. » Cependant, souligne-t-il, « dans notre pensée, la conception des phénomènes perçus doit donc céder la place à celle de tendances simplement posées à titre d’hypothèses » (Angenommen). Et encore n’est-ce là, dans le développement de la théorisation freudienne, qu’un moment transitoire. La dynamique des forces, destinée à répondre aux exigences de l’interprétation, sera subordonnée à l’économique de l’énergie pulsionnelle pour répondre aux exigences de la construction, comme la différenciation des processus à l’intégrale d’une vie. La théorie psychanalytique, dit Freud en 1929 dans Malaise dans la civilisation, c’est la théorie des pulsions. Or, pouvons-nous lire dans les Nouvelles Conférences en 1932, « la théorie des pulsions, c’est notre mythologie ». La formule est célèbre. Encore faudrait-il, pour la comprendre, rappeler ce qu’est pour Freud un mythe, et la réponse nous vient de Totem et Tabou : le mythe est création d’êtres mythiques, c’est-à-dire qu’il a la personnification pour ressort. Lorsque nous disons de la théorie des pulsions qu’elle est une mythologie, nous ne faisons donc qu’étendre à la représentation psychologique notre critique de l’illusion dont s’engendre la mythologie, et dont nous venons de montrer qu’elle inspire aussi l’illusion transférentielle. Tout se passe comme si la théorisation était vouée à se former de son objet une idole par la même démarche que l’amour de transfert à se former une idole de l’analyste. C’est donc aussi que le problème de l’issue du transfert converge avec le problème du statut de vérité de la psychanalyse. Comme celle-ci doit trouver son fondement au-delà de la mythologie des êtres de raison, celui-là doit se dénouer au-delà de la personnification exigée de l’amour et de la haine. Au principe de réalité auquel se forme l’analysant - et qui traduit notre dépendance centrifuge de l’Autre - correspondra la réalité à laquelle nous renvoie la notion de pulsion, en sorte que pratique et théorie s’éclaireront l’une l’autre au terme commun de leurs visées respectives. Ce terme, Freud nous l’a désigné, à la limite, dans la mort, c’est-à-dire dans la destruction radicale du privilège dont l’existence singulière serait investie par un Autre tout-puissant. Confrontation, dans la cure, de l’impersonnalité dont le silence analytique est l’emblème ; carence de fondement, dans la théorie, pour une parole qui ne se donne en l’Autre un ancrage qu’au prix de l’abandon de son immanence d’ego et dans le surgissement rétroactif de son désir. Les développements de la technique. À l’historicité des sujets répond la conception de la technique, et d’abord la mise en œuvre de la « règle fondamentale » de l’« expression libre ». Nous avons la chance d’en suivre l’émergence sur le témoignage même de Freud, à la fin des Études sur l’hystérie ; et peu de textes s’y égalent pour nous donner la mesure de la portée souveraine à laquelle est appelé le plus modeste des gestes empiriques, du seul fait qu’il se produit à sa juste place : « un petit tour de main technique », nous dit Freud, est exigé des cas les plus graves d’hystérie, alors que l’insistance « n’est pas de taille » à surmonter la « résistance associative » ; on doit alors songer, en effet, à « un moyen plus puissant » ; opération scandée, en vérité, en une succession de phases, dont chacune déploiera ultérieurement, et sous des formes assurément bien différentes, l’une des dimensions fondamentales de la technique. « J’informe mon patient, nous dit Freud, que je vais, dans l’instant qui suivra, exercer une pression sur son front, je l’assure que, pendant tout le temps que durera cette pression, un souvenir surgira en lui sous la forme d’une image ou se présentera à son esprit. » Au procédé de pression qui relève de la muséographie de sa préhistoire, on sait que la psychanalyse substituera l’action du transfert. Mais, ajoute Freud, « je lui fais une obligation de me faire part de cette image ou de cette idée, quelles qu’elles puissent être. Il ne doit pas les taire, même s’il pense qu’elles n’ont aucun rapport avec ce qu’on recherche, qu’il ne s’agit pas de cela ou encore s’il les trouve désagréables à révéler. Aucune critique, aucune réserve, même pour des raisons d’affection ou de mésestime ! » Voilà donc posée la règle de l’expression libre. Mais un détail essentiel manque encore : « Alors, dit Freud, j’exerce pendant quelques secondes une pression sur le front du malade allongé devant moi et lui demande ensuite, d’un ton tranquille [souligné par nous], comme si la déception était impossible : Qu’avez-vous vu, ou à qui avez-vous pensé ? » Car il s’agit pour l’analyste, nous le savons, d’induire, en deçà du signifiant qu’il communique, le manque dont le signifiant est l’enveloppe, et qui sera, pour l’analysant, le lieu de manifestation de son désir. De ce manque, il n’a cessé d’être, en son écoute, le véhicule. Et c’est là ce que vise la « règle de l’attention flottante », mais l’épreuve décisive en sera faite dans l’intervention. Que l’analyste sorte de sa réserve pour énoncer une interprétation sur le mode assertif, l’analysant accueillera sa parole au titre d’une réponse, il s’en emparera avec toute l’avidité d’une longue attente accumulée et, loin d’en recevoir la révélation de son désir, le figera dans l’illusion d’une gratification. Que l’analyste, au contraire, soutenant l’ascèse qui est sa loi, sache réduire sa propre parole à n’être, dans la présence d’un pur signifiant, que le don d’une absence : alors, comme Freud le disait dans le commentaire de la Gradiva, cette parole jouera dans son double sens ; l’analysant, comme disent encore les Constructions dans l’analyse, ne percevra pas seulement un message, il s’en assimilera l’écho dans la résonance indéfiniment multipliée des sédiments de son histoire. Phénoménologie et logique. Quel est donc le statut de cette vérité historique sur laquelle est entré le sujet dans les phases successives de son développement ? Relève-t-elle d’une logique ? À quel titre cette logique serait-elle appelée à régir la théorie de la pratique psychanalytique ? Quelles incidences enfin la critique de la raison psychanalytique peut-elle avoir dans le registre de la pratique ? Si Lacan a su aborder de front l’élaboration de ces thèmes - « instauration d’une grande logique », dira-t-il -, c’est que d’emblée son intérêt s’est porté sur le terrain où Freud ne s’était systématiquement engagé qu’au milieu de sa carrière, confronté qu’il était à la logique paradoxale de la paranoïa. « Il faut bien dire, écrit Lacan en 1932 dans le commentaire du cas Aimée, que notre recherche dans les psychoses reprend le problème au point où la psychanalyse est parvenue. » Plus précisément, « la notion même de fixation narcissique, sur laquelle la psychanalyse fonde sa doctrine des psychoses, reste très insuffisante, comme le montre bien la confusion des débats permanents sur la distinction du narcissisme et de l’autoérotisme primordial - sur la nature de la libido affectée au moi (le moi étant défini par son opposition au soi, la libido narcissique est-elle issue du moi ou du soi ?) -, sur la nature du moi lui-même tel que le définit la doctrine, sur la valeur économique même des symptômes qui fondent le plus solidement la théorie du narcissisme ? » Partant de ces insuffisances, Lacan fait alors appel aux thèses encore fraîches de la seconde topique, au premier chef au concept du surmoi. Encore faudra-t-il distinguer, sur ce terrain, entre le point de vue positif, attentif aux tendances concrètes qui manifestent ce moi et seules comme telles relèvent d’une genèse concrète, et le point de vue « gnoséologique » impliquant la définition du moi comme sujet de la connaissance. Si le moi freudien se constitue en tant que différencié du monde extérieur, souligne Lacan, c’est en vertu du principe de réalité. Mais ce principe de réalité inclut au moins la racine d’un principe d’objectivité. C’est un concept gnoséologique impliquant déjà le moi en tant que sujet de la connaissance. S’agit-il, au contraire, de la genèse même du moi, nous ne pouvons invoquer d’autre principe que le principe de plaisir, aucunement distingué d’un principe de réalité. Et, si Lacan y insiste, c’est qu’il se fait aussi à cette date une certaine conception critique des notions qu’il emprunte à Freud : en premier lieu, l’économique. Par son moyen, se détermine le principe de plaisir. Lors de la genèse du surmoi, nous savons cependant que « le sujet, soulagé de la tyrannie des objets extérieurs dans la mesure de l’introjection narcissique », par le fait même de son introjection, « reproduit ces objets et leur obéit ». Or « un tel processus n’éclaire-t-il pas de façon éclatante la genèse économique des fonctions dites intentionnelles » ? D’où la justification de la « science de la personnalité » comme « développement des fonctions intentionnelles liées chez l’homme aux tensions propres à ses relations sociales ». Historicité du symbolique. Ici se trouve fixé le point d’ancrage de la formalisation. Huit ans après une première évocation du temps logique, le Discours de Rome - « Fonction et champ de la parole et du langage » (1953) - en soulignait la valeur d’anticipation, pour marquer le rôle auquel sont appelés dans une théorisation rigoureuse de la psychanalyse l’algèbre de Boole et la théorie des ensembles. La psychanalyse, « en son premier développement - entendons : à l’âge de Freud -, était privée d’une formalisation véritable ». Si elle s’est alors engagée « dans les fausses voies d’une théorisation contraire à sa structure dialectique », elle ne donnera des fondements dialectiques à sa théorisation comme à sa technique « qu’en formalisant de façon adéquate ces dimensions essentielles de son expérience qui sont avec la théorie historique du symbole : la logique intersubjective et la temporalité du sujet ». Telles sont donc les dimensions selon lesquelles la théorie de la psychanalyse aura pour tâche de se constituer en une logique de la subjectivité. Le fait essentiel est que l’élément moteur en ait été fourni par l’analyse de la psychose, la technique du divan s’y articulant secondairement, en vertu du prolongement que trouve dans la praxis la genèse du symbolique. De cela témoigne le texte inaugural de 1953, qui ne ressaisit à sa racine la dialectique du sujet, immanente à son histoire et à la délivrance de la parole dans la cure, que pour en avoir restitué le négatif dans l’échec de l’accession à ce langage premier, « saisissant le sujet au point même où il s’humanise en se faisant reconnaître, et dont la psychose signifie précisément la carence ». Ainsi s’ordonneront, sous une perspective critique, les divers apports dont la théorie de la psychanalyse s’est trouvée redevable au progrès des « sciences humaines » - au premier chef, à travers les Structures élémentaires de la parenté (1949) et l’article « Language and the analysis of social laws » (1951) de Lévi-Strauss. S’ils intéressent la psychanalyse, c’est en effet dans la mesure où ils s’inscrivent dans le champ préalablement ouvert par l’analyse de la psychose. « Les recherches d’un Lévi-Strauss, en démontrant - écrit Lacan en 1953 - les relations structurales entre langage et lois sociales, n’apportent rien de moins que ses fondements objectifs à la théorie de l’inconscient. » Encore convient-il, ainsi que le précisera rétrospectivement en 1966 la version corrigée du passage, d’interpréter ces « fondements » selon le commentaire qui en sera donné : « fondements » étant pris cette fois au sens d’une « assise » de l’ordre du langage, auquel il revient précisément à la psychose d’articuler dialectiquement la parole, à travers l’expérience de sa défaillance. 8. Sujet et signifiant. Rappelons cependant, en un premier temps - pour la mettre d’abord en perspective, dans la période 1953-1964, où Lacan s’emploie à doter les praticiens de la psychanalyse d’un organon à leur mesure -, la série des repères linguistiques et logiques dont le contrepoint présidera, dans les années qui suivront, à la dialectique de cette grande logique à laquelle la praxis psychanalytique tiendrait lieu d’illustration. Lacan, à cet égard, nous sert de guide dans la distribution qu’il opère de ses premiers séminaires (dans L’Identification, 15 nov. 1961), selon qu’ils visent le signifiant (Écrits techniques, 1953-1954 ; Psychoses, 1955-1956 ; Formations de l’inconscient, 1957-1958 ; Éthique, 1959-1960 ; Identification, 1961-1962) ou le sujet (Moi, 1954-1955 ; Relation d’objet, 1956-1957 ; Désir, 1958-1959 ; Transfert, 1960-1961). D’un mot, les premiers font appel, sous l’impulsion de Claude Lévi-Strauss, de Roman Jakobson et d’Émile Benveniste, aux ressources offertes par les divers courants de l’analyse linguistique. Ainsi s’introduisent, notamment, les thèmes de la concaténation de l’imaginaire (1953), de l’irréductibilité du signifiant du nom du Père (1955), de la fonction de la métaphore et de la métonymie (1957), de la prohibition de l’inceste en tant que condition de subsistance de la parole (1959). Les seconds développent les prémisses d’une interprétation renouvelée de la logique : probabilités de transition et absorption dans l’acception de Markov (1954), dialectisation du manque (1956), logique de l’altérité (1958). Linguistique de la chaîne signifiante, logique de la réalisation du sujet - entre ces deux pôles, et de manière à en promouvoir dialectiquement la correspondance (1961) se produit l’émergence du sujet de la scotomisation du signifiant : « La présence du signifiant dans l’Autre est en effet une présence fermée au sujet pour l’ordinaire, puisque ordinairement c’est à l’état de refoulé qu’elle y persiste » et que « de là elle y persiste pour se représenter dans le signifié par son automatisme de répétition ». Or, ainsi que l’écrira Lacan, « la puissance redoutable que Freud invoque à réveiller du sommeil où nous la tenons assoupie la Grande Nécessité n’est nulle autre que celle qui s’exerce dans le Logos [...]. C’est la répétition elle-même dont autant que Kierkegaard il renouvelle pour nous la figure : dans la division du sujet, destin de l’homme scientifique. » En quoi l’excentricité du sujet en son rapport à l’Autre régit-elle donc l’économie de la chaîne signifiante ? En d’autres termes, dans quel rapport le sujet a-t-il à se situer par rapport au signifiant ? La formalisation de Boole trouvera son approfondissement en 1961 avec l’appui de la sémiotique de C. S. Peirce, à laquelle Lacan emprunte, en la combinant avec celle de Saussure, sa définition du signifiant comme « ce qui représente un sujet pour un autre signifiant ». Dans cette vue, l’élaboration d’une « logique élastique » du signifiant se marque alors - sur le thème de l’identification (1961) - dans l’interprétation critique de la proposition universelle : à la classe vide, selon le modèle du quadrant de Peirce, et en relation avec la logique du nombre chez Frege, est assignée une fonction principielle dans la genèse du trait identificatoire ou trait unaire de la théorie des ensembles. Cette logique s’exprime dans la figuration de l’exclusion proposée par Morgan et par Peirce, en prolongement des cercles d’Euler. Et, sur cette base, la représentation graphique, antérieurement ordonnée à la cinématique des processus, cédera la place - sous l’inspiration du graphe existentiel de Peirce (« mon chef-d’œuvre », disait ce dernier) - à la représentation d’une dynamique par le moyen des surfaces topologiques, qui requiert en particulier l’introduction de l’imaginaire - 1 : représentation de la privation et du sujet par le tore, de la frustration et de l’intersubjectivité duelle par le double tore, de la castration et du phallus, en relation à l’objet a du fantasme, par le huit intérieur (issu de la « boucle » de Peirce) et le cross-cap. Être et pensée. En 1964, cependant, succède à l’élaboration d’un organon la restitution de la dialectique sous-jacente à la psychanalyse. Dans cette vue, l’analyse des opérations logiques dont se soutient le cogito porte au niveau d’une critique de l’ontologie la genèse précédemment développée du rapport du signifiant au sujet. Mais quelle est la portée de cette théorisation ? Aurait-elle à s’autoriser de normes et de critères qui lui soient extérieurs (y aurait-il une vérité de la vérité ?), alors qu’il appartient précisément à l’expérience psychanalytique d’exhumer dans la scission subjective la vérité du désir inconscient ? La démarche de Lacan consiste, au contraire, à faire émerger la problématique de la vérité des variations de la structure quaternaire dont on vient de suggérer l’esquisse. Une logique de l’impossible. Mais quel statut conférer à cette écriture ? Et dans quelle mesure satisfait-elle aux exigences de théorisation portées par l’expérience analytique ? Les séminaires développés dans la dernière décennie de l’œuvre de Lacan donneront pour thème directeur à cette réflexion critique l’exclusion du rapport sexuel du champ de l’écriture logique. En d’autres termes : nous aurions à montrer, d’une part, à quel titre la logique et l’écriture symbolique se recouvrent (entendons bien que la logique est ici concernée en tant qu’elle est la logique de la psychanalyse, caractérisée sous les conditions critiques précédemment énoncées) ; d’autre part, que l’écriture est également concernée en tant qu’elle propose elle-même l’inscription originale que spécifie la fonction de la barre. Il s’agit de comprendre que les conditions de l’apparition de l’écrit - du discours analytique - sont aussi celles qui excluent l’inscription du rapport sexuel, car, si un discours analytique est possible, c’est dans la mesure même où la sexualité n’est pas inscriptible. La barre marque la séparation du signifiant et du signifié, par laquelle se définit la distance de l’écrit ; ce qui nous permet encore de poser que « l’écrit, ce n’est pas à comprendre ». Or cette loi de constitution émane précisément de l’impasse de la sexualité. Il n’y a pas d’Un de la relation « rapport sexuel ». En effet, le sexe de la femme ne dit rien à l’homme, si ce n’est par l’intermédiaire de la jouissance du corps ; et cette jouissance est marquée d’un trou qui ne lui laisse d’autre voie que d’être jouissance phallique. Mais les positions de l’homme et de la femme à cet égard ne sont pas réciproques, et c’est aux notations de Frege (fonction propositionnelle, quanteur) que Lacan recourt ici. En ce qui concerne l’homme, on peut écrire que tout homme relève de la fonction phallique, 3xFx. Considérons cependant le registre de l’existence ; il existe « au moins » un homme dont la jouissance n’est pas soumise à la limite qu’impose la fonction phallique : le Père. D’où la formulation : $xFx. Elle exprime que Fx est, en l’occurrence, nié « intégralement », l’universalité du 3x correspondant alors, selon le modèle de Peirce, à la négation de l’exception : il n’est pas d’homme qui ne soit phallique. Tout autre est la position de la femme. Elle est marquée du « pas tout », en ce sens qu’elle n’est pas, en sa totalité, concernée par la fonction phallique : ce que traduira la formulation±3 ;xFx, à laquelle correspondra dans le registre de l’existence, en vis-à-vis du $xFx masculin, la formulation±$xFx, exprimant que « ce n’est pas une vérité » de dire qu’il existe une femme qui échappe à la servitude phallique. Si bien que l’homme ne rejoindra la femme que dans l’infinité, ou, encore, qu’à son égard elle est irréductiblement Autre. Comment s’articulent, dès lors, le réel, le symbolique et l’imaginaire ? Nous aurons à nous former un type de représentation qui, loin d’insérer dans la trame d’un même univers de discours les déterminations respectives de ces trois domaines, prenne en compte la béance où chacun d’eux est intéressé. C’est à cela que pourvoira le recours aux nœuds borroméens. Depuis le séminaire « Ou pire... » (1971), Lacan leur reconnaît pour fonction essentielle d’instaurer ce mode original de liaison : de s’articuler entre eux par la représentation qu’ils nous donnent du vide. |