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La politique au Cameroun.

L’hôpital de Yaoundé, vrai lieu de trafic de cadavres.

Jeudi 9 août 2007, par Paul Vaurs // L’Afrique

Au Cameroun, même les cadavres dans les morgues ne reposent plus en paix. Ils font, parfois, l’objet de trafic. La disparition du corps de Maman Bell née Nwack Jacqueline de la morgue de l’hôpital général de Yaoundé, en mai dernier, en est une parfaite illustration.

L’histoire que nous allons vous raconter n’est pas une légende. Elle n’est pas non plus une farce. Il s’agit des faits vécus tels, que les Camerounais à force de voir de toutes les couleurs n’éprouvent plus de force pour les dénoncer. Le vol des cadavres pour en faire du poison ou d’autres potions magiques, quand ce n’est pas pour trafiquer les organes qui aident au montage de certains pactes sataniques, voilà une autre face du Cameroun version 2007. Hier, c’était le scandale de l’homosexualité qui a défrayé la chronique y compris judiciaire.

 Plusieurs listes de pédés supposés ou réels, ont fait, pendant plusieurs mois, la Une des journaux locaux pour le bonheur d’une catégorie de lecteurs et le malheur du Cameroun. A-t-on momentanément tourné la page de l’homosexualité pour noircir celle des détournements des cadavres dans les morgues des hôpitaux ? A l’approche des élections législatives et municipales du 22 juillet prochain, la notion de sacrifices et de crimes rituels semble reprendre tout son sens, sans que les autorités politiques et judiciaires en soient véritablement ébranlées.

Les Camerounais sont-ils devenus des personnes sans foi ni loi, sans morale au point que personne ne s’en émeuve ? En dehors peut-être de l’épiscopat qui a encore le courage de tirer la sonnette d’alarme, sans espoir d’être entendu. Même si le Cameroun devient un pays où les moeurs sont en train de foutre le camp, on était encore à des années lumière de penser qu’on arriverait un jour, dans les hôpitaux publics de ce beau pays, à voler des cadavres dans des morgues de l’Etat, pour des raisons bassement matérielles. C’est pourtant ce qui est arrivé au plus illustre hôpital public du Cameroun, l’hôpital général de Yaoundé, qu’on dit « de référence » pour ceux qui aiment les superlatifs. Morte le 19 mai 2007 à 20h20, dans cet hôpital dit « de référence », Maman Bell née Nwack Jacqueline n’aura sans doute jamais droit à un enterrement dans les normes, pour la simple raison, que les employés de cet hôpital qui officient à la morgue, en ont décidé autrement.

Une pratique courante et régulière, apprendra-t-on par la suite, mais rapidement démentie par les patrons des autres grands centres hospitaliers de Yaoundé. A quelque chose malheur est bon, dit l’adage : les langues commencent à se délier. Du coup, on comprend que « la chèvre broutant où elle est attachée », la morgue (comme d’autres services de cet hôpital dit « de référence », est une affaire qui rapporte gros, où on se fait de gros sous, sur le dos de personnes qui viennent de perdre un proche. C’est ainsi donc que, surpris par la ténacité des enfants de la défunte, en l’occurrence Mathias Bell dit « Vieux », le chef de famille, efficacement secondé par son jeune cadet, Maître Oscar Bell, les « morguiers » se sont progressivement mis à table. Mais rien n’a été simple.

 Il a fallu que Vieux et Oscar entreprennent de dénouer les fils de cette corruption fâcheuse, ce qui les a finalement plongés dans un deuxième deuil, celui de ne pas retrouver le corps de leur maman pour qu’elle soit accompagnée, avec dignité, en sa dernière demeure, après toutes les cérémonies d’usage.

Vieux et Oscar auront été d’une vigilance à faire pâlir ces malfrats de la morgue. D’où l’éclatement du scandale au grand jour et l’implication immédiate de la justice : la famille Bell élargie comptant à elle seule une demi-dizaine d’avocats sur la seule place de Yaoundé, la machine judiciaire s’est alors mise en marche d’autant plus que le mot « corporation » ayant encore un semblant de sens chez les avocats camerounais, beaucoup de leurs confrères sont venus prêter main forte à la famille doublement éplorée. Objectif : produire un dossier béton devant les instances judiciaires qui ne puisse laisser aucune place au doute.

Une double plainte a été déposée aussi bien au civil qu’au pénal. Bien sûr que l’hôpital général de Yaoundé, et donc son directeur, est directement concerné, sans oublier les « morguiers » directement impliqués. Mais il reste aussi et surtout le cas du ministre de la Santé, qui, en fait, est le véritable responsable du dysfonctionnement des services de santé dont relève la morgue de l’hôpital dit « de référence » de Yaoundé. Il faudra bien qu’il vienne expliquer, dans les prochains jours, au tribunal comment lui, le ministre de la République, peut rester tranquille dans son ministère alors que ses services extérieurs se livrent à un commerce acharné des cadavres dans les différentes morgues des hôpitaux publics. Ce ministre qui se la coule douce à la tête du département de la Santé publique, est aussi dans le collimateur des avocats.

Voici le film des événements qui montrent que l’hôpital général de Yaoundé, hôpital « de référence » dit-on, est une institution qui marche sur la tête. Samedi 19 mai 2007 : décès à 20h20 de Maman Bell née Nwack Jacqueline à l’hôpital général de Yaoundé. Dépôt le même jour à la morgue du même établissement hospitalier de la dépouille à 21h30. Décharge sur registre de l’hôpital comme preuve de dépôt. Remise d’une somme de 25.000 f cfa (38,5 euros) au « morguier » pour injection du formol et pour faire face à d’autres frais d’embaumement. L’intéressé gardera la somme restante après avoir financé ces mini-dépenses au titre de sa motivation. La procédure de l’hôpital indiquant que la reconnaissance du corps se fait après 48 heures, un des membres de la famille de la défunte, en l’occurrence, Maître Oscar Bell, procède à l’identification de la dépouille lundi 21 mai 2007 sur présentation du « morguier » ayant réceptionné le corps.

Jeudi 31 mai 2007 : c’est la date prévue pour la levée de corps. Les deux enfants de la défunte, à savoir, Vieux et M » Oscar Bell, se présentent à la morgue de l’hôpital général de Yaoundé pour remettre le nécessaire en vue de l’habillement du corps. La vérification de ce nécessaire ayant été faite, l’aîné de la famille demande à voir le corps de sa maman. Il lui est rétorqué par le « morguier » Mvémé qui a reçu et traité le corps, que le couloir est encombré. En attendant la levée prévue à 15 heures, les deux frères vont en ville pour faire des achats de dernière minute. Pendant qu’ils y sont, ils reçoivent un coup de téléphone du « morguier » Mvémé qui leur demande de revenir à la morgue afin d’identifier le corps de leur maman. Une fois à l’hôpital, on leur présentera successivement trois corps qu’ils ne reconnaîtront pas. A l’arrivée de la famille à 15 heures, cette dernière est également invitée à faire la reconnaissance des corps qu’on leur présentera sans succès. Une commission est alors mise en place par le directeur de l’hôpital. Rien n’y fait : le corps reste introuvable. Le directeur de l’hôpital donne un délai de deux heures à la famille pour faire la lumière sur cette affaire. A 19 heures, la famille rentre au lieu prévu pour la veillée à Odza, dans l’attente en vain de l’appel de l’hôpital général de Yaoundé.

Vendredi 1er juin 2007 : la famille se présente avec un expert pour une ultime vérification à la morgue. Le colonel Mbogos, médecin militaire à la retraite, parvient à la même conclusion que la veille : le corps de Maman Bell née Nwack Jacqueline, ne se trouve pas à l’hôpital général de Yaoundé. Ce même jour, dans les couloirs de l’hôpital, le docteur Enow Orock, chef du service Anapath informe la famille qu’il s’agirait plus d’un cas de disparition que d’une confusion. Il poursuit que l’un des corps qu’il avait montré à la famille le 31 mai allait être levé cet après-midi du 1er juin 2007. Enfin, la famille est informée que le « morguier » ayant réceptionné le corps le 19 mai 2007, était déjà gardé à vue depuis la veille. Le même vendredi 1er juin 2007, une plainte est redigée contre X (inconnu) par la famille.

Lundi 4 juin 2007 : le procureur de la République auprès du Tribunal de grande instance de Yaoundé, ordonne une enquête par le Service central de recherches du secrétariat d’Etat à la Défense. Depuis ce jour, des auditions ont eu lieu. Six « morguiers » de l’hôpital général sont gardés à vue pour des besoins d’enquête. Une confrontation entre la famille et les « morguiers » a, lieu.

Selon certaines sources, il ressort que ce 19 mai, date du dépôt de la dépouille à la morgue, celle-ci était bondée. De la reconnaissance du corps jusqu’au 24 mai 2007, le corps de Maman Bell née Nwack Jacqueline était toujours entreposé dans la salle de préparation et non rangé dans la chambre froide. La plupart des « morguiers » affirment que le corps de la maman était introuvable aux premières heures du 31 mai 2007. Ils avancent aussi fermement que l’hôpital le savait, et que ce serait certainement la raison pour laquelle l’hôpital, dans une tentative de dégager sa lourde responsabilité dans cette affaire, a, par le biais, du chef de service de la morgue, tenté d’imposer un corps à la famille en date du 31 mai 2007. Deux faits méritent au passage d’être signalés : - Aucun responsable de la morgue (chef du service Anapath, « morguier » major, adjoint au « morguier » major) n’est passé à la morgue entre le 19 et le 24 mai 2007.

 Les « morguiers » stagiaires étaient donc devenus de véritables vice-rois de ce service particulier ; il ressort également de l’enquête une mauvaise foi manifeste des responsables de l’hôpital général. Non contents de vouloir induire la famille en erreur en lui « fourguant » un corps qui n’était pas le sien, ils ont laissé entendre que les dernières personnes à avoir vu le corps lors de la reconnaissance du 21 mai 2007, savaient quel chemin le corps avait pris. Or, il s’agit du « morguier » Mvémé et de Me Bell Oscar, deuxième fils de la défunte. Cette thèse aurait pu prospérer si des recoupements n’avaient pas été opérés et si pendant des auditions, cette mauvaise foi n’avait pas été mise à nu.

Aujourd’hui, la situation a encore quelque peu évolué. Les enquêtes, en effet, ont permis de découvrir qu’une levée d’un corps de femme avait été effectuée le 25 mai 2007. Ce corps aurait été inhumé le 26 mai 2007 aux environs de Bot Makak dans le département du Nyong et Kellé, en plein pays Bassa. Ce pourrait peut-être être le corps de Maman Jacqueline car un des responsables de la famille Teguel ayant procédé à cette inhumation, a été invité à une vérification des corps à l’hôpital général de Yaoundé où il a trouvé le corps de Dame Ngo Ntep, sa tente censée avoir été inhumée le 26 mai 2007 à Bot Makak. Quelle est donc l’identité du corps enterré à Bot Makak ? Serait-ce le corps de Maman Jacqueline ? Son corps est-il encore entier ? Pour l’heure, seule l’exhumation ordonnée par le procureur de la République permettra de le savoir.

En cas de réponse affirmative à cette question, cela mettra fin au cauchemar que vit la famille de la défunte depuis fin mai. Dès lors, on pourrait se pencher sur le préjudice moral et matériel subi par cette famille à réparer par l’hôpital dit « de référence » de Yaoundé, et ce dans son intégralité.

C’est le lieu de déplorer la déliquescence de la société camerounaise où la course effrénée aux biens matériels sans aucune considération morale guide désormais les actions de nombre de citoyens. La suite de l’enquête dira si la piste du trafic des organes humains développée par le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune du 4 juin 2007 était la bonne.

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