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La naissance d’un enfant, et la fécondation « In Vitro »

Vendredi 31 mars 2006, par Paul Vaurs // Santé

Lorsque le premier bébé-éprouvette naquit après fécondation in vitro en 1978, ce ne fut pas un accident de l’histoire des sciences, mais au contraire l’aboutissement d’une lente évolution des mentalités confrontées aux progrès techniques. Alors que, depuis toujours, l’enfant de l’homme naissait de façon aléatoire, sa naissance est totalement maîtrisée aujourd’hui.

Actuellement les techniques de procréation médicalement assistée (P.M.A.) permettent le traitement de presque toutes les formes d’infertilité du couple. Plusieurs centaines de milliers d’enfants sont nés grâce à elles. Bien que des doutes s’expriment encore, en théorie, sur l’innocuité de ces procédures, il est évident que l’on peut s’attendre à de nouvelles avancées dans ces domaines.

Bases cytologiques et physiologiques de la génitalité humaine

Il est important de faire un rapide survol de l’histoire des découvertes concernant la fertilité humaine : les événements du passé sont le fil conducteur qui explique où l’on en est, et où l’on va.

Rien d’important n’est à mentionner jusqu’au XVII° siècle, car ce n’est qu’en 1672 qu’un Hollandais, Reinier De Graaf, décrit sur les ovaires de petits monticules ou « follicules ». Il en déduit que la femme pond des « œufs » (en fait ovocytes), et que ceux-ci sont animés par l’« aura seminalis » une vapeur émanant de la semence masculine. Cinq ans plus tard, Johann Ham et Antony Leuwenhoeck découvrent la présence d’animalcules dans la semence de bélier : ce sont les spermatozoïdes dont on pense qu’ils justifient le rôle génital de l’animal qui les produit. On a donc découvert l’essentiel, mais il faudra attendre cent ans avant que Lazzaro Spallanzani démontre sur des grenouilles que la présence des spermatozoïdes est nécessaire à la fécondation. Cependant, la nature même de la fécondation n’était pas comprise. Ni Karl Ernst von Baer, qui découvrit l’œuf des mammifères en 1827, ni Jan Evangelista Purkinje, qui observa en 1830 le gros noyau de l’ovule (qu’il appela vésicule germinale), ne remarquèrent la nature cellulaire de l’œuf fécondé. Aucun biologiste ne pensait que le spermatozoïde pénétrait dans l’ovule. Tout était dû à l’excitation par la semence mâle. De 1850 à 1875, on oscilla entre deux théories : Celle du « contact » et celle de la « fusion », jusqu’à ce que Oskar Hertwig ait montré qu’un seul spermatozoïde pénétrait dans l’ovocyte et que celui-ci, fécondé, était devenu binucléé.

En 1883, le cytologiste belge Edouard Van Beneden publia une analyse de la fécondation chez l’ascaris, ver parasite du cheval qui ne possède que quatre chromosomes. Van Beneden montra que les gamètes n’avaient que deux chromosomes. Les deux chromosomes du noyau mâle se joignaient aux deux chromosomes du noyau femelle pour former le nouveau noyau de l’ovule fécondé, lequel devient ainsi le zygote, cellule initiale d’un nouvel individu. L’étude de l’hérédité, entreprise par Mendel sur les végétaux dès 1865, pourrait désormais utiliser cette constatation.

En 1903 un pharmacien danois, Wihelm Ludvig Johannsen, crée le terme de gène à partir duquel William Bateson baptise en 1906 « génétique » la nouvelle science. Lucien Cuénot démontre à partir de 1902 que les lois de Mendel sont applicables au règne animal. C’est en 1953 que James Dewey Watson, Francis Harry Crick et Maurice Wilkins proposent la structure hélicoïdale de l’ADN et en 1956 que Joe Hin Tjio et Albert Levan fixent à quarante-six le nombre des chromosomes de l’homme.

Dès le début du XX° siècle, les constatations physiologiques se succèdent : l’ovariectomie, par ses conséquences, permet de comprendre le rôle de l’ovaire et les premiers extraits tissulaires hormonaux apparaissent. En 1909, Ernest H. Starling suggère d’appeler « hormone » les messagers tissulaires chez les mammifères et donc chez l’espèce humaine. Il est alors possible d’analyser les phénomènes qui se reproduisent de manière cyclique à partir de la puberté au niveau de l’appareil génital féminin : on leur donne le nom de cycle menstruel, car il est ponctué par les règles ou menstruations, mais c’est fondamentalement un cycle ovarien, qui prend fin lors de la ménopause.

Le cycle menstruel de la femme est un processus qui conduit à la ponte d’un ovocyte mûr en vue de fécondation une fois par mois en moyenne.

Ce processus est commandé par des hormones de l’hypophyse. Cette commande conduit à la sécrétion d’hormones ovariennes, estrogènes et progestérone, qui préparent l’utérus à l’implantation de l’œuf. En l’absence de grossesse, l’endomètre s’élimine sous forme de règles (menstruation). La phase de croissance des follicules sur l’ovaire débute après les règles qui ont achevé le précédent cycle. L’hypophyse, glande située dans le cerveau, sécrète une hormone, la FSH (folliculo stimulating hormone) qui, transportée par voie sanguine jusqu’aux ovaires, stimule la croissance de quelques minuscules follicules primordiaux présents dans l’ovaire dès la naissance de la femme.

Lors d’un cycle, quelques follicules commencent leur croissance sur les deux ovaires, mais un seul parviendra à maturité et atteint le volume d’un petit grain de raisin contenant le pépin (l’ovocyte). Cela peut être observé au cours d’une opération, ou bien suivi par l’échographie. L’intérieur du follicule contient un liquide riche en hormones femelles, les estrogènes, qui vont agir sur la muqueuse qui tapisse l’intérieur de la cavité utérine (endomètre) ; le col de l’utérus où un liquide visqueux abondant (la glaire) est sécrété ; l’hypophyse, car si le taux d’estrogènes circulant atteint un certain niveau élevé celle-ci bloque la sécrétion de FSH et sécrète une seconde hormone, la LH, qui provoquera l’ovulation.

A) L’ovulation : sous l’influence de la LH, le follicule mûr, dont le liquide est sous pression, s’ouvre au sommet comme un volcan et laisse sortir le liquide folliculaire et l’ovocyte.

B) L’ovulation survient de treize à quatorze jours avant les règles suivantes, mais la durée de la phase de croissance des follicules peut varier de dix à trente jours, si bien que le jour de l’ovulation est variable d’une femme à l’autre et aussi chez la même femme.

C) L’ovulation survient en principe de trente-cinq à quarante heures après le pic de LH.

Après l’ovulation, les parois du follicule se ratatinent, se plissent et se chargent de pigment graisseux jaunâtre : cette phase est dite « lutéale » à cause de la présence du « corps jaune » Les parois de ce corps jaune sécrètent la progestérone. Cette hormone a pour mission de favoriser la grossesse si la fécondation s’est produite dans les heures qui suivent l’ovulation. L’œuf fécondé voyage dans la trompe et séjourne dans la cavité utérine avant de s’implanter sur l’endomètre sept jours après l’ovulation. Elle agit sur l’endomètre pour favoriser la nidation et la nutrition de l’œuf ; sur le col de l’utérus pour faire cesser la sécrétion de la glaire ; sur la température basale qui augmente de un à trois dixièmes, ce qui explique les modifications de la courbe de température basale (prise au réveil).

S’il y a grossesse débutante, l’œuf sécrète une hormone (HCG) qui entraîne la survie du corps jaune. En l’absence de grossesse, le corps jaune s’arrête de fonctionner au bout de douze à quatorze jours, et la sécrétion de progestérone s’effondre. Les règles surviennent de treize à quatorze jours après l’ovulation lorsqu’il n’y a pas eu implantation d’un embryon.

En raison de la chute des hormones du corps jaune, la muqueuse de l’utérus (endomètre) n’est plus stimulée. Les vaisseaux arrêtent leur circulation, et l’endomètre se détache de l’utérus : il entraîne avec lui du mucus et du sang qui sortent par le col dans le vagin : c’est le « sang des règles », qui n’est pas du « sang pur » et qui contient de petits débris et des caillots.

Dès le premier jour des règles, la FSH recommence à stimuler la croissance de nouveaux follicules sur l’ovaire et un nouveau cycle débute. Les recherches de physiologie animale, d’abord orientées (1956) vers la contraception, ont ensuite abouti à la fécondation in vitro animale puis humaine (1977).

En utilisant les hormones synthétiques, on pouvait en effet bloquer l’ovulation, ce qui induit une infertilité médicalement contrôlée (contraception chimique). Mais on pouvait aussi la faciliter, de manière à faire croître et mûrir plusieurs follicules sur l’ovaire, pour pouvoir ponctionner ces follicules et recueillir les ovocytes, les féconder en éprouvette afin de transférer les zygotes ainsi obtenus dans l’utérus quelques jours plus tard. Cette technique, appelée Fivete, initialement réservée aux stérilités féminines tubaires (trompes obturées ne permettant pas la rencontre des gamètes), s’est étendue à de nombreuses formes de stérilité (masculine, ovarienne, inexpliquée).

Puis, toujours grâce à cette technique, de nombreuses autres possibilités sont apparues : diagnostic génétique pré-implantatoire, clonage, etc., dont on verra plus loin l’impact pratique.

Il faut retenir de ce rappel du passé une impulsion profonde de notre civilisation, exprimée par ses médecins et ses biologistes, vers une maîtrise de la transmission de la vie.

L’assistance à la procréation.

Plus de vingt ans après la naissance en 1978 de Louise Brown, premier bébé issu de la fécondation in vitro, on peut mesurer l’importance prise par les techniques de reproduction assistée. Les centres de procréation médicalement assistée (P.M.A.) couvrent aujourd’hui le monde entier, et 500 000 bébés sont nés grâce aux procédés de fécondation en laboratoire. L’I.C.S.I. (intra-cytoplasmic sperm injection), qui permet l’introduction d’un unique spermatozoïde dans l’œuf, est aujourd’hui appliquée dans les cas où la production des gamètes mâles est faible (oligospermie sévère). Dans l’azoospermie, on peut même obtenir quelques rares spermatozoïdes par ponction, ou biopsie, de l’épididyme (MESA) ou du testicule (TESA). Cette technique permet à de très nombreux hommes infertiles de devenir pères, sans qu’il soit possible de recourir au don de sperme. Quand la stérilité est d’origine féminine, il est en revanche nécessaire de recourir au don d’ovocytes. (cf. OVOCYTE).

Les taux moyens de grossesse débutante ont progressivement augmenté et se situent aujourd’hui autour de 30% par cycle ovarien lorsqu’on implante des embryons « frais ». Cependant les taux de naissance n’excèdent pas 25%, en raison des avortements spontanés.

Pour améliorer encore ces taux de naissance et pour simplifier des techniques lourdes à supporter par les femmes, diverses modifications ont été apportées récemment aux procédés classiques.

Des stimulations ovariennes moins agressives.

La première fécondation in vitro avait été obtenue au cours d’un cycle spontané, après détermination du moment de l’ovulation grâce à des dosages urinaires de LH. Dans les années qui ont suivi, de nombreux centres ont proposé d’utiliser une stimulation ovarienne contrôlée par FSH afin de déterminer plus facilement le moment de la ponction, et surtout pour obtenir davantage d’ovocytes au cours du même cycle de traitement. (R. G. Edwards, Nature, 293, 1981 ; A. O. Trounson, « Pregnancies in human by fertilisation in vitro and embryo transfer », in Science, 212, 1981 et 1983). On pouvait en conséquence obtenir davantage d’embryons et augmenter ainsi les chances de succès. Grâce à l’utilisation des gonadotrophines (HMG), extraites de l’urine de femmes ménopausées, les taux de succès furent encore améliorés. Mais, en même temps, les risques d’hyperstimulation ovarienne et de grossesses multiples se firent plus fréquents, ce qui amena à rechercher des protocoles de stimulation différents :

Les gonadotrophines FSH issues du génie génétique (rec FSH) sont plus pures, et sont proposées à des dosages variant de 50 à 200 UI. Elles sont plus faciles à prescrire et à administrer. On disposera bientôt d’isoformes à durée de vie variable, qui pourront stimuler la croissance folliculaire de manière adaptée.

b) La rec LH permet, de même, des stimulations moins agressives, car sa demi-vie est plus courte que celle de l’HCG (hormone chorionique gonadotrope extraite du placenta).

c) La GnRH (gonadotropin releasing hormone) est l’hormone issue de l’hypothalamus qui produit la sécrétion par l’hypophyse de FSH et de LH. La substitution d’un ou plusieurs acides aminés dans sa formule chimique a permis de créer, d’une part, des agonistes de la GnRH, qui stimulent la sécrétion de FSH et LH, et, d’autre part, des antagonistes qui bloquent cette sécrétion. L’utilisation des agonistes de la GnRH pour empêcher les pics spontanés de LH, qui obligeaient à annuler le cycle de traitement, a été remplacée récemment par l’usage des antagonistes de la GnRH. Ceux-ci bloquent immédiatement la sécrétion de LH pendant la durée de leur administration et permettent de diminuer les doses de FSH administrées sans compromettre les taux de succès. On dispose actuellement de deux antagonistes de la GnRH : le CetrorelixÅ et le GanirelixÅ.

Réduire les grossesses multiples.

La principale complication due aux P.M.A. est le nombre important des grossesses multiples, qui entraînent des problèmes médicaux, sociaux et financiers. Leur taux demeure élevé, malgré la tendance à la réduction du nombre des embryons transférés (autrefois cinq, aujourd’hui deux ou trois). L’importance des complications obstétricales augmente de manière significative avec le nombre des embryons transférés. On a donc recommandé de ne transférer que deux embryons dans les cas favorables (femme jeune, nombreux ovocytes et bon taux de fécondation, etc.).

Mais, même en réduisant à deux les embryons transférés, on n’élimine pas complètement la naissance de jumeaux, ce qui entraîne aussi, parfois, des complications obstétricales. De nombreuses équipes nordiques ont récemment proposé le « transfert électif d’un seul embryon » (quand on dispose de plusieurs embryons de bonne qualité dans les cas favorables) avec congélation des embryons restants. On parvient ainsi à des taux de grossesse évolutive de 30 à 35% sans aucune grossesse multiple. Dans ce domaine, on assiste à une évolution des mentalités, encore accélérée dans les pays comme le Royaume-Uni ou la Suède, par les législations ou les règlements.

Le transfert de l’embryon au stade de blastocyste.

Le but de la fécondation in vitro est de produire des embryons de bonne qualité aptes à se développer et à s’implanter et permettant une naissance d’un enfant viable. Habituellement, on transfère les embryons au deuxième jour (parfois au troisième) de leur développement in vitro. Dès 1989, Yves Menezo avait proposé le transfert des embryons humains au stade de blastocyste (au cinquième ou sixième jour de son développement, l’embryon, après avoir atteint le stade de 12 à 16 cellules, la morula, se creuse d’une cavité avec formation du blastocyste). Une sélection des embryons évoluant jusqu’au stade de blastocyste (identique in vivo et in vitro) permet un meilleur tri des embryons viables, ce qui permet de ne les transférer qu’en nombre limité afin d’éviter des grossesses multiples, avec de meilleures chances de grossesse. Les techniques existant dans les années 1980 ne permettaient pas d’obtenir des blastocystes avec des rendements élevés.

Depuis lors, la meilleure connaissance des requis métaboliques a permis la mise au point de milieux de culture biphasiques utilisés l’un après l’autre qui autorisent la production de blastocystes dans 50 à 80% des cas, selon les équipes. Les taux d’implantation d’un blastocyste est voisin de 50% (School-Craft, 1999) et la majorité des équipes de fécondation in vitro pratiquent aujourd’hui cette technique dite de « culture longue », qui ne peut encore être proposée à tous les couples et demeure employée, pour le moment, en cas d’échec de transfert d’embryons au stade précoce.

La congélation des blastocystes est nécessaire pour ne pas « perdre » les chances des blastocystes surnuméraires. Elle est possible, mais elle ne donne pas actuellement des résultats équivalents, au terme de la grossesse, à ceux qui sont obtenus avec des embryons implantés au deuxième ou au troisième jour de leur développement. La technologie des milieux biphasiques séquentiels doit encore faire des progrès. La recherche sur l’embryon humain est évidemment nécessaire pour permettre d’améliorer les connaissances de base du métabolisme de l’embryon humain dans ses premiers jours de développement.

Le diagnostic pré-implantatoire.

Le diagnostic génétique pré-implantatoire offre une alternative au diagnostic prénatal (réalisé par amniocentèse au troisième mois de la grossesse) pour les couples ayant un risque de transmettre une anomalie génétique à leurs enfants. Le diagnostic génétique pré-implantatoire (D.P.I.) repose sur l’analyse du contenu génétique d’embryons humains obtenus par fécondation in vitro. La cohorte des embryons analysés assure statistiquement la présence d’au moins un embryon sain ou porteur sain. Le transfert de cet ou de ces embryons offre, aux couples qui risquent de transmettre une maladie génétique, la possibilité de débuter une grossesse sans les angoisses liées au diagnostic prénatal et à une éventuelle interruption médicale de grossesse. Le diagnostic a lieu après prélèvement d’une ou deux cellules sur les embryons de huit cellules (troisième jour). Cette biopsie embryonnaire n’affecte pas le potentiel de développement de l’embryon.

Deux techniques permettent cette analyse : la P.C .R. et la F.I .S.H.

a) La P.C.R. (polymerase chain reaction) permet d’identifier des mutations ; elle est utilisée aussi bien pour des pathologies récessives que dominantes. Une des limites de cette technique vient de l’impossibilité, pour le moment, de caractériser de façon fiable plus d’une mutation à la fois.

b) La F.I.S.H. (fluorescent in situ hybridation), elle, permet de déterminer partiellement le contenu chromosomique d’un noyau. Elle fut initialement développée comme alternative à la P.C.R. pour déterminer le sexe des embryons. En effet, elle est techniquement plus simple et plus fiable que la P.C.R. Un tel diagnostic est proposé pour les pathologies récessives liées au chromosome X. Dans un tel cas, le D.P.I. est fondé sur la détermination du sexe des embryons afin de sélectionner, en vue du transfert, les seuls embryons féminins, dans la mesure où seuls les embryons masculins présentent le risque de développer la pathologie. L’avantage de cette technique provient de la disponibilité d’un D.P.I. pour près de deux cents pathologies, et éventuellement, si le diagnostic clinique est certain, de la possibilité de réaliser un D.P.I. même si le gène responsable n’est pas encore cloné.

Les maladies monogéniques les plus fréquentes pour lesquelles le D.P.I. a été pratiqué sont les maladies liées à l’X (dystrophies musculaires de Duchene, hémophilie A, retard mental ou rétinite pigmentaire, par exemple). Parmi les maladies autosomiques dominantes, le D.P.I. a été réalisé pour la chorée, la maladie de Charcot-Marie, la maladie de Marfan, entre autres. Enfin, parmi les maladies autosomiques récessives, citons la mucoviscidose, l’anémie falciforme et l’a-thalassémie.

À l’étranger, certains centres proposent le D.P.I. aux femmes qui, pour des raisons d’âge ou d’échecs répétés en F.I.V., présentent un risque plus élevé d’avoir des embryons affectés d’anomalies du nombre des chromosomes. Une telle pratique est interdite en France.

La maturation in vitro d’ovocytes humains.

Pour être fécondés, les ovocytes doivent avoir achevé leur maturation. On a pu montrer que des ovocytes humains immatures recueillis dans des follicules pré-ovulatoires non atrétiques pouvaient atteindre leur maturation au laboratoire (R.G. Edwards, Lancet, 2, 1965).

L’avantage de la maturation in vitro (M.I.V.) des ovocytes humains serait de supprimer la stimulation médicamenteuse de l’ovulation et d’éviter les hyperstimulations ovariennes.

La première grossesse a été rapportée par L. Veeck en 1983. Depuis lors, le suivi de nombreuses grossesses a été publié. Cependant, elles demeurent rares du fait d’une mauvaise maturation cytoplasmique de l’ovocyte, source d’anomalies embryonnaires.

La maturation à partir de follicules primordiaux a été réalisée chez la souris, mais elle est loin d’être maîtrisée chez l’être humain.

La congélation d’ovocytes matures présente l’avantage d’éviter la maturation in vitro. Les travaux d’Eleonora Porcu sont les plus avancés (25% de grossesses par cycle), mais l’évolution des embryons reste aléatoire et les taux de succès encore, le plus souvent, insuffisants. La congélation des ovocytes immatures pourrait être une solution séduisante, mais elle n’est pas encore maîtrisée chez l’humain. Il s’agit d’une voie d’avenir.

Plus séduisante encore paraît être la congélation de fragments d’ovaires. Le but est de constituer une banque de gamètes chez la femme, comme pour la congélation du sperme chez l’homme. La technique de congélation-décongélation est au point, mais la difficulté réside là encore dans la maturation ovocytaire post-décongélation. L’autogreffe d’ovaire congelé est envisageable et a été pratiquée récemment. Des grossesses ont été obtenues chez l’animal.

Les indications potentielles concernent les femmes qui doivent être traitées par chimiothérapie ou radiothérapie ou dans le cas de ménopauses précoces.

Maturation in vitro des spermatocytes et spermatides.

On ne connaît pas encore très bien les différentes régulations de la spermatogenèse. Des cocultures de cellules somatiques et germinales permettant de reproduire la spermatogenèse ont été tentées chez l’animal. Mais il y a peu de travaux concernant l’homme. Cette technique aurait l’intérêt de permettre d’obtenir une grossesse pour les couples dont l’homme est azoospermique en raison de l’arrêt de la maturation des spermatozoïdes dans les tubules des testicules.

On peut alors rechercher des spermatides ronds et les injecter dans un ovocyte (Rosi, round spermatid injection). Quelques grossesses ont été obtenues par Jan Tesarik en 1996, mais il n’y a pas eu de suites et la technique paraît très décevante. Le même auteur a, aussi, rapporté en 1999 la naissance de deux enfants après transfert de spermatocytes.

En 1994, Brinster et Zimmermann on montré qu’il était possible de repeupler les testicules de souriceaux stériles par des cellules souches injectées dans les tubes séminifères. En 1999, la même technique a été utilisée par Schlatt sur le singe. La transplantation xénogénique de spermatogonies humaines pourrait ainsi représenter un traitement de la stérilité masculine.

Amélioration des taux d’implantation.

Il est certainement décevant de constater que 85% des embryons humains transférés au deuxième jour qui suit la fécondation ne s’implantent pas dans l’utérus. Le taux peu élevé d’implantation explique des mauvais résultats en termes de grossesse, et contrastent avec tout ce que l’on sait de l’implantation des embryons animaux.

On sait que trois stades chronologiques précèdent l’implantation : l’apposition du blastocyste qui résulte de l’activité du myomètre, l’adhésion du blastocyste et l’invasion du trophoblaste.

Le deuxième stade est le plus important. Il met en jeu, d’une part, des molécules d’adhésion (intégrines, cadhérines, immunoglobulines) et, d’autre part, des cytokines qui exercent leur action locale par des mécanismes autocrines, paracrines et juxtacrines (interleukines I, LIF, CSFI).

Le « dialogue » entre l’épithélium utérin et le blastocyste qui s’établit grâce à ces molécules est essentiel pour l’implantation. De nombreuses recherches sont en cours. Elles permettront peut-être d’améliorer les taux d’implantation des embryons humains.

Reproduction de matériel humain.

Un clone est un ensemble de cellules identiques de même constitution génétique dérivées d’une cellule unique par mitoses répétées. Le mot clonage s’est appliqué à un ensemble de processus reproductifs qui ne réalisent pas tous des clones. La technique de clonage, dans le cas des mammifères, repose sur des procédés de micromanipulation cellulaire : l’extraction d’un noyau contenant l’ADN d’une cellule A, l’énucléation d’un ovocyte B et la transplantation du noyau A dans l’enveloppe B.

Cet œuf « nouveau » va pouvoir se développer :

a) in vivo en un nouvel individu après qu’il a été transplanté dans un utérus qui ne le rejette pas ; le clonage est ici reproduction à l’identique de l’organisme qui a fourni le noyau utilisé (en l’occurrence la cellule du sujet A dans l’exemple ci-dessus) ;

b) in vitro jusqu’au stade de blastocyste sur lequel on prélèvera des cellules « souches » embryonnaires. Comme toutes les cellules souches, elles ont la possibilité de se développer in vitro à l’infini et de se différencier en un ou plusieurs types cellulaires (par exemple, musculaire, nerveux, etc.).

Mais, des cellules souches existent dans tous les tissus humains (cerveau, sang, etc.) où elles peuvent être retrouvées, puis cultivées et évoluer éventuellement vers d’autres types cellulaires. On distingue donc, des cellules souches embryonnaires (par exemple, à partir d’embryons congelés abandonnés), des cellules souches fœtales (par exemple, à partir de produits d’avortements) et des cellules souches « adultes » (par exemple, à partir d’une cellule de peau ou d’une cellule sanguine).

L’intérêt que présentent les cellules souches est de pouvoir se substituer aux cellules malades et de traiter la maladie dont le sujet est porteur sans provoquer le phénomène du rejet. Il y a donc plusieurs sortes d’applications à partir du « clonage » : le clonage reproductif et le clonage thérapeutique. Le clonage reproductif consiste en la production asexuée d’une entité biologique identique à un individu préexistant. C’est une reproduction et non une procréation.

Les moyens d’y parvenir sont nombreux : la scission d’un embryon réalisée par la nature dans les jumeaux monozygotes, le transfert nucléaire de cellules embryonnaires de moins de 32 cellules et le transfert dans un ovocyte énucléé du noyau d’une cellule somatique comme dans la brebis Dolly en 1996.

Le rendement est très faible (moins de 1 à 2%) et on observerait un vieillissement prématuré de l’individu obtenu. Il y a aussi une forte mortalité pendant le développement in utero. La justification scientifique de ce clonage réside dans le clonage reproductif animal pour la recherche biologique fondamentale et pour la réalisation de modèles animaux des maladies humaines, de protéines thérapeutiques ou de xénogreffes par exemple.

Le clonage thérapeutique vise, grâce aux cellules souches humaines, obtenues soit d’une morula de moins de 8 cellules, soit d’un blastocyste (ES), soit de cellules germinales gonadiques d’un embryon avorté (EG, c’est-à-dire gonadiques), soit de cellules souches adultes, de nombreuses applications.

Sont en cours d’évaluation : la greffe de cellules souches hématopoïétiques, la greffe à partir de cellules clonées chez l’individu à traiter puis différenciées en vue du tissu à réparer (foie, pancréas) et la greffe de cellules fœtales (maladie de Parkinson, chorée).

Cependant il existe des risques non évalués de création de tumeurs (tératomes).

En conclusion, le présent survol de l’état de la procréation médicalement assistée est nécessairement schématique, partiel et partial. On peut retenir cependant dès ce début de XXI° siècle :

a) une amélioration considérable des traitements de l’infertilité (en nombre de couples traités et de grossesses obtenues) ;

b) une amélioration qualitative de la reproduction humaine (que certains qualifient même d’eugénisme) ;

c) de probables modifications sociales concernant aussi bien les femmes (maîtrise de plus en plus étendue de leur procréation) que les enfants (éclosion d’un nouveau groupe social des enfants nés de la fécondation artificielle ou du don de gamètes).

 La société sera conduite à s’interroger plus avant sur les débuts de la vie. Les discussions éthiques, morales et religieuses concernant le début de la vie humaine sont nombreuses et les réponses apportées doivent assurément mûrir. Mais, avec le temps, parce qu’on aura expérimenté sur l’embryon, mieux compris l’embryogenèse, traité l’embryon et remplacé ses gènes, nous aurons peut-être plus de facilité pour proposer une méthodologie qui sera plus compatible avec la physiologie qu’avec la philosophie.

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