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La montée en puissance du Japon.

De 1868 à 1941

Jeudi 30 août 2007, par Paul Vaurs // Le Monde

En 1868, les samouraïs, qui ont été les acteurs du premier acte de la révolution Meiji, comprennent que le Japon doit se mettre de toute urgence à l’école de l’occident pour ne pas subir le sort de la Chine. Dans tous les domaines, la révolution sera menée à un train d’enfer et les résistances seront brisées. À la fin du siècle, la nouvelle armée et la nouvelle marine japonaises ne tardent pas à faire leurs preuves.

Une guerre a éclaté en 1894 avec la Chine pour le protectorat de la Corée, territoire d’expansion naturel du Japon. Au traité de Shimonoseki (17 avril 1895), la Chine doit céder Formose et les îles Pescadores. Mais l’intervention de la Russie, de l’Allemagne et de la France contraint Tokyo à renoncer à la Corée et à la péninsule de Liao-Toung où les Russes vont créer la base navale de Port-Arthur. Après 1900, les Russes s’installent en Mandchourie et étendent leur influence à la Corée. Frustré de sa victoire de 1894, le Japon prépare sa revanche. Il bénéficiera pour cela du soutien des Anglais qu’inquiète l’expansion russe.

Sans déclaration de guerre, dans la nuit du 8 au 9février1904, la nouvelle marine japonaise torpille sept bâtiments russes dans la rade de Port-Arthur. A la stupéfaction du monde blanc, la guerre qui suit, la chute de Port-Arthur (2janvier1905) après un terrible siège, la prise de Moukden en mars 1905, la destruction de la flotte russe de secours de l’amiral Rojestvensky dans le détroit de Tsouchima (27 mai 1905) révèlent la supériorité militaire du Japon. Au traité de Portsmouth (5septembre 1905), la Russie cède la péninsule de Liao-Toung avec Port-Arthur, ainsi que le sud de l’île de Sakhaline, renonçant de surcroît à toute prétention sur la Mandchourie et la Corée. Celle-ci sera annexée par le Japon en 1910.

La guerre russo-japonaise de 1904-1905 a fait du Japon la première puissance asiatique, ce qui inquiète les États-Unis. Le pays connaît pourtant de graves problèmes nés de sa modernisation fulgurante. En cinquante ans, la population est passée de 30 millions d’habitants à 50 millions. Cette pression démographique pousse à une expansion qui deviendra belliqueuse dans les années 1930.

En 1914, le Japon s’était joint aux Alliés dans l’intention de tirer avantage de la guerre mondiale sans en souffrir. Aux traités de 1919, il obtient la cession des colonies allemandes du Pacifique (îles Carolines, Mariannes et Marshall). En revanche, son intervention en Sibérie à la faveur de la guerre civile russe a été sans lendemain. Auparavant, en 1915 (21janvier), il a présenté à la Chine ses Vingt et une demande, un vrai programme de protectorat. Mais la conférence de Washington (1920-1921) a contraint le Japon à en rabattre sur ses prétentions. Reculade fort mal reçue par les milieux nationalistes.

Le jeune empereur Hirohito, qui assurait la régence depuis 1921, a pris le titre impérial en 1926. Au cours des années suivantes, tandis que l’économie se développe à grande vitesse, deux forces vont peser sur la géopolitique japonaise. Les clans financiers (zaïbatsu) actifs en Corée et la jeune génération des officiers qui s’insurge contre la prudence des généraux de 1905. Hostiles au parlementarisme comme au capitalisme, les jeunes officiers se font les champions de la « Voie de l’Etat impérial » idéologie autoritaire de rassemblement national autour de la personne sacrée de l’empereur. Leur activisme trouve une justification dans la fragilité de l’économie. Travaillant à l’exportation, celle-ci est à la merci de la fermeture de marchés extérieurs. Les conquêtes militaires semblent seules capables de garantir ses débouchés et d’assurer ses ressources vitales en matières premières.

Pour imposer leur point de vue, les clans de jeunes officiers ont recours au terrorisme. Plusieurs personnalités, notamment les anciens Premiers ministres lnukaï et Saito, sont assassinées entre 1932 et 1936. Les conjurés reçoivent le soutien de l’armée de Mandchourie. La pénétration japonaise s’y est poursuivie de façon accélérée. A la suite de l’incident de Moukden »(septembre 1931), provoqué par les Japonais, ceux-ci ont occupé le pays, devenu en 1932 le Mandchoukouo, un État fantoche, soumis à une colonisation militaire intense et rude, dans un esprit anticapitaliste. Le même esprit tend à se répandre au Japon même, sous l’influence des jeunes militaires. En dépit de difficultés de coordination entre les divers secteurs de l’économie, celle-ci s’oriente vers la guerre.

À la suite d’une série d’opérations menées depuis la Mandchourie, le Japon entre en conflit ouvert avec la Chine en juillet 1937. L’armée nippone occupe Pékin, Nankin et les régions côtières. Cette action provoque de façon irréparable l’hostilité des Etats-Unis. ( Le Japon avait quitté la SDN en mars 1933 et dénoncé en 1934 les accords de Washington 1922) qui limitaient ses armements et sa puissance navale. Il s’est ensuite rapproché du III° Reich, signant avec l’Allemagne le pacte antikomintern en novembre 1936. Il ménage cependant l’URSS, ses visées s’orientant vers le Sud-Est asiatique. Le caoutchouc de l’Indochine française et le pétrole des Indes néerlandaises. Après la défaite française de juin 1940, son armée occupe des bases au Tonkin tout en respectant les apparences de la souveraineté française. Cette intervention provoque la décision du président F D. Roosevelt d’asphyxier l’économie japonaise et de mettre l’embargo sur ses fournitures en pétrole. Pour échapper à une étreinte mortelle, le Japon s’oriente dès lors vers la guerre contre les États-Unis. En octobre 1941, le remplacement du Premier ministre, le prince Konoye, par le général Tojo précipite la décision qui trouve sa première application dans l’attaque aéronavale foudroyante contre la base américaine de Pearl Harbor ( 7décembre1941.)

 

De Pearl Harbor à Hiroshima.

Devenue puissance mondiale et asiatique, les États-Unis refusaient l’existence d’un Japon dominant en Asie. Récit d’une guerre inéluctable. À l’issue d’une révolution Meiji marquée par d’immenses réformes institutionnelles et un décollage technique et économique sans précédent, le Japon se hisse au rang de puissance régionale. Il démontre l’ampleur de son potentiel militaire dès 1894 contre la Chine, et plus encore lors de la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Il affiche ainsi clairement sa volonté expansionniste, s’implante en Corée puis on Mandchourie, visant même une part de la Chine. Toutefois, dans les années vingt, le pays poursuit sa croissance et adopte une ligne politique fondée sur l’expansion économique plus que sur la conquête territoriale. La crise économique de la décennie suivante compromet cette voie. Puissance exportatrice, le Japon est la merci des marchés étrangers qui peuvent se fermer à lui. La tentation est donc forte d’imiter les puissances coloniales européennes pour conquérir son propre empire en Asie par la force.

 C’est à quoi tend une partie des milieux militaires dont la Constitution de 1 889 prescrit la participation au pouvoir et l’accès privilégié à la personne impériale. Derrière le général Araki, ils ne répugnent pas aux coups de force et parviennent à s’imposer au coeur de l’appareil d’État après la tentative de coup d’État du 26 février 1936, au cours de laquelle furent assassinés nombre de ministres modérés. La première phase de la nouvelle politique débute par l’attaque de la Chine en juillet 1937, après la constitution du gouvernement dirigé par le prince Konoye qui se révèle impuissant face aux clans militaires.

Dès la fin de la Première Guerre mondiale, dont le Japon a su tirer parti en se faisant attribuer les possessions allemandes dans le Pacifique (îles Carolines, Mariannes et Marshall), les Etats—Unis se sont montrés inquiets. Ils ont pris une série de mesures pour contraindre l’empire du Soleil-Levant à restreindre le tonnage de sa flotte. Dans les années trente, ils ont dénoncé la mainmise nippone sur la Mandchourie et désigné, à mots couverts, le Japon comme une menace pour la paix mondiale. Les Américains savent par ailleurs qu’ils peuvent exercer une pression importante sur l’économie nippone en freinant son alimentation en matières premières et en pétrole.

Les ambiguïtés de l’année 1940.

Pour saisir les enjeux de la situation qui aboutira à la guerre, il convient de se placer en juillet 1940 lorsque le prince Konoye revient au pouvoir. Issu d’un des plus nobles lignages du Japon, cousin de l’empereur, le prince a suivi une carrière de diplomate. Il a présidé la Chambre des pairs en 1933. Premier ministre en 1937, il a démissionné peu après pour se démarquer de la faction militariste qui s’impose alors. De nouveau chef de gouvernement en 1940, il se fixe pour objectif de restructurer l’économie par la constitution d’une « Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale ». Cette vision répond aux exigences d’une économie menacée. Elle répond aussi à une volonté de tirer parti du conflit qui s’est ouvert en Europe, en imposant une pax japonita sur le Sud-Est asiatique.

Pourtant, aux yeux de Konoye, nationaliste certes, mais adepte de la prudence, la force ne peut être envisagée de manière directe. L’expansionnisme doit s’accompagner d’habileté pour ne pas mettre en péril la paix et l’économie japonaise, toujours très dépendante des approvisionnements contrôlés par les Américains. Plus de 75% des métaux ferreux, 93% du cuivre, 80% du pétrole, 60 % des machines et l’ensemble des composants pour les aciers spéciaux, comme le vanadium, ont été importés des Etats-Unis en 1939. Privée de ces ressources, la puissance japonaise s’effondrerait et son arsenal militaire serait réduit à l’impuissance.

En juillet 1940, le Japon n’a pas encore lié son sort à celui de l’Allemagne. Il se demande si le vainqueur de la France ne va pas pousser l’Union soviétique vers l’Asie,comme naguère Bismarck avait tenté d’agir avec la Russie. Une URSS qui a infligé au Japon un revers cinglant aux confins de la Mandchourie et de la Mongolie lors de la bataille trop ignorée de Kalkchin Gol (juillet-août 1939). Une défaite qui hypothèque la création du vaste empire continental envisagée par les forces terrestres. L’analyse que le cabinet Konoye fait du conflit mondial repose sur trois hypothèses.

Allemagne va gagner la guerre, le pacte germano-soviétique est solide, le monde sera dominé par quatre puissances (Allemagne, URSS, Japon et États-Unis). Les Japonais se persuadent que la fermeté, voire la menace peuvent permettre de tenir les Etats-Unis hors du conflit. C’est dans cet esprit qu’est scellé le pacte tripartite avec Rome et Berlin, le 27 septembre 1940. Le Japon s’est peu avant assuré d’une mainmise sur une partie de l’Indochine à la faveur de l’écrasante défaite française de juin 1940. Cette intervention en Indochine porte à son comble la tension avec les Etats-Unis.

Au sein de l’état-major nippon, l’alliance avec l’Allemagne et la perspective d’un conflit avec les États-Unis me font pas l’unanimité. Parlant de la puissance américaine, l’amiral Yamamoto, commandant de la flotte combinée, déclare : « Quiconque a vu ses usines d’automobiles à Détroit ou ses champs de pétrole du Texas sait que le lapon manque de richesses et de puissance pour se lancer dans une compétition navale avec une telle nation. Sa voix peut faire autorité ; ancien élève d’Harvard, attaché naval à Washington dans les années vingt, Yamamoto a pu prendre la mesure des immenses capacités industrielles d’une puissance que les membres du gouvernement Konoye mésestiment. Au Premier ministre qui le sonde sur les perspectives d’une guerre contre l’Amérique, le même Yamamoto déclare : « Si nous devons faire la Guerre, je suis en mesure d’assurer un combat puissant pendant les six premiers mois ; mais je ne puis répondre de ce qu’il adviendra si la lutte doit se poursuivre pendant un ou deux ans. Il est trop tard pour remettre en cause le pacte tripartite, mais j’ose espérer que vous vous efforcera d’éviter une guerre avec l’Amérique. Pour que le japon ait une chance de remporter le conflit, le seul moyen qu’entrevoit Yamamoto serait la destruction de la flotte américaine du Pacifique afin d’imposer une paix favorable en moins de six mois, Il songe à un nouveau Tsushima, le combat naval qui a assuré la victoire japonaise sur les Russes à la fin de 1905.

La marche à la guerre.

La priorité semble cependant rester à la diplomatie. Le Japon s’assure la neutralité dc l’URSS, à travers un pacte de neutralité signé en avril 1941, et ne cède pas aux Allemands qui le pressent de s’engager dans le conflit. En juillet 1941, après avoir vainement exigé du Japon qu’il évacue l’Indochine, le président FD. Roosevelt, depuis longtemps acquis à l’idée d’un conflit inéluctable décide de geler les intérêts japonais aux États-Unis. Dans lesjours qui suivent, la Grande-Bretagne, les Philippines, puis les Indes néerlandaises et la NouvelleZélande appliquent des mesures similaires. Les États-Unis exigent de leurs partenaires l’embargo sur les fournitures de pétrole au Japon. À partir de la fin juillet, le pays ne reçoit plus de pétrole, alors que ses stocks sont consommés à hauteur de 400 000 tonnes par mois. En août, c’est l’embargo total, Le New-York Titnes peut écrire : « Ces mesures sont l’acte final avant l’entrée en guerre. » Pour autant, les conversations entamées avec les États-Unis ne sont pas rompues. Pour les Américains, les négociations ont pour but de faire plier le Japon et de lui faire évacuer ses conquêtes. Or, une telle reculade est inconcevable pour la jeune génération des officiers de l’armée dc terre.

Les militaires sont persuadés que le temps presse : « Autan je suis sûr que nous pouvons gagner la guerre maintenant, autant je crains qu’avec le temps notre chance ne nous abandonne définitivement », déclare en septembre 1941 l’amiral Nagumo, spécialiste des attaques aéronavales. La pression s’accentue sur Konoye qui répugne au conflit. Sa position devenant intenable, il démissionne en octobre 1941, remplacé parle général Tojo, un de ces généraux roturiers ouvertement opposés aux barons de l’industrie. À la demande cette fois de l’empereur Hiro-Hito, inquiet des perspectives de conflit, les négociations se poursuivent néanmoins avec les États-Unis. Mais les propositions nippones sont repoussées. Le 26 novembre 1941, le secrétaire d’État Cordell Hull fait remettre un document aux Japonais indiquant que la reprise des livraisons de pétrole ne se fera que si le Japon accepte dix conditions exorbitantes, notamment le retrait des troupes impériales de Chine et d’Indochine, en plus du retrait du pacte tripartite.

Se désolidariser de l’Axe ne serait rien aux yeux des Japonais. Il en va tout autrement pour les exigences territoriales. À l’issue d’une ultime conférence de gouvernement, l’empereur accepte le principe de la guerre en dépit de ses réticences. Le 2 décembre, les chefs d’état-major de l’armée et de la marine demandent audience et annoncent une attaque secrète pour le 7décembre1941.

Washington est conscient de l’imminence d’un conflit armé, Le général Marshall, proche conseiller militaire du président Roosevelt, lui a remis une note qui précise : « Si les négociations actuelles se terminent sans accort le Japon risque d’attaquer la route de Birmanie, la Thaïlande, la Malaisie, les Indes néerlandaises, les Philippines, les provinces maritimes de la Russie. L’essentiel maintenant pour les États-Unis est de gagner du temps. Car, si des renforts considérables ont été effectivement acheminés vers les Philippines, tant en infanterie, aviation que marine, je niveau de puissance requis n’est pas atteint » L’attaque n’aura pas lieu dans les Philippines, mais à Pearl Harbor,la base américaine des iles Hawaï, et cela de façon foudroyante, dans un secret absolu, le 7 décembre 1941, peu avant 8heures du matin, par les avions torpilleurs de l’aéronavale. La surprise est totale. En quelques instants, les huit cuirassés de la flotte américaine du Pacifique sont hors de combat et 159 avions détruits. L’opération a été conçue par l’amiral Yamamoto et mise on oeuvre par Nagumo. Pour les Américains le bilan est accablant. Le traumatisme sera énorme. Longtemps, le Président Roosevelt sera accusé d’avoir sciemment dissimulé les renseignements qui annonçaient l’attaque imminente de Pearl Harbor, afin que soit créé le casus belli provoquant la mobilisation de opinion et donc le déclenchement de la guerre qu’il souhaitait contre le Japon et les puissances de l’Axe. En dépit d’un faisceau de présomptions et des accusations de l’amiral américain Theobald, on ne dispose pas de véritables preuves. De toute façon, depuis juillet 1941, par l’embargo sur les fournitures en pétrole, Roosevelt avait implicitement ouvert les hostilités. En novembre, par sa décision de rompre les négociations, il avait sciemment poussé le lapon à la guerre.

Six mois de conquêtes, puis le reflux.

Après la surprise de Pearl Harbor, suivent six mois de guerre éclair conformes aux plans dc Yamamoto. En quelques mois, possédant désormais la maîtrise de la mer, les Japonais s’emparèrent des Philippines de HongKong, de la Malaisie, de la forteresse anglaise jugée imprenable de Singapour, de l’ensemble de l’indonésie et de la Birmane. Trois jours après Pearl Harbor, l’aéronavale Japonaise coule les deux navires de ligne britanniques envoyés par Churchill à titre de dissuasion, le Prince of Wales et le Repulse. Quelques mois pLus tard, le porte-avions Hernies est également envoyé par le fond, l’amirauté britannique replie alors les restes de sa flotte sur I ‘Afrique orientale, abandonnant le Pacifique.

Au début de Janvier 1942, l’état-major japonais est divisé sur la stratégie à suivre. Au sein de l’armée, les généraux souhaitent une pause dans les conquêtes. Ils refusent de dégarnir la Chine et la Mandchourie. En revanche, la marine, auréolée du succès de Pearl Harbor, veut poursuivre la conquête car ses chefs estiment que le temps joue contre le Japon. Du côté américain, contrairement aux espoirs de Yamamoto, le choc de Pearl Harbor déchaîne la volonté inflexible de mener la lutte à outrance jusqu’à la capitulation de l’adversaire. La stratégie dans le Pacifique se fixe pour but de tenir Hawaï, soutenir l’Australie et remonter vers le Nord à travers les Nouvelles Hébrides. Ce plan doit être mis en application dans les six mois, Il s’accompagne d’une mobilisation générale et d’un effort prodigieux de production des chantiers navals et de la construction de nouveaux avions capables d’assurer sur mer et dans les airs une supériorité contre laquelle le Japon ne pourra lutter.

Après un succès tactique des Japonais dans la mer de Corail, les 5 et 8 mai, s’ensuivent deux tournants majeurs du duel nippo-américain. A Midway, le 5juin 1942, Yamamoto et Nagumo échouent dans leur tentative de conquérir l’atoll et de détruire la flotte américaine. À l’issue de cette bataille, les Japonais ont perdu cinq porte-avions contre deux pour leurs adversaires.
Deuxième tournant à Guadalcanal. Pour protéger l’Australie, les amiraux King et Nimitz ont riposté par un débarquement dans cette Ile, point de départ d’une bataille acharnée qui va durer d’août 1942 à février 1943. La ténacité américaine sera récompensée. Les Japonais sont contraints d’évacuer Guadalcanal. MacArthur va pouvoir entreprendre la lente reconquête des iles Salomon. Au cours de ces deux batailles, les généraux et amiraux américains ont fait preuve d’une grande audace. Ils ont acquis maintenant une solide expérience des opérations combinées, tout en forgeant une doctrine de combat efficace.

Après Guadalcanal, l’initiative échappe aux Japonais, contraints désormais à la défensive. À partir de la fin 1943, la reconquête américaine connaît une importante montée en puissance.

 On compte aussi, parmi les Japonais des lycéens, des étudiants et des pilotes chevronnés. Les origines du choix sont variables ; pression indirecte du milieu familial ou de la tradition patriotique, conviction que les attaques suicides constituent le seul moyen de sauver le Japon et d’éviter la honte de la défaite, héritage du sentiment religieux et du code de l’honneur du guerrier médiéval. Par un effort constant, une ascèse permanente, le guerrier doit acquérir le shinto, cette vertu qui lui permet d’affronter la mort et de pénétrer dans le monde des divinités. Le phénomène s’intègre ainsi dans le cadre du shinto, la « voix des dieux », la religion nationale qui accorde à ceux qui meurent au combat le paradis des guerriers. Au lendemain de la capitulation, l’amiral Onishi, à l’origine du corps des Kamikazes, se fait hara-kiri et laisse une note d’adieu ; Ils se battirent bien et moururent avec vaillance, croyant à la victoire finale. Choisissant la mort, je désire expier ma responsabilité devant l’échec. « Je demande pardon aux âmes des pilotes disparus et à leurs familles éplorées. »

Le refus de capituler.

Le plan stratégique américain arrêté en mai 1943 prévoit un gigantesque mouvement en tenaille partant de la Nouvelle-Guinée vers les Philippines, l’autre pince partant des îles Gilbert, Marshall et Mariannes vers le Japon lui-même. L’exécution de ce plan a été confiée au général MacArthur et à l’amiral Nimitz. La progression se développera d’archipel en archipel suivant la stratégie du « saut de mouton » on sautera des zones entières pour frapper des objectifs majeurs : Guam et Leyte. La flotte japonaise est désormais surclassée par son adversaire tandis que, sur le continent, les offensives menées en Birmanie et en Chine ne remportent que des résultats inégaux, Qui plus est l’amiral Yamamoto,le plus talentueux chef militaire de l’Empire, est tué le 18 avril 1943. La résistance acharnée des Japonais aux iles Salomon, en Nouvelle-Guinée, aux iles Gilbert, aux Carolines, puis aux Mariannes ne peut rien contre la formidable machine de guerre peu à peu mise en oeuvre par les Américains, parallèlement à l’effort énorme qu’ils engagent pour la conquête de l’Europe. Après la chute de Saïpan (8juillet1944), l’amiral Nagumo se donne la mort.

Le 15juin 1944, un conseiller de SM l’Empereur écrivait : « L’enfer est sur nous, dans les deux mois qui suivent la conquête des Mariannes, les premiers bombardements stratégiques commencent à atteindre le Japon. À cela s’ajoutent la destruction d’une partie de la 1er flotte mobile et, sur le continent, l’échec des offensives menées par l’armée impériale depuis la Birmanie, « C’est le manque de tonnage qui explique la faiblesse de garnisons qui ne peuvent être ravitaillées, (écrit Philippe Masson), alors qu’en face, peu à peu, les Américains acquièrent la maîtrise des mers. » Les Japonais sont désormais surclassés en tout et notamment dans la production d’armements. Ils ont produit 5 000 avions contre 19 000 aux Américains en 1941 ; 9 000 contre 50 000 en 1942, 26 000 contre 92 000 en 1944. Le reste est à l’avenant.

Les défaites successives acculent le général Tojo à la démission le 18juillet1944. Sa Majesté l’Empereur Hiro-Hito demande au nouveau gouvernement de chercher à mettre fin à la guerre en Asie et de ne pas provoquer les Soviétiques, les Japonais sont maintenant à la recherche d’une paix de compromis, mais les alliés exigent une capitulation sans condition. Face à une exigence inacceptable, le combat des forces japonaises va désormais ressembler à un sacrifice désespéré.

C’est au cours de la bataille de Leyte (octobre l944) qui scelle la fin de la flotte japonaise en tant que force navale cohérente,qu’interviennent les premiers avions suicides, les kamikazes. Désormais, les missions sans retour feront partie du quotidien. À Okinawa (avril-juin 1945), 100 000 hommes engagés pour la défense de cette île meurent au combat sans se rendre, Pour les militaires qui continuent de dominer le gouvernement, leur héroïsme doit servir de modèle aux défenseurs de l’archipel. Trois millions de soldats en armes et des milliers d’avions s’apprêtent à combattre. Le matin du 10 mars 1945, trois cents B—29 américaine déversent des milliers de bombes incendiaires sur Tokyo, l’une des plus grandes villes en bois du monde. Bilan, 197 000 morts, beaucoup de femmes et d’enfants. L’apocalypse, Pourtant, le Japon refuse toujours de capituler, alors que l’Allemagne cesse le combat le 8 mai 1945.

Dans le camp américain, la résistance acharnée d’Okinawa, où sont intervenus efficacement les kamikazes, emporte la décision prise par Truman, qui a succédé à Roosevelt, d’utiliser l’arme nouvelle et terrifiante des bombes atomiques. Ces bombes frappent successivement Hiroshima le 6 août 1945 ( 200 000 morts et 150 000 blessés} et Nagasaki le 9 août 1945 (120 000 morts et 80 000 blessés). Ce même 9 août se tient à Tokyo une réunion du Conseil suprême. Les délibérations n’aboutissent pas ; À 2 heures du matin, le vieil amiral Suzuki, qui a été placé à la tête du gouvernement,déclare : « Je propose que nous nous en remettions à la sagesse Impériale et que nous la substituons aux décisions de cette conférence. Sa Majesté l’Empereur Hiro-Hito va endosser la décision capitale. Le 10 août, le Japon demande la paix. L’annonce officielle de la capitulation est faite le 15 août. Elle est signée le 2 septembre, Un grand nombre d’officiers se donnent la mort.

C’est en vaincu, mais non en monarque déchu, que l’empereur se présente vingt-cinq jours plus tard devant un MacArthur qui pose déjà au proconsul. Pour avoir saisi que l’enjeu lié au maintien du principe impérial était la clé de leur conquête, les Américains assurèrent la viabilité de la paix dans un pays qui s’apprêtait à la guerre à outrance. Les armées du japon capitulent, mais le pays ne meurt pas.

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