La mascarade du bac 2009.

Vendredi 3 juillet 2009 // La France

Hier jeudi, en début d’après-midi, je suis allé chercher mon paquet de copies de bac dans un lycée de Saint-Germain-en-Laye : me voilà avec une cinquantaine de devoirs à corriger et à rendre à l’administration du lycée le vendredi 3 juillet ! J’ai déjà, dès l’après-midi, noté cinq copies, de 12 à 17, en trois heures bien tapées. Et, en feuilletant le reste du paquet, j’ai eu l’impression que je n’aurai que peu de mauvaises notes : tant mieux pour les élèves !

Mais je suis quand même en colère, et j’ai montré ma mauvaise humeur au coordonnateur d’histoire-géo de mon jury de bac en refusant d’assister à la réunion « d’entente » (ou « d’harmonisation ») prévue officiellement avant la remise des copies aux correcteurs, tout comme j’ai refusé de lui laisser mes coordonnées téléphoniques et autres, simplement pour être libre de toute tentative de pressions à mon égard sur mes corrections et mes notes. Pourquoi cette attitude qui peut paraître étrange ou farouche ? Pour protester contre cette immense hypocrisie qui couvre aujourd’hui le baccalauréat et, en somme, décrédibilise le travail des enseignants ainsi que les matières qu’ils enseignent.

En veut-on un simple exemple ? Voici celui qui m’a été rapporté par une collègue qui participait, à contrecœur d’ailleurs, à l’une de ces réunions d’entente organisées partout en France, dans les lycées centres d’examens : la coordonnatrice a annoncé aux professeurs présents que la note minimale susceptible d’être donnée était… 10 ! Oui, la moins bonne copie doit tout de même être gratifiée de la « moyenne »… Et cette coordonnatrice d’ajouter que le jury et elle-même, à qui les collègues devaient rapporter leurs notes au fur et à mesure des corrections par téléphone ou par courriel, se réservaient le droit d’augmenter les notes qui ne correspondraient pas à cette exigence ! Je trouve que cette attitude est insultante autant pour les profs correcteurs désormais soumis (sans évidemment que l’éducation nationale n’assume cette position par un écrit officiel) à cette « obligation de résultats » (si l’on peut dire…) que pour les élèves à qui l’on fait croire que le bac est une chose sérieuse quand elle n’est plus qu’une mascarade, coûteuse et maintenant honteuse : quel gâchis !

Je signale qu’il y a deux ans, l’un des inspecteurs d’histoire-géographie de l’académie de Versailles, M. St., avait tenu le même type de discours démagogique sur les notes que cette coordonnatrice, devant mon jury, à Saint-Cyr-L’école… De plus, cela permet sans doute de mieux comprendre pourquoi M. Xavier Darcos, alors encore ministre de l’éducation nationale, annonçait le premier jour des épreuves, jeudi de la semaine dernière, que le taux de réussite serait de 85 % cette année… Evidemment, avec de telles consignes…

Cette hypocrisie, ajoutée aux multiples incidents de cette année dans l’organisation des épreuves, les erreurs à répétition et les changements de sujets (pour cause de « fuites »…), me révulse. Les élèves en sont d’ailleurs les premières victimes car, du coup, la bonne réputation de « leur » bac est absolument défaite, et il suffit d’entendre ce qui se dit au comptoir des cafés et dans les salles de profs pour bien le saisir. Résultat : la véritable sélection se fait après le bac, dans des conditions qui laissent alors les «  exclus » sur le carreau avec la terrible impression de trahison.

Oui, vraiment, quel gâchis !

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