La fondation Jacques Chirac.

Par Fabrice de Chanceuil

Dimanche 15 juin 2008, par Fabrice de Chanceuil // Divers

Le 9 juin 2008, a été lancée la Fondation Jacques Chirac pour le dialogue des cultures et le développement durable au Musée des Arts premiers du Quai Branly à Paris devant un parterre de personnalités du monde entier réunies par l’ancien Président de la République, parmi lesquelles plusieurs membres du comité de parrainage de la fondation comme Rigoberta Menchu et Mohammad Yunnus, lauréats du Prix Nobel de la Paix respectivement en 1992 et 2006.

Cette fondation est le résultat d’une longue maturation commencée dès le retrait de Jacques Chirac de la vie politique, qui est ainsi le premier ancien Président français à se lancer dans ce type d’aventure initié avant lui par les anciens Présidents américains Jimmy Carter et Bill Clinton et russe Mihail Gorbatchev.

Décidément marquée par le chiffre 9, la fondation, actuellement sous forme d’une association de préfiguration présidée par Michel Camdessus, ancien président du Fonds monétaire international, a été reconnue d’utilité publique le 9 mars, ce qui accordera à ses donateurs des avantages fiscaux non négligeables, et ses statuts ont été déposés le 9 mai suivant. La journée du 9 juin a pour but d’apporter un coup de projecteur médiatique sur la fondation qui commencera ses activités à l’automne prochain.

L’objet de la fondation, grâce à la notoriété de son initiateur et des membres de son comité de parrainage, est de lever des fonds privés (plusieurs grosses entreprises françaises ont déjà apporté leur soutien comme Véolia et Schneider) et de conduire des actions dans trois domaines : environnemental, avec une préoccupation marquée sur l’accès à l’eau et la lutte contre la déforestation, sanitaire avec la volonté de faciliter la mise à disposition des médicaments et culturel, à travers le dialogue des cultures et la reconnaissance des minorités culturelles.

Sans nul doute que ce dernier aspect, car on sait l’intérêt que Jacques Chirac porte aux civilisations primitives appelées aujourd’hui premières, et à cet égard le lancement de la fondation au Musée du Quai Branly n’est pas fortuit, a entraîné tous les autres.

En effet, si la fondation résulte d’une longue maturation, elle est aussi la conséquence d’une lente mutation de l’ancien président de la République en faveur de l’écologie, mais d’une écologie humaniste, centrée sur l’Homme, bien éloignée des phobies malthusiennes des adorateurs de Gaïa, la déesse mère de la Terre.

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » avait-il lancé en 2002 à Johannesburg à l’occasion du dixième anniversaire du Sommet de la Terre, surprenant alors plus d’un observateur. Cette conversion à l’écologie, qui pourrait être due à l’influence de Nicolas Hulot, qui a aussi éveillé à la conscience des périls qui menacent notre planète des millions de téléspectateurs, a fortement marqué le second mandat de Jacques Chirac à la tête de l’Etat, au cours duquel il a fait adosser à la Constitution la Charte de l’Environnement, gravant ainsi dans le marbre de notre texte fondamental, un certain nombre de grands principes dont celui de précaution.

N’ayant pu faire aboutir alors plusieurs de ces idées comme la taxe Tobin ou le supplément sur les billets d’avion pour financer la lutte contre le SIDA, il est vraisemblable qu’il les reprendra dans le cadre de sa fondation. De fait, ce qui avait pu à l’époque apparaître comme des lubies sans lendemain, ce dont l’ancien Président, il faut bien l’admettre, était coutumier, se présente désormais comme la pensée profonde et assurément sincère de Jacques Chirac. Désormais dégagé des contraintes politiques et aussi grâce aux moyens dont il va disposer, il peut jeter ses dernières forces dans ce qu’il considère, tel un héros pour la jeunesse, comme son plus juste combat : la défense de la planète.

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