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La famine tue encore, mais n’est plus un sujet tabou.

Dimanche 6 juin 2010 // Le Monde

Famine

Devant les entrepôts d’État où sont engrangées les réserves de nourriture, des femmes grattent le sol à la recherche de grains de riz tombés des sacs. À plusieurs centaines de kilomètres à l’Est, d’autres femmes cueillent des baies vertes au goût amer et les font bouillir pendant des heures pour nourrir leurs enfants. Que ce soit dans les quartiers pauvres des villes ou dans les villages du désert, un seul mot revient sur toutes les lèvres : la famine.

Une fois de plus, le Niger est confronté à une crise alimentaire, épreuve malheureusement familière dans ce vaste pays désertique au taux de natalité explosif et à l’agriculture rudimentaire. En 2009, l’absence de pluie - 70% de précipitations en moins par rapport aux normales saisonnières ont fortement compromis les récoltes. Désormais, 7,5 millions de personnes, la moitié de la population, sont confrontées à la disette comme en 2005, en 1985, et en 1974. Mais il y a une différence de taille. Cette année, le nouveau gouvernement militaire ne fait pas mine de regarder ailleurs et essaie au contraire de lutter contre la famine sans hésiter à solliciter l’aide extérieure. Avant la chute de Mamadou Tandja, en février dernier, les entrepôts publics restaient remplis alors même que la population manquait cruellement de vivres. Aujourd’hui, les réserves sont pratiquement vides parce que la nourriture a été largement distribuée au cours des dernières semaines.

Le nouveau Premier ministre effectue de nombreux déplacements dans les zones rurales pour aller à la rencontre de ceux qui souffrent. C’est une situation inédite puisque, auparavant, il suffisait de prononcer le mot "famine" pour que le président Tandja entre dans une rage folle. Et quand John Holmes, secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des affaires humanitaires, a fait le déplacement, début mai, son impressionnant convoi a bénéficié d’une escorte militaire et policière. Le but de son voyage avait beau être d’enquêter sur la famine chronique, un des sujets politiques les plus explosifs du pays, les ministres du gouvernement accompagnés d’une escouade de fonctionnaires l’ont suivi dans les villages poussiéreux. Partout, il a été reçu comme un chef d’état.

Lors de la dernière famine, en 2005, Mamadou Tandja avait accusé les agences de l’ONU de collaborer avec l’opposition pour le discréditer. "Auparavant, il était rigoureusement interdit de parler de famine", raconte Idrissa Kouboukoye, chef du bureau de Niamey de l’Organisme alimentaire du Niger. Il raconte que les sacs de grains ont commencé à quitter les gigantesques entrepôts de béton le 1er mars, soit moins de deux semaines après la destitution de Tandja. « Quand même les gens qui n’ont pas assez à manger doivent dire que tout va bien », c’est problématique poursuit Idrissa Kouboukoye en évoquant le gouvernement précédent ; Mamadou Tandja, ardent nationaliste avait participé au coup d’État de 1974, provoqué en partie par la famine.

Mais, il y a quatre ans, alors que des dizaines de milliers d’enfants souffrants de grave malnutrition commençaient à affluer vers les centres de Médecins sans frontières, il avait accusé les journalistes qui faisaient état de cette réalité d’être des traîtres à la patrie. Cette année, l’une des premières déclarations de la junte militaire au pouvoir portait sur la disette imminente. "Il n’y a aucune comparaison possible", confirme le Dr Mamadou Yami Chegou, directeur du département nutrition au ministère de la Santé. "La volonté politique de s’attaquer au problème est évidente.

Précédemment, le sujet était tabou Personne ne met en doute la gravité de la situation, mêmes ailes autorités prédisent que le pire est peut-être à venir puisque la période de famine va se prolonger jusqu’à la récolte d’automne. « La situation n’est pas encore catastrophique, » explique John Holmes.

Aux abords de Niamey, la capitale, des baraquements en pisé accueillent les réfugiés venus du Nord, poussés vers la ville par la faim. « Il ne reste pratiquement rien », confirme Ramatou Boubacar, qui est arrivée au mois d’avril de la région de Tillaberi avec ses sept enfants, espérant trouver le salut en ville. « Nous n’avons plus de nourriture. » Des milliers d’enfants sont déscolarisés parce que leurs parents doivent quitter leur village pour trouver de quoi se nourrir, et certaines écoles ont dû fermer. « De nombreux enfants nous ont quittés en cours d’année, c’est assez exceptionnel », explique Salissou Hachimou, directeur d’une école, à Kongomé, qui a perdu 43 enfants sur 232.

Le taux de natalité le plus élevé du monde

Selon l’UNICEF, environ 12 % des enfants souffrent de grave malnutrition. Le représentant de l’ONU a visité dans la ville de Tanout, dans le désert, une clinique de renutrition et son unité de soins intensifs où vagissaient quelques bébés minuscules. Dans cette région aride, la production céréalière a été catastrophique l’an dernier : il manquait 11 000 tonnes à la moisson attendue. La ville de Dalli a perdu la totalité de la récolte. « Oui, j’ai faim », reconnaît Safia Joulou. Elle prépare un seul repas par jour, en faisant bouillir des feuilles cueillies dans le sable et la poussière. Comme toutes les femmes interrogées, elle a de nombreuses bouches à nourrir, dont sept enfants. La jeune mère assise à ses côtés, Nana Boukaro, 20 ans, en a un. Le Niger, l’un des pays les plus pauvres du monde, aurait aussi, selon certaines estimations, le taux de natalité le plus élevé du monde, ce qui pourrait expliquer en partie cette pénurie chronique. Dans la capitale régionale de Zinder, au sud de Tanout, on trouve des publicités pour une marque de préservatifs locale, mais dans ce pays musulman le contrôle des naissances n’est pas à l’ordre du jour. Une « attitude culturelle majoritaire », confirme John Holmes.

Il raconte qu’il a abordé la question du contrôle des naissances lors de réunions avec des hauts fonctionnaires. « Ils sont conscients du problème, mais ce n’est pas leur priorité. » À Dalli, la distribution gratuite de céréales a vite été épuisée. « Les enfants n’ont rien dans le ventre pour partir à l’école », déplore Maria Ali, mère de dix enfants. « Et, quand ils rentrent à la maison, il n’y a rien à manger non plus. »

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