La dramatique nébuleuse, plus les divers actes de terrorisme qui ensanglantent notre planète...

Jeudi 14 septembre 2006, par Gérard CHALIAND // Le Monde

Avant propos.

Le Président Georges Bush porte sur ses épaules la plus grande responsabilité dans le terrorisme qui sévit de par le monde ; Nul ne peut ignorer ses relations personnelles, avec les Dictateurs d’Arabie Saoudite ; Ce régime corrompu qui finance la subversion aux quatre coins du monde. Il ne faudrait pas occulter que les Présidents Clinton et Bush avaient eu la possibilité de capturer Ben Laden lorsque ce dernier était entre les mains des autorités du Soudan. Ils refusèrent de le récupérer malgré la pression du Soudan. La suite on l’a connaît.

L’autre causes du terrorisme actuel fut le « Départ du Souverain Iranien » Les Présidents Carter et Giscard d’Estaing ont favorisé l’arrivé au pouvoir des « religieux » ; c’est depuis le départ de l’Empereur d’Iran que les différents terrorismes ont commencé à sévir dans presque tous les Pays de notre planète.

Le 2 juillet 1990, dernier jour du pèlerinage de La Mecque, un mouvement de panique est à l’origine de la mort de 1 426 personnes.

Arabie Saoudite : fiche d’identité.

Fiche d’identité géographique et politique.

Le 28 décembre 1993. Le roi Fahd ibn Abdulaziz installe la Choura, le Conseil consultatif qu’il avait créé en mars 1992 et dont il avait nommé les 61 membres en août 1993. Ce Conseil, qui ne délivre un avis qu’à la demande du Premier ministre, mais en réalité du roi et ne dispose d’aucun pouvoir contraignant, constitue toutefois le signe d’une modernisation du régime.

Le 1er février 1994. Dans son rapport annuel au Congrès américain, le Département d’État classe l’Arabie Saoudite parmi les pays coupables de manquements au respect des droits de l’homme.

En septembre Un mouvement de protestation, dans la province de Qasim, suscité par l’arrestation d’un prédicateur contestataire, est sévèrement réprimé par la garde nationale. Les islamistes radicaux contestent les timides mesures de démocratisation imposées par les Occidentaux pour prix de leur soutien lors de la guerre du Golfe. Ils dénoncent de plus en plus ouvertement la gestion de la famille royale. En octobre sont créés deux Hauts Conseils chargés de contrôler l’activité des organisations islamistes et des prédicateurs.

Le 2 août 1995. Le roi Fahd procède, pour la première fois depuis vingt ans, à un vaste remaniement ministériel. Plus de la moitié des portefeuilles changent de titulaire, mais les principaux restent entre les mains de membres de la famille royale. Cette décision vise à faire taire les critiques, tant internes qu’externes, qui visent la sclérose du régime. Elle est également destinée à confier à de nouvelles élites le soin d’appliquer les mesures d’austérité nécessitées par la crise économique et financière que traverse le pays.

Le 1er janvier 1996. Le roi Fahd, victime d’un accident cérébral en novembre 1995, cède le pouvoir au prince héritier Abdallah, son demi-frère, pour la durée de sa convalescence. Il reprend prématurément ses fonctions, le 22 février, en raison de conflits d’intérêts au sein de la famille régnante.

Le 12 mai 2003 Trois attentats-suicides visant des quartiers résidentiels où vivent des Occidentaux, à Riyad, font trente-cinq morts, dont huit Américains. Des membres présumés du réseau terroriste Al-Qaida seront arrêtés.

Le 9 novembre. Dix-sept personnes sont tuées dans un attentat-suicide à la voiture piégée perpétré dans un quartier de la banlieue de Riyad, proche de résidences diplomatiques et de palais de la famille royale. L’opération est attribuée à Al-Qaida.

Le 21 avril 2004. Un attentat-suicide à la voiture piégée, dirigé contre le quartier général des forces de sécurité à Riyad, fait cinq morts, dont le kamikaze, et provoque de graves dégâts matériels. Il est revendiqué par un groupe islamiste lié au réseau Al-Qaida.

Le 29 mai. A Al-Khobar, un commando attaque les locaux d’une compagnie pétrolière, faisant une dizaine de morts, puis prend en otages une cinquantaine de personnes dans le complexe résidentiel où vivent les étrangers employés dans l’industrie pétrolière. Le 30, les forces de sécurité donnent l’assaut. Vingt-deux personnes sont tuées lors de cette opération revendiquée par Al-Qaida.

En juin Se produisent plusieurs actions terroristes. Le 8 et le 15, deux Américains sont assassinés à Riyad. Le 18, les images de la décapitation d’un troisième Américain, dont le corps est retrouvé peu après, sont diffusées sur Internet. Les forces de l’ordre tuent le responsable de l’opération, Abdel Aziz Al-Moukrin, chef présumé d’Al-Qaida dans le royaume.

Le 23, les autorités offrent une amnistie aux activistes islamistes agissant dans le royaume. Six d’entre eux profiteront de cette proposition.

Le 6 décembre. Un groupe armé attaque le consulat des États-Unis à Djeddah, tuant cinq employés saoudiens. L’opération est de nouveau revendiquée par Al-Qaida. Le 16, Oussama ben Laden, chef d’Al-Qaida, dénonce sur Internet l’« alliance [du régime saoudien] avec l’infidélité mondiale dirigée par Bush » dans le cadre de la crise irakienne. Il appelle à attaquer les installations pétrolières « en Irak et dans le Golfe ». Le 30, à Riyad, le ministère de l’Intérieur et un camp des forces spéciales de sécurité sont la cible de deux attaques à la voiture piégée qui ne font pas de victimes. Les forces de l’ordre tuent sept personnes suspectées d’avoir participé aux opérations.

Vie économique. En 1990, La menace d’une guerre contre l’Irak à partir du territoire saoudien entraîne une fuite des capitaux dans les premières semaines de la crise. L’économie connaît ensuite une intensification de l’activité industrielle. La production de brut est accrue pour compenser l’arrêt des exportations de l’Irak et du Koweït. Le gouvernement accélère le programme d’industrialisation entamé il y a dix ans, mais le pétrole et ses dérivés interviennent encore pour un tiers dans le P.N.B., pour les deux tiers dans les ressources budgétaires et pour 80% dans les exportations.

En mai 1991 Le gouvernement saoudien signe à Paris un accord avec un consortium de vingt banques internationales pour un prêt de 4,5 milliards de dollars, pour la première fois depuis vingt ans. La principale raison de cet emprunt est la contribution que Riyad a versée aux États-Unis pour les sommes engagées dans la guerre du Golfe.

Le 22 mai 1992. Le gouvernement décide, lors de la réunion de l’O.P.E.P. à Vienne, de maintenir inchangé le plafond de production de cette dernière, après avoir laissé entendre qu’il était prêt à l’accroître. Cette attitude est interprétée comme une mise en garde adressée aux Européens, qui envisageaient l’instauration d’une taxe sur l’énergie pour des raisons écologiques.

En 1993. Le royaume subit les conséquences de l’effort consenti pour financer la guerre du Golfe (55 milliards de dollars), alors que le pays est exposé à celles des déficits budgétaires cumulés. Selon une enquête du New York Times, le plus gros « trou noir » dans les finances saoudiennes serait dû aux prêts accordés aux membres de la famille royale par la Banque commerciale nationale, avances qui n’auraient jamais été remboursées. Le ministre des Finances Mohammed Ali Aba al-Khaïl estime préférable de financer le développement économique par l’emprunt plutôt que par des hausses d’impôts. Le royaume a réussi, jusqu’ici, à financer la quasi-totalité des prestations sociales dont bénéficie la population.

Le 1er janvier 1994. Le roi Fahd annonce que, en raison de la chute des prix du pétrole, le budget pour 1994 sera réduit de 20%, d’où une diminution des achats d’armes aux États-Unis et la demande d’un rééchelonnement de la dette à l’égard de ce même pays.

En 1995 La crise financière causée par l’endettement consécutif au financement de la guerre du Golfe et aux achats d’armes se poursuit, malgré un raffermissement des prix du brut.

Le budget pour 1995 annoncé le 1er janvier, prévoit encore une diminution des dépenses de 6% ainsi qu’une hausse des taxes et des prix des services publics.

En juillet. Le gouvernement adopte le plan quinquennal de développement (1995-2000) fondé sur une croissance moyenne de 3,8% par an ; celui-ci prévoit une augmentation du nombre d’emplois réservés aux Saoudiens, un accroissement du rôle du secteur privé et le développement du secteur non pétrolier. La diminution du nombre des fonctionnaires et une accélération des privatisations sont envisagées.

En août, le remaniement ministériel aboutit principalement au remplacement du ministre du Pétrole, Hicham Nazer, par le président de la Saudi Aramco, première compagnie pétrolière mondiale, Ali ben Ibrahim El-Noueimi, et à celui du ministre des Finances, Mohammed Ali Aba al-Khaïl, par Suleiman ben Abdul Aziz al-Suleim, précédemment ministre du Commerce.

L’année 1996 reste marquée par un fort déficit budgétaire occasionné par le règlement du lourd endettement intérieur public. L’augmentation des cours du pétrole permet toutefois de dégager des surplus importants et de maintenir un taux de croissance élevé. Par ailleurs, Riyad fait officiellement acte de candidature auprès de l’O.M.C.

En janvier, Ibrahim Ali Assaf, qui appartient à la génération des jeunes technocrates, remplace Suleiman ben Abdul Aziz al-Suleim au poste de ministre des Finances.

En 1997, la politique de rigueur budgétaire appliquée depuis 1995 porte ses fruits. Toutefois, Riyad est encore encouragé par le F.M.I. à réduire les subventions publiques ainsi que les effectifs pléthoriques de la fonction publique. La production gazière, qui n’est pas exportée, est doublée en vue de développer l’industrie nationale.

En 1998, la chute des cours du pétrole accroît le déficit budgétaire du royaume, forçant Riyad à adopter de nouvelles mesures d’austérité et à envisager le recours à un emprunt international. Les propositions de réduction concertée de la production de pétrole mondiale, soutenues par l’Arabie Saoudite, n’ont pas d’effet sur les cours.

La décision adoptée par l’O.P.E.P. en mars 1999, sur l’initiative de Riyad, de réduire la production pétrolière, produit les effets escomptés sur les cours du brut, qui remontent. Cela permet notamment au royaume saoudien de diminuer le montant de son déficit prévisionnel. En août, un Conseil économique est mis en place auprès des autorités royales. Des mesures visant à encourager les investisseurs étrangers sont adoptées. Le plan quinquennal 1999-2004 met l’accent sur les privatisations.

En 2000, le maintien des cours du pétrole à un bon niveau permet la poursuite des réformes nécessaires à l’admission du royaume au sein de l’O.M.C. Une nouvelle loi sur les investissements étrangers, promulguée en avril, autorise la prise de contrôle des entreprises industrielles nationales jusqu’à 100% de leur capital.

En 2001, la chute des cours du pétrole et le ralentissement de l’activité mondiale, à la suite des attentats du 11 septembre aux États-Unis, affectent peu la croissance du royaume qui avait enregistré, en 2000, son premier excédent budgétaire depuis 1982. Le gouvernement adopte de nouvelles mesures de libéralisation commerciale visant à faciliter une future adhésion de l’Arabie Saoudite à l’O.M.C. Par ailleurs, d’importants accords sont signés avec plusieurs firmes étrangères en vue de l’exploitation des gisements gaziers géants que renferme le sous-sol du pays.

En 2002, le gouvernement affiche sa volonté de réaliser les réformes économiques indispensables. Alors que l’accroissement de la population n’est pas suivi par celui du P.I.B. et que le chômage augmente, la nécessité se fait jour d’une réforme du marché du travail par le biais d’une taxation visant l’emploi de travailleurs étrangers. La faible rentabilité des gisements gaziers dont l’exploitation est projetée entraîne d’âpres discussions avec les compagnies pétrolières étrangères.

En 2003, le pays dégage un excédent budgétaire pour la première fois depuis vingt ans. Durant l’année, le royaume améliore ses conditions de production et de stockage du brut. Sous la pression du F.M.I., Riyad ouvre divers secteurs aux investissements étrangers. En août, le royaume conclut un accord avec l’Union européenne en vue de son adhésion à l’O.M.C.

En 2004, la hausse du prix du pétrole, qui achève l’année à 45 dollars le baril, entraîne un excédent budgétaire record. En mars, le royaume conclut d’importants contrats en vue de l’exploration et de l’exploitation des gisements de gaz naturel. La multiplication des actes terroristes, dirigés notamment contre les étrangers, fait craindre un départ des expatriés occidentaux qui contribuent au fonctionnement de l’économie du royaume.

Relations internationales.

Le 21 juillet 1990, l’Arabie Saoudite, qui était le dernier pays arabe à maintenir une ambassade à Taïwan, établit des relations diplomatiques avec la république populaire de Chine.

Le 8 août, les premiers soldats américains atterrissent en Arabie Saoudite, afin de prévenir toute agression irakienne, après l’invasion du Koweït par l’Irak le 2.

Le 7 février 1991, l’Irak rompt les relations diplomatiques avec l’Arabie Saoudite. Le 24, l’offensive terrestre visant à libérer le Koweït est déclenchée par la coalition anti-irakienne, à partir du sol saoudien ; quarante et un missiles Scud au total seront tirés par l’Irak sur l’Arabie Saoudite durant le conflit, faisant trente morts et deux cents blessés. Les combats cessent le 28 avec la défaite de Saddam Hussein.

Le 26 mars, les relations diplomatiques reprennent avec l’Iran. Elles avaient été rompues en 1988, à l’initiative de Riyad. L’accord met fin au boycottage du pèlerinage de La Mecque par l’Iran.

Les 24 et 25 janvier 1994, première visite du leader de l’Organisation de libération de la Palestine (O.L.P.) Yasser Arafat depuis la guerre du Golfe : le roi Fahd promet d’accorder une aide financière aux Palestiniens, mais sans préciser si elle passera par le canal de l’O.L.P.

Le 29 octobre, le président américain Bill Clinton se rend en Arabie Saoudite, dans le cadre d’une tournée au Proche-Orient. Il réaffirme son hostilité à toute levée « prématurée » de l’embargo imposé à l’Irak lors de la guerre du Golfe.

Le 19 novembre, la France et l’Arabie Saoudite signent un contrat d’un montant d’environ 19 milliards de francs, qui porte sur la fourniture de deux frégates lance-missiles et de leurs armements ainsi que sur une aide à la construction d’une base navale.

En décembre, le royaume exerce une pression militaire sur le Yémen afin de contraindre celui-ci à proroger l’accord de Taef conclu en 1934 qui reconnaît la souveraineté de Riyad sur trois provinces frontalières contestées. Il obtient gain de cause le 16 février 1995.

Le 13 novembre 1995, l’explosion d’une voiture piégée aux abords des locaux de la Mission américaine d’encadrement de la garde nationale, à Riyad, fait six morts, dont cinq Américains. Il s’agit du premier acte terroriste de cette ampleur dans la capitale saoudienne. L’enquête s’oriente vers les milieux islamistes qui dénoncent régulièrement la présence de soldats non musulmans dans le pays.

Le 25 juin 1996, un mois après l’exécution de quatre islamistes responsables de l’attentat antiaméricain perpétré à Riyad en novembre 1995, un nouvel attentat au camion piégé fait dix-neuf morts parmi les forces américaines sur la base aérienne de Khobar, près de Dharhan.

Les 6 et 7 juillet, le président Jacques Chirac se rend en visite officielle à Riyad où il prône le développement d’un « partenariat » plus étroit entre la France et l’Arabie Saoudite.

En mars 1997, la rencontre entre le prince Abdallah et le président iranien Hachemi Rafsandjani, à l’occasion du sommet de l’Organisation de la Conférence islamique à Islamabad, illustre l’amélioration des relations entre les deux pays ainsi que la relative distance prise par Riyad vis-à-vis de la diplomatie américaine dans la région.

Le 13 juin 2000, le Yémen et l’Arabie Saoudite signent un traité frontalier qui met fin à leur différend territorial et permet un renforcement de leurs relations.

Le 31 décembre, l’Arabie Saoudite signe avec le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis, Oman et le Qatar un pacte de défense mutuelle ainsi qu’un projet de monnaie commune.

Le 15 mars 2001, un commando de trois Tchétchènes détourne sur Médine un avion d’une compagnie russe comptant une centaine de passagers à son bord. Ils exigent la fin de la guerre menée par Moscou en Tchétchénie. Le 16, les forces saoudiennes donnent l’assaut à l’appareil. Trois personnes, dont un pirate de l’air, sont tuées.

Le 25 septembre, Riyad rompt ses relations diplomatiques avec le régime taliban au pouvoir à Kaboul.

L’année 2002 est marquée par un accroissement de la tension avec les États-Unis, en raison de l’implication de nombreux Saoudiens dans les réseaux terroristes, notamment Al-Qaida. En réponse, Riyad met en place des mesures visant à lutter contre le blanchiment d’argent et, dans la perspective d’une guerre contre l’Irak, s’engage à préserver la stabilité des cours pétroliers. Le 25 avril, le prince Abdallah se rend en visite aux États-Unis.

Le 22 décembre 2002, à Doha, lors du 23e sommet du C.C.G., est annoncée la naissance d’une union douanière entre les membres du Conseil ; elle entrera en vigueur le 1er janvier 2003. L’union monétaire est prévue pour 2010.

Terrorisme et guérilla.

Problème plus concret, peut-être : le terrorisme est-il autonome par rapport à la guérilla ou à la subversion auxquelles il est souvent associé ? Légitimement, on peut, au regard de ces deux notions, le considérer comme second. Il n’en est, après tout, qu’une technique : technique complémentaire, technique épisodique, propre notamment à accentuer ponctuellement la désagrégation de l’appareil adverse, en même temps que la conquête psychologique des populations. Encore est-ce une arme à double tranchant qui, si elle peut faire serrer les rangs, peut aussi bien aboutir à l’inverse par ses excès.

Le terrorisme présente de toute façon deux grandes faiblesses. D’une part, gestion limitée et technocratique de la violence, il n’a pas, sauf cas particulier, de véritable base populaire, ce qui réduit son efficacité et accroît sa vulnérabilité. N’est-ce pas l’une des raisons pour lesquelles les communistes, Trotski en tête, n’ont pas cessé, tout en l’utilisant, de s’en méfier ? D’autre part, à l’inverse de la guérilla, d’essence rurale, qui peut jouer du temps et de l’espace pour enrôler les masses et s’imposer, le terrorisme, voué normalement à n’être qu’une guérilla de ville, subit les contraintes citadines, piège où il finit souvent par succomber. Le cas de l’Amérique latine des années 1970 est symptomatique : on sait que la guérilla initiée par Cuba y échoue pour avoir visé un développement révolutionnaire sans mobilisation populaire. Le terrorisme prend alors la suite. Mais, du fait de son caractère urbain et de la clandestinité de ses membres, il manque, lui aussi, de racines, si bien que, en Uruguay, en Argentine comme au Brésil, il se fait éliminer.

Que la guérilla et la guerre subversive aient finalement une autre ampleur et d’autres assises n’empêche, il est vrai, que leur exercice suppose tout un ensemble de conditions qu’on ne peut réunir partout. Autant, à ce titre, les pays en développement fournissent a priori un cadre idéal, autant on voit mal aujourd’hui l’expansion de guérillas dans les démocraties occidentales. Les cartes localisant, ici et là, guérilleros et terroristes sont d’ailleurs assez explicites. En outre, la guérilla, c’est quand même la guerre et, au regard de ce « glaive » pesant, on peut, en parodiant Clausewitz, dire que le terrorisme se présente comme une « épée légère et maniable » à souhait. Par là même, de simple succédané, cette technique tend non seulement à s’autonomiser, mais aussi à se substituer à la guerre, coûteuse, encombrante et d’une légitimité de plus en plus contestée. Guerre sans visage, guerre sans frontière : c’est bien dans cette direction, comme moyen de guerre, que le terrorisme tend aujourd’hui à évoluer.

Une conjonction de facteurs favorables.

Passons sur la technique, notamment le développement de l’aviation, sur la civilisation de masse ou sur la vulnérabilité de certaines structures : le premier attentat manqué contre le World Trade Center à New York le 26 février 1993 visait bel et bien, tels qu’étaient disposés les explosifs, à faire s’effondrer l’édifice.

C’est néanmoins sur la dimension médiatique qu’il faut insister. Car l’information n’a pas seulement rétréci le monde et mis les événements, grands et petits, à portée, elle a transformé la stratégie, la dialectique des volontés qui est au cœur de celle-ci, intégrant bien plus qu’autrefois le poids de l’opinion publique. Qu’on pense à la guerre du Golfe, voire au débarquement en Somalie ! Plus encore qu’aux actes relativement mineurs et isolés sur lesquels il s’appuie, le terrorisme doit tout, désormais, à la publicité qui lui est faite, elle seule pouvant lui permettre de remplir à terme sa mission impossible et de devenir un défi. Sans les médias, jamais les Arméniens n’auraient réussi à faire prendre en considération un génocide vieux d’un siècle, ni les Palestiniens une cause que l’absence de territoire rendait au départ tout à fait aléatoire.

L’évolution de la société internationale a, de son côté, joué un rôle. Par-delà la dialectique des volontés, la bipolarisation impliquait une dialectique des antagonismes qui, non contente de s’exprimer par la violence - du moins hors des sanctuaires couverts par la dissuasion nucléaire -, postulait, tout comme d’ailleurs le bras de fer entre Arabes et Israéliens, un maximalisme, une « diabolisation » de l’ennemi propre à favoriser des positions extrêmes. Au moment où cette tendance vient à s’estomper, le monde communiste a cédé la place à de nouvelles forces délétères qu’amplifie encore la crise de l’État-nation : irruption de particularismes et d’intégrismes de toutes sortes, fanatismes en tout genre - pêle-mêle, Tamouls, sikhs, rebelles du Cachemire, Tchétchènes, Kurdes, sectes et mouvements fondamentalistes de Kaboul à Alger en passant par le Soudan et l’Égypte.

Par ailleurs, le fossé se creuse entre pauvres et nantis à l’intérieur des sociétés favorisées comme à l’échelle globale : le terrorisme, revigoré par les grandes luttes sociales du XIX° siècle, puis dopé par les combats de libération nationale, risque d’y puiser un nouveau dynamisme. Enfin, si la coercition diplomatique, par services secrets, organisations écrans ou immigrés interposés, ne date pas d’hier, force est de constater un regain dû aux actions des « États terroristes », qui, non contents de liquider leurs opposants en territoire étranger, s’efforcent d’inciter, de freiner ou de punir, bref de peser ici et là sur les orientations politiques qui les gênent ou les favorisent. Les procédés, attentats aveugles, prises d’otages, assassinats de diplomates, piégeages de véhicule, « jambisation » (tirs visant les jambes des gens) parfois, sont toujours les mêmes, les détournements d’avion étant moins fréquents. Quant aux cibles, elles sont directes ou indirectes : Israël, l’O.T.A.N. et la toute-puissance américaine, la France. Terrorisme d’État, terrorisme de guerre, source de représailles - tels les divers raids aériens israéliens ou américains -, source aussi de violences nouvelles dont on voit mal la fin.

Cet environnement a pour effet de renforcer la transnationalité du terrorisme. Non point qu’il y ait eu ou qu’il subsiste une « internationale » au sens strict, un chef d’orchestre clandestin. Certains avaient attribué ce rôle à l’U.R.S.S., flanquée de ses alliés de l’Est. Le « fil rouge » n’a jamais vraiment existé, quand bien même Moscou a apporté son aide, notamment dans le Tiers Monde, au point qu’aujourd’hui diverses activités ou filières ont disparu. Pas davantage ne peut-on, semble-t-il, parler d’un réseau islamiste international dirigé par l’Iran ou le Soudan, l’islam étant aux antipodes du monolithisme. Le transnationalisme actuel est d’une autre veine. Au-delà des liens de proximité, comme ceux de l’euro-terrorisme, il existe une collaboration due notamment aux stages de formation communs dans des camps de Libye ou du Moyen-Orient, le Liban ayant longtemps servi de plaque tournante. Chaque commanditaire, par exemple Damas ou Téhéran, a ses groupes clients : Amal, le Djihad islamique, le Hezbollah, Hamas ou le Front de libération de la Palestine, qui s’opposent, d’ailleurs, ou se subdivisent, au point qu’il est parfois difficile de les suivre.

À côté du terrorisme d’État, largement utilisé dans nombre de pays non démocratiques en butte à une contestation violente, on peut diviser au début du XXI° siècle les organisations qualifiées de terroristes en deux catégories.

D’un côté, les guérillas, telles qu’en mènent les Kurdes de Turquie du P.K.K. ou les Tigres tamouls du Sri Lanka, qui ont une implantation populaire sur le terrain et peuvent se livrer à la fois au harcèlement des troupes régulières, au sabotage et à des actes terroristes. Ce type d’organisation oblige l’armée à un vaste quadrillage et à une contre-offensive tant rurale qu’urbaine, en vue d’éradiquer l’infrastructure politique clandestine de l’adversaire.

D’un autre côté, les organisations spécialisées dans les actions à caractère terroriste comme substitut à une guérilla qu’elles n’ont, la plupart du temps, pas les moyens militaires de mener. On peut ranger dans cette catégorie le Hamas ou le Djihad islamique, par exemple, au Proche-Orient. Il faut souligner que c’est moins l’origine du financement d’une organisation que l’importance de sa base sociale qui est décisive pour sa pérennité. Les sectes idéologiques telles que les Brigades rouges (Italie), la Fraction Armée rouge (Allemagne), Action directe (France), ou encore les Cellules communistes combattantes de Belgique appartiennent au passé. Elles n’avaient aucune chance d’entraîner, comme elles l’escomptaient à leurs débuts, les masses populaires d’Europe derrière elles.

La chute du Mur de Berlin (1989), suivie de l’effondrement de l’Union soviétique (1991), signifie pour nombre de mouvements terroristes un important changement : ils ne pourront plus compter sur l’aide logistique ou financière du « camp socialiste ». Désormais, ces mouvements ou groupes qui trouvaient jusque-là aide et soutien auprès des régimes communistes européens doivent chercher d’autres sources de financement et recourir plus que jamais aux trafics, en particulier celui de la drogue, le plus lucratif.

Terrorismes de guérilla.

En Turquie, le P.K.K. (Parti des travailleurs du Kurdistan), qualifié par l’État turc de mouvement terroriste, bien qu’il ait obligé, durant près de quinze ans, l’armée turque à quadriller avec quelque 200 000 hommes une douzaine de provinces maintenues en état d’urgence, subissait en 1998 un revers décisif avec la capture de son chef, Abdullah Öcalan. Celui-ci avait été expulsé de Syrie au terme de pressions turques menaçant la Syrie d’une incursion militaire. D’abord réfugié en Russie, le dirigeant du P.K.K. en avait été expulsé sur pression américaine. Réfugié politique en Italie, Öcalan commettait l’erreur de vouloir, grâce à la complicité des Grecs, gagner la Tanzanie où il était arrêté par les services turcs, épaulés par la C.I.A. américaine et le Mossad israélien. Reconduit en Turquie, il déclarait, à l’issue d’une longue période de détention et d’interrogatoires par la police turque, qu’il était temps de déposer les armes et rejetait sur ses lieutenants la responsabilité d’actes qui lui étaient reprochés.

En Amérique latine, le mouvement péruvien Sentier lumineux, qui menait à la fois une guérilla rurale dans les Andes et des opérations terroristes à Lima, a été décimé depuis l’arrestation en 1993 de son dirigeant Abimaël Guzmán. Ce dernier, « questionné » par la police politique, a été amené à demander à ses troupes de déposer les armes. L’unique autre pays d’Amérique latine où des guérillas occupent le devant de la scène est la Colombie. Dans ce pays où des tractations sont menées depuis plusieurs années entre l’État et les deux organisations combattante : (F.A.R.C) et Ejército de liberación nacional (E.L.N.) -, le terrorisme est surtout l’apanage des forces d’extrême droite paramilitaires.

Citons encore ici, pour mémoire, les Tigres tamouls, sur lesquels nous reviendrons plus longuement.

Mouvements minoritaires sans guérilla.

Les mouvements de minorité luttant pour des droits en Europe occidentale connaissent des destins différents. Le mouvement irlandais (I.R.A., Irish Republican Army) a, pour l’essentiel, réussi à l’emporter. La situation des catholiques d’Ulster, de moins en moins minoritaires du point de vue démographique, est très différente de ce qu’elle fut en 1968, au début des actions armées. Le mouvement basque E.T.A. (Euskadi ta askatasuna, Pays basque et liberté) ne représente plus qu’une minorité violente, marginalisée, d’un mouvement nationaliste modéré qui est sorti renforcé des dernières élections au Parlement basque de mai 2001. Malgré sa remarquable organisation, il a subi des reculs sérieux depuis que les polices espagnole et française collaborent. Ce mouvement n’a pas et ne peut avoir de perspectives politiques.

Les différentes composantes des mouvements corses qui prétendaient lutter contre un statut colonial imposé par la France continentale ont connu, au cours des années 1990 une dérive mafieuse. Elles ont, par contre, profité du laxisme de l’État français qui, depuis la fusillade d’Aleria du 22 août 1975, où deux gendarmes étaient tués sans que les criminels soient sanctionnés, n’a cessé de chercher des accommodements au lieu d’appliquer les règles de l’État de droit. Ces divers mouvements nationalistes, bien que rivaux et ne représentant qu’une minorité de l’électorat, ont pourtant réussi à confisquer à peu près complètement le discours politique sur l’île.

En Afrique subsaharienne, il n’y a pas d’activité terroriste locale mais des guérillas ou des guerres civiles. En Afrique du Nord, le terrorisme des islamistes, de plus en plus affaibli par un contre-terrorisme d’État particulièrement brutal, a adopté des méthodes d’une rare barbarie. Un nombre non négligeable d’islamistes algériens ont été entraînés en Afghanistan et font partie de réseaux transnationaux. Les actions les plus dramatiques de cette mouvance terroriste ont été le détournement à Alger, en décembre 1994, d’un avion d’Air France par un commando qui fut éliminé par le G.I.G.N. et la vague d’attentats qui frappa la France durant l’été de 1995, culminant avec l’explosion d’une bombe à la station de métro Saint-Michel, à Paris, le 25 juillet. En France, nombre de réseaux dormants ont été depuis lors discrètement démantelés avant de pouvoir passer à l’action.

Depuis le détournement par le Front populaire de libération de la Palestine (F.P.L.P.) du vol d’El-Al entre Rome et Tel-Aviv en juillet 1968, le terrorisme transnational lié à la question palestinienne a pris de multiples aspects. Au cours de la décennie de 1990, deux attentats particulièrement meurtriers, attribués officieusement à l’Iran via le Hezbollah, ont été commis en Argentine. Une première bombe y détruisait complètement, en mars 1992, l’ambassade d’Israël, causant la mort de vingt-neuf personnes ; en juillet 1994, un deuxième engin, dissimulé également dans un véhicule, soufflait l’immeuble de l’Association mutuelle israélite argentine et faisait quatre-vingt-six morts.

En Israël, le recours aux attentats-suicides par les mouvements islamistes palestiniens n’empêche pas des groupes bien organisés et plus anciens, comme le F.P.L.P., de continuer de préférer les attentats politiques ciblés, plus « classiques », comme le montre le récent assassinat, le 17 octobre 2001, de Rehavam Zeevi, ministre du Tourisme démissionnaire du gouvernement Sharon. Cette action se voulait une réplique à l’élimination du chef du F.P.L.P., Abou Ali Moustapha, le 27 août précédent, tué par l’armée conformément à la politique du gouvernement israélien d’exécution des personnes soupçonnées d’être responsables des attentats ou de les préparer. Ce cycle meurtrier d’escalade dans les attentats fait évidemment obstacle à toute ouverture de négociations afin d’aboutir à la création d’un État palestinien viable. Mais le gouvernement Sharon ne s’est-il pas donné pour priorité le renforcement des colonies en Cisjordanie ?

Avec le conflit israélo-palestinien, celui du Cachemire est l’un des plus anciens, puisqu’il est consécutif à la partition de l’Inde en 1947. Il a déjà occasionné directement deux guerres entre le Pakistan et l’Inde, en 1948-1949 et en 1965. Après avoir aidé les Afghans, qui luttaient contre l’intervention soviétique de 1979 à 1989, le Pakistan a largement contribué à épauler la guérilla au Cachemire indien, au début des années 1990. Mais celle-ci a été, pour l’essentiel, si affaiblie par l’armée indienne que les militants en lutte pour l’indépendance du Cachemire (ou pour son rattachement au Pakistan) ont dû se contenter pour agir d’attentats à caractère terroriste. Au fil des années, les Cachemiris se sont trouvés de plus en plus soutenus par les islamistes radicaux, pakistanais ou non, venus combattre à leur côté contre les Indiens. Au printemps et à l’été de 1999, l’armée pakistanaise tente d’internationaliser le conflit en lançant une offensive sur la bourgade de Kargil, dans la région himalayenne du Ladakh, traversée par la ligne de cessez-le-feu. Elle se traduit par un échec et la modération dont fait preuve l’Inde en la circonstance affaiblit la position internationale du Pakistan et tend à distendre les liens de ce dernier avec les États-Unis, à l’heure où ceux-ci condamnent la nucléarisation des deux protagonistes. En octobre de la même année, l’armée pakistanaise prend le pouvoir, provoquant des mesures de rétorsion économique qui ne sont levées qu’au lendemain du 11 septembre 2001 lorsque le général Moucharraf décide de se joindre à la coalition formée par les États-Unis. Les attentats sont en recrudescence à Srinagar, capitale du Jammu-et-Cachemire, preuve que le Pakistan entend monnayer son alliance avec les États-Unis au détriment de l’Inde.

Une nouvelle formule : l’attentat-suicide.

Les Tigres tamouls du Sri Lanka ont formé une des plus redoutables organisations dites terroristes. Il s’agit en fait, comme dans le cas du Hezbollah libanais, d’un mouvement politique menant des opérations militaires de guérilla, mais recourant aussi aux attentats terroristes. Le mouvement indépendantiste des Tigres de la libération de l’Eelam tamoul (Liberation Tigers of Tamil Eelam, L.T.T.E.) est même capable de mener des actions frontales contre l’armée. Sur ce dernier plan, on ne voit guère, au cours des décennies passées, que le mouvement sécessionniste érythréen qui puisse lui être comparé. Ce qui caractérise le mouvement des Tigres tamouls est la valeur absolue accordée au sacrifice personnel des membres du groupe. Contrairement à des organisations analogues du Proche-Orient, ce sacrifice n’a cependant pas ici de connotation religieuse. Le mouvement est laïque, bien qu’issu de la minorité tamoule, de religion hindoue, qui représente 10% de la population de ce pays officiellement bouddhiste ; son idéologie est un nationalisme à toute épreuve allié à une dévotion à son dirigeant, Velupillai Prabhakaran, fondateur du mouvement en 1972. Ce dernier s’est débarrassé, au fil des années, de tous les groupes concurrents et de toute personnalité pouvant lui disputer le pouvoir, qui est devenu absolu. Pour rejoindre cette sorte de couvent de « moines-soldats » qu’est le L.T.T.E., les jeunes candidats, garçons ou filles, ces dernières étant proportionnellement plus nombreuses, doivent avoir rompu tous les liens avec leur famille. Ils reçoivent un endoctrinement et une formation militaire durant six mois. Après cette période, tous portent une ampoule de cyanure attachée autour du cou avec pour ordre de se suicider plutôt que de se rendre.

Les éléments les plus motivés sont choisis pour faire partie des commandos-suicides. Ces petites unités, une fois l’opération soigneusement préparée par une logistique appropriée, passent à l’action avec des chances de succès considérables, personne dans le groupe ne sachant qui va commettre l’attentat. Sur près de deux cents attentats, les Tigres tamouls ont manqué moins de dix fois leur cible. On compte parmi leurs victimes le Premier ministre indien Rajiv Gandhi, tué par une « bombe humaine » le 21 mai 1991, le président du Sri Lanka Ranasinghe Premadasa, assassiné de la même manière le 1er mai 1993, et nombre de ministres, de gouverneurs ou d’autres personnages officiels. La présidente du Sri Lanka, Chandrika Kumaratunga, échappait de peu à un attentat-suicide le 18 décembre 1999. Le 24 juillet 2001, un commando des L.T.T.E., armé de lance-roquettes, attaquait une base aérienne militaire puis l’aéroport international de Colombo, réussissant à détruire ou à endommager une dizaine d’appareils militaires.

En 1983, à Beyrouth, l’attentat-suicide du 18 avril visant l’ambassade des États-Unis, qui provoque soixante-trois morts, puis, surtout, celui du 23 octobre, où deux camions-suicides tuent deux cent quarante et un marines américains et cinquante-huit parachutistes français, marquent un des succès politiques majeurs du terrorisme contemporain. En effet, peu après ces attentats qui produisent un choc considérable dans l’opinion publique, les États-Unis - encore marqués par la guerre du Vietnam - et leurs alliés européens retirent leurs troupes du Liban, ce qui permet à la Syrie d’y imposer une paix qui lui est favorable.

Cette réaction de l’opinion et de l’administration américaines - le refus d’assumer la perte de militaires professionnels sur un théâtre considéré comme de peu d’importance - influencera, quelques années plus tard, les calculs de Saddam Hussein, en l’encourageant à défier les États-Unis. En effet, le président irakien se persuada que, si l’Irak était en mesure d’infliger aux troupes américaines des pertes considérées comme inacceptables par l’opinion publique, le rapport de forces entre les deux pays pourrait être inversé. Les attentats-suicides de 1983 semblent bien avoir mis au jour une nouvelle sensibilité chez les Occidentaux. Celle-ci est sans doute à l’origine de la doctrine de la guerre « zéro mort », qui doit être menée uniquement par voie aérienne, sans engagement de troupes sur le terrain, doctrine suivie durant la plus grande partie du conflit bosniaque et intégralement lors de la guerre du Kosovo.

En Israël même, le Hamas et le Djihad islamique utilisent à partir du milieu des années 1990 la technique des attentats-suicides. En octobre 1994 était commis contre un autobus à Tel-Aviv le plus meurtrier de ces attentats : il provoquait vingt-trois morts. La technique des attentats-suicides, qui a pour modèle la technique des Tigres tamouls, est particulièrement redoutable. Comment le Hamas, par exemple, forme-t-il ses commandos-suicides ? Les recruteurs cherchent d’abord en milieu scolaire à distinguer les individus les plus manipulables. C’est auprès de ceux-là que, après enquête sur leur famille, est porté l’effort : endoctrinement, exaltation de la cause, responsabilisation, etc. Une fois le sujet jugé prêt au sacrifice, celui-ci est amené à l’annoncer devant les dirigeants de son organisation, à l’égard desquels il est désormais engagé. Celui qui va s’immoler en tant que martyr est déjà traité en héros de la cause et se trouve en quelque sorte tenu d’accomplir sa promesse, sauf à se renier et perdre complètement la face au sein de son mouvement, lequel est devenu comme sa famille. Ce type d’attentat est presque totalement imparable : le seul objectif du candidat au suicide étant de causer un maximum de victimes, n’importe quel lieu public peut être choisi pour cible, ce qui multiplie à l’infini les terrains d’action et rend les mesures de protection policière illusoires.

La mouvance islamiste internationale.

Depuis la fin de la guerre du Golfe, en 1991, ce sont les mouvements extrémistes se réclamant de l’islam qui ont rapidement gagné la première place en matière de terrorisme transnational. En février 1993, à New York, le premier attentat contre le World Trade Center qui n’avait fait « que » six morts avait heureusement manqué ses objectifs, mais il indiquait déjà clairement que les États-Unis, longtemps épargnés sur leur territoire par le terrorisme transnational, étaient désormais infiltrés et visés par ces organisations. L’attentat, organisé par des islamistes radicaux, avait pour but, à l’aide d’un camion chargé d’explosifs, de provoquer le plus grand nombre possible de victimes. Deux années plus tard, l’attentat à la voiture piégée du 19 avril 1995 contre le bâtiment fédéral d’Oklahoma City fut tout d’abord attribué à des islamistes avant que l’Amérique atterrée ne découvre qu’il était l’œuvre d’un citoyen américain militant de l’extrême droite. Son acte provoqua la mort de cent soixante-huit personnes. Il fut exécuté six ans plus tard sans avoir manifesté aucun remord.

Une voiture piégée explose à Oklahoma City (États-Unis), le 19 avril 1995, faisant 168 morts. L’acte terroriste, non revendiqué, attire l’attention sur les mouvements antifédéraux américains d’extrême droite.

Le 13 novembre 1995, l’explosion d’une voiture piégée près de la Mission américaine d’encadrement de la garde nationale, à Riyadh, fait six morts, dont cinq Américains. Il s’agit du premier attentat terroriste antiaméricain en Arabie Saoudite. L’année suivante, le 25 juin, un mois après l’exécution de quatre islamistes responsables de cet attentat, un autre véhicule piégé tue dix-neuf Américains sur la base aérienne de Khobar. L’installation permanente depuis la guerre du Golfe de troupes américaines sur le sol saoudien, où se trouvent La Mecque et Médine, deux villes saintes de l’islam, a été dénoncée comme une « profanation » par les islamistes radicaux, notamment par Oussama ben Laden.

Visite du secrétaire d’État américain Warren Christopher (au centre) et du prince saoudien Al Saud (à droite) sur les lieux de l’attentat à la bombe commis la veille (25 juin 1996) contre la base militaire de Khobar (Arabie Saoudite). Bien que dix-neuf Américains aient été tués et soixante-quatre blessés, Washington affirme sa volonté de maintenir...

Le 17 novembre 1997, à Louxor (Égypte), un commando ouvre le feu au fusil-mitrailleur sur des touristes qui visitent la Vallée des Rois, avant de disparaître sans laisser de traces. Leur action, revendiquée par l’organisation islamiste Jamaa Islamiya, a causé la mort de soixante-sept personnes dont cinquante-sept Européens. En août 1998, deux nouveaux attentats à la voiture piégée, tout à fait inattendus quant à leur localisation, frappent deux ambassades américaines, à Nairobi (Kenya) et à Dar es-Salam (Tanzanie), faisant deux cent vingt-quatre victimes. Cette fois, Oussama ben Laden, déjà connu de ceux qui suivent l’évolution du terrorisme international, est officiellement désigné comme l’instigateur de ces attentats. La réponse américaine se limite au bombardement de camps militaires d’Al-Qaida en Afghanistan et d’une usine de produits chimiques soupçonnée de fabriquer des armes bactériologiques au Soudan.

L’ambassade des États-Unis à Nairobi (Kenya) juste après l’attentat à l’explosif du 7 août 1998. Cet acte terroriste, revendiqué dès le lendemain par l’Armée islamique pour la libération des lieux saints, coûta la vie à plusieurs dizaines de personnes et fit des milliers de blessés.

Oussama ben Laden est bien connu des services américains. Il est le dix-septième enfant d’un petit entrepreneur d’origine yéménite devenu un magnat du bâtiment au service de la dynastie saoudienne, lors du boom pétrolier des années 1970. Né à Riyadh en 1957, il rejoint l’empire familial après des études commerciales à Beyrouth. Présent au Pakistan puis en Afghanistan dès 1980, il participe activement à la guerre contre les Soviétiques, comme agent recruteur et collecteur de fonds. À la suite de ses imprécations contre la présence militaire américaine sur le sol saoudien, il est expulsé par le roi Fahd et déchu de la nationalité saoudienne. On le retrouve réfugié au Soudan en 1992, alors que ce pays passe sous le contrôle du Front national islamique de Hassan el-Tourabi. En mai 1996, Ben Laden doit quitter le Soudan à la demande des autorités qui le jugent trop compromettant. Il regagne l’Afghanistan. C’est l’époque où, avec l’aide très active des services pakistanais qui les ont entraînés, organisés et armés, les talibans s’emparent du pouvoir à Kaboul. De 1996 à 1998 se noue l’alliance entre Ben Laden et les talibans dirigés par le mollah Omar : ces derniers lui fournissent asile et camps d’entraînement, contre livraison d’argent et d’armes. À partir de 1998, Ben Laden prend le contrôle des camps et structure son réseau de façon à en faire une organisation à vocation planétaire. Les deux attentats contre les ambassades américaines font pleinement prendre conscience à Washington du danger direct que représente désormais l’alliance entre le régime des talibans et Ben Laden. L’évolution de la menace islamiste s’est accompagnée du renforcement de ses moyens logistiques, en particulier dans le domaine financier.

La fin du « sanctuaire » américain.

Le choc psychologique des attentats du 11 septembre 2001 a été considérable, non seulement aux États-Unis, mais à l’échelle mondiale. On attribue à l’organisation de ben Laden, al-Qaida (« la Base »), les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington. D’emblée, l’idée d’une riposte a été avancée et, très vite, les cibles furent les réseaux d’Oussama ben Laden et le régime des talibans qui abrite et soutient les mouvements islamistes radicaux.

Le mardi 11 septembre 2001, à New York, deux avions de ligne détournés par des terroristes islamistes s’écrasent, à moins de vingt minutes d’intervalle, contre les tours jumelles du World Trade Center, provoquant leur destruction.

En très peu de temps, l’impact des attentats se faisait sentir, du point de vue économique comme du point de vue politique. La présidence de George Bush fils avait commencé par une volonté de retour à l’isolationnisme, symbolisée par la relance du projet de bouclier antimissile pour « sanctuariser » les États-Unis. Leurs alliés avaient le sentiment d’être traités avec plus d’arrogance que jamais. Du jour au lendemain, la nécessité d’organiser une riposte amena les États-Unis à rechercher l’appui de leurs alliés et à mettre en place une coalition aussi large que possible.

Les attentats du 11 septembre, pour audacieux et inattendus qu’ils soient, restent des attentats terroristes classiques. Ils transposent ni plus ni moins, à l’échelle de la puissance de destruction de l’avion de ligne, la technique de l’attentat-suicide des camions de Beyrouth en 1983. La stratégie tamoule consistant à porter la destruction sur le territoire de l’adversaire, qui avait largement démontré son efficacité, était également reprise, et c’est sans doute ce qui en constitua l’aspect le plus marquant. L’attentat avorté du World Trade Center de 1993 fut un signe précurseur dont les services américains n’avaient pas suffisamment tenu compte. De l’avis général, les services secrets américains ont, depuis des années, négligé l’infiltration et se sont concentrés sur le renseignement technologique. Le retentissement des attentats tient au fait qu’ils ont eu lieu aux États-Unis, qu’ils ont touché de façon spectaculaire des sites hautement symboliques et qu’ils ont fait un nombre de victimes encore jamais atteint par le terrorisme non étatique : près de trois mille morts ou disparus. Toutes ces circonstances ne permettent pas pour autant de parler d’une nouvelle ère du terrorisme, substantiellement différente de la situation d’avant le 11 septembre.

Depuis l’attentat au gaz sarin commis par la secte Aum Shinrikyo dans le métro de Tokyo en mars 1995, les autorités américaines ont été obnubilées par le « terrorisme de destruction de masse » contre lequel étaient mobilisés tous les crédits de recherche. Elles ont de ce fait sous-estimé les possibilités du terrorisme classique, dès lors que celui-ci intégrait la conception du commando-suicide.

Peu après les attentats du 11 septembre, cependant, apparaissait une menace nouvelle, de type biologique : la maladie du charbon (en anglais anthrax) véhiculée par une poudre blanche envoyée par courrier à des adresses ciblées. Les premiers touchés ont été des professionnels des médias. Ensuite furent visées les institutions politiques. Les auteurs de cette campagne n’étaient toujours pas connus à l’heure où ces lignes furent écrites mais, là non plus, il ne s’agissait pas de terrorisme de destruction de masse. Quatre morts au début de novembre 2001 et moins d’une vingtaine de contaminations sérieuses, cela démontrait que l’impact psychologique de la campagne était bien supérieur à ses effets physiques, ce qui est la définition même du terrorisme.

La riposte américaine en Afghanistan visait essentiellement à faire tomber un régime dont le territoire s’était transformé en centre d’entraînement pour la formation militaire des islamistes désireux de participer, soit à l’échelle internationale, soit à l’échelle nationale, aux divers combats menés par cette mouvance. Le terrorisme islamiste n’en sera pas éradiqué pour autant, mais il se trouvera sérieusement affaibli. Quant au but des auteurs des attentats, il était, comme dans toute action terroriste, de pousser à l’affrontement en radicalisant les antagonismes. Il s’agissait, dans ce cas, de provoquer, par la riposte escomptée des États-Unis, la déstabilisation et la chute de divers régimes arabes alliés des puissances occidentales (Arabie Saoudite, Égypte), sous la pression des masses musulmanes en colère contre des traîtres complices du « Grand Satan ».

Gérard CHALIAND

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