La dame au fouet.

Mardi 15 juin 2010 // L’Europe

Dans le chaos des événements provoqués par une spéculation déchaînée, Angela Merkel veut s’imposer pour faire régner la discipline allemande dans l’Union européenne. Nous connaissons par cœur le cliché des bons et des mauvais élèves de la « classe européenne » soumise aux préceptes ultra-libéraux et nous avions l’insolence de demander qui était le Maître. Nul, n’était en mesure de répondre, car le rôle était joué successivement ou simultanément par MM. Trichet, Barroso, Junker, Sarkozy... La crise de la zone euro est en train d’éclaircir les choses au profit de la dame de fer allemande, voici comment : D’abord, on a appris (12 mai) que la Commission européenne, souhaitait que les budgets des États-membres de l’Union lui soient désormais soumis avant même leur présentation devant les parlements nationaux. Souhait aberrant ! Ou bien on soumet le budget pour simple avis et la chose n’a pas plus d’importance qu’un avis de notre Conseil d’État sur la burqa. Ou bien la Commission exerce un véritable contrôle a priori et c’est la fin de la démocratie libérale, car le vote du budget est le critère décisif du parlementarisme. La Suède s’y oppose, la France fait connaître ses réserves et il semble que l’affaire soit enterrée.

Au contraire ! Depuis que l’usine à gaz européenne menace d’exploser ses dirigeants ne cessent de réclamer un gouvernement économique, une fédéralisation des budgets et autres formules magiques qui feraient sortir l’Union des impasses juridiques et politiques dans lesquelles elle s’est enfermée. C’est reconnaître que le traité de Lisbonne, présenté il y a peu comme salutaire, a organisé l’impuissance, comme les précédents. C’est admettre qu’une monnaie réputée unique est une fiction si elle n’est pas l’acte d’un pouvoir légitime et souverain.

Mais au lieu d’abandonner un fédéralisme impossible (on ne peut réduire une nation millénaire au rang d’un État américain) et de reconnaître enfin que la forme confédérale est la seule forme d’union possible pour l’Europe, l’oligarchie a choisi une fois de plus la fuite en avant selon une logique imbécile : si le modèle ultra-libéral s’est effondré, c’est parce qu’il n’était pas achevé ; si les mesures d’austérité ne calment pas « les marchés », autrement dit les spéculateurs, c’est qu’il faut encore et toujours plus d’austérité.

C’est là, que surgit Angela Merkel. L’histoire de la première quinzaine de mai n’est pas faite et nous ne savons pas encore comment se sont prises les décisions qui ont conduit au sauvetage des banques françaises et allemandes (sous le masque d’un « plan d’aide à la Grèce ») ; et à l’annonce d’un plan de soutien à l’euro, toujours virtuel au lendemain du 9 mai, et qui n’a pas empêché la chute (bienfaisante) de la monnaie unique dans la semaine qui a suivi.

Tandis que dame Merkel prenait, sans consulter ses partenaires, une décision intelligente (l’interdiction des ventes à découvert à nu) que la France, entre autres, a refusé d’imiter, les gouvernements de l’Union décidaient tour à tour de renforcer les mesures d’austérité ; la faiblesse des réactions syndicales les incitant à frapper les peuples pour apaiser les spéculateurs. Je m’attendais vaguement à ce que Nicolas Sarkozy prononce un discours volontariste et national rédigé par Henri Guaino. Il a préféré s’aligner tout de suite et surenchérir dans la soumission : on annonce que la Constitution sera réformée sur le modèle allemand, afin que le principe du retour à l’équilibre des finances publiques y soit inscrit. Cette imbécillité, qui aurait empêché le trop timide plan de relance de 2009, ne réunira probablement pas la majorité requise au Congrès, mais, elle montre dans quelle soupe idéologique baignent les cerveaux élyséens.

En France, nous n’aurons pas la rigueur - mot interdit. Mais on va nous administrer la discipline allemande qui consiste à juguler les déficits budgétaires et à punir les peuples pour des fautes inexistantes. L’Union européenne a désormais une seule politique : La déflation, qui va nous pousser dans la récession, au mieux, ou nous faire basculer dans la dépression, au pire.

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