La culture française ? Morte !

C’était le sens et même le titre d’un article du Times magazine qui fit grand bruit l’hiver dernier.

Jeudi 25 septembre 2008 // La France

La France y était présentée comme un pays de culture certes, mais de culture « muséifiée », comme l’Égypte ancienne ou la Grèce antique, et dont la traditionnelle baguette de pain et les productions artistiques subventionnées n’étaient que les symboles d’un déclin irréversible. Le constat, non dénué de perfidie, est à nuancer. C’est ce que s’est employé à faire le sénateur UMP de la Haute-Loire, Adrien Gouteyron, auteur d’un rapport sur la politique de « rayonnement culturel » de la France à l’étranger, présenté et approuvé à la commission des Finances, et qui entend « provoquer la réflexion ».

Premier constat : audiovisuel extérieur (TV5, RFI,...), échanges scientifiques et universitaires, enseignement ou francophonie, un milliard d’euros est consacré à la promotion de la culture française à l’étranger. Contrairement à l’idée reçue, la France y consacre donc des sommes importantes. Sur ce montant, 35% sont alloués au seul réseau culturel (centres culturels et Alliances françaises), soit environ 375 millions d’euros, plus que l’Espagne pour l’Institut Cervantès, que l’Allemagne pour les instituts Goethe et que la Grande-Bretagne pour le British Council.

Deuxième constat : quand d’autres pays déploient leur réseau dans le monde, la France réduit le sien. 173 centres culturels en 1996, 144 aujourd’hui. Une tendance qui pourrait s’accentuer. Alain Gouteyron estime que leur modèle « n’est plus convaincant », sauf en Afrique, où « ils constituent des lieux de références ». Exemples ? « Où le spectateurfrançais va-t-il voir les mises en scènes de Krzysztof Warlikowski, metteur en scène polonais ?Au centre culturelpolonais ?Non, à l’Opéra Garnier. Où va-t-ilvoir La vie des autres, film allemand ? À l’institut Gœthe ? Non, dans une salle commerciale ». La remarque divisera les acteurs de la culture. Peut-on, comme semble le faire le sénateur, réduire la valeur d’une oeuvre à sa seule rentabilité financière ? Où les Français vont-ils voir les rétrospectives consacrées aux cinéastes Ozu ou Kurosawa ? Dans un centre culturel japonais ! Certes, les centres culturels français ont des dépenses de fonctionnement qui pèsent lourd. Alain Gouteyron propose donc une meilleure « hiérarchisation » des pays en fonction de leur intérêt dans le « domaine des industries culturelles et du savoir », afin « de concevoir les programmations culturelles "hors les murs" et transférer les budgets dans des partenariats montés par les institutions locales ».

Encore faut-il un fonctionnement adapté à la souplesse que réclament ces ajustements. Or, constate l’auteur, « notre réseau est moins acteur que spectateur ». La faute à une organisation politique héritée d’André Malraux et qui fait aujourd’hui figure d’un « Yalta dépassé »  : au ministère de la Culture la culture en France et au ministère des Affaires étrangères la culture à l’étranger. Le sénateur préconise donc « la fin du monopole du Quai d’Orsay » qui ne doit plus être le « pilote » de la promotion culturelle française à l’étranger mais « accompagner la stratégie des autres ministères compétents ».

Dernier constat et non le moindre : « La langue française est enseignée de plus en plus, et même en Europe, en troisième langue, après l’anglais et une grande langue régionale ». En fait, « il y a un tassement général voire un repli inquiétant en Europe et en Afrique du Nord ».

À l’heure de la mondialisation culturelle, doit-on d’ailleurs se satisfaire que des collections entières du Musée du Louvre soient exposées à Abu Dhabi ? Ll’ensemble des institutions culturelles doit s’adapter sous peine de sombrer dans une médiocrité qui signifiera le déclin définitif de l’influence française. Un exemple parmi d’autres : 26,3% des documents de la Commission européenne était rédigés en français en 2004. Ils n’étaient plus que 12,3% en 2007. Un rayonnement culturel français fort ne peut donc exister sans une volonté politique forte. Et d’abord celle de promouvoir sa langue, vecteur le plus naturel de sa civilisation. Cette volonté existe-t-elle réellement ?

Il n’est qu’à entendre le jargon anglicisant qu’affectionnent les hommes politiques français sans parler des médias audiovisuels... pour en douter.

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