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Etats-Unis

La contestation passe d’abord par les urnes.

Mardi 27 septembre 2011 // Le Monde

Taux de chômage record, creusement des inligalités, coupes budgétaires, dirigeants politiques impopulaires... Les ferments de rindignation sont là, pourtant le pays ne se mobilise pas.

The Washington Post (extraits) ’Washington

Au Caire, les Egyptiens se sont rassemblés sur la place Tahrir pour exiger le départ du président Hosni Moubarak. A Athènes, les manifestants ont érigé une potence devant le Parlement pour menacer le gouvernement socialiste, qui imposait un plan d’austérité alors même que le taux de chômage se chiffrait à 15 %. Plus récemment, à Londres et un peu partout en Angleterre, des jeunes gens se sont attroupés la nuit, pillant les magasins et brûlant des voitures pour réclamer.., on ne sait trop quoi.

Qu’en est-il aux Etats-Unis ? Les uns après les autres, les sondages montrent que moins de la moitié des Américains approuvent l’action du président Obama et qu’ils sont encore moins nombreux à adhérer à celle du Congrès. Le taux de chômage reste obstinément supérieur à 9 %. Un peu partout dans le pays, la colère gronde : contre le chômage, contre les coupes budgétaires, contre l’augmentation des frais d’inscription dans les universités, contre les inégalités qui se creusent et contre un gouvernement à l’évidence impuissant sur tous ces fronts. Mais, alors, pourquoi les Américains ne descendent-ils pas dans la rue ?

Canaliser la colère

Le mouvement ultra conservateur Tea Party est ce qui ressemble le plus à un vaste mouvement social aux Etats-Unis ces dernières années, et ce qu’il réclame, c’est moins d’intervention des pouvoirs publics.

Depuis quelque temps, cependant, nous en entendons davantage parler dans la bouche des membres du Congrès et des candidats républicains, qui ont noyé et remplacé la voix des militants de base.

Les Américains se targuent pourtant d’une longue et fière histoire de révoltes pour satisfaire leurs revendications, qui remonte au moins à la première Tea Party de Boston. [Le 16 décembre 1773, furieux contre les impôts imposés par la couronne britannique, un groupe de Bostoniens déversa dans le port de Boston la cargaison de bateaux chargés de thé.

Cette révolte marqua le début du soulèvement des treize colonies américaines contre la tutelle de Londres.] Ce mouvement s’est développé jusqu’à déclencher une révolution et, pour finir, la formation d’un pouvoir plus difficile à renverser.

Le système politique américain est en effet structuré de manière à canaliser la colère et le mécontentement vers les institutions politiques. L’un de nos pères fondateurs, James Madison [1751-1836, quatrième président des Etats-Unis, considéré comme le père de la Constitution américaine], a conçu un système de gouvernement capable d’intégrer la contestation tout en permettant aux mécontents d’espérer obtenir satisfaction, même dans un avenir lointain, par la voie institutionnelle. . Nous avons pu voir ce système à l’oeuvre, au mois de février et de mars derniers, dans une ville qui porte justement son nom : Madison, la capitale du Wisconsin. Lorsque le gouverneur républicain Scott Walkder a entamé son mandat, à l’automne 2010, en présentant un budget privant les syndicats du secteur public de la plupart de leurs droits en matière de négociations collectives et taillant dans les salaires de leurs membres, les habitants du Wisconsin se sont révoltés. Enseignants, pompiers, policiers et simples citoyens ont afflué vers le Capitole [siège du Parlement de l’État], organisant défilés, manifestations et occupations des lieux. Avec l’aide de sénateurs démocrates qui avaient quitté le Wisconsin pour priver la majorité républicaine du quorum nécessaire, ils ont tenu en échec la politique du gouverneur et attiré l’attention de l’ensemble du pays. Les militants de gauche considéraient alors le gouvernement républicain du Wisconsin comme la plus grande menace pour leurs intérêts, mais également comme la meilleure occasion qu’ils avaient de pouvoir bâtir un mouvement national susceptible de contrer le Tea Party.

Après avoir échoué à s’opposer aux projets du gouverneur Scott Walker, les militants de gauche ont alors porté leurs efforts au niveau institutionnel, déplaçant le front pour tenter d’obtenir la révocation d’élus républicains. Au lieu de défiler dans les rues, ils ont collecté les fonds nécessaires au financement des campagnes contre les élus républicains. Ils ont produit des tracts et des spots télévisés, et appelé leurs partisans à exprimer leur opposition dans les urnes. Leurs adversaires ont réagi du tac au tac. Syndicats de gauche et organisations militantes de droite ont alors déversé plus de 30 millions de dollars dans le Wisconsin, soit l’équivalent d’un petit plan de sauvetage. Au mois d’août dernier, les démocrates ont finalement remporté deux sièges de sénateurs sur six, mais cela s’est avéré insuffisant pour inverser l’équilibre des pouvoirs. Presque immédiatement, les deux camps se sont concentrés sur les élections suivantes. La contestation de rue a laissé place à une action politique plus traditionnelle, sinon plus policée.

Qu’est-ce qui pousse les citoyens à manifester ? Ce n’est pas une insatisfaction globale à l’égard d’une politique, que ce soit sur l’immigration ou sur la dette publique. Les mouvements populaires sont les produits d’une organisation rigoureuse. Même les figures de proue du militantisme dans l’histoire des Etats-Unis ont exercé leur influence par le biais de grandes organisations. La célèbre militante des droits civiques Rosa Parks n’était pas seulement une couturière fatiguée en 1955, lorsqu’elle refusa d’aller s’asseoir à l’arrière d’un autobus à Montgomery, dans l’Alabama. C’était une militante chevronnée, secrétaire de l’antenne locale de la National Association for the Advancement of Colored People [NAACP, association nationale pour l’avancement des gens de couleur]. La NAACP appelait au boycott des autobus et avait intenté une action en justice pour soutenir le geste de défiance de Rosa Parks de la lutte pour les droits civiques, toutes les actions n’étaient certes pas orchestrées, mais des militants avaient œuvré des années pour mettre en place les structures et élaborer les idées qui ont rendu possible le boycott des autobus.

Activisme du Tee Party

De nos jours, la plupart des mouvements contestataires organisés aux Etats-Unis viennent de la droite de l’échiquier politique, regroupés assez librement sous l’étiquette du Tea Party. Les militants conservateurs, financés par les milieux d’affaires, ont commencé à bâtir ce mouvement il y a plus de dix ans. L’organisation Americans for Prosperity [Les Américains pour la prospérité], fondée et financée par les frères milliardaires Koch, a investi dans les idées et le militantisme conservateurs. Le think tank FreedomWorks, dirigé par l’ancien chef de la majorité à la Chambre des représentants, Dick Armey, s’efforce de promouvoir le conservatisme auprès du plus grand nombre. D’autres groupes de même type ont rédigé des rapports, formé et employé des militants professionnels.

Lorsque la colère de la population a explosé face aux plans de sauvetage de Wall Street par les présidents Bush et Obama, puis sous l’effet de l’inquiétude suscitée par la réforme du système de santé, les militants professionnels étaient prêts à soutenir et à canaliser cette fureur. Certes, la colère et l’angoisse de la base conservatrice étaient bien là, mais il fallait des moyens pour les transformer en un mouvement national.

De grandes manifestations nationales et de nombreuses actions locales ont eu lieu tout au long de l’année 2009. Elles ont duré jusqu’à l’automne 2010, mais, conformément au voeu de James Madison, les efforts des organisations conservatrices se concentraient déjà sur les élections de mi-mandat. Après la victoire des républicains à ces élections législatives de novembre 2010, qui leur a permis de regagner la majorité à la Chambre des représentants, les actions populaires se sont raréfiées, et les organisateurs et les collecteurs de fonds ont commencé à se tourner vers les primaires républicaines en vue de l’élection présidentielle de 2012.

Le groupe d’élus républicains se réclamant du Tea Party à la Chambre des représentants s’est démené lors des négociations sur le relèvement du plafond de la dette, malgré une certaine indifférence de la base pour ces questions. Au niveau local, les groupes se divisent sur d’autres sujets, auxquels ils n’accordent pas tous la même importance.

Mais, chez les adeptes du Tea Party comme chez de nombreux Américains, quelle que soit leur couleur politique, on retrouve la colère face au chômage. La situation semble bien pire que ne l’indiquent les chiffres officiels. La plupart d’entre nous connaissent des hommes et des femmes d’âge mûr qui ont perdu leur travail et craignent de ne plus jamais en retrouver. Le professeur que je suis rencontre régulièrement des jeunes diplômés, sérieux et intelligents, qui désespèrent de pouvoir décrocher un emploi leur permettant de commencer à rembourser leurs prêts étudiants et de quitter le domicile familial. Mais, en l’absence de ce qui ressemblerait à un mouvement social, ils peaufinenet leur CV et tissent leur réseau de manière à s’extraire des rangs des millions de chômeurs.

A plusieurs reprises dans notre histoire, comme durant la crise de 1929, le mouvement syndical s’est exprimé pour défendre les chômeurs au même titre que les travailleurs. Mais, dans l’Amérique d’aujourd’hui, la plupart des syndicats se battent pour protéger leurs membres. A l’approche des élections de 2012, on peut s’attendre à les voir se mobiliser pour la réélection de M. Obama, mettant de côté leurs divergences de vues avec lui et leur déception à son égard.

A droite comme à gauche, attendez-vous à ce que les organisations appellent les gens à se rendre aux urnes plutôt que d’aller manifester dans la rue. Comme l’avait prévu James Madison, la frustration et la déception viennent butter sur le pragmatisme politique.

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