La Russie et le concert européen.

Dimanche 14 mars 2010 // Le Monde

Si l’on excepte la noble figure de Sa Sainteté Benoît XVI dont le message religieux et la haute spiritualité dérangent manifestement nos médias, la personnalité internationale qui est l’objet permanent de leurs critiques, est Vladimir Poutine, ancien président et actuel Premier ministre de la Fédération de Russie.

CERTAINS ne sont sans doute pas sortis de la guerre froide et voient dans la nouvelle Russie une résurgence de l’Union Soviétique. D’autres semblent craindre cette nouvelle puissance au langage - aujourd’hui presque séditieux - nationaliste et, circonstance aggravante, chrétien car de mémoire d’homme, l’orthodoxie est « l’âme de l’État Russe » en symbiose avec ce dernier. Tout cela contraste évidemment avec l’antichristianisme de la démocratie des Droits de l’homme affiché par l’Union européenne.

Cette méfiance à l’égard de la Russie date en effet de l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine dont Aymeric Chauprade a pu dire qu’il constituait un « évènement considérable depuis la fin de la guerre froide ». Le Premier ministre d’aujourd’hui a trouvé un pays dans l’état chaotique qui résultait d’un effondrement économique et administratif : la Russie était devenue une quantité négligeable sur la scène internationale. C’était l’époque de la puissance unique des États-Unis, la fin de l’Histoire suivant Fukuyama. Rapidement Poutine, alors Président remettra de l’ordre dans le pays, condition première d’un relèvement, et saura reconstruire son économie, son administration et son armée en utilisant notamment le levier énergétique que constituent le pétrole et le gaz dont est richement dotée la Russie.

CAMPAGNE MÉDIATIQUE INTERNATIONALE.

Ce retour de la Russie sur la scène internationale n’est manifestement pas bienvenu pour Washington qui, malgré la disparition du Pacte de Varsovie, a conservé et étendu l’OTAN comme outil militaire de sa politique étrangère et a retrouvé vis-à-vis de la Russie une attitude qui rappelle la guerre froide. En sont témoins ses efforts pour inclure dans l’OTAN l’Ukraine et la Géorgie au risque d’un véritable casus belli et le chapelet de bases militaires qui entourent la Russie. Dans le même temps se déchaîne une campagne médiatique internationale dont un intéressant échantillon est à relever dans Le Figaro du 31 décembre dernier où un article est intitulé Sofia européenne toujours sous influence russe. L’article dénonce aussi « l’emprise de l’ancien grand frère communiste ». Outre l’ignorance de l’histoire, on y trouve à la fois l’accusation que la Russie n’est que la continuation de l’Union Soviétique et qu’elle n’est pas européenne.

Or, précisément, au contraire des États-Unis, la Russie est européenne au moins depuis Pierre le Grand et membre fort de ce que fut le concert européen jusqu’à la Grande guerre qui le détruisit comme elle fit disparaître la Russie au profit de l’Union Soviétique. Celle-ci n’était Russe ni dans son essence, ni dans ses objectifs, cela nonobstant son territoire et son peuple qui se battit de 1941 à 1945 non pour le communisme mais pour la patrie russe.

UN « DÉFICIT DÉMOCRATIQUE » ?

L’Union européenne qui fut un temps une union économique entre pays d’économies comparables est devenue, singulièrement depuis le Traité de Maastricht en 1992, une zone de libre-échange incontrôlée et politiquement atlantiste, liée institutionnellement à l’Otan. Au vrai, elle fut conçue dès l’origine par ses promoteurs comme une union à vocation fédérale dans le sillage des États-Unis. Uniquement fondée sur des valeurs marchandes, elle se veut démocratique tout en se gardant de faire voter les peuples, voire en les faisant revoter si, en première consultation, ils votent mal. Mais c’est la Russie que l’on accuse de « déficit démocratique » !

UN AXE PARIS-BERLIN-MOSCOU POUR UNE EUROPE DES NATIONS.

Aujourd’hui, l’Union européenne se présente comme un monstre bureaucratique sans objectif avoué, sans âme et sans frontières. Elle est surtout devenue obsolète en raison de l’évolution du monde où les grands pôles stratégiques se déplacent vers l’Asie et elle est incapable de répondre aux défis de notre temps.

La question qui se pose désormais est donc d’organiser un nouveau système de coopération entre les pays européens en vue de leurs propres intérêts et de leur sécurité dans un monde dangereux qui ne sera plus globalisé ni occidentalisé. Ce concert européen devra évidemment s’émanciper de la tutelle des États-Unis qui, certes, resteront la première puissance du monde auquel cependant ils ne pourront plus imposer leur hégémonie. De la sorte, la Russie sera partie intégrante de ce concert européen auquel elle apportera des valeurs traditionnelles ainsi qu’une coopération économique et stratégique. Cette Europe des nations se fera nécessairement. La France doit remplir tout son rôle, en toute liberté. Son jeu d’alliances doit être indépendant. Il lui convient de s’entendre avec la Russie selon ses propres intérêts.

L’avenir dira si le bon sens prévaudra et si les péripéties de la politique internationale cesseront enfin d’être jaugées à l’aune de l’idéologie des Droits de l’homme dont le caractère obsessionnel le dispute à l’indigence de la pensée.

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