Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

La Presse Nationale et internationale est-elle en danger ?

Vendredi 26 juin 2009 // Le Monde

C’était la meilleure des époques, c’était la pire des époques, l’âge de la sagesse et aussi de la folie ; le temps des croyances et de l’incrédulité ; l’ère de la lumière et des ténèbres ; le printemps de l’espoir et l’hiver du désespoir. Ainsi débute Le Conte des deux cités, le roman du journaliste le plus célèbre de tous les temps, Charles Dickens. La toile de fond de ce livre, écrit en 1859, est la Révolution française. Dickens, qui travaillait pour une demi-douzaine de journaux, aurait pu écrire les mêmes mots aujourd’hui sur la révolution Internet. L’irruption du Net dans le vénérable empire du journalisme a semé la confusion et l’incertitude, sans que personne sache très bien s’il faut se réjouir ou se désoler de la prise de cette Bastille. Il n’y a consensus que sur un grand paradoxe. Notre époque est la meilleure qui puisse être pour le journalisme, mais aussi la pire.

Il n’y a effectivement jamais eu meilleure période pour faire du journalisme écrit, mais le moment n’a jamais été plus mal choisi pour quiconque voudrait vivre de sa plume. Le marché est plus vaste que jamais, mais il rapporte moins. Cette tendance est particulièrement nette aux Etats-Unis. Les perspectives sont inquiétantes : la moyenne quotidienne d’exemplaires vendus outre-Atlantique est passée de 69 millions à 49 millions depuis l’avènement de la Toile, il y a une quinzaine d’années. Une centaine de quotidiens ont dû renoncer à leur édition papier.

Dans le même temps, le nombre de lecteurs de journaux numériques aux Etats-Unis est passé de zéro à 75 millions. L’hémorragie des recettes publicitaires qui n’est rien d’autre que le sang commercial de la presse imprimée a considérablement réduit les revenus de la presse écrite, ce qui s’est traduit par un grand nombre de licenciements (il y en aurait eu environ 15 000 en 2008 aux Etats-Unis) ou, pour ceux qui ont eu plus de chance, par des plans de retraite anticipée.

Philip Bennett, excellent journaliste qui fut rédacteur en chef du Washington Post entre 2005 et fin 2008, s’est ainsi vu confier la tâche ingrate de mettre 250 de ses collègues en préretraite. « Et j’ai dû m’en acquitter en gardant toujours à l’esprit que, paradoxalement, nous vivions une époque horrible pour les entreprises de presse mais un âge d’or du journalisme, soupire-t-il. Il y a beaucoup plus de lecteurs, mais une pression terrible sur les budgets et les moyens. » Dans la presse européenne, y compris au sein de la rédaction du journal Espagnol « d’El Pais », tout le monde a le sentiment que le plus dur est encore à venir. S’il est vrai que l’on pourrait en dire autant de presque tous les secteurs économiques, l’industrie journalistique a subi un double cataclysme, en plus de la crise économique, elle s’est trouvée prise dans l’oeil du cyclone Internet. La crise économique mondiale n’a fait qu’accélérer l’impact inévitable de la révolution numérique. Aujourd’hui, ce que personne ne sait ni ne prétend savoir, c’est la réponse à la question à 1 million : comment continuer à gagner de l’argent en faisant du journalisme ? A moins que la profession ne soit appelée à disparaître, au même titre que les dinosaures.

Il s’agit là de tout autre chose, que de la survie d’un secteur minoritaire de l’économie. Depuis deux siècles, la presse joue un rôle central dans la société. Elle influence le pouvoir des gouvernements, l’argent des entreprises et le divertissement des masses. Ce qui explique que tant de voix, souvent discordantes, se soient ralliées au débat sur son avenir. Dans les grandes lignes, il y a trois principaux courants d’opinion. Ceux que l’on appellera les blogueurs sont convaincus que la presse écrite telle que nous la connaissons depuis deux cents ans et l’ancien régime du journalisme professionnel, sont condamnés à l’extinction. Les vieux rockers, défenseurs de l’ordre ancien, croient pour leur part qu’après une période d’adaptation inévitable et de transformation les gros vaisseaux amiraux non seulement seront appelés à survivre, mais aussi ressortiront plus fort de cette épreuve. Enfin, les esprits ouverts (ou confus) observent la situation avec une perplexité sincère et, à l’instar de Dickens, se demandent encore quelles conclusions ils doivent en tirer.

Ceux qui s’évertuent à sauver les journaux ressassent inlassablement la même question : si le modèle ancien est cassé, qu’est-ce qui marchera pour le remplacer ? Et la réponse est : rien. Rien ne marchera. Il n y a aucun modèle pour remplacer celui qu’Internet vient de détruire, note Clay Shirky, l’un des blogueurs les plus prolifiques, qui résume ainsi le mépris que les siens vouent aux réactionnaires du vieux journalisme.

Face aux difficultés actuelles, les journaux tentent de trouver des remèdes qui leur permettraient d’envisager leur avenir avec un peu plus de sérénité. Conscients de la nécessité de renforcer leur présence sur internet, ils imaginent aujourd’hui tirer profit de leurs éditions électroniques, explique The Wall Street Journal.

Après avoir longtemps tergiversé sur la nécessité de faire payer les internautes pour qu’ils accèdent à leurs contenus, plusieurs sites de journaux mènent des expériences, en limitant le nombre d’articles fournis gratuitement. En l’absence de rentrées publicitaires dignes de ce nom, en raison notamment de la crise économique, les patrons de presse voudraient faire payer les sites qui reprennent leurs articles, en s’inspirant de certaines pratiques en vogue dans le monde de la musique. L’idée serait de créer un organisme qui délivrerait une licence payante grâce à laquelle les sites pourraient reprendre des contenus en toute légalité. Les sommes récoltées seraient ensuite redistribuées aux journaux. Les principaux visés par cette initiative sont les grands portails et les agrégateurs d’informations comme Yahoo ! et Google. Mais le modèle est loin de faire l’unanimité.

Les quotidiens préfèrent explorer chacun de leur côté des solutions techniques pour redonner aux lecteurs l’envie de en voilà lire la presse. Aux Etats-Unis, le lancement d’une version moyen format du Kindle, le lecteur électronique développé par Amazon.com, est considéré par les éditeurs comme une idée à creuser. Chacun sait que les consommateurs sont de plus en plus exigeants. Ils veulent pouvoir acheter leur journal sans avoir forcément à se déplacer ni à se salir les mains. Le Kindle a l’avantage de permettre le téléchargement du journal n’importe où, et son nouveau grand écran en facilite la lecture, note The New York Times.

L’avantage pour les patrons de presse, c’est que l’usager doit payer pour obtenir les informations. Les lecteurs ne sont d’ailleurs pas opposés à l’idée de payer pour lire leur journal sur format électronique. Une récente étude réalisée par PriceWaterhouseCoopers montre que les consommateurs sont prêts à débourser à partir du moment où le contenu est de qualité et répond à leurs besoins. Selon cette enquête, 97 % des personnes interrogées se disent prêtes à acquitter un droit d’entrée pour de l’information économique et 77 % feraient la même chose pour des informations sportives, rapporte The Australian.

Reste à savoir si les journaux ont encore, les moyens d’offrir ces contenus. Ceux qui ont des difficultés peuvent désormais se tourner vers de nouvelles solutions proposées par des sites comme GlobalPost.com : sa vocation est de fournir aux quotidiens ou aux lecteurs des reportages clés en main réalisés par des journalistes expérimentés.

Les journaux peuvent ainsi bénéficier d’un contenu personnalisé à moindre coût. Le New York Daily News ou encore The StarLedger ont signé un accord en ce sens avec GlobalPost.com. Toutefois, chacun sait qu’il n’y a pas de solutions définitives à une crise qui traduit surtout une évolution dans le mode de consommation de l’information, et il faudra encore faire preuve de beaucoup d’imagination pour trouver le petit truc qui fera toute la différence.

Répondre à cet article