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La Première Guerre Mondiale.

Guerre patriotique ou guerre impérialiste ?

Mardi 10 novembre 2009 // L’Histoire

Albert François LEBRUN (1871-1950)

Chef de l’État au moment de l’invasion de la France par les armées Nazis, Le Président Lebrun a-t-il déserté  ? Devons nous rappeler que les Souverain du Royaume-Uni, de Belgique et de l’ensemble des Reines et des Rois d’Europe sont restés à leur poste. Ils ont souffert avec leurs Peuples. La France Républicaine a tout laissé, les responsables politiques se sont enfuis laissant la Patrie abandonnée, livrée aux armées de Hitler.

Après l’assassinat de Paul DOUMER, Lebrun est élu Président de la République en 1932 (seul candidat), puis réélu en 1939. Après un vote de l’Assemblée Nationale, il se retire le 13 juillet 1940 en laissant le pouvoir à un Collaborateur notoire le Sieur Laval. Le Maréchal PÉTAIN âgé de 84 ans accepta de « Présider un gouvernement » composé de Collaborateurs tristement célèbres. Cela va de Laval, Doriot, Déat, Bousquet, la liste de ces salops n’est pas exhaustive.

Lutte « à la vie à la mort. » 

Les combats singuliers qui opposèrent les nations une à une répondaient à une tradition enracinée au plus profond de la conscience des peuples. Chacun d’eux pressentait qu’il était menacé dans son existence même par l’ennemi héréditaire ; cet instinct collectif ne le trompait pas complètement puisque le « programme de septembre 1914 » des dirigeants allemands envisageait « l’affaiblissement de la France au point qu’elle ne puisse jamais plus devenir une grande puissance » ; de leur côté, Delcassé, Poincaré et les chefs militaires français entendaient « ramener l’Allemagne à sa situation d’avant 1866 » ; la politique russe de soutien aux minorités slaves de l’Empire austro-hongrois visait, à long terme, la destruction de l’État des Habsbourg ; la politique « panturque » du Sultan menaçait également l’empire des tsars de désintégration, etc.
 
Les dirigeants comme les peuples subissaient en fait la pression d’une sorte de fatalité de la guerre qui dépassait le simple impérialisme des puissances et rejoignait des instincts psychologiques plus obscurs.

Les impérialismes en présence.

La composition des alliances rend compte de la nature impérialiste de la guerre, de ses causes essentielles, celles que les pacifistes mettaient en avant, et que l’analyse « marxiste » révélait. Toutefois, celles-ci n’étaient pas absolument déterminantes puisque, selon Rosa Luxemburg, Kautsky et bien d’autres, « si l’impérialisme portait en lui-même des tendances suffisantes à provoquer des guerres, les trusts et les cartels étaient intéressés au maintien de la paix, comme la crise du Maroc, en 1911, en avait porté témoignage. En 1913, le Français Jean Jaurès et l’Allemand R. Hasse affirmaient : « La plus grande garantie pour le maintien de la paix repose dans les investissements internationaux [...] ; d’ailleurs trois forces militent en faveur de la paix : la solidarité du prolétariat, la coopération des capitaux anglais, français et allemands ; la peur des gouvernements que de la guerre ne jaillisse la révolution. »

Jean Jaurès

Député du Tarn de 1885 à 1889 et de 1902 jusqu’à sa mort, Jean Jaurès prend parti pour Dreyfus à partir de janvier 1898. Élu vice-président de la Chambre en 1903, il devient directeur politique du journal L’Humanité paru, pour la première fois le 18 avril 1904. L’assassinat du tribun pacifiste le 31 juillet 1914 marqua symboliquement l’entrée en guerre de l’Europe.

Ces conclusions se révélèrent erronées. Leur prémisse en étaient pourtant exactes. La formation de la Triple Entente (France, Grande-Bretagne, Russie), la consolidation de la Duplice (Autriche-Hongrie, Allemagne) tout comme l’évolution des rivalités impérialistes rendaient l’affrontement entre les puissances inéluctable.

Une sorte de cycle historique avait commencé, entre 1780 et 1805, défini par le développement industriel des nations. L’Angleterre avait pris alors une avance exceptionnelle, sa puissance étant égale, au milieu du XIXe siècle, à celle de tous les autres pays réunis. Cependant, on note une différence avec le XXe siècle où l’avance technique des États-Unis par rapport au reste du monde ne cesse de croître : au XIXe siècle, l’écart qui séparait la Grande-Bretagne des autres nations industrielles se réduisit décennie après décennie. D’autres nations industrielles naquirent, réussirent à croître et à prospérer, à ne pas se laisser dominer par l’Angleterre : d’abord la France, puis la Belgique, parties les secondes dans la course industrielle ; ensuite les États-Unis, la Russie, le Japon ; enfin et surtout l’Allemagne.

Unifiée en 1871, l’Allemagne doit rattraper un immense retard économique sur le reste de l’Europe occidentale. Elle se sent particulièrement faible face à un monde installé dans la prospérité qui garde et protège ses débouchés économiques, ses sources de matières premières et qui sait prévoir son avenir. Mais son sens du travail et son orgueil national, d’autant plus fort qu’il est récent, poussent l’Allemagne à contrer la concurrence économique des autres nations en se dotant d’une industrie très concentrée et en se livrant à une technocratie dangereuse. Ces deux mesures lui permettent de rattraper, en quelques décennies, un siècle de retard sur l’Angleterre dont elle réussit même à concurrencer à la veille de 1914 certains produits métallurgiques. L’Allemagne regarde aussi outre-mer et vers l’Afrique où elle espère trouver des matières premières à bon marché ou même fonder des comptoirs pour écouler ses produits manufacturés.

Il est vrai que la France et l’Angleterre se sont depuis longtemps partagé l’Afrique et l’Asie ; et l’Allemagne, sauf en de rares endroits comme au Cameroun, ne peut espérer obtenir de zones d’influence dans les colonies. Aussi étouffe-t-elle sur un territoire déjà très peuplé et ressent-elle comme une injustice que son industrie de plus en plus compétitive se heurte à la crainte, à la rivalité ou à l’égoïsme des autres puissances européennes. Plus que toute autre, l’Angleterre se sent menacée par cette volonté de défi que stimule l’orgueil d’une réussite sans pareille. De la Chine à l’Afrique du Sud, l’Angleterre trouve partout l’Allemagne sur sa route. Surtout, après 1900, la montée de la puissance navale allemande, sous l’influence des pangermanistes, tel l’amiral von Tirpitz, éveillait de très vives inquiétudes outre-Manche.

La presse et l’opinion publique mènent des campagnes violentes contre l’Allemand, dénonçant ses visées expansionnistes. L’Allemagne, de son côté, conteste l’hégémonie de l’Angleterre. Certains hommes d’État anglais et allemands cherchent bien à négocier. Les Anglais, de par leur nature, ne sont pas guerriers. Ils semblent prêts à discuter, à temporiser. Ils se sentent, comme Anglo-Saxons, assez proches des Allemands ; l’empereur Guillaume II est marié à une fille de la reine Victoria. Mais une fois de plus la bonne volonté de quelques dirigeants ne peut prévaloir sur la force et l’antagonisme de deux impérialismes et sur l’influence des opinions publiques de plus en plus hostiles.

Les dirigeants allemands interprétèrent de façon erronée le pacifisme affecté des Anglais. Ils s’imaginèrent que seuls des malentendus de caractère personnel, ou des difficultés conjoncturelles barraient la voie à un accord, c’est-à-dire à des concessions émanant des milieux dirigeants anglais. En pleine crise de juillet 1914, ils avaient toujours la certitude que l’Angleterre ne participerait jamais à un conflit continental. Persuadés qu’ils finiraient par « s’entendre » avec les Anglais, ils manifestèrent surprise et colère lorsque, ayant envahi la Belgique, ils apprirent que la Grande-Bretagne se décidait à les combattre. Ils n’avaient effectué aucun préparatif contre elle et ignoraient qu’à l’inverse la « pacifique » Albion avait tout prêt un plan de débarquement au Schleswig. Ce fut l’avance vers Anvers des armées du Kaiser qui obligea l’état-major anglais à remettre ce projet à plus tard.

L’entrée des Allemands à Bruxelles.

L’entrée des troupes allemandes à Bruxelles, en 1914. Les soldats défilent place Rogier, devant la foule rassemblée sous la pluie.

L’antagonisme franco-allemand puisait sa force dans l’idée de revanche et le retour à la mère patrie des provinces perdues de l’Est. Il se nourrissait aussi de la crainte qu’éprouvaient les Français devant la poussée démographique de l’Allemagne. Comme la courbe démographique française s’infléchissait au contraire, Paris ne voyait pas sans frémir grandir l’ombre de l’ennemi héréditaire. La France pouvait encore aligner 74 divisions face aux 94 divisions allemandes : qu’en serait-il dix ou vingt ans plus tard ? L’alliance russe était solide, les armées tsaristes s’étaient reconstituées depuis la guerre de Mandchourie, l’Angleterre était bien disposée : en serait-il toujours ainsi ? Or la rivalité franco-allemande se retrouvait à tous les niveaux : expansion coloniale, exportation de produits, conquête de marchés financiers. Depuis quelques années, les intérêts allemands étaient présents jusqu’à l’intérieur des frontières françaises.

Quant à la Russie qui commençait à peine à s’industrialiser, notamment sous l’impulsion du ministre de Witte, elle voyait avec déplaisir que le Drang nach Osten était non seulement le slogan des partisans de l’« espace vital », mais aussi l’expression de la concurrence économique et industrielle allemande. À l’entente cordiale de la France avec l’Angleterre et avec la Russie, véritable encerclement, répondit l’alliance entre l’Autriche-Hongrie, la Turquie et l’Allemagne. Pour l’Autriche-Hongrie, l’ennemi presque héréditaire restait les Slaves, qu’ils soient sujets austro-hongrois, serbes ou russes. Quant à la Turquie, elle n’ignorait pas que la Russie avait toujours cherché un débouché sur la Méditerranée et qu’elle ne cessait de revendiquer les Détroits. La menace se précisait, puisque l’Angleterre qui naguère, protégeait la Sublime Porte, était alliée à la Russie. Pour la Turquie, seul un rapprochement avec l’Allemagne de Guillaume II pouvait rompre l’isolement où elle se sentait emprisonnée. L’Allemagne, qui n’avait guère de colonies, avait accompli une œuvre de belle propagande, en se présentant comme la protectrice des nations d’outre-mer et comme la garante de leur indépendance : On l’avait bien vu à Tanger et à Agadir... Ainsi avait-elle pu trouver des sympathies auprès des peuples colonisés dans tout le bassin de la Méditerranée, du Caucase à Marrakech.

En se déclarant la guerre, les peuples et les gouvernements d’Europe pouvaient ainsi trouver toutes les justifications possibles, se présenter comme des victimes décidées seulement à protéger leurs frontières, à défendre leur honneur, à faire respecter leurs droits. Seule l’Italie, qui avait conclu avec l’Autriche-Hongrie et avec l’Allemagne des accords d’alliance prudents, la Triplice, restait neutre à l’ouverture du conflit ; mais les nationalistes, pour des raisons d’antipathie ancestrale à l’égard de l’ancien occupant autrichien, et les socialistes, pour des raisons de stratégie révolutionnaire, souhaitaient l’entrée de l’Italie dans la guerre et s’employèrent pendant un an à conditionner l’opinion publique peu favorable à un conflit, en lui montrant notamment les avantages coloniaux que leur pays pourrait tirer de sa victoire.

Mourir pour les Balkans ?

Dans les Balkans, était-ce la même guerre ? Les hostilités y avaient commencé en 1912 et elles continuèrent bien après la signature des traités de Sèvres et de Saint-Germain. Autre monde, autre conflit qui se greffa sur la Grande Guerre et la vécut à son rythme, et avec ses moyens. Plusieurs fois, lorsqu’un conflit austro-russe avait commencé d’éclater, à propos des Serbes et des Bulgares, Berlin avait retenu Vienne ; et Paris, Saint-Pétersbourg. Aussi, il semblait que cette querelle localisée ne se transformerait pas nécessairement en une guerre continentale. On imaginait encore moins qu’elle put devenir un conflit mondial tant l’idée d’une participation de l’Angleterre à une guerre était loin des esprits.

Lorsque, le 28 juin 1914, de jeunes terroristes serbes, liés aux services secrets, perpétrèrent un attentat contre l’héritier du trône de Vienne, le libéral François-Ferdinand, ils connaissaient, certes, le sens de leur acte. Toutefois, ils étaient loin d’en imaginer les conséquences tragiques.

Assassinat de l’archiduc François-Ferdinand.
 
L’assassinat de l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie le 28 juin 1914, fomenté par une organisation nationaliste serbe, donne à Vienne un prétexte pour déclarer la guerre à la Serbie. Le jeu des alliances entraîne alors le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Ils pensaient que la mort de François-Ferdinand susciterait une intervention de Vienne contre le gouvernement de Belgrade, qu’ils accusaient de trahir l’idéal de la Grande-Serbie. Le Premier ministre, N. Pasic, serait ainsi obligé de se battre ; d’ailleurs, les milieux panslavistes de Saint-Pétersbourg l’y pousseraient et n’abandonneraient pas la Serbie au cas où elle risquerait de succomber dans une guerre inégale. Ce que nul ne prévoyait, c’est que l’Allemagne pousserait l’Autriche à agir, tant il semblait à son haut commandement que jamais les chances d’un succès contre la Serbie, la Russie et la France ne seraient aussi favorables. Berlin pensait que, manquant d’artillerie lourde, la France retiendrait la Russie ; l’Autriche pourrait ainsi châtier tranquillement la Serbie. Or Poincaré assura la Russie du soutien de la France, Saint-Pétersbourg mobilisa ; Paris suivit ; Le 1er août, c’était la guerre. Après maintes tentatives de conciliation, la Grande-Bretagne se décidait à intervenir à son tour, puisqu’il était évident que l’Allemagne, écartant les solutions pacifiques, recherchait une épreuve de force. En envahissant la Belgique, Guillaume II avait imaginé impressionner la Grande-Bretagne, la tenir à l’écart du conflit ; faux calcul : en la menaçant dans ses intérêts essentiels, il hâta son entrée en guerre.

Le problème des responsabilités

Quand il s’agit d’analyser non plus les causes du conflit, mais le problème des responsabilités, chaque nation trouve des prétextes solides et des arguments pour accuser la nation voisine de bellicisme et plaider non coupable. L’Allemagne a poussé l’Autriche-Hongrie l’intransigeance à l’égard de la Serbie et n’a pas cherché des solutions pacifiques pour résoudre le contentieux avec la Russie. En revanche, l’Angleterre, par son attitude pacifique, en recherchant des compromis, a donné à l’Allemagne l’illusion qu’elle pouvait prendre des risques en toute impunité. Si l’Angleterre avait adopté une attitude ferme face aux prétentions territoriales et économiques de l’Allemagne, elle aurait pu amener cette nation à des positions plus souples et plus raisonnables.

L’Autriche-Hongrie a suivi ce que lui dictait l’Allemagne. Elle n’a pas cherché à résister à l’obstination de l’Allemagne qui lui conseillait d’en finir une fois pour toutes avec la Serbie. Pendant toute la guerre, sa diplomatie sera aux ordres de Berlin.

L’attitude de la Russie reste hésitante, à l’image du tsar Nicolas II, personnage sans caractère. Faisant preuve de fermeté en décrétant la mobilisation partielle contre l’Autriche-Hongrie, puis, la première, la mobilisation générale, devenant subitement plus conciliante en déclarant que la Serbie était également coupable et qu’il fallait la sanctionner, la Russie n’a pas été prise au sérieux par les chancelleries et n’a pu se faire entendre ni à Vienne ni à Berlin.

Nicolas II et son épouse 
 
La France, comme la Russie, par une attitude passive, par son souci non point de défendre la paix, mais de veiller avant tout à la solidité de ses alliances, s’est laissé en quelque sorte entraîner vers la guerre. Entre le 28 juin 1914, date de l’attentat de Sarajevo, et les premiers jours de septembre, sa diplomatie ne joua qu’un rôle mineur. La personnalité de Raymond Poincaré, Lorrain qui n’était pas insensible aux idées de revanche, pesa certainement très lourd dans le déclenchement du conflit. Mais on peut dire aussi que le désir de l’Austro-Allemand d’en découdre avec la Serbie et de rompre le précaire équilibre des Balkans ne permettait pas de parade : Il était trop tard pour négocier.

Peut-être faut-il remonter plus loin encore dans le temps pour comprendre les causes de la Première Guerre mondiale. Peut-être est-il nécessaire d’élargir le problème et de considérer l’attitude panslaviste traditionnelle de la Russie dans les Balkans ; cette attitude poussa la Serbie à risquer d’être la cause d’un conflit, dès lors qu’elle se sentait soutenue par une grande puissance. La double monarchie austro-hongroise, face aux intrigues des Slaves, pouvait se sentir menacée par une agression permanente et insidieuse. Mais elle oubliait qu’elle maintenait les peuples slaves, avec l’accord de la Turquie et de l’Allemagne, dans un état d’oppression et d’infériorité et qu’elle favorisait le mécontentement des minorités non germaniques en déclarant sans cesse que celles-ci « ne comprenaient que la force », langage habituel des colonisateurs à l’égard des colonisés.

Il convient aussi de considérer le manque de souplesse des grandes puissances anciennement industrialisées comme la France et l’Angleterre qui n’acceptaient pas l’entrée de l’Allemagne dans le concert des nations. Elles craignaient de perdre leur prestige international et d’être ruinées et rabaissées au niveau de puissances secondaires. Peut-être les dirigeants auraient-ils consenti à négocier avec l’Allemagne, dont ils sentaient combien il était dangereux de la laisser à l’écart, si leurs opinions publiques, toujours chauvines, ne les avaient poussés à l’intransigeance.

En bref, c’est sans trop de crainte que les Alliés, les Allemands ou les Autrichiens acceptaient l’idée d’une guerre. Ils croyaient qu’elle serait courte et qu’elle réglerait définitivement et rapidement des problèmes en suspens depuis plus de quarante années. Chaque nation était persuadée de sa victoire. Elle n’imaginait pas qu’une guerre pût être perdue et qu’elle fût autre chose que locale ou continentale. Ils ne savaient pas que cette guerre serait mondiale, qu’elle entraînerait la chute des Romanov, des Habsbourg et des Hohenzollern et la perte de vingt millions d’hommes.

Déclaration de guerre.
 
À Berlin, le 1er Août 1914, la foule écoute la lecture de la déclaration de guerre. L’Allemagne ne croyait pas à l’intervention de l’Angleterre dans le conflit : la surprise allait être désagréable. Les Alliés pensaient que la Russie retiendrait les troupes allemandes à l’est. Mais la lenteur de la mobilisation russe et la rapidité du plan Schlieffen des Allemands menacèrent, dès les premiers jours de la guerre, l’armée française d’un gigantesque encerclement. La guerre risquait d’être courte, mais désastreuse pour la France. Surtout, les soldats français, en Lorraine comme à Charleroi, à l’offensive comme à la défensive, se montrèrent moins bons manœuvriers que leurs adversaires et ne subirent que des échecs. « La chance de la France, a-t-on écrit, fut qu’ayant mal engagé l’épée, Joffre sut ne pas perdre l’équilibre. » Ces graves revers étaient inattendus. Le succès de la retraite fut une autre surprise. Avançant au-delà de la Somme, von Kluck et von Bülow n’avaient pas réussi à envelopper l’aile gauche des armées franco-anglaises ; Gallieni invita alors Joffre et French à tenter un coup d’arrêt par une percée sur la Marne. Joffre avait réussi à ramener assez d’effectifs devant Paris pour que l’entreprise aboutît : un vrai miracle qu’expliquent en partie l’incompétence du généralissime allemand von Moltke, les zizanies au sein de son haut commandement, la détermination tranquille de Joffre. Il est vrai que, contre toute prévision, les plans allemands avaient été bouleversés par une offensive inopinée des Russes, qui, pour respecter une des clauses secrètes des accords militaires conclus avec la France, avaient attaqué en Prusse au quinzième jour, alors que la mobilisation et la concentration de leurs forces s’étalaient sur 36 jours. Cette offensive effectuée sans l’appui des réserves surprit les Allemands à Gumbinnen, les obligeant à ramener en hâte quelques troupes du front occidental. Ces opérations, tout comme la présence d’un fort contingent anglais à l’aile gauche des troupes françaises contribuèrent également à l’échec du plan Schlieffen.

En août 1914, conformément au plan Schlieffen, la première grande offensive allemande vise d’abord à annihiler les forces françaises. En violation de sa neutralité, la Belgique est envahie, et l’armée française, qui a concentré ses troupes en direction de l’Alsace et de la Moselle, est menacée d’encerclement.
 
Bataille de la Marne

Improvisé lors de la contre-offensive de septembre 1914, le premier transport automobile de troupes de l’histoire réunit tout ce que Paris comptait comme véhicules à moteur, et notamment les fameux « taxis de la Marne ». 
 
Au lendemain de la Marne, forces allemandes et armées franco-anglaises essayaient vainement de s’envelopper par un mouvement d’ensemble connu sous le nom de course à la mer. Elles finissaient par s’immobiliser au lendemain de la très sanglante bataille des Flandres (nov. 1914). À l’est, les généraux Hindenburg et Ludendorff parvenaient à encercler les armées russes aventurées à Tannenberg. Ils allaient y rafler plusieurs centaines de milliers de prisonniers, donnant ainsi naissance au mythe de Hindenburg, sauveur de la patrie. En vérité, les forces russes étaient loin d’être vaincues, et, selon le généralissime Falkenhayn, qui remplaça Moltke, elles furent toujours plus dangereuses pour les puissances centrales que ne le furent les forces conjuguées des Anglais, des Français et des Belges. En fait, les Russes portèrent surtout l’effort contre les Autrichiens, les moins bien équipés des soldats de la Grande Guerre ; en outre, les maladresses de leur commandement avaient fait échouer l’offensive « punitive » organisée contre la Serbie. Cet échec accrut encore le lien de vassalité de la double monarchie vis-à-vis de l’Allemagne, toujours présente sur tous les fronts, et prête à se porter au secours de son allié menacé.

Après la stabilisation des fronts, les Allemands reprirent l’initiative, cette fois en attaquant à l’est. Les opérations évoluèrent de la même façon qu’à l’ouest, la saison précédente : les Allemands remportèrent des succès spectaculaires, occupant toute la Pologne, la Lituanie et une partie de la Lettonie, mais la décision leur échappa. Faute de munitions et d’artillerie lourde, les Russes n’avaient pu tenir tête ; Ils perdaient près de deux millions d’hommes, une catastrophe qui, à long terme, allait ébranler le régime. Il n’en parut rien momentanément puisque non seulement les Russes purent se replier en bon ordre sur des positions retranchées, mais qu’en 1916 le général Broussilov prit l’offensive, reconquérant une partie de la Galicie. À l’ouest, le commandement allié voulut retourner aux Russes le service rendu en 1914 : pour les soulager de la grande offensive des puissances centrales (les Turcs étaient également passés à l’attaque au Caucase), Français et Britanniques lancèrent assaut sur assaut en Artois, puis en Champagne, puis à nouveau en Artois. Ces offensives de 1915 réussirent à bousculer quelque peu les dispositifs de Falkenhayn mais les combats de Souain, de Tahure, des Éparges ou encore de Vimy se soldèrent surtout par des pertes effroyables, à vrai dire sans contrepartie. « Je les grignote », disait Joffre. Il semble qu’il usait plutôt les forces vives de la France.

L’offensive de Champagne. 
  
Au lieu de se heurter au gros des troupes ennemies là où elles étaient bien organisées, installées dans un réseau savant de tranchées, l’état-major des Alliés décida de porter ses coups sur des points de défense allemande plus vulnérables. Cette nouvelle stratégie aurait pour effet de désorganiser les plans de l’état-major ennemi, non d’inquiéter ni de détruire les armées allemandes. Mais un grave dilemme se posait : n’était-il pas dangereux de frapper par exemple le sultan de Turquie alors que les troupes du Kaiser se trouvaient à Noyon, très près de Paris ?

L’enfer des tranchées

Dès 1914, l’utilisation massive de l’artillerie et des mitrailleuses rend suicidaire toute attaque traditionnelle. Sur le front de l’Ouest, les infanteries franco-britanniques et allemandes doivent enterrer leurs positions. Simultanément, les deux coalitions tentèrent l’expérience Winston Churchill voulait frapper le sultan ; il avait avec lui Aristide Briand, bientôt président du Conseil des ministres et ceux que, de chaque côté de la Manche, on appelait les « Orientaux ». Ils l’emportèrent sur le haut commandement, mais celui-ci ménagea tellement son aide que l’expédition des Dardanelles se solda par un échec cuisant. Sous-estimant la capacité de résistance des Turcs, que conseillait utilement Liman von Sanders, la flotte alliée essaya vainement de forcer les Détroits. Un corps expéditionnaire fut débarqué, bientôt incapable de sortir de la tête de pont de Sed-Ul-Bahr. Placée sous le signe de l’improvisation, l’entreprise coûta 145 000 hommes aux Alliés et elle fut un échec total (févr.-nov. 1915). Les rescapés furent débarqués à Salonique, au mépris de la neutralité grecque. Les Alliés faisaient valoir que ces troupes donneraient la main aux Serbes, que les puissances centrales menaçaient dangereusement ; Ils avaient désormais à lutter sur un deuxième front au sud, les Bulgares étant intervenus contre eux précisément pour protester contre le débarquement des Alliés en territoire hellène.

Les efforts des Anglais contre les Turcs en Mésopotamie ayant également abouti à un échec retentissant, la capitulation de Kut, la « stratégie du point faible » perdit du terrain chez les Alliés ; elle allait pourtant remporter une éclatante revanche puisqu’en 1918 l’aube de la victoire se lèverait en Orient. Les puissances centrales connurent le même dilemme. Fallait-il s’acharner sur l’adversaire le plus vulnérable, la Serbie, affaiblir sa propre défense, alors que l’ennemi le plus redoutable, le Russe, était capable, d’un bond, de se retrouver aux portes de la Hongrie ? Le commandant autrichien Conrad von Hötzendorff, le croyait ; Falkenhayn également, qui hésitait à s’enfoncer trop loin à l’est et qui ne voyait pas d’un bon œil le vieil Hindenburg, son rival, y multiplier des communiqués victorieux. Avec l’aide bulgare, les coalisés réussirent à occuper toute la Serbie, contraignant l’armée royale à traverser le pays pour trouver refuge à Corfou. Mais ils ne se mirent pas d’accord sur la nécessité de jeter à la mer le camp de Salonique. La même désunion nuisit au succès des opérations contre les Italiens entrés en guerre au moment où l’affaire des Dardanelles semblait devoir se solder par un succès. Le gouvernement de Rome revendiquait déjà la Cilicie, le sud de la Cappadoce, le Dodécanèse, etc. Avec l’échec des Alliés aux Dardanelles et en Serbie, les Italiens se retrouvaient face à face avec une armée autrichienne revigorée. Bien qu’il eût poussé à la guerre, le général Cadorna n’était pas prêt : Hötzendorff voulut exploiter cette situation favorable. Cette Strafexpedition (expédition punitive) fut un succès, mais l’offensive Broussilov du printemps 1916 interdit aux Autrichiens de l’exploiter. Hötzendorff dut ramener des troupes sur le front de l’est, imprudemment dégarni. Ainsi, la victoire d’Asiago se transformait en insuccès et Falkenhayn revenait à la stratégie du point fort en attaquant Verdun. Au vrai, il n’avait plus le choix puisque Russes, Franco-Britanniques et Italiens préparaient une offensive simultanée pour l’été 1916.

Verdun. 
 
Le but de Falkenhayn était de prévenir ces offensives concertées, de briser les reins de l’adversaire. Dans l’esprit du haut commandement allemand, « il ne s’agissait pas essentiellement de prendre Verdun [...], mais de fixer les forces françaises, de les attirer sur ce champ de bataille qu’elles défendraient pied à pied [...], de saigner à blanc l’armée française grâce à la supériorité en artillerie ». Exsangue, l’armée française serait incapable de mener à bien l’offensive prévue sur la Somme, tout comme l’armée italienne, attaquée dans les mêmes conditions à Asiago, avait été réduite à l’impuissance : elle ne pourrait reprendre l’initiative sur l’Isonzo. Dès lors, que pourraient faire les Russes à peine remis des épreuves de la campagne de 1915 ? La bataille de Verdun fut plus dramatique que d’autres parce que, au moment où les défenseurs de la citadelle pressentaient une attaque gigantesque, Joffre procédait au désarmement des forts dans le but de réorganiser la défense du front français « en profondeur ». Lorsque le généralissime envoya des renforts à la place, il était déjà trop tard ; l’adversaire avait coupé la ligne de chemin de fer menant à Verdun et, avant que la route de Bar-le-Duc ne fût aménagée, devenant la « voie sacrée », les troupes du Kaiser culbutaient les défenses françaises, occupaient les forts de Douaumont (février 1916) et de Vaux (juin 1916). Surpris par l’importance de l’attaque, Joffre en comprit les mobiles ; se gardant de démunir le front de la Somme, où Foch préparait l’offensive « décisive », il donna pour instructions à Pétain et aux défenseurs de Verdun de « tenir » avec le minimum d’hommes et d’artillerie. Six mois durant, les combattants de Verdun obéirent à cet impératif, leur chef obtenant seulement que soit organisé un « tourniquet des combattants » pour que la défense de positions aussi exposées que Mort-Homme ou la cote 304 soit assurée à tour de rôle par des soldats de l’armée française tout entière. À Verdun, bientôt, il n’y eut plus de front, mais un enchevêtrement, un émiettement inextricable de boyaux et de tranchées : isolée, bombardée, entièrement livrée à elle-même, chaque unité eut bientôt la conviction que le sort de la bataille dépendait d’elle. Jamais tant d’hommes n’assumèrent cette responsabilité avec un tel renoncement. Bataille de l’armée française presque entière, Verdun fut la grande épreuve purement nationale, avec seulement trois ou quatre bataillons de troupes coloniales, contre dix-huit sur la Somme, et sans que l’Anglais y participât. Ce fut également la bataille de l’homme contre l’homme, alors que la bataille de la Somme fut un carnage causé par les duels d’artillerie, la première bataille de la Marne, une victoire du commandement, et la seconde celle des chars associés à l’aviation. La leçon de 1916 ne fut pas retenue : en 1917, les Alliés crurent qu’en remplaçant Joffre par Nivelle et en substituant des offensives dites de rupture aux offensives d’usure le sort des combats tournerait infailliblement. Prévu par Pétain, l’échec tragique du Chemin des Dames le 16 avril. 1917 confirma l’esprit fanfaron des grands chefs militaires. Il eut pour suite immédiate les mutineries qui ne furent pas un « refus de se battre, mais d’une certaine façon de se battre ». Désormais, tandis que Nivelle, relevé de ses fonctions, jouait seul les boucs émissaires, les soldats étaient les victimes d’une répression à la fois limitée et impitoyable. Toutefois, le commandement français n’osa plus lancer les hommes à l’attaque tant qu’il ne disposerait pas d’une supériorité absolue en matériel. On espérait que ce fût grâce aux Américains et aux tanks. Pourtant, impatient de remporter un succès qui lui fût propre, l’état-major anglais crut pouvoir tirer avantage de la « défaillance » française en ordonnant une offensive à Passchendaele, dans les Flandres. Il réussit seulement à vouer à une mort inutile plusieurs centaines de milliers de Britanniques et d’Allemands (automne 1917).

Fin de la Première Guerre mondiale

1917 est une année difficile pour les forces de l’Entente. En avril, le général Nivelle lance la grande offensive du Chemin des Dames. Son échec tragique entraîne des mutineries dans plusieurs régiments français. D’août à novembre, les Britanniques connaissent à leur tour un grave revers, lors de la troisième bataille d’Ypres. 
 
Les armes militaires

Appliqué au point fort ou au point faible de l’ennemi, le style direct avait échoué. Chaque fois, la guerre nouvelle s’était immobilisée, ruinant les plans des stratèges et l’enseignement des tacticiens. Il est vrai que les chefs militaires, souvent en retard d’une guerre, refusaient d’admettre que les tranchées constituaient la réalité nouvelle à laquelle ils devaient s’adapter. Les Allemands s’y résolurent les premiers, pas leurs adversaires : les combattants alliés durent attendre près de dix-huit mois pour que le commandement envisage sérieusement le problème des barbelés : Il ordonnait de les couper avec des pinces. Les récalcitrants étaient accusés de lâcheté. Sous le feu de l’ennemi, ces ordres absurdes causèrent des ravages, tout comme ces armes nouvelles contre lesquelles les soldats étaient mal protégés : les mines souterraines, et aussi les menaces venues du ciel, les terribles explosions de Minenwerfer. En 1915, les Français trouvèrent la réplique avec « l’enfant chéri » des tranchées, le crapouillot qui, lui aussi, pouvait tirer court, et à la verticale. En outre, lance-flammes et grenades donnèrent un tour particulièrement cruel aux combats. Mais l’arme la plus redoutée fut le gaz asphyxiant, employé la première fois par les Allemands, le 22 avril 1915, à Langemarck. L’effet fut immédiat et foudroyant. Mais jamais les Allemands ni les Alliés, qui l’essayèrent à leur tour, ne procédèrent à une utilisation systématique. Contrôlant mal le mouvement des vents, les uns et les autres avaient peur que les nappes ne se retournassent, et les soldats n’étaient pas équipés pour occuper les zones infectées. Aussi, l’emploi des gaz ne permit jamais de remporter plus qu’un succès local. Ainsi, pour emporter les tranchées et mettre fin à cette forme de guerre, il fallut attendre une arme entièrement nouvelle et qui apparut plus tard, le char d’assaut.

Les autres perfectionnements dans l’art de la guerre furent également incapables d’emporter la décision. En 1914, Austro-Allemands et Russes disposaient de la meilleure artillerie. Mais bientôt, ils ne purent l’alimenter en munitions. De leur côté, Anglais et Français réussirent à rattraper l’avance des Allemands en artillerie lourde en juillet 1916. Jusqu’à cette date, ils utilisèrent surtout l’artillerie de campagne, le canon de 75 fut considéré comme l’arme à tout faire de l’armée française ; il cisaillait même les barbelés. Autre engin, l’aéroplane qui servit d’abord à surveiller la marche de l’ennemi. Bientôt, il eut pour mission de se rendre maître d’un espace aérien, de connaître le dispositif à terre de l’adversaire. Ce fut l’époque des grands duels entre « as » : l’Allemand Richthofen, les Français Fonck et Guynemer, l’Anglais Mannock, le Canadien Bishop... Allemands et Français puis Américains organisèrent également des raids à effet psychologique, mais ce furent surtout les dirigeables Zeppelin qui se chargèrent de cette mission, bombardant fréquemment Paris et Londres.

Ainsi, sans être encore aussi présente à l’arrière qu’au front, la guerre prenait des aspects nouveaux, liés souvent aux progrès des techniques. Toutefois, l’expérience de la guerre sous-marine mise à part, le commandement militaire n’intégra jamais la science des inventeurs à sa stratégie. La guerre demeurait une partie entre militaires, avec ses vieilles règles, son code de l’honneur. L’arrière devait fournir les hommes, les armes, se mettre au service de l’armée et se taire. De fait, en Allemagne, Hindenburg et Ludendorff imposèrent leur loi au chancelier Bethmann-Hollweg. Mais inversement, en France et en Grande-Bretagne, les parlementaires et les hommes politiques réussirent à prendre la conduite de la guerre dès qu’il fut évident, après la bataille de la Somme, que la science de Foch ou de Douglas Haig était plus onéreuse en vies humaines qu’elle n’était efficace.

Les armes psychologiques.  

Les dirigeants politiques et militaires ne parvenaient pas à gagner la guerre par la force des armes. Ils essayèrent de l’emporter en faisant éclater de l’intérieur la puissance de l’ennemi ; Ils voulurent aussi l’étouffer, le démoraliser en l’intoxiquant de fausses nouvelles.

Le principe des nationalités était une arme à double tranchant : les protagonistes ne l’utilisèrent qu’avec circonspection. Ainsi, les Alliés soutenaient la cause des Tchèques, Slovènes et autres Slaves du Sud en révolte ouverte contre les Habsbourg, celle des Arméniens, persécutés par les Turcs ; mais de leur côté, les Austro-Allemands soutenaient la cause des Finnois, Ukrainiens et Polonais, opprimés par les Romanov ; ils aidaient également les Irlandais à tenter, en 1916, un soulèvement contre l’Angleterre. Ce fut l’échec des Pâques sanglantes. Le monde musulman fut sollicité par les deux camps. Les Alliés soutenaient la cause des Arabes, en rébellion contre les Turcs ; de leur côté, les Allemands et le sultan cherchaient à soulever contre leurs oppresseurs les Tatars de Russie, les musulmans de l’Inde et de l’Afrique du Nord. À court terme, les Alliés prirent l’avantage : le soulèvement des Arabes contribua à l’écroulement de l’empire turc. À long terme, toutefois, la Grande guerre eut pour effet d’affaiblir la position des Alliés aux colonies notamment en Tripolitaine, en Égypte, en Inde musulmane et au Maroc. Le réveil du mouvement national en 1919 et 1923 allait le révéler.

Les armes économiques

Comme il était impossible de terminer rapidement la guerre qui s’installait dans le monde entier, les Alliés voulurent détruire le potentiel militaire et économique des puissances centrales et songèrent en premier lieu à ruiner le commerce maritime de l’ennemi. Si celui-ci se trouvait dépourvu de matières premières destinées à des fabrications de guerre, il serait incapable d’assurer l’entretien de son armée et de sa logistique militaire et se trouverait confronté à une crise économique qui l’obligerait à capituler. L’Allemagne, qui n’avait pas envisagé l’entrée de l’Angleterre dans le conflit et qui n’était pas préparée à une guerre économique, ne comprit pas tout de suite les dangers d’un blocus qui pourtant avait un précédent, celui installé par Napoléon contre l’Angleterre. Elle espérait que le commerce avec les neutres suffirait à assurer ses échanges. En outre, elle savait que le business anglais avait obtenu le droit de continuer à commercer avec les hommes d’affaires allemands, via les neutres, et moyennant certaines précautions.

Toutefois, lorsque les Alliés commencèrent à contrôler le commerce des neutres, violant ainsi les accords de La Haye, les Allemands craignirent que l’arme économique ne finisse par leur être fatale. Le haut état-major réagit, et l’amiral Tirpitz utilisa la guerre sous-marine comme une arme préventive et une menace : ce fut sans résultat, les Alliés ayant trop d’avantages à contrôler le commerce des neutres. Pour forcer le blocus, la flotte allemande essaya ensuite de rompre hardiment des lances avec la Home Fleet. Elle lui coula plus de navires qu’elle n’en perdit elle-même, mais l’étau resta fermé et désormais la flotte du Kaiser ne put plus sortir de la mer Baltique. La victoire du Jutland (juin 1916) était une victoire pour rien.

Tout changea en 1917. Sous la pression des militaires, et notamment de l’amiral Tirpitz, le Kaiser se décida à pratiquer la guerre sous-marine à outrance, à couler tous les navires qui se rendaient en Grande-Bretagne, même les neutres. Les calculs de ses marins attestaient que cette forme de guerre permettrait de retourner l’arme économique contre ceux qui l’avaient utilisée les premiers et qu’avant une année elle acculerait l’Angleterre à capituler. De fait, il s’en fallut de peu que l’Allemagne ne remportât un succès éclatant ; en avril 1917, elle coulait jusqu’à 847 000 tonnes aux Alliés, soit l’équivalent du quart de la flotte commerciale française. Toutefois, grâce à l’action de Lloyd George, une parade fut imaginée et les amiraux finirent par accepter de mettre la Home Fleet au service des navires marchands ; l’organisation de convois, le dragage des mines réussirent tout comme l’embouteillage des arsenaux allemands, à émousser l’arme sous-marine. En fin de compte, au lieu de faire baisser pavillon à l’Angleterre et de terroriser les neutres, la guerre sous-marine à outrance suscita l’intervention américaine qui, à terme, allait amener la défaite des puissances centrales.

L’arme américaine

Les militaires allemands avaient cru qu’ils impressionneraient les Américains en coulant leurs navires se rendant en Angleterre ; en réalité, ils lésaient trop gravement les intérêts du business américain pour que celui-ci ne réagît pas. Wilson lui-même, qui avait longtemps souhaité jouer les conciliateurs et imposer ses conceptions d’une paix durable, oublia aussi vite ses discours pacifistes dès que les intérêts du business furent menacés. Les maladresses de la diplomatie allemande aidèrent son revirement : en janvier 1917, le ministre-conseiller Zimmermann n’hésita pas à promettre au Mexique l’alliance de l’Allemagne contre les États-Unis avec, pour salaire de la victoire, le retour des provinces perdues (Texas, Arizona, Nouveau-Mexique). Cette intervention du Kaiser dans les affaires américaines suscita assez d’indignation pour métamorphoser cent millions d’Américains pacifistes ; en cent millions d’adversaires belliqueux et chauvins (4 avril 1917).

En Europe, dirigeants politiques et chefs militaires sous-estimèrent l’intervention américaine : cette « nation de cow-boys n’avait pas autant de divisions prêtes à combattre que le Portugal, West-Point n’était pas Saumur, et les Américains ignoraient tout de la guerre des tranchées ». Quand les États-Unis entrèrent en guerre, personne ne comprit qu’à la Russie, vieux pays, se substituait la première puissance industrielle du monde et qu’en cette année 1917 la guerre n’était plus gagnée par les stratèges, mais par les ingénieurs. L’entrée en guerre de l’Amérique impliquait pour l’Allemagne une défaite inéluctable.

Avec l’intervention américaine, la guerre devint réellement mondiale ; les États-Unis d’Amérique entraînèrent dans le conflit leurs satellites pour pouvoir se saisir des navires austro-allemands réfugiés dans leurs eaux depuis 1914. Ils prêtèrent en outre les leurs et les Alliés disposèrent ainsi de la quasi-totalité du tonnage mondial.

En outre, la guerre en Extrême-Orient changea désormais de nature, l’Amérique y surveillant de près les activités de son « allié », le Japon. Elle fit entrer la Chine dans le conflit, seul moyen de faire suspendre l’application des « vingt et une conditions » imposées par le Japon en 1915. Toutefois, l’Amérique d’alors n’était pas en mesure d’imposer sa loi de l’Europe à la mer de Formose : elle ne réussit pas à desserrer l’emprise du Japon sur la Chine, dut ménager le mikado, et même s’associer à ses entreprises sur le continent, ce que la jeunesse chinoise ne pardonna pas aux Américains (mouvement de mai 1919).

En 1917, toutes les nations se sentent concernées par la guerre. Dans les deux camps on réclame à ses alliés non seulement un soutien militaire, mais également une aide économique, ce qui est un fait nouveau. Jusqu’en 1914, les puissances avaient toujours pensé que plus grand serait le nombre de divisions qu’elle pourrait jeter dans un conflit et plus grande serait la capacité de production de leurs usines d’armement, plus grande serait leur chance de gagner une guerre. Or en 1917, 17 millions d’hommes avaient été mis hors de combat (un tiers de morts) ; la Russie, en dépit de son énorme potentiel en hommes, n’avait pas réussi à ébranler l’Allemagne, parce qu’elle ne disposait pas d’une économie assez avancée.

L’idée d’une mobilisation de l’économie ne naquit qu’assez tard. Pendant deux ans, les états-majors avaient vécu la guerre en liant son issue à la notion, désormais dépassée, de campagne militaire. Or il ne s’agissait plus de gagner une bataille en fonction de l’état des stocks, mais de réorganiser l’économie du pays dans la perspective d’une guerre longue, dont on voyait mal l’issue. L’organisation de la production fut plus systématique et plus rapide que partout ailleurs en Allemagne, où la concentration de l’industrie et les nécessités du blocus conjuguèrent leurs effets dans le sens d’une mobilisation générale de l’économie. Ce fut en Grande-Bretagne que la main-d’œuvre fut distribuée de la façon la plus rationnelle entre l’arrière et le front. Plus arriérées au point de vue économique, l’Italie et la Russie accomplirent des efforts excessifs pour adapter production et consommation aux nécessités d’une guerre totale : ce fut dans ces pays que le « moral » craqua et que l’idéal de la paix ou de la révolution prit le pas sur celui de la victoire.

Intoxiquée par les journaux, les affiches, les livres, les films, les chansons patriotiques, les cérémonies officielles, le tintamarre des cuivres et du tambour, anesthésiée par la censure, l’opinion publique perdait peu à peu ses facultés d’exercer un rôle civique. On l’avait persuadée que toutes critiques de ses chefs était indiscipline, tout dénigrement trahison. Le phénomène était particulièrement sensible en France, où la présence ennemie, de Lille à Noyon, mettait en danger l’existence même de la nation. La Grande-Bretagne n’échappa pas pour autant à la frénésie patriotique, oubliant pour un temps ses traditions libérales. Au reste, seule l’Allemagne de Guillaume II continua à publier chaque jour le communiqué de l’ennemi.

Pourtant, les combattants n’osaient plus espérer en une victoire prochaine. Les peuples n’avaient plus la même foi en leurs gouvernements, les soldats en leurs chefs, les nations en leurs alliances. Les plans de tous les belligérants s’étaient révélés illusoires et désormais même le « bourrage de crâne » s’avérait sans emploi... La dette des nations déjà exsangues gonflait démesurément ; ainsi, une journée de guerre coûtait aux Allemands 7 millions de marks en 1870, 36 millions en 1914, 146 millions au début de 1918. Dans ces conditions, on comprend que seuls de substantiels avantages pouvaient encore stimuler les énergies et permettre aux économies de se reconstituer. Ainsi, les buts de guerre enflaient à mesure que les chances de les atteindre diminuaient.

Les dirigeants français ne revendiquent ouvertement que le « retour de l’Alsace-Lorraine » ; en réalité, ils pensent à des « garanties » sur la rive gauche du Rhin, en Sarre ; ils rêvent aussi de démanteler l’empire allemand. En outre, Français, Anglais et Italiens envisagent de se partager l’empire turc (pacte de Londres et accords Sykes-Picot de 1915). De leur côté, les Britanniques entendent mettre la main sur les colonies allemandes, conquises dès 1916. Dans l’autre camp, les premiers succès d’Enver pacha, en 1915, ont réveillé le panislamisme : ses ambitions visent à la reconstitution d’un empire s’étendant du Pamir à l’Indus et au Nil.

Les pangermanistes définissent pour le Reich triomphant des buts de guerre presque illimités : en Europe, à l’ouest, une frontière qui irait de Boulogne à la Meuse et au Rhône avec, en plus, Brest, Toulon, l’annexion pure et simple du nord-est de la France, de la Belgique et du Luxembourg, le contrôle des Pays-Bas. Colonies belges et néerlandaises passeraient automatiquement sous la dépendance allemande, tout comme le Maroc, l’Afrique équatoriale, Madagascar, les colonies portugaises, un vaste ensemble qui constituerait les « Indes africaines » de l’Allemagne. À ces exigences de l’armée, de la marine et du monde des affaires s’ajoutent celles des universitaires, de ceux qui veulent ressusciter le Drang nach Osten en occupant la Pologne, l’Ukraine, le Caucase, etc. Peut-être ces ambitions des uns et des autres eussent-elles été accessibles si, dans chaque coalition, les partenaires avaient été solidaires. Il n’en fut rien. Les Alliés comme les puissances centrales se livrent entre eux une sourde lutte pour l’hégémonie. Cette « guerre dans la guerre » oppose aussi bien les diplomates que les chefs militaires. Ainsi, Conrad von Hötzendorff, Enver pacha, Yekov, Falkenhayn ont chacun leurs conceptions, leurs plans, leurs objectifs ; tout comme, dans l’autre camp, Douglas Haig, Joffre, Pétain et bientôt Pershing.

Les puissances centrales ne réalisent le commandement unique qu’à la fin de 1917 ; les Alliés pas avant l’entrevue de Doullens, en mars 1918, lorsque les zizanies entre Français et Anglais mirent gravement en péril la défense du front. Des conflits ouverts ont opposé les Franco-Britanniques aux Grecs, lors de l’opération de Salonique, les Italiens aux Serbes, et, dans l’autre camp, les Allemands aux Turcs dans le Caucase, durant l’été 1918. Une de ces querelles fut fatale à un coalisé, la Roumanie. Pour la châtier de ne pas être intervenu dans la guerre au moment du péril mais à l’heure de la victoire, le commandement russe fit replier exprès ses propres troupes, laissant les Austro-Allemands écraser l’armée du roi Ferdinand, restée seule face à eux (août-décembre 1916).

Naissance de l’esprit « ancien combattant. »

À l’arrière, comme au front, les combattants et les civils s’interrogeaient. Les hostilités étaient-elles bien menées et le chiffre important des pertes était-il justifié ? Le prix de la victoire n’était-il pas trop élevé et, dans ce cas, le pays n’avait-il pas intérêt à conclure une paix négociée ? Les dirigeants civils et militaires ne prolongeaient-ils pas l’état de guerre pour accroître abusivement leur emprise sur la société ? Autant de questions et de mises en demeure qui ne recevaient pas de réponse publique car la presse était muselée et les opposants surveillés. Toutefois, les remaniements ministériels, en France notamment, où Viviani, Briand, Ribot, Painlevé, Clemenceau se succédaient au pouvoir, le « limogeage » des chefs militaires, les crises qui éclatèrent au front ou à l’arrière révélaient l’existence d’un trouble profond, d’une situation très grave.

Au reste, le brassage des hommes, l’aventure souvent tragique de leur séjour au feu, les brefs retours en permission donnaient aux mobilisés une conscience aiguë de leur solidarité. Les combattants devenaient une sorte de classe à part, la classe des sacrifiés. Face à « ceux de l’arrière », profiteurs et embusqués, ils ressentirent une hostilité sourde qu’ils réprimèrent bientôt pour ne pas apparaître dupes. Ils laissèrent les hommes politiques idéaliser leur combat et n’eurent pas, ainsi, à se déjuger. Cette évolution explique que la plupart des anciens combattants devinrent bientôt les alliés de l’ordre établi contre tous ceux qui dénonçaient les responsables de la guerre et voulaient y mettre fin.

Au début des hostilités, l’élan patriotique avait emporté les pacifistes et, avec eux, l’Internationale : les militants révolutionnaires avaient couru à l’ennemi, comme tout le monde. Peu d’entre eux eurent conscience qu’ils étaient parjures à leurs serments ; quelques émigrés russes, par exemple, qui avaient rompu tous les liens avec la société. Encore certains d’entre eux, tel Plekhanov, jugeaient que, d’un point de vue marxiste, la guerre contre l’Allemagne était légitime puisque cette puissance représentait le maillon le plus fort du capitalisme international. Dans chaque pays, il était des socialistes qui jugeaient de même, tels Jules Guesde en France, H. M. Hyndman en Angleterre, et bientôt Benito Mussolini en Italie. Dans le camp adverse, la classe ouvrière, très puissante, jugeait qu’elle constituait un rempart face à la menace tsariste ; ainsi, Eduard Bernstein, Karl Kautsky et bien d’autres se rallièrent, comme en France, à l’Union sacrée (Burgfriede).

 Certes, il y eut quelques isolés, syndicalistes, anarchistes, marxistes qui essayèrent de lutter contre le courant. Rétrospectivement leur rôle a pris de l’importance parce qu’ils menaient le même combat que les émigrés russes qui allaient accomplir la révolution d’Octobre. Leur action n’en eut pas moins un rayonnement extrêmement faible, même en Allemagne où pourtant le groupe Spartakus, formé en 1916, avec Rosa Luxemburg, comprenait au moins un membre du Reichstag, Karl Liebknecht. En France, la prise de position de Romain Rolland, dans le Journal de Genève, « Au-dessus de la mêlée », fit croire au rayonnement de l’esprit internationaliste. En réalité, il fallut attendre septembre 1915 pour que des pacifistes français acceptent de rencontrer des Allemands et de publier ensemble un appel contre la guerre. Ce manifeste de Zimmerwald fut un signal, peu y répondirent. Repris un an plus tard, à Kienthal, cet appel divisa profondément les militants socialistes des pays belligérants, mais il mordit assez peu sur la classe ouvrière qui, en France comme en Angleterre ou en Allemagne, était plutôt sensible à la hausse des prix, à la concurrence de la main-d’œuvre bon marché (femmes, jeunes gens, travailleurs étrangers, comme les Chinois en France et en Angleterre). Il stigmatisait le comportement de ses dirigeants syndicaux, plus soucieux de traiter avec le gouvernement que de mener un combat effectif pour la révolution ou la paix. On adressait les mêmes reproches aux ministres socialistes qui, tel Arthur Henderson en Angleterre ou Albert Thomas en France, semblaient parfaitement à leur aise au sein d’un gouvernement « bourgeois ».

Nulle part, toutefois, la lassitude de la guerre, la haine des dirigeants, la pénurie n’étaient aussi vivement ressenties qu’en Russie. Le mouvement de Zimmerwald s’y enracina profondément grâce à l’action de ses animateurs russes, Lénine, Martov, Tchernov, qui résidaient à l’étranger. Annoncées par une série de grèves géantes, des émeutes bientôt métamorphosées en révolution emportèrent le régime en cinq jours (11-15 mars [26 févr.-2 mars] 1917). Après l’abdication de Nicolas II, ni le gouvernement provisoire ni le soviet ne réussirent à choisir une politique, à faire la paix ou à continuer la guerre. Ils n’osèrent pas non plus modifier du tout au tout la condition des ouvriers, réaliser la réforme agraire, bref, accomplir la révolution sociale. L’opinion ne le leur pardonna pas, et un puissant mouvement populaire animé par les bolcheviks chassa successivement du pouvoir les ministres « bourgeois » (Milioukov, Lvov) et les socialistes « conciliateurs » comme Kerenski. Les vainqueurs de l’insurrection d’octobre (novembre 1917), Lénine et Trotski, signèrent aussitôt la paix à Brest-Litovsk avec les puissances centrales (mars 1918). Au prix de lourdes concessions territoriales (Pologne, pays baltes, etc.), ils sauvaient la révolution et, avec elle, leur pouvoir.

La révolution de Février, et plus encore l’appel du soviet de Petrograd, le 14 mars 1917, en faveur d’une paix sans annexions ni contributions, avaient ressuscité le mouvement socialiste international et, avec lui, les courants pacifistes et révolutionnaires. Pourtant, les militants ne parvenaient pas à admettre le principe d’un congrès international socialiste pour la paix qui eût réuni les représentants de tous les belligérants ; la réunion de Stockholm n’eut jamais lieu. Durant l’hiver 1917-1918, les négociations de Brest-Litovsk, et les « fraternisations » qui les accompagnèrent, loin de déclencher le processus révolutionnaire espéré par les bolcheviks, ranimèrent au contraire les partisans d’une paix victorieuse. Celle-ci semblait plus proche aux puissances centrales débarrassées du plus coriace des ennemis et, en outre, victorieux des Italiens à Caporetto (23 oct. 1917). Chez les Alliés, ces difficultés redonnèrent l’avantage aux adversaires d’un compromis, dont les partisans, tels Joseph Caillaux en France, lord Lansdowne en Grande-Bretagne ou Giolitti en Italie, se leurraient sur les intentions de leurs adversaires. Les exigences des Allemands à Brest-Litovsk l’avaient prouvé. En outre, les concessions des bolcheviks discréditèrent les partisans d’une paix « révolutionnaire », puisque la sauvegarde de la révolution en Russie était passée avant la conclusion d’une paix générale. Les combattants ressentirent plutôt le « lâchage » bolchevique habilement exploité par la presse officielle. Celle-ci put enfin confondre l’ennemi national (l’Allemand) avec l’ennemi social (la gauche marxiste), qui avaient fraternisé. Ces circonstances renforcèrent le jusqu’au-boutisme de Lloyd George tandis qu’en France l’énergique Georges Clemenceau prenait la relève de Ribot et de Painlevé. Il était d’accord avec son rival, le président Poincaré, pour combattre le pacifisme. L’évolution fut la même en Italie, où la gauche fut également excommuniée, accusée d’être responsable des mutineries de Caporetto, alors qu’en vérité les sympathies de l’Église pour la catholique Autriche-Hongrie et les erreurs du commandement avaient tout autant contribué au fléchissement du moral des Italiens que la propagande pacifiste des socialistes. Déjà, des groupes armés, les fascites, prévenaient l’action du gouvernement pour mettre les pacifistes « hors d’état de nuire ».

Au début de 1918, lorsque Hindenburg et Ludendorff décidèrent de frapper un grand coup à l’ouest, ils étaient animés par la certitude du succès ; toutefois, ils avaient également le sentiment de lancer l’offensive de la dernière chance, puisque, d’après leurs calculs et les prévisions concernant l’arrivée des Américains, le rapport des forces leur deviendrait définitivement défavorable à partir du mois de juillet. Les Alliés savaient également que « la lutte serait formidable ». Au reste, les premiers lancers de tracts anglo-saxons sur l’Allemagne, la lente décomposition de l’autorité impériale dans les pays allogènes de la double monarchie, le bombardement régulier de Paris par la « grosse Bertha », un énorme canon tapi dans la forêt de Compiègne, étaient autant de faits qui attisaient la guerre des nerfs.

Le commandement allemand avait décidé de lancer une série de coups de boutoir contre les Anglais, particulièrement éprouvés depuis Passchendaele. Ils comptaient porter l’effort à la jonction du front français : connaissant la mésentente entre Haig et Pétain, ils espéraient en jouer. Les Français porteraient-ils secours à l’allié en danger ?

Il s’en fallut de peu que les lignes anglaises ne soient emportées lors de l’offensive du 21 mars, dans la région de Saint-Quentin. Pétain n’envoyait pas de renforts et il fallut l’autorité de Clemenceau, l’optimisme de Foch pour ressusciter un climat d’entente cordiale, amener Fayolle au secours des Anglais et sauver la situation. Si l’offensive du 9 avril contre les Anglais, en Flandre, n’aboutit pas, la troisième tentative allemande faillit réussir. Lancée contre les Français, le 27 mai, au Chemin des Dames, elle ne perdit son élan qu’à la hauteur de Reims et de Soissons. L’avance atteignait jusqu’à 60 kilomètres, Amiens et Reims étaient directement menacées. À nouveau, les Allemands occupaient Noyon (qu’ils avaient abandonné en mars 1917). À Paris, des signes de désarroi trahirent la gravité de la situation. Le Parlement demanda la relève de Pétain et de Foch que Clemenceau réussit à maintenir à leurs postes.

Le 15 juillet, Ludendorff tenta alors de marcher sur Paris : cette offensive de la paix (Friedensturm) échoua grâce à une habile manœuvre de repli élastique de Pétain, à l’intervention massive des petits chars Renault, à la coordination de l’armée de terre et de l’aviation. C’est la seconde victoire de la Marne, bientôt suivie d’un autre succès, celui des tanks de Rawlinson, le 8 août, « jour de deuil de l’armée allemande ». Phénomène nouveau : pour la première fois des milliers de soldats allemands s’étaient rendus sans combat. Désormais vaincus à terme, les généraux allemands ne songent plus qu’à hâter la conclusion de l’armistice. Ils voudraient le signer avant que l’adversaire ne mesure sa victoire avec exactitude, avant qu’il ait reconquis le territoire français. L’armistice demandé par les Bulgares, le 26 septembre, donne l’occasion attendue, d’autant plus que l’armée turque a été anéantie par les Anglais à Megiddo et que, sur le front italien, tout laisse présager que le général Diaz réussira à enfoncer l’armée austro-hongroise, démoralisée par la désertion de nombreux contingents slaves. Elle fut effectivement vaincue à Vittorio Veneto, le 25 octobre, ce qui entraîna Charles Ier à demander l’armistice de Villa Giusti, puis à abandonner son trône. L’état-major allemand exigeait du chancelier Georg von Hertling qu’il demande l’armistice : ignorant la situation réelle des forces impériales, la menace anglaise sur Cambrai, l’avance de Gouraud et des Américains en Champagne et en Lorraine, le chancelier ne comprenait pas les raisons de cette précipitation. Il fut remplacé par un libéral, le prince Max de Bade, dont la présence à la chancellerie cautionnerait la volonté de paix des dirigeants allemands. Les socialistes acceptèrent de participer à son cabinet quand ils surent la vérité sur la situation militaire. Ils voulaient « mettre fin à la guerre et sauver l’Allemagne ». Wilson répondit aux premières demandes de pourparlers, au début d’octobre, par un appel au renversement du Kaiser. Ludendorff démissionna aussitôt, accréditant le mythe d’une trahison des civils : Guillaume II refusant d’abdiquer, les socialistes menacèrent de démissionner. Ils déclarèrent que la personne de Guillaume II était le seul obstacle à la conclusion d’un armistice. Il y eut, aussitôt, des manifestations en faveur de la paix. Le 3 novembre, des mutineries éclatèrent à Kiel : les marins refusaient de livrer une bataille « pour l’honneur ». Les socialistes chantaient l’Internationale et affirmaient leur volonté de renverser le régime. Avec les ouvriers, ils formèrent des soviets et, malgré les efforts des ministres sociaux-démocrates (Ebert, Scheidemann, Noske...), la vague révolutionnaire gagna toute l’Allemagne. Le 9 novembre, Guillaume II était contraint d’abdiquer. Max de Bade avait abandonné le pouvoir aux socialistes : ce seraient eux qui endosseraient les frais de la défaite.

Loin de se douter de l’étendue de leur victoire, les Alliés hésitaient à conclure. Ils s’y décidèrent par peur que la fortune ne tourne. Foch craignait aussi que la prochaine offensive n’avantageât les Américains, mieux placés pour entrer en Allemagne, et qui passeraient pour les vainqueurs de la guerre. Ainsi, les Allemands ne connurent pas la guerre sur leur territoire ; ayant campé pendant quatre ans en terre ennemie, ils imaginaient mal qu’ils étaient vraiment vaincus.

Les clauses de l’armistice (11 novembre 1918) leur parurent d’autant plus dures : reddition de la flotte de guerre, évacuation de la rive gauche du Rhin, livraison de 5 000 canons et 30 000 mitrailleuses, etc. En réalité, elles étaient bénignes, compte tenu des dévastations causées en territoire ennemi ; mais les militaires qui les avaient préparées les jugeaient satisfaisantes parce qu’ils croyaient avoir détruit l’armée allemande. Ils n’en avaient détruit que l’apparence, parce que, soldats d’esprit et de métier, ils n’avaient pas encore compris que la force d’une nation réside dans la puissance industrielle. En outre, faisant passer désormais l’esprit de parti avant le ressentiment patriotique, ils ménageaient volontairement les dirigeants allemands pour qu’ils fassent rempart contre le bolchevisme.

Le traité de Versailles

Signé en juin 1919, le traité de Versailles dessaisissait l’Allemagne de l’Alsace-Lorraine, de la Posnanie, d’Eupen et Malmédy, de ses territoires d’outre-mer.

Un plébiscite serait organisé ultérieurement pour décider si la Silésie serait allemande ou polonaise, si la Sarre retournerait à l’Allemagne ou demeurerait française. Son armée réduite à 100 000 hommes, sa flotte de guerre confisquée, jugé responsable de la guerre par l’article 231 du traité, et ainsi condamné à payer des réparations, le peuple allemand jugea ces clauses iniques. les vainqueurs prétendaient agir au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ; or ils attribuaient les Allemands des Sudètes à la Tchécoslovaquie, et les Hongrois de Transylvanie à la Roumanie. L’occupation de la rive gauche du Rhin pendant quinze ans à titre de gage mit le comble à sa colère : il voyait l’ennemi fouler la terre natale alors qu’en quatre ans de combats il avait réussi à la maintenir inviolée.

Dans leur hâte à tenir la colère des Allemands comme un gage de victoire, les Français et les Anglais ne s’apercevaient pas qu’en réalité la puissance de leur adversaire restait intacte alors que la France était détruite en partie. Ruinées par l’effort de guerre, par leurs achats à l’étranger, la France et l’Angleterre, prospères en 1914, avaient vu s’effondrer leur crédit à l’extérieur avant qu’il ne se transforme en compte débiteur. Elles ne bénéficiaient plus des fonds placés en Russie ni dans l’empire turc, celui-ci détruit et dépecé par les traités de Sèvres et Trianon. Certes, elles comptaient exercer un contrôle sur la Syrie, le Liban, l’Irak, etc., mais le réveil des peuples coloniaux allait bientôt les en chasser. Ainsi, leur assise financière affaiblie par la guerre, elles perdaient l’avance qu’elles avaient, quatre ans plus tôt, devant l’Allemagne et l’Amérique. En outre, consacrant par le traité de Saint-Germain la substitution d’une poussière de petits États à l’ancien empire des Habsbourg, ne laissant aux Italiens ni Fiume ni Trieste, la France et l’Angleterre créaient une situation qui allait rapprocher, à terme, les mécontents, préparer leur revanche, faciliter leurs premiers succès.

À partir de 1920, la vie d’Adolf Hitler se confond avec son action politique - sa vie privée, tenue hors des projecteurs, n’eut jamais de réelle épaisseur. Le petit parti auquel il avait adhéré en septembre 1919 prit le nom, l’année suivante, de Parti ouvrier national-socialiste allemand (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, N.S.D.A.P.). Hitler en assuma rapidement la direction et lui imprima des caractéristiques durables, en particulier la violence des propos et l’usage de la force, l’un et l’autre destinés à produire une cohésion interne et à attirer l’attention de l’opinion. Avec ses 50 000 membres et sa formation paramilitaire, la SA (Sturmabteilung, section d’assaut), le parti nazi prit du poids, mais il restait confiné à la Bavière, dont il exploitait les tensions régionalistes avec Berlin.

C’est dans ce contexte, et dans le sillage des remous créés par l’occupation franco-belge de la Ruhr, que Hitler se lança, le 8 novembre 1923, dans une tentative de putsch contre le gouvernement bavarois. Ce faux pas lui valut l’emprisonnement dans la forteresse de Landsberg et une condamnation, clémente, à cinq ans de réclusion, abrégée par une libération anticipée à la fin de 1924. En prison, Hitler dicta Mein Kampf (« Mon combat »). À la fois autobiographie stylisée et exposé doctrinal, cet ouvrage frappe à deux égards. D’abord, par l’importance accordée à la démarche politique, pragmatisme inclus, ce qui distinguait Hitler de ses concurrents dans l’extrême droite. L’importance majeure qu’il accordait à l’organisation et à la propagande était un hommage rendu aux méthodes de ses adversaires sociaux-démocrates et communistes. Mais c’était également le reflet de son expérience de jeune catholique. Le mouvement nazi devait être à la fois un parti-armée et un parti-Église, un parti de combat et un parti de croyants et, dans les deux cas, un parti sous la direction d’un homme d’exception.

Ensuite, par la cohérence de l’idéologie qui y est exposée. Largement empruntée au nationalisme « völkisch » (ethno-raciste) d’avant 1914, elle est présentée avec beaucoup de force. Le racisme en constitue la charpente, c’est-à-dire l’idée que la race est le principe explicatif de l’histoire du monde et la pureté raciale le secret de la puissance d’un peuple. De là découle la nécessité, à la fois de l’épuration des éléments « racialement malsains » au sein même du peuple allemand - ainsi les malades mentaux - et de l’élimination des allogènes qui s’y trouvent - les Tsiganes, les Noirs, etc.

L’antisémitisme s’inscrit dans ce cadre raciste, il se loge même en son centre. Car Hitler conçoit l’idée d’un antagonisme privilégié, au sein même du combat éternel des races, entre le monde aryen et les Juifs, et cet antagonisme existentiel ne peut prendre que la forme d’une lutte à mort. Plus généralement, la mission qu’il s’assigne est de faire retrouver à l’Allemagne, humiliée par le traité de Versailles, le chemin de la puissance, laquelle s’épanouira dans la création d’un empire en Europe orientale - l’« espace vital » - et dont les conditions préalables devaient être la mobilisation des masses, la prise de contrôle de l’État, la destruction des adversaires et l’épuration raciale de la nation.

Ce corps d’idées avait un caractère totalitaire puisqu’il embrassait la nature, l’histoire et la société. Il incluait, en outre, un horizon apocalyptique qui concernait avant tout le rapport aux Juifs, conçu selon une logique du « eux ou nous ». Enfin, sa réalisation impliquait la rupture avec la civilisation occidentale, façonnée par le christianisme et les Lumières. En plaidant pour que fût réinculquée aux jeunes générations une morale fanatique de la « dureté » qui les délivrerait de toute solidarité humaine et justifierait la mise en esclavage ou à mort des autres peuples, Hitler exprimait sa volonté d’un changement de paradigme. Si tous les événements qui allaient suivre n’étaient pas annoncés, il ne peut y avoir de doute sur le potentiel énorme de violence que contenait cette idéologie.

Après sa sortie de prison, Hitler entreprit de refonder son parti sur de nouvelles bases. Tirant les conséquences du putsch manqué, il décida que l’accession au pouvoir se ferait par la participation au jeu électoral. Pour souder son parti, il le dota d’un ensemble de rites et de symboles (la croix gammée, le salut, le drapeau) qui se donnaient à voir lors du congrès annuel (à partir de 1927 à Nuremberg) et dans l’utilisation croissante du « Heil Hitler ». À la théâtralisation du politique faisait escorte un culte du chef, le Führer, qui assurait à celui-ci une primauté politique et idéologique. En même temps, Hitler dotait son parti de structures plus appropriées au recrutement, à l’encadrement et à la mobilisation des adhérents et à la préparation de la prise du pouvoir. Outre une organisation territoriale, le parti nazi comprenait désormais des groupements paramilitaires (SA, SS - Schutzstaffel, escadron de protection -, Hitlerjugend) et des associations professionnelles.

Dans cette période de stabilisation économique et de détente internationale, son audience restait insignifiante. Aux élections nationales de 1928, il remporta 2,6% des suffrages (12 sièges au Reichstag), tout en doublant de taille. Mais grâce à sa réorganisation, il s’était installé dans la durée, il avait étendu son réseau au pays entier, il possédait des structures capables d’accueillir un éventuel afflux. Or c’est ce qu’allait provoquer, de manière inattendue, la crise économique de 1929, qui jetait au chômage des millions d’Allemands et entraînait un blocage du système politique. Le renforcement des partis extrêmes rendant impossible la formation d’une majorité parlementaire, les chanceliers successifs nommés par le président Hindenburg multiplièrent les consultations électorales. Le Parti nazi put ainsi profiter de la fragilité de la démocratie libérale et de la force du nationalisme dans une société allemande en crise.

La percée fut réalisée aux élections de septembre 1930, le Parti nazi obtenant 18,3% des suffrages (107 sièges). Dès lors, l’ascension se poursuivit continûment jusqu’au 31 juillet 1932, date à laquelle les nazis obtinrent 37,3% des votes (230 sièges), le point le plus haut avant l’accession au pouvoir. Cette progression fut acquise en vidant les partis de droite de leurs électeurs, mais aussi en mordant sur la social-démocratie et le parti catholique, le Zentrum. Tout en gardant son centre de gravité dans les classes moyennes, la base électorale du Parti nazi devenait interclassiste, grâce à un message qui jouait sur plusieurs registres : un anticommunisme violent, l’hostilité à la démocratie pluraliste, l’aspiration à l’unité nationale et à la récupération d’un statut de grande puissance, sans oublier l’antisémitisme, mis en sourdine, mais qui ne se laissait pas ignorer.

De ce succès remarquable, le mérite revenait largement à Hitler. Son sens de la mise en scène et son habileté oratoire, ses invectives dénonciatrices, la force de conviction qui sourdait de sa personne transmettaient une image de « puissance existentielle » (Eric Voegelin) où des Allemands désorientés trouvaient un baume à leur ressentiment. Mais il avait fallu les circonstances exceptionnelles de la grande crise pour que Hitler rencontre un écho massif à ses haines et à ses aspirations de grandeur. Parallèlement, le Parti nazi gagnait en force - 1,4 million d’adhérents en 1932 et environ 400 000 membres pour la SA, dirigée par Ernst Röhm. À sa tête, Hitler roda un style de direction qu’il allait plus tard transposer au régime : en lieu et place d’une gestion collégiale et bureaucratique, un leadership souverain fondé sur un rapport de confiance personnelle qui alimentait un esprit de gang. Son comportement était marqué par le goût du secret et de la manipulation, l’importance donnée au prestige, le penchant pour le risque et, au fond de tout, la soif de pouvoir. Confronté à des décisions difficiles, le chef nazi tergiversait souvent, mais, sa position une fois arrêtée, il agissait avec une détermination brutale. Chose rare, l’habileté politique faisait bon ménage chez lui avec un fanatisme qui marquait toute son idéologie et se résumait à cette alternative : « la victoire ou l’anéantissement ».

Le chef de régime

La nomination de Hitler au poste de chancelier, le 30 janvier 1933, ne fut pas la conséquence d’une victoire électorale. Aux élections de novembre 1932, le Parti nazi avait perdu des voix par rapport à celles de juillet, passant de 37,3 à 33,1% des suffrages (196 sièges). Cette nomination fut le résultat des intrigues d’une poignée de conservateurs, menés par Franz von Papen ; désireux de mettre en place un régime autoritaire, ils jugeaient que l’affaiblissement du Parti nazi allait leur permettre de se servir de Hitler. Ayant l’oreille du président Hindenburg et l’appui des dirigeants de l’armée, sensibles aux promesses de réarmement du chef nazi, ils lui firent ouvrir la porte de la chancellerie.

Ce pari allait se retourner contre ses auteurs. Car si Hitler présidait un gouvernement de coalition où il était minoritaire, il parvint rapidement à établir sa prépondérance. Mettant à profit l’incendie du Reichstag du 27 février 1933, il se fit attribuer les pleins pouvoirs par le Parlement. Puis la coalition, dont il était le chef nominal, obtenant une majorité aux élections de mars (le vote nazi lui-même ne dépassa pas 43,9%, dans un climat pourtant marqué par la mise hors la loi du Parti communiste et l’intimidation exercée par la SA), il interdit dans la foulée les partis de gauche, avant d’obtenir l’autodissolution des partis de droite. La voie était désormais ouverte au parti unique (le N.S.D.A.P. est déclaré parti unique le 14 juillet), les nazis s’empressant d’éliminer leurs adversaires par la violence la plus brutale (les camps de concentration accueillirent bientôt des dizaines de milliers de personnes) et utilisant leur monopole pour encadrer la société et lui inculquer les valeurs du nouveau régime.

L’ascendant pris par Hitler sur ses alliés conservateurs le laissait cependant dans une situation qu’il lui fallait encore consolider, comme le montra bientôt l’émergence d’un double danger. La SA de Röhm inquiétait de plus en plus les militaires, car elle exigeait de former le noyau de la future armée. De leur côté, des conservateurs comme Papen intriguaient dans la perspective de la succession du président Hindenburg, qui était malade. Placé devant le risque d’une éventuelle alliance entre l’armée et les conservateurs, Hitler sacrifia la SA lors de la Nuit des longs couteaux, le 30 juin 1934, première démonstration de sa violence sanguinaire - la seconde allait venir lors du pogrome de la Nuit de cristal, le 9 novembre 1938. L’opération fit environ deux cents morts : Parmi eux des chefs de la SA, dont Röhm, mais aussi des personnalités conservatrices comme l’ancien chancelier von Schleicher. Elle permit à la SS de gagner du galon et d’élargir le pouvoir que son chef Heinrich Himmler était en train d’acquérir en mettant la main sur la police. Après la mort de Hindenburg, au début d’août 1934, Hitler cumula sans susciter d’objections les titres de chancelier et de chef de l’État (le 19 août), devenant du même coup le commandant suprême des forces armées.

De ce moment, la marginalisation des conservateurs devint inéluctable. Leurs dernières têtes de file quittèrent le gouvernement au début de 1938, époque à laquelle Hitler assuma en personne le commandement de la Wehrmacht. Une concentration de pouvoirs remarquable, qui lui permettait de diriger dorénavant le régime comme il l’avait fait pour le Parti nazi, à savoir en l’absence de toute collégialité - le gouvernement ne se réunit plus à partir du début de 1938 - et selon un système de délégation de pouvoirs sur la base d’un rapport de confiance qui aiguillonnait la compétition pour obtenir la faveur du chef et compliquait la coordination efficace des efforts. Devenu l’astre du système, Hitler pouvait jouer les uns contre les autres avec d’autant plus d’assurance qu’il bénéficiait d’une popularité croissante, en raison des succès remportés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Dès son arrivée au pouvoir, il avait fait adopter des mesures qui montraient le sérieux de son programme et de ce qui en formait la ligne d’horizon : la puissance de l’Allemagne. L’une de ses premières décisions avait été de lancer un réarmement massif, qui offrait le double avantage de lier les militaires au régime et de faire redémarrer l’économie. En même temps, il avait commencé à traduire en actes sa doctrine raciste : Encouragement de la procréation des Allemands « racialement sains », loi de stérilisation forcée pour les individus atteints de maladies graves ou héréditaires - en moins de deux ans 400 000 personnes furent traitées -, discrimination envers les prétendus « asociaux », les homosexuels, les Tsiganes et bien sûr envers les Juifs, renvoyés de la fonction publique dès 1933, puis victimes de la ségrégation avec les lois de Nuremberg du 15 septembre 1935, avant d’être spoliés de leurs biens juste avant la guerre, l’objectif étant alors de les faire partir d’Allemagne.

Tandis que le réarmement faisait chuter le chômage, il permettait, à l’extérieur, d’obtenir des succès spectaculaires. Après avoir retiré son pays de la Société des nations en 1933, Hitler procéda au démantèlement du traité de Versailles, en réintroduisant le service militaire obligatoire en mars 1935, puis en remilitarisant la Rhénanie un an plus tard. Exploitant la désunion des puissances occidentales, il profitait du différend qui les opposait à l’Italie de Mussolini au moment de la guerre d’Éthiopie pour trouver un allié. À partir de 1938, il passa à l’expansion ouverte grâce à l’utilisation de méthodes d’intimidation qui lui permirent de réaliser, sans coup férir, l’annexion de l’Autriche (l’Anschluss) en mars, puis, après une velléité de résistance de Paris et de Londres, l’incorporation au Reich de la région tchécoslovaque des Sudètes, concédée par les puissances occidentales lors de la conférence de Munich (29-30 septembre 1938).

Cette dynamique comportait des dangers redoutables. L’avance prise par l’Allemagne dans la remilitarisation n’allait pas durer, et le réarmement des autres puissances tout autant que les tensions économiques, notamment la pénurie de devises et de matières premières, créées en Allemagne même par la production d’armes, poussaient Hitler à aller toujours plus avant dans la voie de l’expansion et à risquer une guerre européenne, sinon mondiale. Lorsqu’il procéda au démembrement de la Tchécoslovaquie, en mars 1939, puis menaça la Pologne, le Royaume-Uni et la France n’avaient d’autre choix que de résister par les armes. Rarement une guerre européenne avait été due aussi nettement à la politique d’une seule puissance et d’un seul homme.

Le chef de guerre

Le déclenchement du conflit fut accueilli avec morosité par la population allemande. La victoire sur la Pologne était prévisible, mais qu’allait-il se passer avec la France et le Royaume-Uni ? Après les mois d’inactivité de la « drôle de guerre », la série de victoires allemandes du printemps et de l’été 1940, qui aboutirent à l’occupation de la Norvège, du Danemark, de la Belgique, des Pays-Bas et de la France, fit atteindre à la popularité de Hitler son zénith. La défaite de la France était largement due aux erreurs et aux impérities du haut commandement français, mais Hitler avait eu du flair en faisant confiance aux chefs militaires qui prônaient une percée motorisée par les Ardennes.

Cette victoire lui donna l’aura d’un génie militaire, et il se persuada lui-même qu’il en était un. Sa confiance en soi, fondée sur un égocentrisme ancien, s’était amplifiée depuis le milieu des années 1930. Elle prenait à présent une ampleur qui le rendait intolérant aux avis de son entourage, y compris de ses conseillers militaires. Le chef nazi avait indubitablement l’intelligence des choses militaires, il était intéressé par la technique et la stratégie. Mais, avec le temps, il se substitua toujours davantage à ses généraux, refusant d’entendre les avis discordants et transformant ses conseillers en courtisans, dans l’ambiance suffocante des bunkers où il séjourna à partir de 1942. Le politique cédait le pas au chef de guerre et ne gardait plus le contact avec la population qu’à travers des discours radiodiffusés. Or, dans cette guerre, l’Allemagne perdait progressivement sa capacité d’initiative. La Grande-Bretagne ayant refusé de déposer les armes, Hitler réagit en joueur qui accroît la mise dans l’espoir de se refaire d’un coup : il voulut emporter la décision en élargissant le conflit. Ses campagnes en Yougoslavie et en Grèce au printemps de 1941 et l’envoi d’un corps expéditionnaire en Afrique du Nord visaient à assurer ses arrières dans des régions déstabilisées par les insuccès italiens. Mais la campagne contre l’U.R.S.S., déclenchée en juin 1941, résultait, elle, d’un choix délibéré qui visait à produire le tournant attendu et dont les motifs étaient indissociablement stratégiques (abattre la dernière puissance continentale et forcer Londres à faire la paix), économiques (assurer une base suffisante en cas de prolongation de la guerre) et politico-idéologiques (la conquête de l’« espace vital »).

Or, loin de se terminer par une victoire rapide, cette campagne se révélait extraordinairement coûteuse en hommes et en matériel. Et voilà qu’à l’adversaire soviétique dangereusement sous-estimé, Hitler en ajoutait un autre de taille en déclarant, le 11 décembre 1941, la guerre aux États-Unis par solidarité envers l’allié japonais qui venait de les agresser à Pearl Harbor. La guerre sur deux fronts, la guerre devenue totale : Hitler avait créé par ses coups de poker la situation à laquelle il était préparé par toute sa psychologie, celle dans laquelle ne devait valoir que l’alternative de la victoire ou de l’anéantissement.

L’empire raciste.

L’évolution militaire ne lui avait pas fait perdre de vue, cependant, la construction de son empire raciste. La guerre offrait un paravent commode pour exécuter des opérations qu’il importait de garder secrètes. Et elle favorisait le déploiement de la violence inhérente à l’idéologie nazie. Dès l’automne de 1939, Hitler fit un pas supplémentaire dans l’épuration raciale du peuple allemand en ordonnant l’assassinat, qui fut réalisé par gazage, des handicapés et des malades mentaux ; cette prétendue « euthanasie » fit plus de 70 000 victimes.

Parallèlement, il posait les jalons de son empire. Si des décisions importantes étaient remises à l’après-guerre, notamment la fixation des frontières, des directions étaient prises, qui indiquaient les contours de l’Europe à venir. Une Europe dont l’économie et la politique seraient régulées à partir de Berlin, en vertu d’une sorte de néo-doctrine de Monroe et dont le cœur serait formé à la fois par les populations allemandes et par les peuples dits germaniques, les Scandinaves, les Hollandais, les Flamands, qu’il s’agissait d’absorber dans un grand Reich dont l’aire de développement était située à l’Est. L’« espace vital » conquis aux dépens de la Pologne, des pays Baltes et de l’U.R.S.S. devait être « germanisé », non pas en assimilant les populations, mais en les expulsant massivement - par dizaines de millions - pour faire place à des colons. À ce remodelage racial du continent, dont la réalisation fut confiée à Heinrich Himmler, les besoins de l’économie de guerre mirent bientôt un frein, comme le montra la suspension des transferts de populations entamés en Pologne. Il n’en alla pas de même pour les Juifs, dont la disparition par voie d’émigration forcée était bloquée par le conflit et que Hitler entreprit de faire disparaître par l’extermination, une politique contre laquelle aucun argument de nécessité économique ne fut autorisé à prévaloir. Près de six millions de Juifs, de l’Atlantique à l’Ukraine et de la Norvège aux îles grecques, furent victimes de l’antisémitisme obsessionnel qui animait le chef nazi et qui rencontrait autour de lui un écho suffisant pour que les bourreaux ne lui fassent pas défaut.

Avec la guerre, c’est la violence du régime en général qui prit son essor, en trouvant de multiples relais, y compris dans la Wehrmacht, qui prêta la main à l’exploitation économique des territoires occupés et à la répression des résistances, pour ne pas parler de la SS et de ses camps de concentration, bientôt peuplés de centaines de milliers de gens de toutes les nationalités, promis à l’extermination par le travail forcé. Pendant ce temps, Hitler menait, replié dans son Q.G. de Rastenburg, une guerre dont tout indiquait de plus en plus clairement qu’elle était sans issue. À défaut de battre les Soviétiques, il plaça ses espoirs, après le tournant de Stalingrad au début de 1943, dans l’éclatement de l’alliance adverse et dans l’effet des « armes secrètes » - les bombes volantes et les fusées - qu’il faisait construire. Son pari qu’il réussirait à battre les Anglo-Saxons au moment de leur débarquement en France, en juin 1944, fut à son tour perdu. Cet échec précipita l’attentat du 20 juillet 1944, organisé par un groupe d’officiers et dont il sortit indemne. Vieilli, blanchi, courbé, le dictateur aux mains désormais tremblantes appliquait son exceptionnelle énergie à refuser de baisser les armes. À défaut de vaincre l’ennemi, il laisserait détruire son pays. Dans son jusqu’au-boutisme, il fut secondé par la combativité de ses soldats et la ténacité d’une population qui lui restait largement attachée, à la fois par nationalisme et par peur d’une victoire vengeresse des Soviétiques.

Le 30 avril 1945, claquemuré dans Berlin assiégé par l’Armée rouge, Hitler se suicida en compagnie de sa compagne Eva Braun, qu’il venait d’épouser, et du couple Goebbels avec ses six enfants. Illustration ultime de la destructivité du nazisme et terme catastrophique de la vie d’un homme que les Allemands qualifièrent volontiers de démoniaque après la guerre. Les historiens préfèrent souligner l’entrée en résonance entre la personnalité de cet homme et les tensions et les aspirations d’une société profondément déstabilisée par la Grande Guerre et ses séquelles.

Philippe BURRIN

 
Mein Kampf, 1925, trad. franç. J. Gaudefroy-Demombyme et A. Calmettes, Nouvelles Éditions latines, Paris, 1934 (nouv. éd. 1980) ; Libres propos sur la guerre et la paix, recueillis par M. Bormann, trad. franç. F. Genoud, Flammarion, Paris, 1952-1954. 
Écrits d’Adolf Hitler. Mein Kampf, 1925, trad. franç. J. Gaudefroy-Demombyme et A. Calmettes, Nouvelles Éditions latines, Paris, 1934 (nouv. éd. 1980) ; Libres propos sur la guerre et la paix, recueillis par M. Bormann, trad. franç. F. Genoud, Flammarion, Paris, 1952-1954. 
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Marc FERRO 
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J. MEYER, A. DUCASSE & G. PERREUX, Vie et mort des Français, Hachette, Paris, 1959
G. PEDRONCINI, Les Mutineries de 1917, P.U.F., Paris, 1967 ; 2e éd. 1983
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P. RENOUVIN, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, P.U.F., 7e éd. 1987. 

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Le Maréchal Philippe Pétain.

De famille modeste, Philippe Pétain sortit de Saint-Cyr en 1876. Après avoir été professeur à l’École de guerre, il était colonel commandant un régiment d’infanterie à Arras à la déclaration de guerre de 1914. Ses idées stratégiques favorables à la guerre de position en un temps où les stratèges officiels prônaient l’offensive, jointes à certains traits de caractère, l’avaient fait noter comme un esprit trop indépendant. En août 1914, il se distingue dans la région de Guise. Promu général, il commande la 6e division dans le 33e corps d’armée en Champagne. En mai 1915, il commande un corps d’armée en Artois. En septembre 1915, il est à la tête d’une armée en Champagne. En février 1916,on lui confie le secteur défensif de Verdun. Prudent, énergique et calme, il est très attaché à des conceptions défensives. Sa présence exceptionnelle parmi ses soldats fit de lui un héros national. Cette bataille fantastique le fit nommer le « vainqueur de Verdun ». Au mois de mai, il était nommé au commandement des armées du Centre. En 1917, à la suite de l’échec de la sanglante offensive de Nivelle sur le Chemin des Dames, il fut nommé commandant en chef des armées et appelé par le gouvernement Ribot pour faire face aux inquiétantes mutineries qui se développaient dans certains régiments de première ligne. Il réussit, réduisant les sanctions même si parfois il se montre impitoyable, améliorant l’organisation et l’intendance : les soldats sont soignés, nourris convenablement, les permissions rétablies ; surtout, les troupes ne sont plus jetées à l’attaque sous le feu ennemi en de meurtrières et inutiles offensives.

Le Maréchal Pétain ménage le sang des hommes. En mars 1918, c’est Foch qui est désigné comme généralissime des armées alliées, Pétain restant commandant en chef de l’armée française.

Après la guerre commence l’aventure politique de ce fils de paysans, aux allures simples et sûres, qui s’était fait une réputation de caractère et d’humanité. Pétain est estimé pour sa loyauté républicaine. En 1925-1926, il est envoyé au Maroc, réprime la rébellion d’Abd el-Krim ; il était déjà vice-président du conseil de la Guerre et inspecteur général de l’armée. En 1931, il sera inspecteur de la défense aérienne du territoire. Après les événements de février 1934, Doumergue fait de lui un ministre de la Guerre. En 1939, Daladier fait appel à lui pour renouer les relations diplomatiques avec l’Espagne de Franco. Au cours de cette période, le maréchal semble avoir encore résisté vaille que vaille à toutes les sollicitations politiques. Paul Reynaud le fait entrer dans son cabinet comme vice-président du Conseil le 18 mai 1940. L’armée française rompue, le gouvernement errant, Pétain et Weygand s’opposent à toute continuation de la lutte et à toute capitulation purement militaire ; ils entraînent ainsi la démission de Reynaud. Le 17 juin, le président de la République confie à Pétain, partisan de l’armistice, le soin de former le dernier gouvernement de la IIIe République. L’armistice entre en vigueur le 25 juin. Le nouveau gouvernement s’installe à Vichy, où, le 10 juillet, réunissant les vestiges constitutionnels de la IIIe République, l’Assemblée nationale donne par 569 voix contre 80 « [...] tous les pouvoirs au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain à l’effet de promulguer, par un ou plusieurs actes, une nouvelle Constitution de l’État français ».

Anschluss : Hitler à Vienne, 1938

Le 11 mars 1938, menacé par Hitler d’une intervention militaire, le chancelier autrichien Schuschnigg a démissionné. Le 12, les troupes allemandes ont pénétré dans l’État fédéral d’Autriche et occupé Vienne. Le 14, Hitler y fait une entrée triomphale.Quatre ans après l’échec du coup de force qui avait coûté la vie au chancelier Dollfuss.

Parvenu au pouvoir en Allemagne en janvier 1933, Hitler, au nom du pangermanisme, souhaite le rattachement (Anschluss) de l’Autriche au IIIe Reich. En juillet 1934, il soutient ainsi une tentative de coup d’État menée par les nazis autrichiens. Le chancelier autrichien Dollfuss est assassiné, mais le coup d’État échoue, notamment grâce à l’action de Mussolini, qui masse des troupes sur le Brenner. Quatre ans plus tard, alors que l’axe Rome-Berlin a été constitué, le nouveau chancelier autrichien, Kurt von Schuschnigg, ne bénéficie plus de cet appui lorsque Hitler, le 11 mars 1938, exige sa démission. Conscient des ambitions affichées par les nazis, von Schuschnigg voulait en effet organiser un plébiscite sur le maintien de l’indépendance autrichienne. Privé de tout appui britannique ou français, le chancelier autrichien démissionne. Le lendemain, la Wehrmacht pénètre en Autriche. L’Anschluss est proclamé le 13 mars, dans l’indifférence internationale. Un plébiscite est alors organisé par Hitler : le 10 avril 1938, Autrichiens et Allemands, soumis à de fortes pressions, se prononcent à 99,75 % pour l’annexion. L’Autriche, devenue Ostmark, marche de l’Est du Reich, est alors mise au pas par les nazis.

Sylvain VENAYRE

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Défaite de la France en 1940
 
Le 10 mai 1940, après neuf mois de " drôle de guerre ", les Allemands passent à l’offensive à l’ouest. Les Pays-Bas et la Belgique tombent rapidement, puis les panzers réussissent une spectaculaire percée dans les Ardennes, provoquant un exode massif des populations civiles du Nord et de l’Est. Les armées franco-britanniques sont balayées.

Malgré la stupeur de la défaite, la popularité du maréchal, vainqueur de Verdun, était considérable. Dans l’instant, la politique incarnée par la demande d’armistice reçoit une approbation quasi unanime de l’opinion et du monde politique. Édouard Herriot, président de la Chambre, le proclame : « Autour du maréchal Pétain, dans la vénération que son nom inspire à tous, notre nation est groupée dans sa détresse. Prenons garde de ne pas troubler l’accord qui s’est ainsi établi sous son autorité. » De son côté, Léon Blum l’appelait « le plus noble et le plus humain de nos chefs militaires ». Le journal communiste (l’Humanité) titrait : « Comment le gouvernement a pu oser d’envoyer en Espagne Franquiste le plus noble des Officiers Français. Franco est un sanguinaire et le Maréchal Pétain un héros, le vainqueur de Verdun.

L’activité du Maréchal Pétain tend plus personnellement à préserver, face au vainqueur, ce qu’il juge l’essentiel : l’indépendance de l’État français, l’inviolabilité de l’empire et de la flotte. À cet effet, en liaison avec les diplomates de certains pays alliés ou amis, il mène un double jeu qui se révélera illusoire. Son vice-président et son « dauphin » constitutionnel, Pierre Laval, croit inéluctable la victoire de l’Allemagne ; il organise la rencontre de Montoire (24 oct. 1940), qui inaugure la politique de « collaboration ». Mais le Maréchal Pétain n’a jamais aimé Laval, le Maréchal âgé de 84 ans, a été mis devant le fait accompli, face au Dictateur Nazi.

Le Maréchal Pétain ne pardonnera pas au collaborateur Laval cet entretien qu’il jugea indigne et qui par la suite lui vaudra l’opprobre du peuple Français.

Un nouveau protocole élaboré par celui-ci avec l’occupant le décide à agir ; le 13 décembre 1940, il désavoue son « dauphin » et le fait arrêter. Après un intermède Flandin, c’est à Darlan qu’il accorde sa confiance. Mais la marge de manœuvre est si étroite que toute velléité d’indépendance est illusoire : en avril 1942, Pétain doit rappeler Laval au pouvoir ; dès lors, quelque soin qu’on apporte à sauver les apparences, le maréchal n’est plus qu’une ombre (ou une marionnette) glorieuse au sommet de l’État français. D’ailleurs, si lucide qu’il demeure, cet homme de quatre-vingt-six ans ne dispose plus que d’une puissance de travail et même d’une capacité d’attention assez limitées.

Le 8 novembre 1942, les Alliés débarquent en Afrique du Nord ; le 11, les forces allemandes occupent la zone sud de la France. Pétain va-t-il, comme l’y poussent plusieurs membres de son entourage, gagner Alger, prendre ouvertement, à la tête de l’empire, l’initiative de regagner le camp des Alliés ? Il s’y refuse, laissant échapper sa dernière et sa plus grande chance. Dans quelle mesure le caractère plus défensif qu’offensif de l’ancien chef de guerre, la lassitude et l’inertie du vieillard s’abritent-ils derrière l’alibi d’un devoir qui serait de rester le bouclier des Français sous l’occupation désormais totale ? « Je fais à la France le don de ma personne pour compenser ses malheurs », avait proféré le maréchal en juin 1940 : la compensation se fait de plus en plus dérisoire, et les Français (ceux qui ne sont pas encore passés à une hostilité militante contre Vichy) éprouvent plus de pitié que d’adoration pour le donateur.

À mesure que la situation militaire de l’Allemagne se dégrade, ses exigences se font plus grandes ; sur le plan intérieur, Pétain est entraîné à couvrir les initiatives de Laval et des collaborationnistes de Paris : création de la Milice, de la L.V.F., exécution d’otages, condamnations. Pétain n’émet pas la moindre protestation officielle, ni même la moindre réticence publique.

Bouclier majestueux et impassible, le chef de l’état français préside aux épreuves et aux tortures de la patrie. « « C’est moi seul que l’histoire jugera », dira-t-il.

Le 20 août 1944, les Allemands enlèvent le maréchal et le conduisent au château de Sigmaringen, où il se considérera prisonnier, refusant enfin d’assumer la moindre responsabilité. Le Maréchal Pétain mourra à quatre-vingt-quinze ans.

 
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Il reste des questions qui jusqu’à ce jour n’ont reçu aucune réponse et qui semblent caduques aux responsables politiques ainsi qu’à une majeure partie du peuple Français depuis la libération.

  1. Le traité de Versailles interdisait aux Allemand de disposer d’une armée de Cent mille hommes ; Comment se fait-il que 20 ans après, ils avaient la plus puissante armée du monde ? Pas de réponse.
  2. Plus généralement, la mission qu’il s’assigne est de faire retrouver à l’Allemagne, humiliée par le traité de Versailles, le chemin de la puissance, laquelle s’épanouira dans la création d’un empire en Europe orientale « l’espace vital » et dont les conditions préalables devaient être la mobilisation des masses, la prise de contrôle de l’État, la destruction des adversaires et l’épuration raciale de la nation. Fasse à l’invasion des États se trouvant à l’est de l’Allemagne, l’occident laissa faire.
  3. Si l’état Républicain avait lu Mein Kampf, « livre que le Dictateur Nazi avait écrit lorsqu’il était incarcéré », nous serions en droit de penser que les Démocraties Occidentales auraient pris au sérieux les invasions de plusieurs nations dont l’Autriche « Pays de naissance d’Hitler ».
  4. En réalité, l’Occident démocrate avait connaissance des visées expansionnistes du Dictateur, mais il semblerait que le Dictateur Communiste « STALINE » faisait davantage peur à un occident subissant avec une insouciance coupable le puissant réarmement Allemand.
  5. Hitler faisait construire ses chars et il entraînait son armée en Sibérie Soviétique. Pendant ce temps nos responsables construisaient ce qu’ils ont appelé : « La ligne Maginot « système édifié sur la frontière de l’est de la France » et contourné par les Chars Nazis qui furent à Dunkerque puis à Paris en moins d’une semaine.
  6. La France avait un « Chef d’État » le Président Lebrun, + un gouvernement, et que firent-ils ? Prendre la fuite, pour se réfugier à Bordeaux. Seul un officier promu Ministre puis Général à titre provisoire quitta le sol Français et de Londre lança son fameux appel à la résistance. C’était le 18 juin 1940. De Gaulle contrairement aux politicards républicains n’avait de cesse de demander au « gouvernement » de construire des Chars d’assauts ; Niet, avait répondu les Gouvernements de Paul Reynaud et de Daladier ; La ligne du Général Maginot sera suffisante pour arrêter l’ennemie ! la suite le peuple de France la connaît.
  7. Paris envahi, la France écrasé par les armées nazies que faire ? Nos politiques eurent un sursaut de patriotisme ; (Oui, mais sait bien sur) ; Nous avons notre sauveur un vieil homme de 84 ans que le gouvernement avait nommé ambassadeur à Madrid. Le journal communiste devait écrire lors de cette nomination : » Comment peut-on envoyer chez le sanguinaire Dictateur Franco le plus illustre Officier Français » ? Le Maréchal Pétain avait été nommé ambassadeur de France en Espagne Franquiste.
  8. Le gouvernement aurait dû rester face à l’ennemie, il a été lâche et a préféré mettre le Maréchal entre les mains d’un Laval ; Un traître qui a été le principal collaborateur ; Cet individu avait souhaité la victoire des Boches ce qui est la pire des ignominies.
  9. Reste le cas du Maréchal Pétain ; Il fut emprisonné par Hitler puis libéré. Il alla en Suisse et le Général de Gaulle lui envoya un émissaire pour lui dire d’accepter l’hospitalité du Général Franco en Espagne. Le vainqueur de Verdun refusa et se livra aux autorités Françaises. Il finit ses jours en 1952 à l’Iles Dieu où il était en semi liberté.
  10. Je laisse à l’histoire de mon Pays le soin de porter un jugement sur ce que fit le Maréchal Pétain durant l’invasion de notre douce France.

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