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La Politique une vertu ?

Oui si elle a pour base la justice sociale et la démocratie.

Mardi 15 juin 2004 // Homme d’honneur

De notoriété publique, la politique est donc en crise. Mais c’est un événement qui a déjà une longue histoire. Car notre histoire n’est-elle pas précisément, ce long récit des incompréhensions et des crises entre gouvernants et gouvernés, ce jeu entre le pouvoir et la rue, ce jeu entre le mensonge et la vérité publique ? N’est-elle pas le récit de ces affrontements entre ceux qui représentent l’État et ceux qui, volent, exécuter ses décisions sans les influencer ?

La longue liste de tout ce qui mit en fureur les honnêtes gens, de tout ce qui envoya le peuple vers la rue n’est pas écrite. L’insatisfaction engendre la contradiction, au pire, la sédition, au mieux, le débat. Quant au désaveu dont souffrirait, aujourd’hui, la classe politique, il est une des données constantes de la vie démocratique. L’injustice est une des plus grandes souffrances des citoyens, de leur colère, de leur déception ; Lors d’élections, les candidats promettent la « lune », mais une fois élus, ils appliquent des mesures contraires à leurs promesses, mesures qu’ils savaient par avance qu’ils devraient prendre pour répondre aux critères du capitalisme mondial.

On pourrait même dire, à l’inverse, qu’il s’est un peu atténué. En veut-on pour preuve les combats à fleuret moucheté que se livrent les hommes politiques, l’exigence de plus en plus forte d’arguments fondés pour porter l’attaque. L’insulte discrédite davantage celui qui la porte qu’elle ne déshonore son destinataire. Toute provocation devient malencontreuse. Les gants de boxe de Paul Amar coûtèrent cher à l’intéressé. Et tout suit dans les mêmes tons pastel. Les librairies abondent de dictionnaires d’insultes. C’est qu’on ne les emploie plus guère en public. Les débats se sont adoucis, policés.

Le sentiment du fort discrédit des politiques n’est ni moins vit ni plus vif La longue histoire de l’antiparlementarisme fournit un florilège de phrases qui vont de la grossièreté au plus profond mépris. La fureur des détracteurs visait la totalité de la sphère politique, qu’il s’agisse de stigmatiser les hommes, les institutions, leur environnement, quand il ne s’agissait pas de salir la République et la démocratie, une forme de contestation dont on ne trouve aujourd’hui que péniblement une trace.

Ce sentiment de discrédit de la politique et des hommes politiques (accusations différentes mais parentes) est à la fois éternel et protéiforme. « La crise de la politique est un thème récurrent, comme si la politique n’avait pas d’histoire, ne se transformait pas, alors que les moeurs, les rapports sociaux, les sentiments ou les structures de classe changent » a écrit Alain Ehrenberg. Elle a donc, depuis quelques années, revêtu à nouveau des habits neufs, assez pour que l’on puisse conclure, au travers de son analyse, que l’on est désormais face à une crise assez bien caractérisée, qui porte la marque des années quatre-vingt-dix.

Si le fond des critiques demeure identique, c’est dans un contexte nouveau qu’elles surgissent. Il n’est pas inutile d’en relever les traits essentiels. Tout d’abord, elles surgissent dans le contexte d’une vie politique désenchantée. Qu’on le veuille ou non, ce sont les grandes idéologies messianiques qui ont portée débat politique à ses sommets, joué le rôle irremplaçable de belles utopies qui depuis des siècles, dans un ailleurs improbable, ont fait rêver à un gouvernement parfait.

Or du grand rêve communiste il ne reste plus que des décombres, une nostalgie désormais ravalée au rang d’une mode, dont sont victimes encore quelques militants des jeunesses communistes qui se pressent aux puces, acheter les tableaux naïfs des pères d’octobre.

Et les extrêmes, ces inlassables laboratoires d’idées, ont sombré dans le catastrophisme. Pour seul paradigme du futur, l’écologie propose un repoussoir, une planète asphyxiée, dévoyée, irradiée. En fait de mythes, ce sont les romans de Norman Spinrad ou de James Graham Ballard qui servent de modélisation à un futur où il ne fait pas bon vivre, et l’anniversaire d’Hiroshima qu’on célèbre comme moment fondateur de la culture qui s’ouvre.

L’extrême droite poursuit, quant à elle, son rêve d’un futur restaurant le passé, aux chants des Lansquenets baroques refusant l’aventure de la modernité.

S’il n’y a plus d’utopie, il n’y a plus de solution globale à la crise économique, à la pauvreté, aux dérèglements de la liberté, aux barbaries d’aujourd’hui. Il n’y a plus d’espoir surtout, plus de place pour croire encore un peu à ce progrès ininterrompu de l’espèce humaine et de sa société vers des lendemains nécessairement meilleurs.

Le désenchantement de la politique conduit, dans la vie de chacun, à ne plus croire qu’un changement global, qu’on le nomme aimablement progrès social ou plus brutalement révolution, pourrait desserrer l’étau des contraintes sociales et entraîner une nouvelle donne où les problèmes seraient miraculeusement effacés, et traités comme des erreurs d’un passé révolu. Sans doute pourrait-on trouver excessif de n’accorder qu’aux extrêmes, sinon le pouvoir de faire rêver tout court, ce qu’ils possèdent en propre, du moins le pouvoir de faire rêver à des solutions aux crises sociales et économiques.

Les partis de Gouvernement eurent, à vrai dire, des brefs instants de gloire. Pour ne parler que d’une période récente, qu’on songe à l’extraordinaire floraison de la culture néo-libérale dans les années quatre-vingt.

Le drame de cette culture néo-libérale est qu’elle ne fit guère rêver que quelques jeunes gens aux mains blanches, et que si elle proposait des solutions après tout fort bien étudiées, elle constituait, en elle-même, une véritable source de terreur pour l’électeur.

Loin des solutions globales, les programmes des partis n’offrent guère, depuis presque deux décennies, de solutions qui fassent surgir de fois espoirs. Cette situation a ses raisons, le deuxième drame qui a désenchanté l’univers politique, outre la déliquescence communiste, ce fut précisément cette alternance quasi-mécanique qui a, en deux décennies ou presque, dégonflé les promesses de solutions économiques ou politiques à la crise de la fin de ce siècle.

L’alternance a joué le rôle du rasoir d’Occam, supprimant à intervalle régulier les concepts inutiles, ces solutions toutes faites qui n’avaient de charme que pour n’avoir pas encore été tentées. Les socialistes en firent suffisamment les frais. Ce succédané de réorganisation sociale, les trente-cinq heures créatrices d’emplois comme de loisirs, soit auxquelles personne ne croit, soit vient encore de mourir sous sa lame.

Durant les années 80, la gauche a eu l’occasion d’épuiser toute sa musette. Elle ne représente plus pour personne cette façon de « changer la vie » qui engendra son slogan victorieux de mai 1981. La victoire possible de François Mitterrand, qui avait déchaîné tant d’activisme intellectuel dans les années 70, tant de mauvaise foi naïve et de rouerie syndicale, a bien disparu de la carte politique, et demeure sans équivalent. On ne passera pas à autre chose. Demain ressemblera à aujourd’hui.

La fin de la grande mythologie politique entraîne ipso facto un des autres éléments de la crise le caractère dépassionné du débat. Celui-ci ne provient pas, fondamentalement, d’un prétendu glissement de la société toute entière vers la mer des Sargasses du politiquement correct, mais d’une vérité d’évidence, l’évanouissement du risque politique. Il n’est plus de question de vie ou de mort, d’éviter la tyrannie et l’arbitraire, de défendre le droit contre la force brutale, toutes ces grandes motivations qui rendaient jadis totalement absurde le fait de s’interroger sur le pourquoi du comment de l’engagement politique.

L’engagement est devenu un objet de la sociologie politique plutôt qu’une forte motivation qui prenait son sens au travers de l’évidence de la vie personnelle de chacun. Pourquoi s’engageait-on en politique en 1940 ? L’absurdité de la question révèle le malentendu, Point n’est besoin d’analyse scientifique pour y répondre. Il en allait de la vie et de la mort, de la survie de chacun, de la soif de liberté, qui, avant d’avoir un sens collectif, avait d’abord une urgence individuelle.

Et les derniers grands événements du milieu du siècle ont engendré des générations qui ont gardé à la politique un sens fort, peut être insoutenable à beaucoup aujourd’hui. Ceux qui ont connu la débâcle de mai juin 1940, ou les guerres de décolonisation, savent qu’il est un sens à l’action publique qui va au-delà du risque de voir sa redevance audiovisuelle augmenter parce que l’on paye trop grassement les vedettes du petit écran.

La noblesse de l’action politique n’existe que lorsque la mort est toute proche. Peut-on imaginer de Gaulle en 1998, faire appel au sursaut populaire pour couvrir les dépenses de l’assurance maladie ? Il y aurait eu du courage, certes, mais nullement de la grandeur Il n’y aurait eu surtout qu’une préoccupation de bien-être, là où, en son temps, il fallait lutter pour la survie de la Nation. Il n’y a pas de nostalgie à avoir. Et surtout pas de nécessité d’introduire artificiellement ce risque, comme Michel Leiris se forçait à réintroduire « l’ombre d’une corne » dans la littérature pour redonner au métier d’écrivain sa dangerosité.

Il y a là une tentation contemporaine pourtant, illustrée et appauvrie à la fois par l’engouement pour l’engagement humanitaire. Si le danger de mort ne rode pas ou plus guère dans l’hexagone, nous courrons le monde pour nous sentir agir pleinement, pour nous engager politiquement. C’est bien dans ce domaine que notre vie politique a réussi à créer ses derniers restes d’aventure. Là-bas, sur le lointain théâtre de l’humanitaire, fourmillent encore les droits de l’homme martyrisés, de vrais méchants qu’il ne faut pas caricaturer pour haïr, le vrai souffle de l’héroïsme.

Mais il s’agit bien de simulacres. Ce n’est pas de politique dont il s’agit, mais de soigner des corps souffrants, par delà, précisément, toute forme d’engagement politique. C’est à dire par delà toute opinion portée sur la justice ou la vérité de la cause pour laquelle on se bat. Peut importe au juste que l’on soigne des victimes de l’une ou l’autre des parties en présence, l’humanitaire s’interdit, en toute logique, de se prononcer, c est à dire, au final, de faire de la politique.

Combien de fois a-t-on entendu dire « Je ne veux pas entrer dans un parti politique, mais je collaborerai volontiers avec une organisation humanitaire » ? Preuve que la dissociation est bien claire entre les données de la politique et le souhait humanitaire. Loin de contribuer à redorer le blason d’un débat politique poussif l’humanitaire exclut la politique des questions sérieuses.

Il n’est pas certain, d’ailleurs, que l’engagement humanitaire ait quantitativement pris le pas sur le militantisme politique. Quoi qu’on en puisse juger, les forces combattantes des partis politiques sont aussi des foules qui doutent, même si là encore, le doute protestataire du militant fait plus partie de l’histoire séculaire des partis, que d’un phénomène récent.

Il est utile de remarquer que l’histoire des partis semble s’être quelque peu assagie, et que les duels au sommet ont bel et bien remplacés les anciennes et spectaculaires scissions à la base. Tout se passe comme si une vie politique dépassionnée avait ouvert la voie à un militantisme dépassionné, où la volonté de conserver, vaille que vaille, la structure militante en l’état était plus forte que les mémorables débats internes d’autrefois. La vraie fausse implosion de l’UDF en est le dernier exemple. Rester ensemble, pour quoi faire ? Mais se séparer, pour quoi dire ?

Difficultés à changer qui montrent que l’attachement à la routine et à la convivialité militante valent plus que l’envie d’aller promouvoir ses idées ailleurs. Pari qui serait fort risqué, puisque précisément, créer un programme politique attractif relève du miracle.

Dans nos partis politiques sont conduits à se côtoyer, à gauche, staliniens historiques et gauchistes moderne style, militants de l’ultra gauche et anciens ministres de l’intérieur ; à droite, libéraux et étatistes, adeptes de la dépénalisation des drogues douces et partisans de la peine de mort. Dans les partis politiques, ce sont les investitures pour les élections qui soulèvent le casus belli, pas les doctrines. Un spectacle qui convainc d’ailleurs les foules qu’il n’y a plus guère d’enjeu qui vaille.

On verra bien, parfois, le recours désespéré à une sorte de nouveau « romantisme politique », qui s’appuie sur une série de dangers artificiellement provoqués. Il faut souligné tout ce que pouvait avoir de dérisoire les figures imposées de la lutte contre la « bête immonde » à l’occasion du moindre texte sur l’immigration, qui rassemble dans un spectacle pittoresque tant et tant de belles âmes qui se donnent, par leurs gesticulations, l’impression de revenir à un temps où ils auraient vraiment eu des choix à faire...

Autre contexte, enfin, créé par un autre niveau de compréhension du public, bien supérieur d’années en années. Il y a désormais des choses qui ne peuvent plus être dites ni même sous-entendues. Il n’y a plus d’explication simpliste qui vaille. Si le fond demeure toujours douteux, la forme doit répondre à un certain degré de connaissance apparente des problèmes. Question qui se complique par la constitution d’un sous-groupe cultivé de plus en plus étoffé, résultant de l’accession élevée des jeunes à l’enseignement supérieur. La raison, même malmenée, doit conduire le bal.

L’argumentation devient de plus en plus serrée, et même s’il existe des gourous de la communication pour inviter les politiques à surfer sur l’irrationnel, sur les passions primaires de la foule, l’évolution se fait plutôt en sens inverse de ce que l’on veut bien croire : toujours plus d’explications, toujours plus de justifications, toujours plus de pédagogie, même discrète,

On a beau affirmer que la communication politique qui s’abandonne au culte de l’image, c’est bien de l’incantation vers le discours argumenté que l’on évolue. Et donc, fatalement, vers une certaine mesure dans la parole, bien peu enthousiasmante.

Trop heureux seraient les adversaires de relever l’inexactitude. On ne pardonne plus aux politiques de se tromper. Une Ministre en fit les frais en oubliant ça et là dans ses courriers de réjouissantes fautes d’orthographe. Les fautes historiques de Lionel Jospin sont stigmatisées, tout comme les approximations statistiques de Claude Allègre. On publie même des recueils de mensonges politiques.

N’en déplaise à Régis Debray, la médiologie n’avalera pas tout le champ de la science politique, et l’ère de l’État enseignant commence plutôt qu’il ne finit, même si ses maîtres sont, il est vrai, plutôt dans un piteux équipage.

On pourrait après tout se demander pourquoi ce que nous peignons comme un contexte de crise n’est pas après tout un facteur de chance. Car n’est-on pas arrivé, et peut-être par la force des choses, à un état de conscience, à un degré de recul et d’instruction qui pourrait permettre enfin à la politique de s’exercer hors les ruineuses passions qui nous ont, nous dit-on, coûté si cher dans notre histoire N’est-on pas au bout de ce chemin souhaité avant même l’avènement de la République.

Raffarin, Sarkozy, deux hommes, différents, le premier, honnête, donc impopulaire, le second, d’une rare intelligence, un Louis XIV, qui veut accéder rapidement au pouvoir. La différence entre lui et le Roi Soleil, est immense. L’un tenait son pouvoir de l’histoire, l’autre ne peut espérer devenir Président, qu’avec l’aval du peuple et d’un grand parti politique. « Luc de Vauvenargues écrivait » (La patience est l’art d’espérer).

Il faut que la bourgeoisie ne puisse plus faire un mouvement sans rencontrer sur son chemin un témoignage de la force et de la grande ambition prolétarienne.

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