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La Pauvreté !..

« La Mal dont souffrent plus de 10 millions de Français. »

Lundi 28 août 2006, par Paul Vaurs // La France

Quelle alternative au productivisme ?

Le travail reste, depuis l’émergence de la rationalité productiviste, la seule source de légitimité sociale. Or il n’y a plus de travail à temps plein pour tout le monde, et il risque d’y en avoir de moins en moins à cause de l’informatisation généralisée de nos économies. Il est donc urgent de redéfinir le rôle du travail dans nos sociétés, et la place qu’y tient la consommation. Le risque le plus important, à l’heure actuelle, est certainement une dualisation croissante : d’un côté les productifs employés à plein temps, de l’autre une économie plus ou moins souterraine et parallèle. Des pans entiers de nos systèmes productifs sont condamnés à se marginaliser. L’enjeu actuel des politiques sociales est alors de savoir comment il est possible d’aménager, voire de dépasser cette économie duale.

Un risque de dualisation généralisée.

Une coupure de plus en plus profonde se creuse entre les « performants » et les autres, que ce soit au niveau des individus, des régions, des espaces urbains, des pays. Comme toujours, le problème est de savoir si l’on a atteint ou non un seuil au-delà duquel il est très difficile d’intervenir efficacement. Ou bien, cela revient à se demander s’il est possible d’imaginer un autre type d’organisation de nos sociétés : peut-on penser un développement harmonieux qui ne reposerait pas sur la dualisation systématique des économies ? À court terme, pareille option relève de l’utopie, mais l’enjeu est d’importance. L’accroissement des coûts sociaux est la résultante de l’opposition entre deux logiques contradictoires : l’économique contre le social. Le monde est dominé par la logique productiviste, privilégiant le rendement, et son mode d’évaluation, la monnaie. C’est qu’on trouve l’irréductible opposition dans la littérature économique entre efficacité et équité. Depuis l’avènement du monde marchand, la priorité a été donnée à l’efficacité à tout prix, quels que soient les coûts sociaux qui en découlaient inévitablement. Des politiques sociale étaient alors mises en place, pour essayer de pallier les dégâts du progrès, très souvent à coûts croissants et à rendements décroissants. Les véritables causes de ces effets externes n’étant pas prises en compte, c’est toute la logique du système ainsi mis en place qui serait en jeu. Il ne faut pas s’étonner, dans ces conditions, de la relative inefficacité des politiques qui ne font que rendre supportable la dualisation de l’économie et tous les coûts sociaux en général.

L’État-providence n’a pas échappé à un tel échec. À travers, par exemple, la mise en place du revenu minimum d’insertion (R.M.I.), il y a risque de constitution d’une classe de sous-prolétaires assistés à vie. Contrairement à ce qui est communément admis, l’enjeu ne réside pas tant dans le coût monétaire de cette mesure que dans ses conséquences sociales. En effet, le R.M.I., conçu comme salaire de l’exclusion, est d’un coût relativement modeste à l’échelle d’un pays développé. En revanche, le coût à long terme de l’éviction d’une masse importante de la population active du marché du travail sera, lui, très élevé. On risque de voir se constituer une contre-société aux valeurs radicalement opposées à celles de la société dominante, et dangereusement sensible aux fausses évidences des discours populistes. Bien sûr, on peut imaginer deux scénarios différents quant au rapport entre ces deux cultures antagonistes, le premier consistant en l’acceptation d’une vie simple et résignée. Les exclus du travail se contenteraient du revenu minimum pour se cantonner dans un pseudo-statut d’assistés à vie. Cette conception un peu cynique de la dualisation mettrait d’un côté ceux qui acceptent la dure logique de la performance et en sont récompensés (salaires, couverture sociale...), de l’autre tous ceux qui, écartés de cette logique par inadaptation, doivent se contenter de peu. Le second scénario est celui d’une confrontation violente entre deux cultures qui ne parlent plus le même langage et qui se rejettent mutuellement la responsabilité de l’exclusion sociale. Le dialogue n’étant plus possible, seule la force peut faire respecter l’ordre dominant. N’est-ce pas ce que l’on voit déjà dans les ghettos américains, anticipant ce que, dans son exercice de prospective, Thierry Gaudin a appelé « l’ère des sauvages urbains » ? Ces deux scénarios ne sont pas satisfaisants, dans la mesure où ils sont porteurs, l’un comme l’autre, de formes de désintégration sociale. Voilà pourquoi l’un des préalables indispensables à toute réconciliation des deux cultures est d’inventer de nouveaux espaces de légitimité qui échappent à la logique de la rationalité économique, et de repenser la notion d’insertion afin d’éviter l’humiliation et le contrôle social.

Pour une approche culturelle de l’exclusion.

Depuis l’émergence de la rationalité productiviste, l’historique du regard que la société porte sur ses pauvres montre que, dans la logique économicienne, deux griefs principaux leur sont adressés : ils ne sont pas rationnels, et ils ne veulent pas travailler. À l’inverse, le dialogue avec les pauvres montre qu’une autre sensibilité émerge, dont ne rendent pas forcément compte les approches quantitatives. D’où l’intérêt de privilégier une approche subjective à base de monographies qui se révélera peut-être plus performante qu’une analyse objective menée de l’extérieur à partir d’enquêtes par échantillonnage, ou de statistiques déjà constituées, la sophistication des outils pouvant servir parfois à masquer une médiocrité des analyses. Les monographies familiales constituent ainsi un levier d’action sociale et un élément de connaissance irremplaçable, même s’il existe des difficultés réelles pour les élaborer. Ainsi, il est frappant de constater combien, dans ces monographies, se dégage un très fort besoin de reconnaissance. L’essentiel des récits de vie se concentre sur des problèmes de relations humaines et non pas sur des éléments d’ordre matériel. La première souffrance vient des différentes humiliations que ces individus subissent en permanence et qui commencent dès la fréquentation de l’école.

Face à de telles situations, pour les plus pauvres, la considération sociale s’acquiert autrement que par une simple possession d’objets. Ils nous invitent ainsi à dépasser la marchandise et son rapport social - l’argent - pour revenir à des considérations éthiques sur les rapports interindividuels. « La pauvreté ne consiste ni en une faible quantité de biens, ni simplement en un rapport entre des fins et des moyens : elle est avant tout un rapport entre les hommes » . Or l’économiste, en règle générale, a tendance à privilégier les rapports des choses entre elles, ou encore le rapport des hommes aux choses. C’est la raison pour laquelle l’économisme est un antihumanisme. « Le triomphe des rapports marchands sur les rapports de réciprocité, de la valeur d’échange sur les valeurs d’usage a entraîné un appauvrissement des capacités et de la vie de chacun ». Pour sortir de cet état de fait, il importe de passer du productivisme, où le travail constitue la seule valeur de référence, à une société libérée de l’économisme. Depuis peu, le débat à ce sujet s’est déplacé sur le problème du partage du travail et du revenu de citoyenneté. Quelles que soient les formes que pourront prendre ces types de mesures, on sent bien qu’on touche ici aux finalités mêmes de l’activité économique, ce qui, à nouveau, invite à écouter les plus pauvres. Quand on leur demande comment ils aimeraient vivre, ils se réclament en règle générale d’un mode de vie très simple : une maison, un jardin, une famille unie. Au-delà des nombreuses explications qu’on pourrait donner de ce rêve domestique, ces réponses remettent en cause, à l’inverse, notre propre mode de vie. Il est indispensable de juger une société par rapport à sa capacité de satisfaire les besoins qu’éprouvent ses membres, et non par rapport à des normes quantitatives trop souvent assimilées au bien-être. On en revient toujours au même problème de finalité : que produire ? pour satisfaire quels besoins ? qui décide ? Et si, en définitive, le progrès n’existait pas ?

La remise en cause de l’idéologie du progrès.

Pourrait-on vivre mieux en vivant plus simplement ? Voilà une interrogation philosophique bien classique qui risque de revenir au centre d’un débat désormais incontournable. Avec la prise de conscience qui commence à se faire jour de l’incapacité du modèle productiviste à apporter une solution à la crise actuelle, la recherche d’alternatives crédibles pousse à revenir aux fondements mêmes de la modernité. Cette dernière repose sur l’idéologie du progrès : grâce à la science et à la technique, l’humanité s’acheminerait inexorablement vers le mieux être et la totale satisfaction des besoins. Le mythe de l’âge d’or a ainsi servi à justifier tous les sacrifices nécessaires à son avènement à travers les coûts sociaux de la croissance économique. Si la Renaissance a contribué à la diffusion d’une vision du monde reposant systématiquement sur l’idée de progrès scientifique, Bacon et Descartes constituent certainement les vrais piliers de cette doctrine. En particulier, avec Bacon, la science devient pour l’Occident l’instrument d’un nouveau millénarisme. Ces idées vont ensuite s’affirmer au fur et à mesure du développement de la connaissance scientifique.

Condorcet, à la fin du XVIII° siècle, va défendre la thèse selon laquelle la science procure à l’humanité des possibilités nouvelles de production et améliore l’efficacité des instruments de régulation sociale grâce à une mathématique sociale appliquée à l’étude des relations humaines. La raison apportera enfin le bonheur universel. Grisé par cette vision idyllique du progrès, Condorcet ne va pas percevoir deux détournements possibles de la science qui auront des effets considérables au XX° siècle : le scientisme et l’asservissement de la recherche à des fins douteuses. Bien au contraire, une telle conception sera reprise au XIX° siècle par Auguste Comte, qui se situe dans la lignée de Saint-Simon, avec qui il collabora. Comte plaide pour la même forme de millénarisme, reposant sur le rôle libérateur de la science : Jean Brun rappelle que Comte ne doutait pas que, avant 1860, il prêcherait le positivisme à Notre-Dame comme la seule religion réelle et complète et qu’il fixait pour la deuxième décennie du XX° siècle l’avènement d’une paix universelle et d’un gouvernement positiviste mondial.

Cette vision n’était pas complètement fausse, puisque la mise en place de véritables sociétés d’abondance dans la seconde moitié du XX° siècle allait fortifier cette vision de l’âge d’or. Le progrès obtenu grâce à la science et à la technique est alors érigé en spectacle incontestable. Dans les années 1960, on trouve même des auteurs pour ne plus voir de limites au pouvoir scientifique. En dépit de la crise actuelle, qui remet en cause ces certitudes issues des Trente Glorieuses, l’idéologie du progrès semble intacte. On compte toujours sur la science et la technique pour trouver une issue à ce début de siècle. La thèse est simple : après une période de transition difficile mais nécessaire pour régler les problèmes que nous laisse l’ère de la croissance sauvage, une période de reconstruction va s’ouvrir dans la seconde moitié du XXI° siècle, pour déboucher sur la libération de l’humanité de toute contrainte grâce à la technique. De façon générale, cette montée de la croyance dans le pouvoir libérateur de la science et de la technique a complètement marginalisé toute une réflexion sur l’autonomie du système technicien, dont l’un des plus brillants représentants est certainement Jacques Ellul, qui pose deux questions : la technique est-elle un moyen ou constitue-t-elle une fin en soi ? Le progrès technique est-il un mythe ?

Les discours sur la misère.

Les catégories destinées à dire la misère renseignent sur les préoccupations sociales d’une époque. « Par la langue, ce sont les formes principales de notre pensée que la collectivité nous impose », écrit Marcel Mauss en 1901. Dans un temps et un lieu donnés, les vocables qui l’emportent sont l’expression et le résultat de rapports de force. Ceux-ci se transforment, se renouvellent ; des couches successives de mots disparaissent ou se trouvent amenées au premier plan, donnant naissance à d’autres sphères nominatives.

La misère, c’est la souffrance et l’oubli relatif de celle-ci qui ouvre sur un mode de vie particulier, fonds commun qui renvoie le discours à cette dure réalité biophysique de la condition humaine, sans laquelle les enjeux sociaux et culturels ne seraient pas si intenses. En milieu urbain, la domination extrême s’appelle la faim, la soif, le froid, la solitude sexuelle. Cependant ces éléments biophysiques n’existent pas indépendamment d’une organisation sociale qui leur donne sens. La « misère » rend compte à la fois de ces conditions de vie, bien réelles, de ce dénuement, et du « discours social », mode de compréhension historicisé qui s’y articule, pour qualifier la souffrance d’autrui.

Le XIX° siècle est préoccupé par l’errance. En France, le capitalisme se construit : il s’agit de fixer une main-d’œuvre mobile pour l’utiliser dans le travail industriel. Celui qui se déplace, célibataire le plus souvent, ne serait-il pas réfractaire à la morale de la famille et du travail ? Le doute pèse sur lui.

Mendiants et vagabonds sont les termes utilisés pour désigner la population errante. Les mots viennent du Moyen Âge (mendiant, « demander l’aumône », date du XII° siècle ; vagabond du XIV°, « errer »). Mendicité et vagabondage constituent des délits. À ces termes, le XIX° siècle ajoute « chemineau » (1853), « celui qui parcourt les chemins », et « trimardeur » (1894), de « trimer » qui veut dire « cheminer ». N’avoir ni logement, ni travail, ni moyens d’existence constitue un acte coupable. Comme le prévoit l’article 5 du décret du 5 juillet 1808 « sur l’extirpation de la mendicité », « les mendiants vagabonds seront arrêtés et traduits dans les maisons de détention ». Jusqu’en 1994, le Code pénal punit la mendicité et le vagabondage de trois à six mois de prison, voire jusqu’à cinq ans s’il existe des circonstances aggravantes. Les personnes dites « sans aveu », sans feu ni lieu, sont poursuivies, arrêtées, et condamnées. En 1890, 35 301 contrevenants seront condamnés pour l’un ou/et l’autre de ces deux délits. À partir de 1885 une loi, qui sera appliquée pour 943 personnes, institue la déportation des récidivistes vers la Guyane ou la Nouvelle-Calédonie.

Au cours du XIX° siècle, le monde de l’errance croise celui du travail. Vagabonds et ouvriers employés à la tâche fréquentent les mêmes « garnis ». On parle des « miséreux » et des « loqueteux ». Comment éliminer les populations errantes des rues ? comment « nettoyer » la société des « vicieux » (les pauvres qui mendient ou se déplacent à la recherche d’un travail payé à la tâche) ? seront des questions clés. S’agit-il de les « assister », de les « accuser » ou de les « expulser » ? De leur venir en aide ou de les obliger à travailler ? Une dialectique de la richesse et de la pauvreté préoccupe les plus humanistes des penseurs sociaux et les philosophes. L’enrichissement irait-il de pair ou non avec un appauvrissement, avec l’indigence d’une partie de la population d’un mot, avec le « paupérisme » (terme utilisé à partir de 1823) ?

La recherche de critères objectifs : les problèmes du logement et de l’emploi.

À partir de la Première Guerre mondiale, la « question sociale » - comment résorber, cacher, ou « expulser » la pauvreté ? cède peu à peu la place à ce qui est perçu comme une série de « problèmes sociaux ». Les « problèmes » du logement et du travail vont être au cœur des débats. C’est le temps des sans-logis et du sous-prolétariat, les termes d’« injustice » et d’« inégalité » qualifiées de « sociales » servant d’appuis conceptuels.

L’idée qu’il y a des « sans-travail », ou des « chômeurs » (1895), prend forme. Ceux qui ne travaillent pas, peut-être ont-ils un problème physique, un « handicap » (terme utilisé à partir des années 1950) « physique » ou, se demandera-t-on bientôt, « social » ? La notion de « clochard » se construit - l’étymologie est douteuse, on mentionne celui qui « cloche », c’est-à-dire qui boite. Le terme, employé par écrit pour la première fois en 1895, est d’un usage rare jusqu’à la Première Guerre mondiale ; on parlera plus tard, en 1957, de « clochardiser » et de l’état de « clochardisation ». Le sympathique « clodo » (1926), philosophe des rues et alcoolique libertaire, sera l’homme des années 1950, au moment où l’abbé Pierre lance son appel - le 31 janvier 1954 - pour venir en aide aux démunis.

Proportionnellement au salaire, le coût des logements augmente à la fin du XIX° siècle. D’où le souci toujours plus grand du logis. « Sans-logis » est employé depuis 1893, « sans-abri » depuis la Grande Guerre. L’expression « sans domicile fixe » existe dans les registres de police depuis le XVIII° siècle. L’abréviation « S.D.F. » ou « S.D. » y est courante à la fin du XIX°. Elle s’étendra au grand public dans les années 1980. Pour nommer les populations qui vivent dans des habitats précaires, on parlera des « mal-logés ». L’obtention d’un travail signifiera peu à peu l’accès possible au confort moderne, son absence marquera l’entrée dans « le précaire ». Le XIX° siècle connaît les taudis, le XX° parlera des « bidonvilles » (terme apparu à la fin des années 1940). Ces « habitats précaires », qu’on appellera aussi « zones sous intégrées », ceinturent alors les grandes agglomérations. En 1966, le recensement en dénombre dans quarante-cinq localités de la région parisienne, où les « sous intégrées » sont de plus en plus nombreux. Le XXI° siècle débute aussi mal, pire « c’est la chasse à l’immigré, la chasse aux plus démunis » La république Française se parjure chaque jour que Dieu fait, en bafouant sa devise nationale : Liberté, Egalité, Fraternité.

Comment mesurer l’« inégalité sociale. » ?

Il s’agit de classer, de regrouper en fonction de principes de cohérence : d’où les dénombrements, fussent-ils fantasmatiques, comme ceux des personnes sans logis (par définition indénombrables), d’où la recherche de « critères » et de « seuils », afin de distinguer des groupes, de rendre compte statistiquement des attributions, d’où le souci de mettre en place des « facteurs » opératoires qui permettront de renouveler les politiques en redistribuant autrement les catégories.

Sur le plan institutionnel, cette gestion de la misère suppose la multiplication de « services sociaux » et la spécialisation ou la constitution de corps de métier - médecins et infirmiers des pauvres, assistants sociaux, professionnels de l’assistance, sachant classer en fonction de l’admission ou non à des « droits sociaux » et s’occupant des personnes « démunies », c’est-à-dire appliquant et faisant fonctionner les cadres de la légitimité politique et juridique ; sans oublier les groupes d’« experts », réfléchissant sur des ordres de classements, étant donné que ceux-ci impliquent l’ouverture de droits et de ressources financières.

L’inclusion et l’exclusion : la constitution sociale d’une catégorie fictive.

Le milieu des années 1970 marque un autre départ. Un ensemble plus large prend forme : les « exclus », d’où sortiront l’exclusion et ses catégories : la « solidarité nationale » nécessaire, le maintien des « acquis sociaux » et le souci de l’insertion. En 1974, René Lenoir, parle des « exclus » en y groupant des « handicapés » variés : « inadaptés sociaux », « alcooliques », « drogués », « malades psychosomatiques », « délinquants », « marginaux ». Le problème du « lien social », de la « cohésion » se pose. Se précise la métaphore du « corps » ou du « tissu » social menacé dans sa cohérence supposée, où les « solidarités » ou les « liens » se distendraient, impliquant « anomie », « fracture », « relâchement ». Une problématique du manque prend forme : c’est la « nouvelle pauvreté ». À l’extrême, les pauvres sont « sans » : sans abri, sans logis, sans domicile fixe, « en bas de l’échelle sociale ». Une sociologie les dit « fragiles », « assistés », ou « marginaux ». Il s’agit de les penser en fonction d’une typologie en partie psychologique : Ainsi, on qualifie les milieux à faibles revenus de « modestes », faisant d’une situation objective liée aux ressources un trait de leur caractère ; et les « S.D.F. » seraient « indésirables », on ne précise pas dans le désir de qui. Ces « déstructurés », comme on nomme parfois ces derniers, viennent de familles « éclatées », nés dans un environnement « dégradé », un « quartier sensible » ou une zone de « galère ».

Sans domicile fixe.

Les causes de l’inintégration sociale sont nombreuses. ; Parmi elles l’absence de qualification professionnelle et les conditions économiques dont sont victimes les travailleurs migrants. Lorsque l’économie est florissante, on parle des « laissés-pour-compte de la croissance » ou des « déshérités ». Avec les « crises » qui se succèdent, l’échelle dépasse celle du petit nombre : On mentionne le « quart monde à nos portes » et la renaissance de la « grande pauvreté ». Il s’agit de nommer le fait massif - qui dépasse les groupes de « cas sociaux » ou de « gens en difficulté » (qu’on pouvait dire « asociaux » ou « inadaptés » lorsque leur nombre était faible) - et le processus qu’il implique. Il faut nommer d’abord pour dénombrer, et justifier la mise en place d’une politique.

En fait, la misère, fait biophysique, n’a cessé de perdurer ; elle s’est révélée plus ou moins importante en fonction des conjonctures et des politiques sociales. La pauvreté à la rue sera considérée comme la partie visible de l’iceberg, qui dévoile la précarité massive des bénéficiaires de « revenus minimaux » qui n’ont pas trouvé place sur le « marché de l’emploi » : allocataires du revenu minimum d’insertion (R.M.I.), de l’allocation d’insertion (A.I.), de l’allocation de solidarité spécifique (A.S.S.), de l’allocation de veuvage, ou de l’allocation de parent isolé (A.P.I.). Le monde des sigles dit alors une misère humaine parcellisée en autant de « problèmes ». Comment penser l’ensemble ? L’exclusion viendra rassembler en un tout, les souffrances fragmentées.

À ce jour, dans les sociétés dites « d’abondance », la misère vécue continue sa rengaine. À nos portes, la richesse sans prix croise la « misère sans nom ». Si bien que l’on peut se demander si les transformations du discours n’auraient pas pour fonction sociale de masquer la continuité du pouvoir qui se reproduirait à partir de discours humanitaires, donnant, à ces personnes qui connaissent la misère, l’espoir que demain peut-être la situation, faute de changer, pourrait au moins s’améliorer. Si les classements de la misère ont une fonction compréhensive apparente, ils imposent aussi une logique sociale, qui dit davantage les préoccupations de ceux qui classent que les problèmes de ceux qui sont classés.

Conclusion.

Les dirigeants de notre république, vivent comme des « Nababs » ; Ils habitent dans les quartiers ultra chic de Paris ; Quartier du Marais, ou 16° arrondissements. Ces Messieurs ne fréquentent que la « Jet 7, le monde des affaires au niveau Patronal, ou celui des Sports au niveau des Champions fussent-ils des ex champions exclus pour affaires de dopage.

Ce sont ces dirigeants politiques qui prétendent connaître les besoins du peuple !!! et vous, qu’en pensez-vous ?

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