La Monarchie : « La Dynastie des Bourbons. »

Combattre le machiavélisme des républicains.

Lundi 13 février 2006, par Paul Vaurs // L’Histoire

Combattre le machiavélisme des républicains.

Il ne se passe pas un seul jour, sans que des responsables politiques ou d’autres beaux parleurs, parlent de « Dérive Monarchique » lorsqu’ils évoquent les pouvoirs en places. Non, il s’agit de dérives républicaines. L’Europe compte dix Monarchies, toutes plus démocratiques que notre Marianne. C’est faire injure au peuple Espagnol, Anglais, Belge, Danois, Hollandais, Norvégien, Suédois, Luxembourgeois, Monégasque.

L’insulte ne grandit personne. Nos responsables politiques, n’ont de cesse de citer ces Royaumes en exemple ; Je leur pose donc une question : » Pourquoi un tel langage, mal honnête, peu diplomatique, et peu amical. »

Les Rois Bourbon.

La plus célèbre des maisons souveraines, ne fut pendant longtemps que l’une des multiples branches du tronc capétien ; La mort sans héritier mâle des trois derniers Valois devait pourtant donner la couronne aux Bourbons à la fin du XVI° siècle. Leurs règnes allaient coïncider, au XVII° siècle et au début du XVIII°, avec l’apogée de la monarchie et la prépondérance française en Europe. Ils s’identifient également avec le triomphe d’une civilisation française que les hommes de l’époque ne pouvaient concevoir indépendamment de la personne du Roi. Le XVIII° siècle, s’il connaît l’affaiblissement de la monarchie, est aussi le temps où la famille de Bourbon occupe les trônes de France, d’Espagne, de Parme et des Deux-Siciles, étendant la puissance de cette maison des Philippines à l’Italie et de l’Inde au Canada.

La maison de Bourbon avant 1589.

Appartenant, pour parler comme les historiens anciens, aux « rois de France de la troisième race », la dernière des familles royales françaises est issue de Robert de Clermont, sixième fils de Saint Louis et de Marguerite de Provence. Il vécut de 1256 à 1317 et épousa Béatrice, fille unique d’Agnès de Bourbon et de Jean de Bourgogne, seigneur de Charolais. Par ce mariage, il acquit la seigneurie de Bourbon que Charles le Bel érigea en duché pour Louis 1 er de Bourbon en 1327. Louis II de Bourbon (1337-1410) fut fidèle au roi de France pendant la captivité de Jean le Bon en Angleterre. Son mariage avec Anne d’Auvergne en 1371 accrut les possessions de la famille du comté de Clermont-en-Auvergne, du Forez et de la seigneurie de Mercœur. Son fils Jean 1 er (1381-1434), chef du parti armagnac, fut l’un des prisonniers de marque que firent les Anglais à Azincourt. Marie de Berry lui avait apporté en dot le duché d’Auvergne et le comté de Montpensier. Jean II (1426-1488), moins dévoué au souverain, participa à la Ligue du bien public et à la Guerre folle. Il mourut sans héritier mâle, mais une branche de Bourbon-la-Marche était sortie du tronc principal. Elle venait de Jacques 1 er , troisième fils de Louis 1 er duc de Bourbon, qui avait échangé en 1327 le comté de la Marche contre celui de Clermont-en-Beauvaisis. Jacques 1 er eut plusieurs enfants, dont Jean 1 er de Bourbon, comte de la Marche et de Vendôme (mort en 1393), qui laissa Louis de Bourbon (mort en 1446), époux de Jeanne de Laval. Ces derniers eurent pour fils Jean II de Bourbon-Vendôme (1429-1477) qui épousa Isabelle de Beauveau.

Au milieu du XV° siècle, la maison de Bourbon était donc divisée en trois branches : la branche ducale qui tenait les duchés de Bourbon et d’Auvergne, les comtés de Clermont-en-Beauvaisis, Forez, Beaujolais, la seigneurie de Château-Chinon et, hors le royaume, les Dombes. La branche de Montpensier avait, outre la terre dont elle portait le nom, le Dauphiné d’Auvergne et le comté de Sancerre. La branche de Vendôme possédait le comté de Vendôme et la principauté de La Roche-sur-Yon.

De Jean II naquit François de Bourbon, comte de Vendôme, de Marle, de Saint-Paul, de Soissons, vicomte de Meaux (1470-1495), époux de Marie de Luxembourg et père de Charles de Bourbon (1489-1537). Celui-ci, comte puis duc de Vendôme, épousa en mai 1513 Françoise d’Alençon, veuve de François 1 er d’Orléans, duc de Longueville. Ils eurent treize enfants, parmi lesquels le quatrième, Antoine (1518-1562), épousa en 1548 Jeanne d’Albret, reine de Navarre, Charles (1523-1590), frère d’Antoine et Cardinal Archevêque de Rouen, fut proclamé roi par la Ligue, sous le nom de Charles X, pour faire pièce à son parent Henri de Navarre.

La trahison du connétable.

Charles de Bourbon, comte de Vendôme, avait été élevé à la pairie en février 1515 et, pour son attachement à la Couronne, François 1 er l’avait nommé lieutenant général à Paris. La maison de Bourbon allait souffrir quelques années plus tard de la trahison de son chef, le connétable de Bourbon (1490-1527). Après la mort de celui-ci devant Rome, le duc de Vendôme devint le plus proche parent de la famille royale, le premier prince du sang. Mais il n’hérita pas des grands domaines du connétable qui avait réuni les terres de la branche ducale et de la branche de Bourbon Montpensier : duchés de Bourbonnais, d’Auvergne, comtés de Clermont-en-Beauvaisis, de Montpensier, de Forez, de Beaujolais, de la Marche, de Gien, Dauphiné d’Auvergne, vicomtés de Carlat, Châtellereault, Murat, seigneurie de Mercœur, principauté de Dombes, etc. Confisqués en 1523 au moment où le connétable fit défection, ces biens allaient être partagés à sa mort entre le roi, sa mère Louise de Savoie, la duchesse de Lorraine et la famille des princes de La Roche-sur-Yon.

En revanche, les domaines de la branche de Bourbon-Vendôme allaient s’accroître considérablement par le mariage d’Antoine de Bourbon avec Jeanne d’Albret le 2 octobre 1548.

L’ascension de la maison de Navarre.

En 1484, la maison d’Albret avait acquis le royaume de Navarre par le mariage de Jean d’Albret avec Catherine de Foix, héritière de cette couronne. À dire vrai, ce royaume était réduit à la Basse-Navarre, située au nord des Pyrénées. La vicomté d’Albret avait été érigée en duché en 1550. Antoine apportait en mariage le duché de Vendôme, le comté de Marle et la châtellenie de La Fère (entre l’Aisne et l’Oise). Quant à Jeanne, elle possédait le royaume de Navarre, les comtés de Foix et de Bigorre, les vicomtés de Béarn, Marsan, Jussan et Nabasan. Elle était héritière des duchés d’Albret et de Beaumont, des comtés d’Armagnac, de Rodez, de Châteauneuf-en-Thimerais et de Champrond.

Henri II avait favorisé ce mariage pour éviter de voir ces terres tomber aux mains de François de Lorraine de la maison de Guise ou de Philippe II d’Espagne. Tous deux prétendants à la main de Jeanne d’Albret. Fils d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret, Henri de Navarre, avant de monter sur le trône de France, allait encore accroître ces possessions du duché d’Alençon que Henri III, son beau-frère, lui donna en 1584, après la mort de François d’Alençon, frère du roi de France.

Ainsi, les domaines de la maison de Bourbon-Navarre à l’avènement d’Henri IV comprenaient entre Pyrénées et Garonne les héritages d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret : sur le Tarn et le Lot, le comté de Rodez ; au centre, le comté de Périgord et la vicomté de Limoges ; sur le Loir, la Sarthe et l’Eure, les duchés de Vendôme, d’Alençon et de Beaumont ; entre Noyon et Laon, les comtés de Marle, La Fère et Soissons.

Ce ne fut d’ailleurs qu’en juillet 1607 que le roi accorda la réunion à la Couronne des possessions de la famille de Bourbon, à la sollicitation du Parlement toujours fidèle à l’idée que le roi de France ne devait rien posséder en propre. C’était aussi la disparition des derniers grands États féodaux.

L’avènement d’Henri IV et le problème de la légitimité.

Le 1 er août 1589, le couteau du dominicain Jacques Clément met fin à la dynastie des Valois. La dévolution de la couronne est prévue par les lois fondamentales du royaume qui forment la constitution coutumière de l’État. Guy Coquille dans son Institution au droit des Français (1607) les définit ainsi : « Cette monarchie donc, establie par les anciens roys français saxons, a esté gouvernée par certaines lois qui, pour la plupart, n’ont esté écrites, pour ce que les anciens Français, grands guerriers et bons politiques, s’adonnaient plus à faire et à bien faire, que à dire ny à escrire. Aucunes [certaines] des dictes lois se trouvent escrites ès constitutions anciennes de nos roys. Les autres se trouvent aussy escrites ès livres coutumiers des provinces... »

Le moine Jacques Clément met fin à la dynastie des Valois en assassinant le roi de France Henri III (1551-1589).

Le problème de la légitimité.

Les Français du XVII° siècle ne conçoivent pas l’État comme une réalité abstraite, mais comme un tout organique, comme un corps vivant : un corps mystique. Le même Guy Coquille écrit que « le Roi est le chef et le peuple des trois ordres sont les membres et tous ensemble font le corps politique et mystique, dont la liaison et union et inséparable et ne peut une partie souffrir mal que le reste ne s’en sente et souffre douleur... »

Cette idée du corps mystique de la société et de l’État s’accompagne d’un principe général présidant à l’ordre du cosmos. L’univers est construit selon le principe de hiérarchie. « Nature a voulu en chacune espèce une prééminence : aux astres, le Soleil ; Entre les éléments, le feu ; entre les métaux, l’or ; Entre les animaux à quatre pieds, le lyon ; Entre les oiseaux, l’aigle » (Poisson de la Bodinière, Traité de la majesté royale en France, 1597). Cette hiérarchie culmine à Dieu dans l’ordre surnaturel et à la personne royale dans la société terrestre. Monarchie, ne signifie d’ailleurs pas despotisme. Bien au contraire. La France possède une « monarchie royale » où le souverain n’a pas la propriété des biens ni des personnes de ses sujets, à l’inverse des pays d’Orient soumis à la tyrannie des « monarchies seigneuriales » où l’on ne connaît pas de sujets, mais des esclaves. En France, la puissance du souverain est limitée de trois manières : par les lois de Dieu, par celles de la justice naturelle et par les lois fondamentales de l’État. Il faut y joindre les « libertés », c’est-à-dire les privilèges des corps et communautés.

Le roi ne peut modifier ces lois fondamentales. Elles consistent d’abord dans le mode de dévolution de la couronne, qui doit se faire de mâle en mâle par ordre de primogéniture, » les parents par les femmes étant exclus de la succession ». Depuis la fin du XIV° siècle, la loi salique est invoquée pour légitimer cette forme de transmission. En fait, chez les Germains, cette loi ne valait que pour les biens ordinaires et non pour la couronne, mais elle avait permis, à l’époque de la guerre de Cent Ans, d’expliquer le rejet des candidatures anglaises au trône de France.

Comme on disait encore, la monarchie française était « une souveraineté parfaite, à laquelle les états [généraux] n’ont aucune part ; successive, non élective, non héréditaire purement, ni communiquée aux femmes, mais déférée au plus proche mâle, par la loi fondamentale de l’État ». Le roi, par ailleurs, ne peut disposer librement de sa couronne. Il n’a pas la propriété de la monarchie. Il n’en a que l’administration sa vie durant. Et ce roi, enfin, doit être catholique. C’est en quelque sorte une conséquence de la notion de corps mystique de la communauté française : le roi est le chef, la tête ; il est un exemple, un modèle ; il règle et assure le bon ordre de tout l’organisme et l’on ne peut concevoir un roi hérétique pour tenir cette fonction capitale. Avec un roi non catholique ou excommunié, c’est tout le corps social qui risque d’être corrompu. Pour remplir les exigences de la loi salique, Henri III en mourant laissait le trône à Henri de Bourbon, roi de Navarre, son cousin au vingt-deuxième degré.

La conversion d’Henri de Navarre.

Certains pensaient qu’il aurait mieux valu recourir à l’élection d’un souverain par les états généraux, tant le prétendant était éloigné du dernier roi ; d’autres soutenaient que les Guises avaient plus de droits que les Bourbons puisqu’ils descendaient de Charlemagne et non d’Hugues Capet. La bénédiction du pape, pour les champions des princes lorrains, avait été donnée à Charlemagne et à ses descendants, et à eux seuls.

Le respect du principe de catholicité posait un autre problème. Henri de Navarre était chef du parti huguenot et qu’il s’engageât à respecter la religion romaine n’était point suffisant pour lui attacher la masse des catholiques. Bien des anciens fidèles d’Henri III, et à plus forte raison tous les ligueurs, repoussaient avec horreur l’idée d’un roi hérétique. On pouvait d’ailleurs douter de la sincérité des engagements du Béarnais, puisque après la Saint-Barthélemy (1572) il avait, par crainte, abjuré la Réforme pour revenir ensuite à l’hérésie une fois hors de danger. Les papes Sixte-Quint et Grégoire XIV, le légat Cajétan et la Sorbonne bénissaient la Sainte-Ligue dressée contre Henri de Navarre, que l’on excommuniait avec ses alliés.

Tout cela, joint aux difficultés rencontrées à prendre Paris, conduisit le roi à abjurer une nouvelle fois à Saint-Denis, le 25 juillet 1593. Cette abjuration, le sacre de Chartres en février 1594, l’absolution de Clément VIII en septembre 1595, avec le soutien des Jésuites et les signes non équivoques de la pratique du catholicisme par Henri IV permettaient la réduction et la soumission des citadelles et des provinces encore ligueuses. Le 9 mai 1590, était mort prisonnier à Fontenay-le-Comte l’oncle d’Henri de Navarre, le cardinal Charles de Bourbon, proclamé roi par les ligueurs sous le nom de Charles X. La disparition du Roi prêtre et le ralliement de ses partisans à Henri IV, nouveau converti, créaient les conditions de la pacification dans le respect de l’hérédité masculine et de la monarchie catholique.

Ces lois traditionnelles qui réglaient la dévolution de la couronne avaient été solennellement rappelées par le Parlement de Paris en juin 1593 (arrêt du président Lemaistre). Elles restèrent les fondements de la monarchie d’Ancien Régime, de la monarchie absolue, jusqu’à sa disparition en France.

Les Bourbons de France aux XVII° et XVIII° siècles.

L’histoire intérieure du royaume est marquée pendant ces deux siècles par le développement de la monarchie absolue, mais, non dictatoriale, dont le règne de Louis XIV constitue l’apogée, et par les crises qui modifient au XVIII° siècle le fonctionnement de ce système de gouvernement.

Les juristes du XVII° siècle ont défini cette monarchie royale . Le roi possède la puissance parfaite et entière, sans limitation de temps, de personne ou de chose. « Comme la couronne ne peut être, si son cercle n’est entier, ainsi la souveraineté n’est point si quelque chose y défaut ». Ce mode de souveraineté, bien qu’étranger au despotisme, n’exige pas moins l’obéissance de tous les sujets, sans que les droits du roi puissent être diminués par l’intervention du pape (gallicanisme), des parlements ou des grands. Le souverain en France affirme tenir son pouvoir directement de Dieu, en refusant les médiations de toute espèce. L’historien officiel André Duchesne considère, en 1609, les rois de France comme des « terrestres divinitez » et Godeau, dans son Cathéchisme royal (1659), propose à Louis XIV de se souvenir à tout instant qu’il est un « vice Dieu » sur la terre. Si la souveraineté n’est pas plus « divisible que le point en géométrie », il reste à en convaincre tous les Français. Et les opposants subsistent nombreux dans les deux premiers tiers du XVII° siècle.

La monarchie, est en effet une réponse à la grande crise du siècle. La France est presque constamment en guerre extérieure et intérieure, en proie aux révoltes populaires comme aux invasions espagnoles et impériales. Le roi demande un effort fiscal toujours plus lourd, qui suscite les soulèvements des contribuables. Pour conduire et rétablir l’ordre, les deux cardinaux ministres (Richelieu et Mazarin), qui se font les défenseurs de la monarchie, ont recours à des moyens de gouvernement qui apparaissent à beaucoup comme des nouveautés insupportables. Le roi gouverne de plus en plus par un Conseil réduit à des commissaires recrutés parmi ses fidèles ou ceux des premiers ministres : conseillers d’État, maîtres des requêtes, intendants et commis. Les princes du sang sont progressivement éloignés du Conseil.

Or il était admis que le roi devait gouverner par grand Conseil avec l’avis des membres de la famille royale. Maintenant, il n’y a plus en présence que le roi et ses sujets, sans l’intermédiaire et l’arbitrage des princes du sang. On comprend alors les raisons qui, après la mort d’Henri IV, ou pendant la Fronde, font se coaliser momentanément les grands, les princes et les parlementaires dépossédés d’une partie de leurs attributions traditionnelles par le Conseil du roi, les officiers qui ont l’impression que les commissaires les supplantent et les rentiers que la politique financière de Mazarin appauvrit.

Tout cela explique les prises de position de la famille royale au XVII° siècle. Les princes sont nombreux à se dresser contre la politique du roi et de ses ministres. Ils rééditent l’hostilité à la Couronne des apanagistes du Moyen Âge. Il est vrai qu’ils n’utilisent plus le système féodal pour recruter des vassaux contre le roi, mais le XVII° siècle connaît un autre type de lien d’homme à homme : les clientèles et les fidélités. De haut en bas de la pyramide sociale, des hommes se donnent à d’autres plus puissants, dont ils sont les « dévoués » ou les « domestiques ». Les « maîtres » procurent des avantages à leurs dévoués, des places, des gouvernements, des pensions. Ils les marient et les dotent, protègent leur lignage, tandis que les dévoués conseillent leurs protecteurs, les aident militairement, constituent leur garde d’honneur. Les domestiques peuvent d’ailleurs changer de dépendance si le maître les néglige, mais il est de nombreux cas de fidélités durables. Puységur refuse, par exemple, de suivre le comte de Soissons, un Bourbon révolté contre le roi en 1641, parce qu’il connaît l’affection que lui porte le roi et veut s’en montrer digne. C’est qu’en effet le souverain et ses ministres, non seulement ne détruisent point les clientèles, mais ils en possèdent eux-mêmes ; ils en utilisent contre celles des grands, des princes et des membres de la grande robe.

Les révoltes des princes du sang et de la famille royale sont d’autant plus graves qu’elles s’accompagnent d’accords conclus avec l’ennemi espagnol sous forme de véritables traités, comme celui de Gaston d’Orléans en 1632, ou celui du Grand Condé en 1652-1653. La Cour traite également avec eux comme avec des puissances : en 1614, le prince de Condé, les ducs de Nevers, de Mayenne, de Bouillon et de Longueville se sont enfuis en Champagne et exigent la convocation des états généraux. On voit les mandataires de la régente signer avec eux le traité de Sainte-Menehould, le 15 mai 1614. Un autre traité met fin en 1619 à la « guerre de la mère et du fils » (Louis XIII et Marie de Médicis).

Si les opérations ou les complots tournent mal, les princes s’enfuient à l’étranger : Gaston d’Orléans gagne la Lorraine après l’échec de son mariage avec Marie de Mantoue et court à Bruxelles après la défaite de ses amis à Castelnaudary (1631-1632). Condé passe dans les rangs espagnols en 1652 et dirige l’armée d’invasion étrangère. Il ne regagne la France qu’à la paix des Pyrénées en 1659. Vendôme, après la conspiration de Chalais, s’enfuit en Angleterre (1626) et le comte de Soissons en Italie. Beaufort également se réfugie outre-Manche après l’échec du complot de Cinq-Mars, et ne rentre en France qu’à la mort de Richelieu. Le comte de Soissons, les ducs de Guise et de Bouillon utilisent Sedan comme base de leurs intrigues en 1640-1641. Tous veulent revenir à un état ancien du gouvernement, où ils pourraient librement diriger les provinces dont ils sont souvent les gouverneurs quasi héréditaires. Il s’agit pour eux de « remettre toutes choses en leurs places anciennes ».

Marie de Médicis et Gaston d’Orléans sont les deux pivots de ces multiples complots. « Monsieur » est un faible, un lâche,toujours prompt à abandonner les amis qu’il a compromis. On a vainement tenté de le réhabiliter. Il participe à presque toutes les révoltes. En 1626, il est du complot de Chalais ; en 1631-1632, il intrigue en Lorraine, négocie avec l’Espagne, entraîne le duc de Montmorency à soulever le Languedoc et s’enfuit aux Pays-Bas après 1632. Il y rejoint sa mère. En 1634, il se soumet, mais deux ans plus tard, on le trouve dans un complot du comte de Soissons contre Richelieu ; en 1642, il pousse Cinq-Mars en avant, puis l’abandonne, et obtient le pardon du roi. La Fronde lui permet de s’agiter à nouveau et de quitter un parti pour l’autre. Après la restauration de l’ordre royal, cet éternel comploteur terminera sa vie dans l’exil de Blois.

Il reste à souligner le rôle des femmes dans ces crises de croissance de la monarchie absolue, Marie de Médicis ou la duchesse de Longueville, sœur aînée du Grand Condé et du prince de Conti, qui participe même au traité conclu en mars 1649 entre la Cour et la Fronde. Elle tente de soulever la Normandie dont son époux est gouverneur, pousse Turenne à rejoindre les rangs espagnols, avant de finir dans le jansénisme et la vie conventuelle.

Les familles princières ne versent pas tout entières dans le même parti. Si César de Vendôme et son fils, François, duc de Beaufort, participent ensemble à la cabale des Importants, le père reste fidèle à Mazarin pendant la Fronde, ce qui lui vaut le gouvernement de Bourgogne en 1650, alors que Beaufort se jette dans la révolte et soulève le petit peuple parisien (« le roi des Halles »). Henri II de Condé complote sous la régence de Marie de Médicis, mais se fait courtisan de Richelieu, tandis que son fils, le Grand Condé, qu’il a marié à une nièce du cardinal, devient l’un des plus farouches adversaires de Mazarin et des armées royales. Cependant, après la Fronde et surtout après la prise du pouvoir par Louis XIV (1661), les soulèvements des princes sont terminés. Conti, qui a épousé une nièce de Mazarin, commande pour le roi en Catalogne et en Italie. Son frère, le Grand Condé, rentré en grâce et candidat malheureux au trône de Pologne, conquiert pour Louis XIV la Franche-Comté (1668) et dirige les armées en Hollande (1672-1674). Il termine sa vie au château de Chantilly. Longueville vit dans son gouvernement de Normandie jusqu’à sa mort en 1663. La génération des princes frondeurs, insurgés contre le chef de la maison royale, s’éteint avec eux. Le nouveau duc d’Orléans (1640-1701), Philippe, frère de Louis XIV, ne peut gêner beaucoup le roi qui l’éloigne de ses conseils, comme il en écarte la Reine mère Anne d’Autriche. Les légitimés, fils du roi et de Mme de Montespan, le duc du Maine (1670-1736) et le comte de Toulouse (1678-1737), seront de très fidèles sujets. Ils verront pleuvoir sur eux les grandes charges. Le premier sera colonel général des Suisses, gouverneur du Languedoc, général des Galères, grand maître de l’Artillerie ; le second, amiral de France (1683), gouverneur de Guyenne, puis de Bretagne (1695).

À la mort de Louis XIV, en 1715, le trône échoit à un enfant de cinq ans. Louis XV (1710-1774) est arrière-petit-fils du dernier roi, petit-fils du Grand Dauphin (1661-1711) et fils du duc de Bourgogne (1682-1712). Le régent est Philippe d’Orléans (1674-1723). Pour la troisième fois, comme après la mort d’Henri IV et celle de Louis XIII, le Parlement de Paris est appelé à casser le testament d’un souverain pour attribuer la régence sans aucune limitation de pouvoir au plus proche parent du nouveau roi. La grande robe reprend ainsi la puissance dont Louis XIV l’avait momentanément privée, et le XVIII° siècle sera plein de l’opposition des parlements à la volonté royale. Ce dernier siècle de l’Ancien Régime voit aussi renaître le désaccord des princes du sang avec la politique du souverain.

C’est d’abord, dès la Régence, le complot de Cellamare ourdi par Philippe V d’Espagne et dans lequel trempe le duc du Maine frustré par le régent du rôle que lui donnait le testament du défunt roi dans l’éducation de Louis XV et ramené du rang de prince du sang à celui de pair de France. C’est surtout, à la fin du règne, l’entente des princes et des parlements contre la politique de réforme financière et judiciaire de Maupeou. Un seul soutiendra les désirs du roi et de ses ministres : Louis François Joseph de Conti (1734-1814), alors que son père Louis François (1717-1776), après avoir servi la politique secrète de Louis XV, prend violemment parti pour les cours souveraines.

Au XVIII° siècle, on prend l’habitude de diviser la maison de France en « famille royale » (les enfants, frères, sœurs, oncles et tantes du souverain régnant) et « princes du sang » (familles d’Orléans, de Condé, de Conti et légitimés de France). Ces derniers l’emportent en dignité sur les « princes étrangers établis en France » (Lorraine, Bouillon, Rohan). La cour est souvent le lieu de querelles de préséances, moins futiles qu’il pourrait le paraître, car la société d’Ancien Régime est encore à cette époque et dans ces milieux une société de dignité. Le rang attribue non seulement la considération, mais les charges et les revenus. Les princes étrangers cherchent à égaler les légitimés et la famille de Lorraine veut se voir reconnaître un statut particulier comme descendant de la race carolingienne et parente de l’Empereur. À un degré inférieur, certains ducs et pairs refusent aux Rohan un rang privilégié.

L’avènement des Orléans.

Plusieurs branches de la famille de Bourbon s’éteignent au XVIII° siècle : les Vendôme, notamment avec Philippe, prieur de Vendôme (1655-1727), qui achève au Temple une vie scandaleuse. Les Longueville et les Soissons ne sont plus représentés. Reste la famille d’Orléans, avec Louis (1703-1752) qui vit retiré à l’abbaye Sainte-Geneviève, Louis Philippe, son fils, lieutenant général et gouverneur du Dauphiné (1725-1785), et Louis Philippe Joseph, le futur « Philippe Égalité » (1747-1793). Ce dernier est l’un des plus actifs dirigeants de l’opposition libérale pendant le règne de Louis XVI et au début de la Révolution. Les Condé disparaissent au début du XIX° siècle avec Louis Joseph de Condé (1736-1818), qui commande l’armée des émigrés pendant la Révolution, et son fils, Henri Joseph (1756-1830). Sa mort laissera le duc d’Aumale, fils de Louis-Philippe, héritier d’une grande fortune, puisque le duc d’Enghien, fils du dernier des Condé, est mort fusillé dans les fossés de Vincennes en 1804 et qu’avec lui la famille se trouve éteinte dans sa descendance masculine.

Ce n’est point le lieu d’exposer ici dans le détail la fin de la branche aînée. Rappelons que la société d’ordres, battue en brèche dans la seconde moitié du XVIII° siècle, disparut officiellement au début de la Révolution. La capitulation de Louis XVI en juin 1789 devant les demandes du Tiers, la reconnaissance d’une Assemblée nationale, la suppression des privilèges dans la nuit du 4 août 1789, la mise en place de la Constitution de 1791 sanctionnèrent la disparition d’une société fondée sur la dignité et la personnalité d’ordres distincts et hiérarchisés. La suspension du roi le 10 août 1792, sa mort le 21 janvier 1793, celle de la reine au mois d’octobre de la même année, la disparition du dauphin au Temple scellaient la fin de la monarchie . La dynastie des Bourbons devait se terminer en France après une Restauration qui ne dura que de 1814 à 1830 (règnes de Louis XVIII, 1814-1824, et de Charles X, 1824-1830), et par la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe de 1830 à 1848, qui fit monter sur le trône la branche cadette d’Orléans. Assez curieusement, c’était par les règnes de trois frères que s’achevait la branche aînée, comme jadis au temps des Valois et des Capétiens directs, tandis que, dans une société et sous des institutions totalement différentes de celles du XVII° siècle, se poursuivait en plein XIX° siècle la rivalité des diverses familles de la maison de France.

Les Bourbons hors de France.

Philippe V et les Bourbons d’Espagne

La succession de Charles II d’Espagne en 1700 permit à Philippe d’Anjou (1683-1746), petit-fils de Louis XIV, de monter sur le trône de Madrid. Charles II, sans descendant direct, laissait un héritage difficile. Tous deux étant fils et époux d’infantes espagnoles, Louis XIV comme l’empereur Léopol de Habsbourg pouvaient y prétendre. Par les traités de l’automne de 1698 et de mars 1700, le roi de France consentit à ce que le royaume d’Espagne revint au prince électeur de Bavière ou à l’archiduc Charles de Habsbourg, à condition que le Dauphin reçût Naples, la Sicile, le Milanais et le Guipuzcoa, monnaies d’échange pour agrandir la France de la Lorraine, de la Savoie et de Nice.

La cour d’Espagne allait faire échouer ce projet. Les Espagnols refusèrent de morceler leur empire, et le testament de Charles II appela à la couronne Philippe, duc d’Anjou, second fils du Grand Dauphin, frère cadet du duc de Bourgogne. Le roi mourut le 1 er novembre 1700, et l’acceptation du testament par Louis XIV provoqua la grande alliance de 1701 contre la France et l’Espagne. Après une guerre difficile, les traités d’Utrecht (avril 1713) et de Rastatt (mars 1714) amputèrent l’État espagnol de ses possessions italiennes et des Pays-Bas attribués à l’empereur Charles VI et à Victor-Amédée de Savoie, mais l’Espagne conserva son Roi Bourbon.

Philippe V eut de ses deux mariages, avec Marie-Louise de Savoie et Élisabeth Farnèse. Louis, à qui il abandonna le trône en 1724 pour le reprendre la même année, Ferdinand VI, qui régna de 1745 à 1759, Charles, d’abord roi des Deux-Siciles de 1744 à 1759, puis d’Espagne de 1759 à 1788, et Philippe, duc de Parme et de Plaisance de 1748 à 1765.

Au XVIII° siècle, la maison de Bourbon gagna en effet de nouvelles couronnes. Le traité de Vienne (1731) assura à Charles le duché de Parme, qu’il devait échanger en 1738 (paix de Vienne) contre le royaume de Naples et de Sicile. À la paix d’Aix-la-Chapelle (1748), après la guerre de Succession d’Autriche, le second fils de Philippe V, don Philippe, reçut les duchés de Parme et de Plaisance cédés par Marie-Thérèse d’Autriche. L’union des cours de la maison de Bourbon allait se concrétiser par le « Pacte de famille » entre Versailles, Parme, Naples et Madrid en 1761, œuvre de Choiseul pour aider à terminer la guerre de Sept Ans.

À Naples devaient se succéder Ferdinand 1 ER (1759-1825), troisième fils de Charles III d’Espagne, François 1 ER (1825-1830), Ferdinand II (1830-1859) et François II (1859-1860). En 1860, l’unification de l’Italie au profit du Piémont ruina les monarchies bourboniennes de la péninsule. Il en fut à Naples comme à Parme, où Robert qui régnait depuis 1854 fut renversé. Il était fils de Charles III (1849-1854), lui-même fils de Charles-Louis (roi d’Étrurie en 1803, duc de Lucques en 1815, de Parme en 1847). Le père de Charles-Louis, Louis de Bourbon (1773-1830), avait été un moment roi d’Étrurie par la grâce de Napoléon. Louis était fils de Ferdinand (1765-1802), petit-fils de don Philippe (1748-1765), le bénéficiaire de la paix d’Aix-la-Chapelle.

À Madrid, le destin des Bourbons fut très inégal. Au règne éclairé de Charles III (1759-1788), succéda celui de Charles IV qui dut abdiquer en 1808 en faveur de Joseph Bonaparte. Après la guerre d’indépendance, la couronne revint à son fils Ferdinand VII (1814-1833) qui restaura l’absolutisme, mais, ne put empêcher l’effondrement de l’empire colonial espagnol. Isabelle II, sa fille, régna de 1833 à 1868. L’Espagne fut alors troublée par les révoltes carlistes de 1833 à 1840 avec de nouvelles flambées en 1847 et en 1870-1875 : le frère cadet de Ferdinand VII, don Carlos, essaya de prendre la couronne à sa nièce, en excipant de la loi salique. Le carlisme, cousin du légitimisme français, recrutait ses partisans dans le nord-est de l’Espagne, Navarre et Pays basque.

Une révolution chassa Isabelle II en 1868 et le trône fut offert à Amédée de Savoie. Mais une situation anarchique, suivie d’une dictature militaire, permit la restauration des Bourbons en la personne d’Alphonse XII (1875). Son successeur, Alphonse XIII (1886-1931), s’inclina devant la proclamation de la République (14 avril 1931) et les Bourbons perdirent leur trône jusqu’en 1975, date de l’accession du petit-fils d’Alphonse XIII, Juan Carlos 1 er

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