La Louisiane en zone noire.

Mardi 1er juin 2010 // Le Monde

Les cataclysmes se succèdent : Après la tempête Xynthia, qui a balayé les côtes de Vendée et de Charente-Maritime, l’éruption du volcan Eyjafjôll en Islande, qui a paralysé le trafic aérien, voici la marée noire de Louisiane. Le 20 avril dernier, vraisemblablement à la suite d’une défaillance technique, la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon, propriété de la société Transocean et exploitée- par le pétrolier britannique BP dans le Golfe du Mexique, a explosé avant de sombrer. Onze personnes travaillant sur la plate-forme ont disparu à la suite de l’accident sans espoir de les retrouver.

Mais les regards se portent essentiellement sur les côtes du Sud des Etats-Unis où est attendue une marée noire sans précédent. Ce sont 800 000 litres de pétrole qui se déversent chaque jour dans la mer, de telle sorte qu’à ce rythme, ce qui sera le cas si BP ne parvient pas à arrêter la fuite, il faudrait moins de huit semaines pour que la quantité de carburant répandue atteigne et dépassent les quelque 42 millions de litres déversés par l’Exxon Valdez à la suite de son naufrage en Alaska en 1989.

Le risque est à la fois écologique et économique, car la Louisiane, avec ses bayous et ses marais côtiers, constitue l’un des écosystèmes à la fois les plus riches et les plus fragiles des Etats-Unis et se classe comme le principal État américain pour la production des coquillages et des crustacés dont il fournit un tiers de la production annuelle.

« Mère Nature n’est pas vraiment amicale », a déclaré la ministre chargée de la sécurité intérieure, Janet Napolitano. De fait, les vents violents qui soufflent depuis plusieurs jours ont une double conséquence désastreuse. Tout d’abord, ils déportent vers la côte la nappe de pétrole, qui a atteint une superficie de 10.000 km2, et dont les premiers fragments sont venus lécher le rivage dès jeudi dernier. Ensuite, parce qu’ils empêchent les navires d’installer les barrages flottants destinés à contenir la nappe vers le large et qu’ils clouent au sol les avions chargés de répandre les produits chimiques dispersants.

L’inquiétude et la colère des habitants grandissent au fil des jours. Si la société BP est montrée du doigt, c’est surtout du gouvernement américain que sont attendues les réponses les plus immédiates. Le président ne peut qu’avoir en tête les critiques adressées à son prédécesseur lors de l’ouragan Katrina qui avait déjà ravagé les côtes de la Louisiane en 2005. S’il a lui aussi désigné British Petroleum comme le responsable de la situation et exigé de sa part une réaction immédiate, il a, parallèlement décrété l’état d’urgence et mobilisé ses services, nommant l’amiral des garde-côtes Thad Allen, comme responsable de la direction des opérations sur le terrain. L’Armée de l’Air met à disposition deux avions cargo pour le largage des produits dispersants, la Marine a envoyé des équipements. Deux de ses bases dans le Mississipi et en Floride ont été transformées en zones de transit et la Garde nationale, chargée de déployer des barrages flottants, s’apprête à participer activement au nettoyage de la côte.

Il est en effet certain maintenant, surtout au regard des conditions météorologiques, que les mesures préventives n’empêcheront pas la souillure du littoral. Le président américain, qui n’a pas tardé à se rendre sur le terrain, a assuré que le gouvernement fédéral était entièrement préparé à assumer ses responsabilités envers les communes littorales et à les aider.

Mais c’est aussi la politique du président des Etats-Unis d’Amérique, en matière d’environnement et d’énergie qui est directement interpellée par cette affaire. Le 31 mars dernier, au grand dam des écologistes, celui-ci avait décrété la fin du moratoire sur l’exploitation pétrolière en mer contre un engagement des compagnies à participer à l’effort de réduction des gaz à effet de serre. Une position qu’il va devoir, sans doute, réexaminer sans attendre.

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