Nouvelle Europe : Magyarophobie.

La Hongrie exerce la présidence tournante de l’Union européenne au premier semestre 2011.Ou du moins ce qu’il en reste.

Samedi 5 mars 2011 // L’Europe

Peut-on dire tout le mal que l’on pense des Magyars ? La loi sur les médias,
votée par le parlement de Budapest le 21 décembre dernier, nous
l’interdirait sur le territoire hongrois... C’est assez pour que l’on
stigmatise le gouvernement de Viktor Orban qui, depuis le raz de marée
électoral d’avril dernier, contrôle plus des deux tiers des sièges. Encore
que les réactions des partenaires européens aient été nettement plus
modérées si on les compare aux sanctions qui avaient frappé l’Autriche dix
ans plus tôt lors de l’entrée de l’extrême droite de Jorg Haïder dans une
coalition gouvernementale à Vienne. Tout ceci mérite explication.

La plupart des États-membres de l’Union sont aujourd’hui gouvernés par des
formations de droite. Pour autant, l’extrême droite hongroise, qui a fait
plus de 12 % des voix, le parti Jobbik, est dans l’opposition. Le Fidesz de
Viktor Orban s’était initialement illustré dans une volonté de rénovation
lors de la sortie du communisme. Il s’est toujours affirmé pro-européen et a
voté à chaque reprise en faveur des traités y compris celui de Lisbonne. Dès
son entrée en fonctions, il a ouvertement coopéré avec les institutions de
Bruxelles en vue de se préparer à assumer cette présidence désormais
partagée depuis un an avec le président Van Rompuy et le président de la
Commission, José Manuel Barroso. M. Orban veut se montrer bon élève.

Plutôt que le succès du Fidesz, c’est l’échec de la gestion socialiste des
huit dernières années qu’il faut comprendre. Souvenons-nous que la Hongrie a
été la première à plonger dans la crise et à être secourue dès la fin 2008
par un concours exceptionnel de 20 milliards d’euros du FMI et de l’Union
européenne. La Hongrie a perdu l’avance économique dont elle bénéficiait
notamment par rapport à ses voisins immédiats. Cette chute a été une rude
perte de face pour la fierté nationale magyare. Les compensations
recherchées dans la protection (l’attribution de passeports) des Hongrois
installés en Slovaquie, en Roumanie (Transylvanie) ou en Serbie (Voïvodine),
cinq millions de personnes comparés aux dix de la Hongrie même, ne doivent
pas faire illusion. Au sein de l’Union européenne, il n’y a plus de
revendication de frontières. Les fourches caudines du FMI rappelaient celles
du traité de Sèvres de 1920 qui a démembré la Grande Hongrie. Mais l’heure
n’est plus à la reconquête. Budapest pourra même encore se donner le luxe de
présider à l’adhésion d’une autre de ses anciennes possessions, la Croatie,
à l’Union en ce premier semestre.

La Hongrie, pas plus que la Tchéquie - on se souvient de la fâcheuse
présidence tchèque de Vaclav Klaus en 2006 -, ou que la Pologne - qui lui
succédera au second semestre 2011 -, ne sont prêts à rejoindre la zone euro
contrairement aux États baltes, à la Slovaquie ou à la Slovénie. Il
reviendra néanmoins au Premier ministre Orban de faciliter la mise en place
des nouveaux mécanismes de solidarité au sein de la zone euro. Il n’est pas
le plus mal placé pour apprécier les deux facettes du problème. Déjà il a un
bon contact avec la Grèce. Il nous faut entendre ces voix venues de l’Europe
centrale qui nous mettent en garde contre la méconnaissance du respect des
équilibres sur notre continent. Peut-être faut-il chercher là l’origine du
concert d’imprécations que certains médias occidentaux déversent sur la
Hongrie, comme sur la Pologne, qui confine à la diabolisation : ne s’agit-il
pas de discréditer à l’avance d’autres voies que celle - unique - préconisée
par les financiers ? Or n’est-ce pas ceux-ci qui, par leur impéritie et leur
dogmatisme, favorisent ce qu’ils qualifient de dérive fascisante ?

L’ancien président Bush avait un jour opposé la nouvelle Europe à la
vieille. Souvent cette dernière a été coupable de mépriser la première.
Profitons de cette année 2011 pour chercher à mieux comprendre ce que
Jean-Paul II appelait le second poumon de l’Europe. Avons-nous fait notre deuil du soviétisme ? Apparemment il reste beaucoup à faire.

Répondre à cet article