La Guinée appelle au secours !

Jeudi 1er mars 2007, par Paul Vaurs // Le Monde

Par le décret D/2007/011/ PRG/SGG du 12 février 2007, le générai Lansana
Conté vient d’ordonner l’état de siège sur toute étendue du territoire de
Guinée. Les réunions visant à provoquer ou entretenir le désordre, sont
interdites. La circulation des personnes, des véhicules et des biens, est
aussi prohibée de 6 heures du matin à 16 heures et de 20 heures à 6 heures
du matin. L’autorité militaire (l’état major des armées en l’occurrence) a
reçu les pleins pouvoirs pour maintenir l’ordre et la sécurité par les
moyens qu’il juge appropriés et ce, jusqu’au 23février 2007.

La Guinée connaît donc une situation gravissime. Les événements qui s’y
déroulent depuis le 10 janvier ne doivent plus signer notre indifférence à
son endroit. Le problème n’est plus de dire qui a tort et qui a raison
notre responsabilité, c’est de tout faire pour que ce pays ne s’embrase
pas. Les deux camps qui se font face ; Celui du pouvoir (fortement) soutenu
par l’armée, d’un côté, et celui de l’intersyndicale qui marche,
désormais, main dans la main avec les 14 partis d’opposition, d’autre part,
ont adopté des positions si radicales et si tranchées qu’il est très
difficile de les rapprocher. Pourtant, il faudra bien, tôt ou tard, qu’ils
renouent le dialogue du coeur entre frères et soeurs d’un même pays. Très
influente grâce à son pouvoir économique que les Guinéens de l’intérieur lui
envient, la diaspora qui dépasse largement 4 millions de personnes, a aussi
un rôle à jouer pour détendre l’atmosphère. Il faut qu’elle évite,
désormais, de mettre de l’huile sur le feu.

L’armée guinéenne n’a pas une tradition putschiste. Malgré les manoeuvres de
déstabilisation des Français après son Non à De Gaulle en 1958, Sékou Touré
avait réussi à conserver son pouvoir en ne mourant que de mort naturelle, en
1984, dans un hôpital marocain. Ancien chef de cette armée, Lansana Conté
et ses camarades de l’Etat major, n’avaient jamais eu l’idée de le chasser
par les armes malgré un bilan catastrophique sur le plan économique, social,
culturel et des droits de l’homme. La fidélité de l’armée guinéenne sous
Sékou Touré envers les institutions de la République fut donc exemplaire.
Lansana Conté qui est le chef incontesté de cette armée bénéficiera-t-il de
sa neutralité voire de son soutien jusqu’au bout alors qu’elle commence à
compter des morts dans ses rangs ?

Lansana Conté doit garder son fauteuil, mais il doit accepter de composer
avec un Premier Ministre aux « pouvoirs élargis » qui ne viendrait pas lui
faire la guerre.

Les autorités religieuses et traditionnelles feraient mieux de s’impliquer,
aussi, dans une médiation et calmer les ardeurs des extrémistes de chaque
camp. Leur intervention, pour plus d’efficacité, devrait être accompagnée
voire même parrainée par la CEDEAO et l’union Africaine. Nous devons éviter
que la situation devienne incontrôlable et nous contraigne à demander l’assistance
des Nations-Unies c’est-à-dire des capitales occidentales. C’est à nous et
à nous seuls, Africains, de prendre les choses en main et d’aider nos frères
et soeurs guinéens à trouver une solution juste, sans faire perdre la face à
aucun des deux camps.

Voilà pourquoi à minuit moins cinq, nous ne pouvons plus attendre que l’accord
d’une implication sous-régionale ou continentale en Guinée soit
préalablement donné par le président Lansana Conté, avant d’agir les
Africains doivent, s’ils ne veulent pas être accusés de non-assistance à
Guinéens en danger, s’ingérer directement et dès maintenant, dans ce
conflit qui est entrain de ramener ce pays quarante ans en arrière. Lansana
Conté, en tant que président élu, doit garder son fauteuil. Mais il doit
accepter de composer avec un Premier Ministre aux « pouvoirs élargis » qui
ne viendrait pas lui faire la guerre mais pour travailler en bonne
intelligence avec lui et l’intersyndicale pour le bien de la Guinée. Ce
Premier Ministre peut s’appeler Eugène Camara ou quelqu’un d’autre. Peu
importe du moment où les uns et les autres mettent l’intérêt de la Guinée
au-dessus de tout. Il est temps de le comprendre !

Une déstabilisation de la Guinée, qui partage la frontière avec le Libéria,
la Guinée Bissau, la Sierra Leone, le Mali, le Ghana, la Côte d’ivoire et le
Sénégal, tous politiquement plus ou moins fragiles, pourrait re-plonger
cette sous-région dans l’instabilité. Cette hypothèse n’est pas d’école. Les
risques sont réels. Gardons-nous par conséquent d’exiger des solutions
radicales car elles peuvent être comparables à une épée à double tranchant.

AFRIQUE Bis.

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