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La Grèce est une île.

Vendredi 18 novembre 2011 // Le Monde

Le plan de sauvetage de la Grèce n’est pas politiquement neutre. C’est non seulement la dette et la zone Euro qui sont en jeu mais tout un projet régional dont la Grèce est le pivot.

On voit parfois plus clair de Bratislava que de Paris ou de Berlin. La Slovaquie est le pays membre de l’Union sans doute le plus sensible à la problématique balkanique. Elle se situe en cela aux antipodes de la Grèce, sur l’autre rive si l’on prend les Balkans pour le fossé qui sépare la Grèce du reste de l’Europe. Par ailleurs entourée d’eau sur ses trois autres cotés, mer Égée, mer Adriatique et mer Méditerranée, la Grèce, par quelque face géographique qu’on l’aborde - sans parler des aspects religieux et linguistiques - est insulaire, solitaire et isolée.

À l’est, elle monte la garde face à l’Asie mineure d’où elle a dû se retirer après l’insuccès de sa grande idée pan-hellène à la suite de la Première Guerre mondiale. Au sud, elle est le cordon ombilical avec la république de Chypre, déjà moyenorientalisée, entre Israël et Arabes. À l’ouest, la seule et unique ligne de survie vers l’Italie du Sud est une voie d’émigration. Au nord, la situation est encore plus tragique, puisque ses frontières terrestres sont fragilisées : n’ayant guère que cent ans, issues des guerres balkaniques de 1912 et 1913 qui ont la première partagé l’Albanie et la seconde la Macédoine, elles ont laissé jusqu’à présent la majorité des Albanais et des Macédoniens en dehors des micro-États créés par les Puissances en leur temps à Londres et à Bucarest.

Le reflux du panhellénisme, y compris à travers ses caricatures récurrentes en Europe de l’Ouest et du Nord, c’est la porte ouverte à la Grande Albanie, à la Grande Macédoine, à la Grande Bulgarie, et bien sûr à l’hégémonie régionale grand-turque. Après tant d’épreuves, la Grèce ne s’était relevée qu’en étant, pour tous ces pays situés hors de l’Union européenne, le sésame qui donnait accès aux couloirs bruxellois, aux subventions et investissements européens. Au temps de la guerre froide, puis de la guerre yougoslave, mais aussi de la guerre du Liban, la Grèce était leur bouffée d’oxygène.

Et on s’étonne aujourd’hui de l’appel d’air et de l’asphyxie ! Mais il faut savoir qu’en termes géopolitiques, (« ce qui sert à faire la guerre » Yves Lacoste), la remise en cause de l’accès grec signifie la libération d’autant d’ambitions locales. Comment reprocher au gouvernement grec son budget de la défense quand ce sont les provinces frontalières de l’Épire, de la Macédoine et de la Thrace qui sont en jeu, sans compter la zone économique maritime en mer Égée et au large de Chypre ? La Grèce à terre, c’est la réunion de tous les périls.

Historiquement, confrontée aux crises, la Grèce n’a jamais réagi de façon unitaire : républicains contre royalistes, durant et après la Première Guerre mondiale, communistes et loyalistes, durant et après la Seconde, dissidents et colonels dans les années 70. Mais les puissances ont pesé à l’excès : Lloyd George (tout acquis à la grande idée de Venizelos) puis Churchill (qui admit à Yalta pour la Grèce le partage d’influence à 50/50), Kennedy (parrain de la dynastie Papandreou, le grand-père George et le père Andreas de l’actuel Premier ministre) puis Kissinger (qui laissa faire le coup d’État des colonels à Chypre en 1974) se sont servis des passions grecques. Toujours pour le pire.

Ces quelques rappéfs historiques nous sont nécessaires pour comprendre de l’extérieur ce que l’on sait de famille et d’instinct à Bratislava, Sofia ou Tirana. Mais aussi à Moscou, Belgrade, Kiev, Bucarest, et aussi Haïfa, Alep et Alexandrie. La Grèce n’a pas d’amis ? Elle en a autant que Paris et Berlin, mais ce ne sont pas les mêmes.

La crise de la dette paralyse Athènes, non seulement dans ses ressources budgétaires, mais dans sa politique extérieure. L’Europe tout entière se ressent de la crise grecque, non pas seulement au niveau bancaire et financier, mais dans ses relations politiques extérieures, à commencer’ par sa politique de voisinage. Or c’est le moment où l’Europe doit se prononcer sur la candidature serbe, sur ses relations avec l’Ukraine et la Russie, les questions de Syrie et de Palestine, bref partout où la Grèce compte (ne serait-ce qu’à travers ses patriarcats) : comment utiliser ses relais ainsi démonétisés ?

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