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Au Texas, un bon élève est un élève fliqué.

Samedi 11 février 2012 // Le Monde

Dans cet Etat, champion de la répression en milieu scolaire, les policiers patrouillent dans les écoles et des milliers d’élèves comparaissent tous les ans devant les tribunaux.

Le registre de la police indique qu’elle " a perturbé le cours " ; mais ce n’est pas comme ça que Sarah Bustamantes, 12 ans, voit son arrestation pour s’être vaporisé du parfum en classe. "Les autres enfants ne m’aiment pas", confie Sarah, qui est bipolaire, souffre d’un trouble du déficit de l’attention et vit très mal son surpoids. "Ils me disent des choses méchantes, que je pue, alors je me suis mis un peu de parfum. Puis ils ont dit : « Range ça, cette odeur est insupportable.’ C’est là que la prof a appelé la police. »

Le policier n’était pas loin. Et pour cause, il patrouille dans les couloirs du Fulmore Middle School, le collège que fréquente Sarah à Austin (Texas). Comme des centaines d’écoles du Texas et du reste des Etats-Unis, ce collège a sa propre force de police : des agents armés, en uniforme, font régner l’ordre dans les cantines, les cours de récréation et les salles de classe. Sarah a dû quitter le cours, puis elle a été inculpée et assignée à comparaître devant le tribunal.

Tolérance zéro à l’école

Chaque jour, des centaines d’écoliers défilent devant les tribunaux texans suite à diverses infractions, pour avoir par exemple proféré des insultes, s’être mal comportés dans le bus de ramassage scolaire ou s’être battus dans la cour. Des enfants sont parfois arrêtés parce qu’ils fument des cigarettes, sont vêtus de façon " inappropriée " ou arrivent en retard à l’école. En 2010, la police texane a distribué quelque 300 000 contraventions à des enfants âgés parfois de seulement 6 ans pour des infractions mineures commises à l’école. Les sanctions imposées vont de la simple amende aux travaux d’intérêt général et à des peines d’emprisonnement. Ce qui était autrefois réglé par une semonce du professeur ou un coup de téléphone aux parents se termine parfois par des arrestations et une mention au casier judiciaire susceptible d’empêcher un jeune, des années plus tard, d’aller à l’université ou de décrocher un emploi.

"Nous avons criminalisé les comportements puérils", s’insurge Kady Simpkins, l’avocate de Sarah Bustamantes. " Ce ne sont que des gamins. Je me dis que je n’aurais pas survécu si j’avais été à l’école aux Etats-Unis. J’ai grandi en Australie, on est autrement plus turbulent là-bas."Aujourd’hui, le Texas réévalue cette politique drastique qui a fini par créer " une passerelle directe entre l’école et la prison " d’après ses détracteurs. Selon Wallace Jefferson, le président de la Cour suprême du Texas, "accuser des enfants de commettre des infractions pénales qui relèvent de problèmes de comportement mineurs" contribue à conduire de nombreux jeunes en prison pour une bonne partie de leur vie.

En 2011, le Parlement du Texas a modifié la loi afin que les enfants de 10 et 11 ans ne soient plus verbalisés pour leur comportement en classe. Dans cet Etat, on est responsable pénalement dès l’âge de 10 ans. Toutefois, un projet de loi plus ambitieux, qui avait pour but de mettre fin à cette politique, une initiative du sénateur texan John Whitmire, qui à qualifié ce système de "ridicule", n’a pas été adopté et ne pourra donc pas être réexaminé avant deux ans. Même le gouvernement fédéral s’en est mêlé. Le ministre de la Justice, Eric Holder, a déclaré qu’il fallait "de façon évidente mettre un terme" à la répression policière pour faire régner la discipline dans les écoles.

L’importance particulière accordée au maintien de l’ordre dans les salles de classe reflète l’expansion, au cours des vingt dernières années au Texas, de la surveillance policière sous toutes ses formes pour répondre aux peurs, souvent injustifiées, qui se sont répandues aux Etats-Unis dans les années 1980 et i990 à la suite d’une recrudescence alarmante de la criminalité. Des peurs alimentées par l’épidémie de crack, des études universitaires alarmistes et les médias.

Tout ça est directement lié à la dramatisation de la délinquance juvénile au début des années 1990, explique Deborah Fowler, directrice adjointe de Texas Appleseed, une association de défense des droits basée à Austin. "Ces politiques ont prospéré sur le terreau de la tolérance zéro face à la criminalité." C’est pour la même raison que les Etats-Unis sont devenus le seul pays développé à imposer la réclusion à perpétuité à des enfants âgés de 13 ans, sans possibilité de mise en liberté conditionnelle.

Au fur et à mesure que l’étau du maintien de l’ordre s’est resserré dans tout le Texas, les écoles en ont subi les conséquences. Au cours des deux dernières décennies, le nombre de districts scolaires disposant d’un département de police a été multiplié par vingt. "La tolérance zéro était à l’origine un terme utilisé dans le contexte de la lutte contre le trafic de drogues. Aujourd’hui, cette expression sert très souvent à qualifier des mesures disciplinaires très répressives dans le contexte scolaire", explique Deborah Fowler.

Faire-régner l’ordre à la cantine

Puis, en 1999, a eu lieu le massacre de Columbine : dans ce lycée du Colorado, deux élèves ont tué douze de leurs compagnons d’établissement et un professeur avant de se donner la mort. Les parents ont alors réclamé à grands cris que l’on protège leurs enfants et, pour beaucoup, mettre des policiers dans les écoles semblait être une solution. La majorité des établissements ne sont pourtant pas confrontés à des violences graves et les agents de police qui qu’arpentent les enfants turbulents. d’enfants turbulents.

On est souvent témoin de réactions excessives face à des comportements qui sont habituellement considérés comme puérils, pas illégaux, ajoute Deborah Fowler. Dans la plupart des cas, les policiers verbalisent des élèves qui ont »perturbé la classe".

Régulièrement, ces derniers sont également mis à l’amende parce qu’ils ont "troublé l’ordre public", ce qui comprend les bagarres de cours de récré, les jurons et les gestes grossiers. Une fois, un adolescent a été arrêté et envoyé au tribunal à Houston après que lui et sa petite amie s’étaient versé du lait l’un sur l’autre suite à leur rupture. Près d’un tiers des contraventions est lié à la drogue ou à l’alcool. De même, un nombre relativement élevé d’amendes près de 20% découle de l’utilisation d’armes, mais les armes en question sont le plus souvent les poings. Une adolescente arrêtée à la cantine parce qu’elle n’avait pas ramassé des miettes après avoir fait tomber un gâteau.

Les Etats-Unis sont le seul pays développé à condamner des enfants de 13 ans à la réclusion à perpétuité.

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