Sommet de Nice.

La France sans l’Afrique.

Mercredi 16 juin 2010 // L’Afrique

Plaise à Dieu que Nicolas Sarkozy ne soit pas tenté de refaire devant les chefs d’État africains à Nice son calamiteux discours de Dakar. Mais aura-t-il le courage d’entreprendre son contraire ?

Commémoration de cinquante ans d’indépendances africaines. On a cru avoir trouvé la bonne idée. Une façon, avec comme Secrétaire général un vétéran des réseaux de la France Afrique, l’ancien ministre Jacques Toubon, chantre de la francophonie, de resserrer les liens de la famille, sans s’occuper de trois indépendances de 1960 non françaises : le Nigeria, la Somalie et le Congo belge, excusez du peu.

Pour les Africains, ce retour en arrière n’a rigoureusement aucun sens. Les Anciens sont tous morts ou presque. L’Afrique ne regarde jamais en arrière. Son temps privilégié est le jour présent et le jour d’après, si Dieu nous prête vie. Le temps du pauvre. De quel bilan s’agit-il ? De celui de la colonisation, à jamais ressassée ; de la décolonisation, un non-événement ; Des cinquante ans d’indépendance, qui ne regardent pas les capitales ex-coloniales ou trop ? L’Afrique ne se prête pas à des sommets ou à des forums que pour compter l’argent qui lui échoira pour manger demain. À tous les niveaux, du président et du ministre des Finances aux ONG et aux réfugiés.

Le président s’est résolu après trois ans à renouer avec la tradition des sommets Afrique-France. Celui de Nice les 30 mai et 1er juin, doit être différent et marquer la rupture avec les sempiternelles grand-messes. On a réparti les chefs d’État en groupes de travail ; On leur a associé des dirigeants économiques de France et d’Afrique, sur des thèmes de réflexion qui mettent en valeur l’offre française. Au bout de trois ans, Paris peut commencer à afficher un bilan : la révision des accords de défense, la réforme de la politique culturelle extérieure, l’encouragement au secteur privé via l’Agence française de développement, la reprise de nos relations avec un certain nombre d’États difficiles (Rwanda, Angola).

Tout ceçi est très balbutiant, car l’intendance ne suit pas réduction de l’aide sous forme de dons à la peau de chagrin, européanisation de nos interventions militaires, transferts de compétences diplomatiques aux ambassades de l’Union européenne, multilatéralisation de nos actions de développement, ouverture passive à la mondialisation au profit des concurrences asiatiques, priorité donnée à l’ONU dans le règlement des conflits selon des critères qui privilégient le maintien de notre positionnement international vis-à-vis de Washington au détriment parfois de nos intérêts en Afrique. En Afrique même, nous avons maladroitement cherché à construire des relations alternatives avec ceux qui nous apparaissaient les poids lourds du continent : L’Égypte, où devait se tenir ce sommet, mais où il était impossible de ne pas inviter le président soudanais dont nous soutenons la mise en examen devant la Cour Pénale Internationale (CPI), Afrique du Sud, Nigeria, à terme l’Angola et l’Éthiopie. Comme il n’y a aucun pays francophone parmi ces Grands, nous restons à la remorque, sauf à soutenir les efforts de l’Union Africaine où,par la vertu du nombre, nous avons jusqu’à présent réussi à faire élire des secrétaires généraux francophones (actuellement le Gabonais Jean Ping).

Si demain la zone franc décidait de mettre à exécution son projet d’autonomisation par rapport au Trésor français et du même coup par rapport à l’euro, tout en demeurant une zone monétaire unissant Afrique occidentale et Afrique centrale, le ministre du Budget du gouvernement Balladur qui en 1994 avait mené la dévaluation du franc CFA, avec l’idée d’aller encore plus loin dans la liquidation de cet héritage, n’en serait sans doute pas fâché.

Qui le lui contesterait ? Qui le conseillerait autrement ? Le rédacteur du discours de Dakar du 26 juillet 2007, au tout début de son mandat ? Même si Nicolas Sarkozy avait jusqu’alors vécu coupé de ce volet de l’histoire de France, et s’il n’a pas su s’entourer ou écouter, il n’en reste pas moins que d’une manière générale, nos relations africaines ne bénéficient plus comme par le passé en France même d’une base de soutien politique, économique, universitaire, médiatique suffisamment large. Les milieux issus de l’immigration, contrairement à d’autres pays (Etats-unis Grande-Bretagne, Pays scandinaves), n’y jouent pratiquement aucun rôle (la prédominance des Antillais fausse la relation).

L’expertise ancienne de l’Outre-Mer, issue des administrateurs coloniaux et perpétués jusqu’à ces derniers jours dans l’armée d’Afrique, n’a pas été remplacée. À qui irions-nous pour comprendre les Africains d’aujourd’hui ? La vérité en tout cas ne sortira sans doute pas des colloques de Nice.

Répondre à cet article