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La Famille Royale.

Mercredi 21 février 2007, par Paul Vaurs // L’Histoire

La contre-enquête sur le comte et la comtesse de Paris que vient de publier
Vincent Meylan est (l’ouvrage le plus clairvoyant que l’on puisse lire au
sujet de la Famille de France.) L’auteur a côtoyé les princes pendant plus
de quinze ans et sait, dans un style toujours agréable, s’appuyant sur des
documents inédits, des correspondances jamais révélées, des conversations
sans langue de bois, introduire le lecteur dans l’intimité des Princes.

Ce livre dont on a bien du mal à se détacher dès qu’on l’a commençé, fait
revivre quatre générations où tour à tour s’unissent et s’affrontent des
tempéraments très marqués, avec leurs qualités et leurs défauts, voire les
défauts de leurs qualités. Comme dans toute autre famille, mais avec, en
plus, en toile de fond, le sens qui n’a jamais quitté un seul de ses membres
d’une mission à laquelle se préparer toujours au service de la France ! Cela
donne à toute espérance comme à toute déception, à toute passion comme à
toute erreur ou faux pas, une portée incalculable.

L’amour et le respect dus à la famille en laquelle s’incarne la France
commandent de se garder tout autant d’aduler aveuglément les Princes que
de vouloir les juger. C’est ce que réussit Vincent Meylan en montrant les
ombres et les lumières, s’efforçant toujours d’expliquer les comportements
plutôt que de les excuser ou de les dénigrer.

Sang capétien.

Pour bien camper les personnalités de feu le Comte de Paris, de jure Henri
VI (1908-1999) et de feue la comtesse de Paris (1911-2003), Vincent Meylan
remonte jusqu’à la génération de leurs grands-parents. Ainsi assiste-t-on,
avec force détails tant protocolaires que financiers, à plusieurs de ces
mariages consanguins auxquels les petits-enfants du roi Louis-Philippe ont
souvent dû se résoudre quand les cours européennes fermaient la porte, à la
famille de l’usurpateur. Le comte de Paris avait donc pour grands-parents
quatre petits-enfants de Louis- Philippe. Du côté paternel Robert, duc de
Chartres (1840-1910), deuxième fils de Ferdinand duc d’Orléans, et
Françoise, fille de François prince de Joinville. Du côté maternel
Philippe VII, comte de Paris (1838-1894), et Isabelle, fille d’Antoine duc
de Montpensier. De ces mariages naquirent donc Jean (1874-1940), duc de
Guise, et Isabelle (1878-1961), sour de Philippe VIII (1869-1926), duc d’Orléans..

Le Maroc.

Déjà le couple princier, rêvant d’aventure pionnière, passait la plus grande
partie de l’année au Maroc, de préférence au château assez peu riant de
Nouvion en Thiérache où était né, après trois filles, le 5 juillet 1908 le
prince Henri. Celui-ci connut une enfance inondée de soleil, où le cadre de
vie, au milieu de travaux de construction à Maarif, avant Larache, était
rudimentaire. Toutefois, écrit Vicent Maylan, son père était rarement là et
la grande absente était la France. « En choisissant d’élever leurs enfants
au Maroc, le duc et la duchesse de Guise leur ont permis d’épanouir leur
personnalité beaucoup plus librement que dans l’univers corseté du Gotha,
mais ils les ont aussi coupés de leurs racines ancestrales ».

Le jeune prince, qui faisait des niches à ses grandes soeurs et dont l’éducation
avait été plutôt chaotique, s’éveilla soudain à une grande soif de savoir,
peut-être pour avoir entendu en 1922 Mgr de Cabrières, évêque de
Montpellier, lui prédire qu’il aurait à assumer « de hautes
responsabilités dans le pays ». Puis son nouveau précepteur l’abbé Thomas,
lui taisant découvrir les quartiers pauvres de la banlieue parisienne,
éveilla en lui le désir de « rendre la France plus juste ». D’autres
précepteurs, l’abbé de Dartein, proche de l’Action française, puis
Charles-Benoist, qui l’initiait à Machiavel, forgeaient alors on lui une
insatiable curiosité intellectuelle.

L’épreuve de l’exil.

Quand en 1926, à la mort de l’oncle Philippe V III, son père, duc de Guise,
qui ne s’y préparait guère, devint le chef de la Maison de France (de jure
Jean III), le jeune Henri, dix-huit ans, devint Dauphin de France et ne
tarda pas à acquérir la certitude de régner un jour, au point de penser que
l’exil imposé par la République n’était que « l’épreuve symbolique » à
traverser pour y parvenir. Une certitude qui devait plus tard le laisser
désarmé devant les échecs ou les trahisons...

Majeur deux ans plus tard, le 5 juillet 1929, il reçut le titre de comte de
Paris au cours d’une cérémonie au Manoir d’Anjou, près de Bruxelles. Parmi
les invités, une belle jeune fille que tout le monde appelait Bébelle et qui
n avait d’yeux que pour ce beau

cousin qu’elle aimait secrètement depuis l’âge de douze ans...

Le Brésil.

Isabelle d’Orléans avait grandi à Eu en Normandie, à Boulogne, puis au
Brésil, dans une ambiance de bibliothèque rose. Ses grands-parents Gaston
(1842-1922), comte d’Eu (lus de Louis duc de Nemours donc petit-fils lui
aussi de Louis-Philippe) et son épouse Isabelle de Bragance (1846-1921),
princesse impériale du Brésil, entretenaient avec elle des rapports
passionnés.

De leur fils son père Pedro d’Orléans-Bragance et de sa mère Éisabeth,
princesse Dobrzensky, de vieille famille tchèque, « Bébelle » avait à
assumer une culture très diversifiée. Toute sa vie elle garderait son
tempérament enjoué et quelque peu désordonné, qui faisait son charme, mais
énervait Henri...

Que le mariage d’Henri et Isabelle, le 8avril1931, fût un vrai mariage d’amour,
c’est évident. Les premières années au manoir d’Anjou, le Dauphin, réglait
la vie comme papier à musique, mais le jeune couple se retrouvait dans l’intimité
avec les enfants à Agimont, près de la frontière française. Pourtant déjà
lsabelle comprit qu’elle aurait une rivale « la politique ! Tous les chefs
monarchistes défilaient au manoir d’Anjou.

Désillusions.

C’est peu après, en 1937, que se situe le pénible épisode de la rupture
entré les Princes et l’Action française. Il fallut un certain temps pour
que les rôles de chacun fussent bien définis, les Princes menant leur jeu
politique comme ils l’entendaient, les hommes d’Action française jouant le
rôle de francs-tireurs. Vincent Meylan aurait pu citer le mot du comte de
Paris au sujet de l’AF peu avant sa mort à Pierre Pujo « Je ne veux plus
reconnaître que les services rendus ». Mais alors le Dauphin voulait mener
une action indépendante.

1940. Le duc de Guise mourut le 24 août. Pour Henri, devenu Chef de la
Maison, après avoir tenté de servir dans l’armée française et qui n’avait
pu effectuer qu’un rapide séjour dans la Légion étrangère (où il sympathisa
avec deux neveux de Staline...), l’heure semblait venue. Avec son épouse
restée à ses yeux trop longtemps au Brésil au lieu de le soutenir, les
différences de tempérament s’accusaient.

C’est le moment où il crut pouvoir jouer un rôle en intervenant en 1942
dans les relations avec les Anglo-Américains. Mauvais calcul. Vincent
Meylan donne toutes les preuves que le Prince n’a pas pu donner l’ordre de
tuer Darlan. Pourtant « sa présence à Alger, son Implication dans un coup d’État
qui semble n’avoir jamais eu de fondements sérieux, tout cela n’était il
pas simplement destiné à l’impliquer dans une affaire douteuse dont ni les
Alliés ni les Français ne souhaitaient recueillir la culpabilité totale ou
partielle ».

Reste une question ; le comte de Paris a-t-il raté une occasion de jouer un
grand rôle en ne partant pas pour Londres en 1940 ? Beaucoup le lui
reprochèrent. Le général De Gaulle, dit-on, l’attendait, alors que lui, les
premiers temps, semblait jouer la carte du maréchal Pétain, qui le lui
rendit mal, d’ailleurs... A la fin de se vie, le Prince déclarait à Xavier
Walter ne pas croire à cette « histoire de légitimité historique depuis
1940 » qui a fait beaucoup de mal à l’unité nationale ». C’est très juste.

Des événements de 1940 le comte de Paris ressortit tout autre, méfiant.
Pourtant tout alla encore bien avec Isabelle jusqu’au séjour après guerre à
la Quinte, au Portugal, qui resta un souvenir merveilleux pour leurs onze
enfants. Puis ce fut l’autorisation de rentrer en France en 1950 et l’installation
à Louveciennes au Manoir du Coeur Volant. Une fois encor, le comte de
Paris vit le pouvoir à sa portée. Des hommes politiques lui rendaient
visite, on menait grand train quasi royal, Charles De Gaulle qui en 1957 s’était
réjoui du mariage du fils aîné, comte de Clermont, avec Marie-Thérèse de
Wurtemberg, semblait vouloir le faire élire comme son successeur. Mais le
Général avait plusieurs cartes en mains.

Du jour au lendemain vers 1965 tous les espoirs s’envolèrent. Si l’on en
croit la comtesse de Paris « ça n’allait pas très fort » dans le ménage en
dépit d’une apparence magnifique de famille exemplaire... En 1961, la mort
en Algérie du prince François fut pour les deux une douleur irrémédiable.

Discordes.

De ce nouvel échec politique, de l’abandon de tant d’hommes qui l’avaient
adulé, jamais le comte de Paris ne se releva. Il se replia sur lui-même, ne
pouvant plus supporter son épouse trop étourdissante. Même avec ses enfants
dont, quelques années avant, il suivait d’un coeur aimant leur travail
scolaire, il se fit de plus en plus distant. Ils en souffrirent atrocement.

Ici il faut admirer la délicatesse avec laquelle Vincent Meylan, écrit sur
la Comtesse de Paris On n’admire que plus la Princesse qui non sans
commettre elle aussi des erreurs, a jusqu’au bout maintenu l’union, en
grande chrétienne semblant n’être pas affectée par les vents mauvais.

Même la liaison du Prince avec Mme Friesz est totalement exempte du parfum
de scandale dont on a voulu l’entourer. Loin semble-t-il, d’être une
intrigante elle a par ses soins permis au Prince, de vivre, quelques année
de plus. La comtesse de Paris l’a reconnu. Le mariage civil du prince Henri,
comte de Clermon (l’actuel Comte de Paris, de jure Henri VII) fut une dure
épreuve pour une famille si chrétienne mais peu à peu les passions se sont
calmées. Saluons au passage la grande dignité de la comtesse de Clermont,
devenue dès lors duchesse de Montpensier qui a élevé dans de grandes
difficultés ses cinq enfants dont deux_ handicapés.

Ruiné ?

Reste la question de la fortune des Orléans. Vincent Meylan donne des
indications objectives très précises remontant au temps des grands-parents.

« Même si une partie importante de cette fortune a été dilapidée dans des
spéculations douteuses. « Il n’en demeure pas moins vrai que le principal
artisan de la ruine progressive de la Maison du France tout au long de XX°
siècle est le Code civil, en imposant des partages à chaque génération. » A
cela se sont ajoutés au temps du comte de Paris des placements hasardeux,
les malversations d’un homme d’affaires véreux et surtout le train de vie
« royal » des années Louveciennes, payé bien sûr sur le patrimoine
familial.

On est loin de limage d’un vieux prince haineux, joueur, désireux de ne
rien laisser à ses descendants... Le malheur est que ces questions de gros
sous aient été portées sur la place publique. La comtesse de Paris en a
souffert. Le comte de Paris reste évidemment une énigme, mais dans les
familles royales il y on a eu d’autres !

L’étude approfondie menée par l’auteur prouve que si la fortune des Orléans
a été amputée de beaucoup, il n’y a pas lieu de dire qu’ils sont ruinés.
Signalons que la comtesse de Paris, soucieuse de l’avenir de la dynastie, a
arrangé au mieux les intérêts du prince Jean duc de Vendôme, fils aîné de l’actuel
comte de Paris, pour qu’il puisse vivre selon son rang. Il devra certes
travailler, au lieu de vivre de ses rentes, et cela le rapprochera encore
des Français. Les temps ont changé. C’est peut-être terrible, mais la
mission de la famille royale n’en saurait être affectée.

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