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La Corse face au péril rose.

Jeudi 21 janvier 2010 // La France

Bienvenue en Corse, avec ses plages de sable blanc, sa délicieuse cuisine méditerranéenne... et ses redoutables troupeaux de vaches et de cochons errants. Depuis des années, les autorités s’évertuent à empêcher les bandes d’animaux d’errer dans les rues sur cette île baignée de soleil. Pratiquement chaque jour de l’année, des troupeaux de bêtes provoquent des dégâts matériels dans les villages et sont fréquemment à l’origine de graves accidents de la route. En 2008, il a fallu interrompre le trafic aérien à l’aéroport de Figari, dans l’extrême-sud de l’île, après que des cochons eurent envahi la piste principale. En novembre 2009, un taureau est tombé d’une falaise pour atterrir sur la terrasse d’un café. Dans leurs efforts pour arrêter la cavalcade des animaux, les maires ont appelé en vain à la rescousse les vétérinaires, les gendarmes et le gouvernement.

En désespoir de cause, ils se tournent désormais vers Bastien Rossi. Avec ses 26 confrères corses, il fait partie de ce que l’on appelle les lieutenants de louveterie. Ce corps de tireurs d’élite a été fondé en l’an 812 par. Charlemagne, roi des Francs et empereur dû Saint-Empire romain germanique, pour protéger les humains et les cultures contre les loups et autres animaux sauvages. Un millier d’années plus tard, un autre empereur, d’origine corse celui-là, Napoléon 1er , a défini officiellement les missions des lieutenants de louveterie. Depuis, cette prestigieuse confrérie, chargée d’assurer la sécurité en milieu rural, est composée de bénévoles qui obtiennent le droit de port d’armes après avoir prêté serment.

« Nous sommes les sages des campagnes, qui veillent à ce que les agriculteurs, les chasseurs et les villageois vivent en harmonie », précise Bernard Pontier, le dirigeant de l’Association nationale des lieutenants de louveterie. De nos jours, les loups qui rôdent sur le territoire français sont bien moins nombreux qu’au temps de Charlemagne, mais, entre les renards et les sangliers, les louvetiers ont de quoi s’occuper toute l’année. En Corse, les autorités estiment à 10 000 le nombre de vaches et de cochons qui errent dans la nature. Ces derniers mois, des maires ont autorisé les louvetiers à en abattre.

Seul problème : Bastien Rossi et ses confrères n’ont aucune envie de tirer sur la gent bovine ou porcine. « Je m’y refuse », déclare Rossi d’un ton bourru, tandis que sa femme ajuste le col amidonné de son uniforme kaki, impeccablement repassé. « Notre vocation, depuis des siècles, est d’éliminer les bêtes sauvages, non les animaux domestiques. » Et Rossi, qui, avant de devenir lieutenant de louveterie, a exercé pendant vingt-cinq ans comme gendarme, ajoute qu’il ne veut pas se charger de faire ce à quoi tant d’autres avant lui ont échoué.

Car quiconque trouve en France un animal errant sur la voie publique est d’abord tenu d’en vérifier le numéro d’identification, qui permet de remonter jusqu’à la personne qui en est responsable. Pour une vache, « cela implique de lire, à l’aide de jumelles, un numéro de 16 chiffres inscrit sur l’une de ses oreilles », explique Bastien Rossi, dans la mesure où il est parfois difficile d’approcher l’animal sans le faire détaler.

« Paris, se méfie de notre caractère fougueux »

Quant à tuer la bête sur place, c’est une entreprise risquée. Par le passé, ceux qui se sont portés volontaires pour supprimer des vaches et des cochons en liberté ont reçu des menaces de mort de la part d’individus qui s’en prétendaient propriétaires, même en l’absence de tout numéro d’identification. Ange-Pierre Vivoni, maire de Sisco (dans l’extrême nord de l’île) et président de l’association des maires de Haute-Corse, reconnaît qu’il est dangereux pour un louvetier d’intervenir, comme il le dit si joliment, « les cimetières sont remplis de héros ». Pour résoudre le problème, Vivoni raconte qu’il a d’abord fait appel au gouvernement central, habitué dans d’autres régions de France à intervenir sur des questions locales. Mais la Corse, poursuit-il, est un peu particulière. « Paris se méfie de notre caractère fougueux. » Le gouvernement français a de fait décrété que les maires étaient habilités à résoudre le problème sur leurs territoires respectifs.

Pour les Corses, la cause profonde du problème se trouve du côté du système européen des subventions agricoles. Au début des années 1990, l’Union européenne (UE) avait réduit les mesures favorisant la production de lait, lesquelles avaient provoqué des stocks excédentaires un peu partout en Europe. Parallèlement, elle avait encouragé l’élevage des vaches allaitantes, dans le but de soutenir la production de veau. De nombreux paysans corses, qui vivaient traditionnellement des chèvres et des moutons, se sont alors lancés dans l’élevage bovin pour profiter de la manne. Mais, en 1994, L’UE a déclaré avoir découvert de nombreux cas de fraude, des agriculteurs corses ayant perçu des subventions alors qu’ils ne disposaient pas de terres pour le bétail. C’est ainsi que L’UE a réduit de moitié ses aides agricoles à la Corse.

À la même époque, de nombreux Corses ont quitté les régions montagneuses où ils vivaient pour s’installer dans les villes côtières, en plein expansion. Enfin, pour satisfaire la demande de charcuterie artisanale, qui fait la réputation de l’île, les paysans ont entrepris d’élever des cochons à proximité des villages, en les laissant souvent pénétrer dans des propriétés privées. Résultat, l’île est maintenant envahie par des milliers de bêtes qui évoluent en liberté. « Il faut reconnaître que les agriculteurs jouissent en Corse d’un niveau élevé d’impunité », glisse Antoine Poussier, directeur de cabinet de la préfecture de Haute-Corse et plus haut représentant du gouvernement central dans cette partie nord de l’île.

Certains Corses ont décidé de prendre l’affaire en main. En décembre, Gérard Alfonsi a écopé d’une amende de 1 500 euros pour avoir tué six animaux « domestiques ». En 2006, excédé par les excréments d’animal qui souillaient son terrain à Carcheto Brustico (Haute- Corse), il a abattu huit cochons avec son fusil de chasse. Le tribunal ne l’a toutefois reconnu coupable que de la mort de six d’entre eux, admettant la légitime défense pour les deux autres. « Personne ne veut s’attaquer au problème, alors j’ai pris les choses en main. Mais, maintenant, c’est moi le méchant », se lamente l’intéressé.

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