La Chine sauvera-t-elle l’euro ?

Jeudi 22 décembre 2011 // Le Monde

La chancelière Merkel et son sherpa espèrent l’aide chinoise pour sauver leur euro. Un appel au financement du fond européen de stabilité financière a été lancé par le politburo franco-allemand.

L’Allemagne s’est fixé une limite à sa propre contribution financière. S’agit-il d’un simple appel à la solidarité pour sauver l’économie mondiale comme elle le prétend ? N’y aurait-il pas des intérêts inavoués tant du côté chinois que du côté européen et surtout allemand à solliciter cette manne extérieure à l’Europe ?

Réunis à l’initiative d’Arrêt sur images, Marie Holzman, Jean-Michel Quatrepoint, Jean-Luc Domenach et Pierre Haski, quatre fins connaisseurs de la Chine, apportent un début de réponse.

Première interrogation, qui a besoin le plus de l’autre, la Chine ou l’Europe ? Le marché européen est essentiel dans le commerce extérieur chinois. C’est son premier débouché avec 282 milliards de dollars US - devant les États-Unis - soit plus de 20 % du total de ses exportations. À l’inverse chacun des 27 pays de l’Union européenne conduit sa propre stratégie exportatrice vers la Chine et la valeur totale exportée est de 113 milliards de dollars US (données 2010). C’est donc une balance commerciale très déséquilibrée à l’avantage de la Chine.

Comment se présentent ces échanges ? L’Allemagne vend à la Chine sa production de haut de gamme, les marques automobiles sont très présentes mais elles se refusent,comme le font de nombreux industriels allemands, à transférer les technologies les plus développées. Elles se protègent et assurent leur survie. Les Chinois sont en effet dénoncés au sein de l’OMC pour leur non-respect des droits de la propriété intellectuelle. Il s’agit d’un enjeu majeur pour défendre nos industries. A contrario la France, et c’est criminel, utilise le transfert de technologies (y compris dans le nucléaire !) comme argument commercial et se trouve ainsi rapidement concurrencée en Chine et... sur les autres marchés. Comme la France, l’Allemagne doit importer pour les marques de distributeur sur le segment des marchandises à bas prix. Objectif : compenser l’impact de la politique de modération salariale par une offre aux consommateurs de produits médiocres, voire dangereux.

La Chine trouve dans l’Europe un autre élément positif : la garantie d’un euro fort et stable qui est imposée par les Allemands. Une assurance que n’offrent pas les États-Unis. Dans ces conditions, la Chine a effectivement besoin de l’Europe et principalement de l’Allemagne. Mais, comme nous le voyons, il y a une asymétrie d’intérêts. D’où l’importance de la deuxième interrogation : Les Chinois obtiendront-ils des contreparties et lesquelles ? Ils ont deux objectifs : être reconnu par I’OMC comme économie de marché et obtenir la levée de l’embargo sur l’achat d’équipements militaires, décidé par l’Union européenne depuis la répression des manifestations de Tian’anmen. En 2001, la Chine a accepté un statut d’économie de transition lors de sa signature du protocole d’accession à l’Organisation Mondiale du Commerce. Elle devrait obtenir celui d’économie de marché en 2016. Mais le plus tôt serait le mieux. C’est pour elle l’occasion de tester— les capacités de résistance des pays européens. L’enjeu est de taille car il s’agit de supprimer les mesures qui visent à empêcher la Chine de procéder au dumping de ses produits sur le marché mondial en dessous des coûts de production.

Il n’est pas sans intérêt de savoir que la baronne Ashton avait bataillé en commission pour la levée de l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine. Il est probable que la présidence chinoise en fera son autre objectif et qu’elle obtiendra des soutiens dans l’Union européenne. Que fera la France qui a d’importants intérêts sur ce marché à la différence des Allemands ? Comme nous le voyons l’aide chinoise ne peut pas être sans conséquence pour notre avenir ! Autre sujet : les droits de l’homme et la démocratie, seront-ils mis en discussion ? En tout cas nos médias en parleront...

Répondre à cet article