Lu dans le Courrier International.

La Birmanie.

Une junte et un peuple.

Vendredi 30 novembre 2007, par Isabel Hilton // Le Monde

Le temps des grandes manifestations menées par les bonzes et massivement suivies par la population est fini. Les troupes de la junte ont repris le contrôle des rues et des milliers de personnes ont été emprisonnées. Le mouvement de protestation est-il pour autant étouffé ? Hors les pressions de la communauté internationale et les bons conseils de l’allié chinois, rien ne peut inciter le régime à reculer. Car la hiérarchie militaire, qui bénéficie d’importants privilèges, a des intérêts opposés à ceux de la population civile. A moins qu’une nouvelle génération de Jeunes-Turcs bouscule une dictature de plus en plus anarchique.

THE AGE

Melbourne

Il n’aura qu’une hausse du prix de l’essence pour faire exploser la colère de la population. Le 15 août, la junte a décidé de multiplier par deux le prix du gaz naturel comprimé, utilisé dans les autobus. Quatre jours plus tard, la population, déjà très pauvre, est descendue dans la rue pour protester contre la soudaine augmentation du coût de la vie. Les manifestants étaient relativement peu nombreux : ils n’étaient que 400, en majorité des mères de famille. Ils ont très vite été rejoints par des vétérans du soulèvement national de 1988 pour la démocratie. Les généraux au pouvoir, qui pensaient avoir maté la fronde après la répression brutale de 1988-au moins 3 000 morts -, ont d’abord été déconcertés. Puis ils ont réagi de façon prévisible en arrêtant les activistes par dizaines et en les envoyant en prison.

Mais cela n’a pas fait cesser les protestations. Dans tout le pays, des moines se sont mis é manifester, certains retournant même leur bol à aumônes pour montrer qu’ils refusaient les offrandes des militaires. Dans un pays bouddhiste, où donner aux moines est un rituel quotidien, cela équivaut à mettre les militaires au ban de la société. L’agitation a définitivement pris un tour politique le 22 septembre, lorsqu’un groupe de moines et de laïcs a renversé les barrières empêchant l’accès à la maison d’Aung San Kyi, l’égérie du combat pour la démocratie, qui a passé douze des dix-huit dernière années en résidence surveillée. Celle-ci est brièvement sortie de chez elle et a pleuré à la vue des moines. Le lendemain, 100 000 manifestants sont descendus dans les rues de Rangoon. La confrontation était inévitable. Les forces de sécurité sont entrées en action, rouant de coups les moines et tirant sur la foule.

Aucune des condamnations de la communauté internationale ne semble émouvoir les généraux. Comme en 1988, ils refusent d’admettre que la majorité de la population rejette leur pouvoir. Mais qui sont donc ces officiers intraitables qui semblent vivre dans un monde déconnecté de la réalité, loin de leurs compatriotes ? A quoi s’attaque le mouvement prodémocratique birman ? Le Myanmar n’est pas une dictature militaire ordinaire. On ne peut pas le comparer à la Thaïlande, à l’Indonésie, au Pakistan ou aux autres pays de la région qui ont connu des régimes militaires. Lorsque l’armée est arrivée au pouvoir, en 1962, elle a pris le contrôle non seulement de la sphère politique, mais aussi de l’économie. Sous le nom de « voie birmane vers le socialisme », la politique, de la junte a consisté à confisquer presque toutes les propriétés privées et à les confier à des entreprises publiques dirigées par des militaires. L’ancienne élite marchande a quitté le pays, imitée par beaucoup d’intellectuels. Avant le putsh, la Birmanie avait l’un des meilleurs niveaux de vie et d’éducation de l’Asie du Sud-Est.
Petit à petit, l’armée est devenu un Etat dans l’Etat, une société où les militaires, leurs familles et leurs employés jouissent de plus de privilèges que n’en ont jamais eu par exemple leurs homologue en Thaïlande ou en Indonésie. Une certaine dose de pluralisme a toujours été acceptée dans ces pays, même aux jours les plus sombres de la dictature. Au Myanmar, les militaires et leurs proches bénéficient d’écoles et d’hôpitaux spéciaux, vivent dans des logements subventionnés, à l’écart de leurs compatriotes, et peuvent acheter des choses que l’on ne trouve pas dans les magasins ordinaires.

En novembre 2005, la une a transféré la capitale dans un coin isolé du pays à 300 kilomètres au nord de Rangoon. Une nouvelle ville a été construite dans ce qui n’était jusqu’alors qu’un coin de jungle. Le nom de la nouvelle capitale, Naypyidaw, signifie « cité royale » ou « demeure des rois », car c’est ainsi que se voient les généraux birmans. Des statues géantes de trois célèbres rois précoloniaux guerriers dominent la place d’armes. Le chef de la junte, le générale Than Shwe [voir »A l’affiche », p.9], se considère manifestement comme leur égal. D’après les estimations, l’armée birmane compterait 400 000 hommes. SI l’on ajoute leurs familles et leurs employés, la population de ce « deuxième Etat » privilégié et isolé du reste du pays serait de 2 millions de personnes, sur un total de 48 millions d’habitants.

POUR L’INSTANT, AUCUN SIGNE DE FAILLE DANS LES RANGS DE L’ARMEE

Aux yeux de cette élite, la démocratie est considérée comme une menace pour l’ordre existant qui priverait les militaires de leurs avantages. L’élite gouvernante est donc prête à écraser tout mouvement en faveur de la démocratie, comme elle l’a fait en 1988 et comme elle le fait aujourd’hui à Rangoon. Les rois guerriers birmans sont fermement accrochés au pouvoir et se soucient peu des condamnations de l’Occident. Mais cela ne veut pas dire que leur position soit pérenne. La population leur voue un profond mépris, et un nouveau mouvement a commencé à s’organiser l’année dernière. Il est constitué d’anciens révolutionnaires de 1988 et sa figure de proue est Min Ko Naing, un ex-leader étudiant jeté en prison en mars 1989 et libéré en novembre 2005. Il vient d’être arrêté à nouveau, ainsi que la plupart de ses camarades.

Quel espoir pour les Birmans ? La cruelle réalité est que rien ne changera tant que les militaires seront unis. Tout ce que l’on peut espérer, c’est l’arrivée d’une nouvelle génération d’officiers qui verront la nécessité de négocier avec le mouvement prodémocratique. Mais, pour autant qu’on sache, il n’y a pour l’instant aucun Jeune-Turcs, qui attende son heure dans les coulisses ni aucun signe de faille dans les rangs de l’armée. Les mouvements populaires peuvent au mieux faire prendre conscience à certains secteurs de l’armée qu’il n’y a pas d’avenir à soutenir le régime actuel. Il n’y a pas de place dans le monde moderne pour un régime anachronique comme celui du royaume guerrier de Naypyidaw.
Bertil Lintner

Les bonzes toujours devant : Les moines bouddhistes ont eu un rôle de premier plan dans la vie politique et sociale du pays. Et ils demeurent, malgré la répression, la seule force à pouvoir faire face aux militaires.

 

ASIA TIMES ONLINE

Hong Kong, Bangkok

 Le fait que la direction du mouvement de protestation populaire ait été assurée par des religieux généralement considérés comme au-dessus des contingences terrestres peut paraître étrange aux yeux des observateurs extérieurs, mais ce n’est pas la première fois que les moines bouddhistes descendent dans la rue pour réclamer un changement politique. Les monastères birmans ont en vérité une longue tradition d’activité politique. Depuis l’époque de la domination britannique, les moines ont toujours joué un rôle politique central. Plusieurs des révoltes anticoloniales ont été au moins en partie organisées et dirigées par le clergé. Le vénérable U Ottama, par exemple, a organisé en 1918 les premières actions au sein du Conseil général des associations bouddhistes. C’est lui qui inaugura la pratique des campagnes de boycott. Et il fut le premier citoyen birman à être emprisonné par les autorités coloniales à la suite d’un discours prononcé en 1921. Le vénérable U Wisara succomba pour sa part, au bout de 166 jours, à la grève de la faim qu’il avait entreprise contre le régime colonial.

La rébellion lancée en 1930-1931 par le moine chaman Saya San, qui fut la plus importante rébellion armée contre le régime colonial en Birmanie, comportait également une forte composante bouddhiste. Les moines ont pris activement part à l’organisation des rebelles tout au long d’une insurrection qui dura plus de deux ans, exigea l’intervention de près de 10 000 soldats britanniques pour être matée et se solda par la mort d’environ 10 000 Birmans, parmi lesquels le leader du mouvement, Saya San.

Les moines ont été à nouveau très actifs dans le soulèvement démocratique qui balaya le pays en 1988. Si la plupart des manifestations étaient alors organisées et dirigées par les lycéens et étudiants, les jeunes novices y ont joué un rôle essentiel dans le maintien de la discipline et ont conféré une forte légitimité morale au mouvement étudiant-même si certains rapports indiquent que des moines ont participé aux actions de représailles menées par l’armée. Lorsque les tueries ont commencé, le 8 août 1988, de nombreux religieux ont été abattus par les militaires.

En octobre 1990, en signe de protestation contre les meurtres, les arrestations et les humiliations infligées aux leurs pendant la répression de 1988, et contre le harcèlement permanent dont ils étaient victimes depuis, les moines de Mandalay [deuxième ville du pays, elle fut capitale royale et abrite le plus grand nombre de monastères] ont décrété un boycott des offrandes faites aux monastères par les généraux et leurs familles. Le Conseil de restauration de la loi de l’ordre de l’époque [SLORC, l’ancien nom du régime] a réagi violemment et les monastères ont été attaqués. Près de 300 moines ont alors été défroquées et emprisonnés.

Conscients du rôle central joué par la communauté monastique dans la société birmane, les généraux au pouvoir veillent à montrer le plus souvent possible qu’ils effectuent des dons pour la construction de monastères et de pagodes ou qu’ils font des offrandes et des cadeaux à des religieux éminents. Les médias contrôlés par le régime diffusent presque chaque jour des images et des reportages dans lesquels des officiers en visite dans des monastères remettent aux moines des sommes d’argent ou des objets pieux, ou encore leur attribuent des titres constituent de la part des militaires une tentative grossière de coopter la hiérarchie religieuse tout en se donnant une image de légitimité morale aux yeux de l’opinons. Mais le fait que le ministère des Affaires religieuses soit actuellement dirigé par un militaire, le général Thura Myint Maung, en dit long. Dans la culture bouddhiste birmane, tout homme est censé devenir moine au moins une fois dans sa vie, généralement avant son mariage ou après la mort de son père. Le clergé joue par ailleurs un rôle important en matière d’aide sociale, comblant dans biens des cas les manques créés par l’absence de services gouvernementaux. Par exemple, les jeunes hommes entrent souvent en religion afin de bénéficier de l’éducation gratuite fournie dans les monastères.

En raison du manque d’opportunités offertes par l’économie mal gérée et étroitement contrôlée du Myanmar, les monastères abritent également de nombreux jeunes novices mécontents. L’environnement monastique lui-même constitue un lien propice aux débats, y compris politiques, et l’on y entend les plaintes et les malheurs des gens du peuple qui se rendent au temple en quête de conseils et de réconforts religieux. Cette situation a fait des temples, au fil des ans, un chaudron bouillonnant de dissension antigouvernementale. Les manifestations actuelles ont, en tout état de cause, été déclenchées par une préoccupation très terre à terre : la hausse vertigineuse du pris de l’essence à la mi- août. Les premières manifestations étaient dirigées par des militants connus [certains sont membres de Génération 88]. Mais, après les incidents survenus le 5 septembre dans la ville de Pakokku, au centre du pays, au cours desquels plusieurs moines ont été sévèrement battus ou arrêtés par l’armée, les moines ont pris la tête du mouvement de protestation.

La question est désormais de savoir si les religieux sont en mesure de poursuivre leur mouvement de protestation. L’emprise bouddhiste est forte, et l’émotion suscitée par le spectacle de soldats mitraillant des moines pourrait déclencher une insurrection généralisée. Beaucoup espèrent que les soldats du rang renâcleront à l’avenir à obéir aux ordres de tirer sur les moines, même si jusqu’à présent on n’a signalé aucune désertion ni aucune rupture de la chaîne de commandement au sein de l’armée.
Brian McCartan

REPRESSION

Le recourt permanent à la torture

Les anciens prisonniers politiques témoignent des mauvais traitements.

Arrêtées en pleine nuit dans les monastères ou à leur domicile, embarquées de manière expéditive au milieu d’une manifestation et tenues au secret depuis ou transférées dans des prisons isolées … C’est le triste sort des quelque 4 500 personnes, moines laïcs, qui selon des organisations de défense des droits de l’homme et d’anciens prisonniers politiques, auraient disparu lors des premières rafles organisées par les militaires.

A en croire les récits d’anciens détenus interrogés par le webzine Asia Sentinel, les tortures sont courantes dans les geôles birmanes. « Thet Oo, 45 ans, homme plein d’entrain, raconte d’une voix posée comment il a été privé de nourriture durant trois jours et battu sauvagement au point qu’il a perdu l’usage d’une oreille. Son ami Bo Kyi a été battu quotidiennement durant deux semaines après la découverte dans sa cellule d’une page d’un magazine. » Les deux hommes ont été condamnés pour leur activités politiques et vivent désormais en Thaïlande, dans la ville frontière de Mae Sot. Ils participent au travail de l’Association d’assistance aux prisonniers politiques birmans (AAPPB).

Comme de nombreux anciens détenus, Bo Kyi et Thet Oo, qui ont subi respectivement sept et douze ans de détention, ont tenu le coup en s’efforçant de rester occupés. Les deux hommes enseignaient l’anglais aux autres détenus, jouaient aux échecs ou pratiquaient la méditation.

« Cent trente-quatre prisonniers politiques sont morts en détention des suites de la torture, de malnutrition ou d’absence de soins », explique Bo Kyi, le secrétaire de l’AAPPB à Asia Sentinel. « Ceux qui survivent souffrent souvent de troubles psychologiques ou conservent des séquelles physiques. »

Selon les récits recueillis par l’AAPPB, les violences sexuelles sont courantes. Un ancien prisonnier politique raconte les sévices que des gardiens lui ont fait subir à l’aide d’un chien. « Je peux tout pardonner à mes bourreaux, sauf les tortures sexuelles, dit la victime. Aucune religion ne peut permettre une telle chose. Ma dignité et mon amour- propre ont été détruits. » Même la Croix-Rouge internationale, qui habituellement préfère travailler dans le secret, a émis en juin dernier un communiqué très sévère contre les autorités. Elle y a dénoncé les abus systématiques contre les détenus et les populations civiles.

Dissident et poète à ses heures

Min Ko Naing est, après Aung San Suu Kyi, l’opposant au régime de la junte le plus connu. Il y a quelques mois, il évoquait ses poèmes écrits en détention dans les colonnes d’un magazine birman en exil.

OODAN

Oslo, Rangoon, Bangkok

Nous avons eu la chance de rencontrer Min Ko Naing. Malgré ses nombreuses obligations liées à ses activités politiques, il nous a accordé un peu de son temps et nous a ouvert son cœur. La politique est pour lui comme une épouse à laquelle il est lié pour la vie. Mais il avoue que son goût pour la poésie remonte à l’époque de son premier amour. Sa sœur aînée, ses mais de l’université, Ko Moe Thee Zun-un des anciens du mouvement de 1988-et l’écrivain Ar Yu l’ont encouragé à écrire. Car Min Ko Maing n’est pas seulement l’homme qui a pris la tête des manifestations démocratiques de 1988, haranguant la foule du haut de ses 26 ans, alors qu’il n’était qu’un jeune étudiant en zoologie. Il est également un amoureux de l’art et de la poésie.

Les vers de Min Ko Naing sont empreints de sa passion pour la politique. La majorité de ses textes ont été composés en prison, puis murmurés à l’oreille de sa sœur, qui les a ensuite retranscrits de mémoire.

Au cours de notre entretien, Min Ko Naing nous a récité quelques-uns de ses poèmes, ravi de pouvoirs s’exprimer de cette manière alors que ses textes ont toujours été interdits par le régime militaire. Il a ainsi choisi un poème composé en prison en 1992, à un moment où la junte avait libéré quelques prisonniers politiques.

Les prisonniers sont des instruments [utilisés par la junte]
Seul un petit nombre a été libéré mais MKN
Applaudit à la chance miraculeuse de ceux qui partent
Tout en gardant secrets sa peine et son tourment.

« Je voyais, les uns les autres, les chanceux qu’on laissait partir pendant que moi et de nombreux autres devions rester en arrière, nous dit-il.
Je me rendais compte que leur libération n’était qu’un stratagème du régime pour améliorer son image. Mais, même si je comprenais le caractère symbolique de ces libérations, je me sentais seul, perdu et bafoué de ne pas avoir été choisi. »

Un autre de ses poèmes, The Upside Down Theory in Burma [La théorie de la Birmanie la tête à l’envers], évoque le toit de la maison birmane qui, contre tout bon ses, a été mis par terre. Il décrit ainsi l’aberration d’un régime militaire qui limoge des fonctionnaires instruits et expérimentés pour les remplacer par des soldats incapables d’administrer le pays.
Après son transfert à la prison de Sittwe, il écrit : « Un dirigeant dément jouais à un jeu absurde avec des disciples fous ignorant les règles du jeu. Et tout devint chaos. »
Ses geôliers lui ayant interdit de réciter des poèmes à sa famille sous peine d’être privé de visites, il continua à créer en silence. Parfois, néanmoins, il réussit à murmurer ses textes à ses sœurs.
Min Ko Naing s’est révolté contre la démocratisation des billets de banque de 50 et de 100 kyats, décidée en 1987 et qui a ruiné la population en quelques heures. Il a pris part à la grève générale et aux manifestations qui ont suivi, en 1988. Dans un poème, il se compare à ces billets de banque mis au rebut par ce régime. Mais jamais il n’a regretté sa lutte pour la liberté. Il la compare aux roses, fleurs fières couvertes d’épines pour se protéger de l’adversité.

Min Ko Naing a passé seize ans en prison pour sa participation aux manifestations de 1988. A sa libération, en 2005, il fonde avec d’anciens prisonniers politiques le mouvement Génération 88. Son arrestation, en septembre, a soulevé l’indignation de la population.

 

CHRONOLOGIE  Un pays amputé de toute opposition
1948 Indépendance.
1962 Le général Ne Win prend le pouvoir. Il impose un système de parti unique et nationalise l’économie.
1974 Les funérailles du secrétaire général des Nations unies, U Thant, birman, suscitent une lutte entre les étudiants et le régime militaire.
1988 Des milliers de manifestants sont tués après une répression massive du soulèvement une réforme démocratique.
1990 Victoire éclatante aux élections de la Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi. Les militaires ignorent les résultats.
1991 Aung San Suu Kyi reçoit le prix Nobel de la paix.
1992 Than Shwe prend la tête du régime.
1995 Aung San Suu Kyi est libérée de sa résidence surveillée.
Mai 2003 Aung San Suu Kyi est à nouveau placée en résidence surveillée.
Octobre 2004 le Premier ministre modéré Khin Nyunt est placé en résidence surveillée.
Novembre 2005 Le régime déplacé la capitale à Naypyidaw, au centre du pays.
Août 2007 A l’annonce d’une hausse des prix du carburant, des manifestations agitent le pays.

 

Une amitié encombrante pour Pékin

La diplomatie chinoise a toujours soutenu la junte birmane, et pourrait maintenant jouer un rôle modérateur. Pékin n’a pas intérêt à ternir son image à quelques mois de JO.

Le Myanmar s’est montré indifférent aux pressions internationales, et les sanctions des Etats-Unis sont restées sans effet. Les appels à la libération d’Aung San Suu Kyi, leader de la Ligue nationale pour la démocratie, ont été vains. Peut-on dès lors espérer autre chose qu’une aggravation de la répression face au mouvement populaire ?

Le rôle de Pékin, premier partenaire commercial du Myanmar et principal protecteur du régime, va sans doute être essentiel. La Chine a jusqu’ici fait obstacle, avec le soutien de la Russie, à toutes les tentatives internationales de faire plier le régime. C’est ainsi que Pékin et Moscou ont opposé leur véto, il y a neuf mois, à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui visait à autoriser le secrétaire général de l’ONU à négocier avec le régime birman.

La Chine a généreusement soutenu le régime militaire : l’aide chinoise a permis de construire des infrastructures de transports et des barrages au Myanmar ; par ses investissements, elle a des intérêts dans des secteurs clés de l’économie birmane ; les villes comptent une importante population immigrée d’origine chinoise ; enfin, son soutien a rendu inefficaces les sanctions américaines contre le régime. Alors, pourquoi considère-t-on aujourd’hui que la Chine peut exercer une influence positive sur le régime ?

D’une façon générale, la position diplomatique de Pékin consiste à ne pas s’immiscer dans la politique intérieure d’autres pays-a fortiori lorsque des ressources énergétiques ou des questions stratégiques sont en jeu. La Chine répugne à recevoir des leçons en matières de droits de l’homme et de démocratie ; elle n’est donc guère portée à en donner aux autres pays. Mais sa puissance accrue fait qu’elle s’expose davantage du point de vue diplomatique et qu’ille subit des pressions pour respecter les normes internationales. Or, si ce pays veut continuer à accréditer l’idée que son accession au statut de superpuissance ne constitue pas une menace, il ne peut plus se permettre d’entretenir d’étroites relations avec des régimes peu fréquentables. Dans un premier temps, la Chine s’est montrée intransigeante sur le Darfour. Puis elle a reculé lorsque des militants des droits de l’homme ont dénoncé, à travers le slogan « Genocide Olympics », le soutien au régime soudanais de la part d’un pays qui accueille les JO. La Chine a alors jugé plus prudent d’envoyer un émissaire au Soudan et de jouer un rôle plus constructifs dans les efforts multilatéraux de résolution de la crise. Des pressions comparables commencent à se faire jour en ce qui concerne le Myanmar.

Pour Pékin, le spectacle des milliers de manifestants descendus dans la rue pacifiquement, sous la houlette de moines bouddhistes, a quelque chose de cauchemardesque, car la Chine n’est pas non plus à l’abri de tels mouvements de contestation à composante religieuse. Que ce soient les moines bouddhistes au Tibet, les musulmans au Xinjiang ou les adeptes du Falungong, tous pourraient avoir l’autorité morale suffisante pour défier une autocratie corrompue.

Un bain de sang au Myanmar rappellerait étrangement la massacre de la place Tisan’anmen, à l’heure où Pékin veut se montrer sous son plus beau jour en vue des JO de l’année prochaine. Pour la Chine, la négociation est infiniment préférable à la répression et à l’instabilité qui pourrait en résulter. Le problème, c’est que la réaction initiale su régime a été particulièrement inepte et n’a fait que compliquer la situation : il est peut-être déjà trop tard pour négocier.

Dans les rues, les affiches appellent les militaires à quitter le pouvoir, ni plus ni moins. Une telle issue est peu probable : ces dernières décennies, le régime a démantelé toutes les structures politiques d’opposition et la seule formation intacte est le parti d’Aung San Suu Kyi, l’ennemie jurée de la junte. Les généraux craignent à juste titre que sa libération n’incite encore davantage la population à réclamer leur départ. Mais ils vont devoir admettre qu’il ne saurait y avoir de règlement sans elle et qu’il est dans l’intérêt de toutes les parties en présence y compris les militaires, de négocier pacifiquement la transition vers un régime constitutionnel.

Si la Chine entend préserver ses investissements et assurer la stabilité régionale, il est temps qu’elle comprenne qu’elle a tout intérêt à favoriser une telle transition, au lieu de soutenir des dictatures instables.

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