La Belgique.

« Malade de sa classe politique »

Mardi 16 octobre 2007, par Paul Vaurs // L’Europe

Aucune fatalité historique ne condamne à l’éclatement du pays dont les difficultés trouvent leur source dans la gestion désastreuse de la Wallonie par une gauche incompétente et corrompue.

Que la Belgique soit une nation malade, comment en douter au spectacle que donnent ses dirigeants politiques, incapable de former un gouvernement depuis les élections législatives du 10 juin dernier ? Encore faut-il ajouter, pour bien comprendre la gravité de la crise qui menace notre petite voisine d’une irrémédiable dislocation, que le blocage politique actuel n’est nullement provoqué par les résultats proprement dits du scrutin. Dans la région flamande, les électeurs ont donné une confortable victoire aux chrétiens sociaux tandis que la Wallonie sanctionnait le parti socialiste longtemps hégémonique au profit des libéraux. Or, ces deux formations victorieuses, disposant de 80 sièges sur 151 à La Chambre des députés, ne devraient avoir aucun mal à s’entendre et à s’allier tant sont proches leurs programmes socio-économiques.

Un système électoral pervers.

Mais les responsables des deux partis butent sur un obstacle pour l’instant insurmontable : comment former ensemble un gouvernement alors que les élus flamands ont axé toute leur campagne sur le thème d’une autonomie quasi-totale de la région Flamande tandis que les députés wallons se sont solennellement engagés à faire barrage cette revendication ?

Remarquons d’emblée que la Belgique paye ainsi la rançon d’un système électoral pervers qui contraint chaque citoyen à ne voter que pour des représentants de sa propre communauté linguistique Dès lors, sachant ce que sont les motivations de tout politicien professionnel, on comprend par quel processus inévitable le pays n’a cessé de dériver, de part et d’autre, vers un radicalisme de plus en plus agressif.

Il serait faux de croire, en effet, que le conflit actuel était inévitable et inscrit, comme une tare originelle, dans les gènes de l’État belge. Ce serait oublier que le petit Royaume de Belgique (30 528 km2) naquit en 1831 d’une insurrection des populations flamande et wallonne, l’une et l’autre catholiques, coalisées contre la domination néerlandaise et son prosélytisme protestant. De plus, le choix du français comme langue officielle du jeune Royaume (confié à un représentant de la dynastie allemande des Saxe-Cobourg) ne s’explique que par son immense prestige dans les cours et les chancelleries européennes à cette époque. Si la nouvelle langue officielle n’était pas parlée par le peuple flamand, elle ne l’était pas non plus par la majorité des Wallons qui recouraient à divers dialectes locaux. Loin de tout parti pris, le français ne fut donc retenu que comme facteur d’union nationale et de prestige international. De plus, dès 1898,le néerlandais fut reconnu comme deuxième langue officielle du pays.

Retour à la « question royale »

Que de multiples erreurs aient été commises par la suite au détriment de la communauté flamande, ce n’est guère douteux. Les indépendantistes flamands se plaisent ainsi à rappeler que, lors de la Première Guerre mondiale, toutes les unités de l’armée belge étaient commandées exclusivement en français, ce qui fut source de malentendus dramatiques. De même, entre les deux guerres, ce fut la classe politique wallonne qui s’opposa obstinément à une application effective du bilinguisme dans l’ensemble du pays. Mais le vrai divorce entre les deux communautés survint lors d’événements sur lesquels les médias observent de nos jours un silence de plomb. C’est ce qu’on appelle pudiquement en Belgique « la question royale ».

Rappelons simplement qu’après l’attitude controversée de Léopold III sous l’occupation allemande, il fut demandé par référendum au peuple belge, en 1950, s’il souhaitait le retour de son roi sur le trône. En dépit d’une ignoble campagne de dénigrement, le résultat fut sans ambiguïté près de 58 % de la population donnèrent une réponse favorable. Mais alors que les Flamands apportaient un « oui » massif (78 %, 57 %) des Wallons penchèrent pour le « non ». Loin de reconnaître sa défaite, la toute puissante gauche politique et syndicale Wallonne décida le déclenchement d’une grève générale et d’émeutes insurrectionnelles qui firent plusieurs morts. Dans le même temps, une centaine d’attentats à l’explosif détruisaient des voies de chemins de fer et endommageaient des centrales électriques. Ostensiblement appuyés par la gauche française, les responsables wallons allèrent jusqu’à agiter le spectre de la sécession. Désireux d’éviter à son pays les affres d’une guerre civile, Léopold III préféra s’incliner devant la violence et abdiquer en faveur de son fils Baudouin.

Wallonie : les ravages de la gestion socialiste.

Ce sont à des événements qui ont durablement marqué la population flamande. Les menaces de sécession wallonne l’avaient emporté sur les voeux d’une large majorité de citoyens. La leçon ne serait jamais oubliée. De ce moment, date le réel essor de l’indépendantisme flamand. Et il n’a plus cessé de faire des progrès dans les esprits. Les Flamands qui représentent à présent près de 60 % de la population : (6 millions de Flamands pour 4,4 millions de Wallons), ont voté dans cette même proportion en faveur de partis favorables à l’éclatement de la Belgique ou à une autonomie proche de l’indépendance lors des élections du 10 juin dernier. Et les nationalistes radicaux du VlaamsBelang (dont la devise est « Crève, Belgique !  ») ont recueilli près du quart des suffrages. Le courant indépendantiste se sent renforcé, il est vrai, par l’impressionnante montée en puissance de l’économie flamande face au déclin, prononcé de la région wallonne. Au point, que, selon les experts, les Wallons verraient leur niveau de vie fortement amputer et le taux de pauvreté augmenter de 15% dans le cas d’une partition. Chaque année, ce sont 10 milliards d’euros qui sont transférés de la Flandre vers la Wallonie par le biais de la sécurité sociale et de la loi de financement des régions.

Le décalage économique et social de plus en plus dramatique entre les deux régions ne saurait pourtant s’expliquer part une quelconque fatalité industrielle. Il serait tout aussi stupide d’en rechercher la cause, comme le font les séparatistes flamands, dans des considérations de nature ethnique à savoir une moindre capacité au travail de la population Wallonne. La vérité toute simple, c’est que, pour leur malheur, les électeurs wallons ont confié pendant près d’un demi-siècle leurs destinées à un parti socialiste, modèle insurpassable d’incompétence gestionnaire, de démagogie galopante et de corruption endémique. Tandis que, sous des gouvernements régionaux de droite, la Flandre accomplissait un prodigieux bond en avant, la Wallonie s’enfonçait dans le marasme économique, dans une effroyable gabegie financière ponctuée de scandales périodiques et dans une écoeurante idéologie du laisser-aller et du laisser-faire. Aujourd’hui, le taux de chômage en Wallonie s’élève à14% et un assuré social y coûte deux fois plus cher qu’en Flandre.

Les élites flamandes, menées par l’influent club de réflexion In De Warande, auraient déjà pris l’initiative d’une « séparation de velours » à la façon du divorce tchécoslovaque de 1992 il suffirait pour cela d’un simple vote à la Chambre des députés si elles ne craignaient de perdre alors toute chance de mettre un jour la main sur Bruxelles qui constitue une troisième région à elle seule.

La malfaisance des institutions européennes.

Les Flamands trouvent d’ailleurs un motif de ressentiment supplémentaire en soulignant que le pourcentage des francophones (80 %) ne cesse d’y progresser du fait d’une immigration musulmane massive, encouragée par la gauche wallonne. Un quart de la population bruxelloise est d’origine maghrébine, turque ou africaine. Sur les 24 conseillers municipaux du parti socialiste qui gère la cité, 13 sont musulmans. Or, loin de constituer un avantage, le fait que Bruxelles soit également le siège de l’Union européenne agit au contraire comme un dissolvant sur l’unité du pays. Ayant l’impression que leur pays est dirigé, au sommet, par la Commission européenne et, à la base, par les gouvernements régionaux flamand et wallon, nombre de Belges ont perdu jusqu’à la perception de ce qu’est un véritable État national.

Notons qu’il s’agit-là d’une tendance générale en Europe où, de la Catalogne à l’Écosse en passant par la Lombardie, des régions de plus en plus nombreuses se prennent à rêver d’indépendance en constatant la déshérence progressive des vieux États nationaux face aux pouvoirs d’institutions européennes, elles-mêmes inefficaces et impopulaires. La prétendue construction de l’Europe conduit ainsi à une formidable régression historique ; ramenant un continent qui se décompose à la fois par le haut et par le bas à des mentalités et à des comportements politiques proches de ceux de l’époque féodale Autant dire que le seul espoir de survie de la Belgique réside désormais dans le maintien, voire le renforcement d’une monarchie plébiscitée par 70 0/o de la population, consciente que la famille royale demeure le dernier facteur authentique d’unité. Mais c’est précisément le moment que choisissent les élus wallons pour préconiser, parmi les réformes susceptibles de permettre une sortie de crise, une limitation des pouvoirs royaux. Comme s’il ne s’agissait pas là de la mesure la plus propre à donner des ailes aux indépendantistes flamands C’est tellement idiot que cela ressemble à une histoire belge..

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