LIONS INDOMPTABLES DU CAMEROUN

La fin d’un rêve.

Lundi 25 février 2008, par Paul Tedga. // L’Afrique

Et bing ! Et bang ! En une compétition d’à peine trois semaines, les Lions indomptables du Cameroun ont réussi à entrer dans la légende, en se faisant dompter deux fois de suite par la même sélection, les Pharaons d’Egypte. Le plus dur à encaisser pour les coéquipiers de Rigobert Song Bahanag, c’est que, à l’avance, les Egyptiens aient annoncé la couleur, qu’ils allaient les corriger parce que, généralement, « les équipes africaines sont complexées devant l’Egypte » (fin de citation d’Abou Treika qui n’a dit que la vérité).

Au premier match du Groupe C, en effet, la correction que l’Egypte infligea à la sélection des Lions Indomptables, restera mémorable pendant plusieurs années : 4 buts à 2, après avoir mené par 3 buts contre 0 au terme des premières 45 minutes. Trois buts à zéro à la mi-temps contre les Lions du Cameroun, ce n’est pas seulement un « complexe ». C’est une calamité.

Vainqueurs (avant l’heure) de la CAN 2008 par simple décret des journalistes français, les Eléphants de Côte d’Ivoire ont été encore plus humiliés que les Lions du Cameroun, par les Pharaons d’Egypte : 4 buts à 1 en demi-finale, un score qui se passe de commentaire ! Alors « complexe » or not « complexe », Abou Treika ne croyait pas si bien dire.

Il faudra que le ministre camerounais des Sports et de l’Education physique, Augustin Edjoa, apprenne aux Lions indomptables un peu de modestie. A force de survoler le football africain, ces derniers ont dû perdre les repères de la raison. Surtout, leur instinct de supériorité (quelle supériorité même ?) les a installés dans un nuage opaque qui ne leur a pas permis d’apprécier l’évolution (nette) du football dans les autres pays africains.

Je passe volontiers outre les inutiles et constantes chamailleries entre le ministère des Sports et de l’Education physique et la Fédération camerounaise de football, lesquelles dictent hélas la façon en dents de scie dont le football camerounais évolue depuis plusieurs années. Au point que le football camerounais n’a jamais connu la sérénité nécessaire pour une préparation psychologique accomplie. D’autre part, que doit-on dire d’un pays qui se targue d’avoir gagné à quatre reprises la CAN (1984, 1988, 2000, 2002), d’être arrivé en quart de finale dans une coupe du monde de football (1990) et d’avoir gagné le championnat olympique de football (2000), mais qui, au final, ne dispose même pas d’un championnat de première division digne de ce nom ? Le baromètre des dirigeants du Cameroun, c’est le nombre de sociétaires nationaux qui évoluent dans les grandes équipes de football étrangères.

Le championnat national qui devrait être le reflet de la politique camerounaise dans le domaine du football, fait l’objet d’une négligence telle que c’est par exemple le très lointain Japon qui est obligé de financer les travaux de rénovation du stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé, faute de crédits gouvernementaux. Si l’Egypte gagne presque tout le temps devant la très « complexée » équipe du Cameroun, c’est justement parce que son championnat de football n’a rien à envier à ceux de certains pays européens : non seulement, il attire les bons joueurs, mais aussi les grands entraîneurs et les sponsors.
Les dirigeants camerounais sont-ils si limités pour faire de même ? Reste l’épineux problème de l’entraîneur : même si je me garderais de jeter la pierre sur l’entraîneur allemand Otto Pfister qui a sauvé son honneur à Accra, je me demande ce qui empêche le ministre Augustin Edjoa de désigner un Camerounais à la tête des Lions indomptables. Veut-il faire comprendre que le Cameroun est, cinquante ans après l’indépendance, encore victime du complexe du colonisé ? Car voilà un pays qui ne devrait avoir que l’embarras du choix quand il se cherche un sélectionneur dans la mesure où à commencer par un Jean Paul Akono, seul Africain à avoir gagné le championnat olympique de foot-ball en 2000, en passant par un Roger Milla à qui on n’a pas encore donné l’occasion de transmettre ses secrets de grand buteur à la jeu- ne génération, et bien d’autres, les individualités de très haut niveau ne manquent pas au Cameroun pour encadrer les Lions indomptables. C’est plutôt la volonté politique qui fait défaut. Ici dans le football comme dans d’autres secteurs de ce beau pays.

Dirigées par les entraîneurs nationaux, les sélections d’Angola, de Zambie, du Soudan, pour ne citer que celles-là, ont présenté un collectif qui n’avait rien à envier à celui des équipes entraînées par des Européens. L’Egypte qui a réussi à damer le pion à tous les pays y compris à la Côte d’Ivoire qui avait les faveurs des pronostiqueurs, est entraîné par Hassan Shehata, un ancien international égyptien. Dans la discrétion, sans jamais faire de déclaration intempestive, il a réussi à gagner la CAN 2008, à Accra, au Ghana comme il s’était déjà adjugé celle de 2006. Son contrat a été prolongé jusqu’en 2010.

Parlant du Cameroun, son football est totalement à reconstruire, à tous les niveaux. Après la déculottée des Lions de la Terranga, Maître Abdoulaye Wade, le chef de l’Etat du Sénégal, a lancé l’idée de la convocation des Assises du football sénégalais. Objectif : lui donner les moyens de reparler de lui en bien. Au Cameroun, je suis persuadé qu’il faudrait faire de même, si les Lions ne veulent pas sombrer en 2010 en Angola et en Afrique du Sud.

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