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Moyen-orient

LIBAN : Comment peut-on croire les accusations de Nasrallah ?

Mercredi 15 septembre 2010 // Le Monde

Lui-même soupçonné d’avoir commandité l’assassinat de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri, le chef du Hezbollah a accusé Israël d’en être le responsable. Et, contre toute logique, beaucoup de Libanais y croient.

Le secrétaire général du Hez-bollah affiche un mépris admirable à notre égard. Hassan Nasrallah a voulu nous faire croire, lors d’une conférence de presse le 9 août dernier, à la responsabilité d’Israël dans l’assassinat [le 14 février 2005] Hariri, l’ancien Premier ministre Libanais. Mais ce dédain se justifie peut- être par certains aspects, car beaucoup de Libanais lui ont effectivement donné raison, alors même qu’ils assistent sans réagir à l’érosion rapide du peu de souveraineté qu’il leur reste. 

Israël a tué nombre de personnes au Liban, et continuera certainement à en tuer beaucoup d’autres, mais faut-il que nous nous abaissions à réinterpréter soudain le meurtre de Hariri à la lumière que Nasrallah a décidé d’y projeter ? Il nous faudrait croire que la Syrie n’avait pas proféré de menaces à l’encontre de Hariri en 2004, qu’elle n’avait pas la haute main sur la sécurité du Liban en 2005, et qu’elle ne nommait ni n’encadrait pas tous les hauts responsables des agences de renseignements et des forces de sécurité de l’époque. Il nous faudrait oublier que ces organes ont tenté de maquiller la scène du crime, que le Hezbollah a cherché à étouffer le mouvement d’émancipation en organisant une démonstration de force le 8 mars 2005 (sous la forme d’une manifestation pour le maintien de la présence syrienne au Liban) et que presque toutes les personnalités assassinées après Hariri avaient critiqué Damas. Nous devrions aussi oublier que le Hezbollah et ses alliés de la milice chiite Amal ont par deux fois quitté le gouvernement parce que ce dernier préparait l’instauration du Tribunal [international chargé de l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri].

Nasrallah se propose maintenant d’expliquer tout cela par la politisation du tribunal. Pourtant, ce n’était pas l’excuse que le Hezbollah et Amal avaient invoquée en 2006 pour justifier le retrait de leurs ministres. Mais nous pouvons oublier gentiment cela aussi, ainsi que l’avertissement lancé le 24 avril 2007 par le président syrien, Bachar El-Assad, au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, lors d’une rencontre à Damas. Selon les fuites rapportées avec moult détails par le quotidien français Le Monde, Assad a prévenu son interlocuteur que l’approbation du tribunal, en vertu du chapitre VII, risquait fort de provoquer un conflit qui dégénérerait en guerre civile, divisant sunnites et chiites, de la Méditerranée à la mer Caspienne.

Rejetons la faute sur Israël, nous exhorte Nasrallah.

Il nous faudrait finalement oublier beaucoup de choses pour accepter la thèse défendue par Nasrallah, mais c’est précisément ce que le secrétaire général du mouvement exige de notre part. Il veut que le Liban, et au premier chef son Premier ministre [Saad Hariri], oublie des faits historiques irréfutables et enterre le tribunal Hariri une fois pour toutes. Rejetons la faute sur Israël, nous exhorte Nasrallah, de manière à ce que nous puissions tous vivre dans une amnésique harmonie.

Le calcul politique qui se cache derrière ce message est plutôt compliqué. Le Premier ministre Saad Hariri n’est pas prêt à renoncer à une carte aussi précieuse qu’une possible accusation visant le Hezbollah. Dès l’instant où il a mis les pieds à Damas, en décembre dernier, et a serré la main d’Assad, Saad Hariri a confirmé qu’il était disposé à négocier sur la question du tribunal [et à innocenter la Syrie]. C’est exactement ce que Nasrallah veut éviter, et sa conférence de presse était destinée à obtenir la fin de la coopération du Liban avec cette institution.

Mais, au-delà de la politique, que nous révèle la manœuvre autour du tribunal sur nous-mêmes, les Libanais ? Dans un système et une société attachés à l’État de droit et la justice, le show donné par Nasrallah aurait été impossible, comme l’aurait été la visite de Hariri à Damas. Un système et une société attachés à l’État de droit et à la justice n’auraient pas laissé le deuxième commissaire nommé par l’ONU, Serge Brammetz, gaspiller deux années à ne pratiquement rien faire et à masquer cette inaction par une pléthore de vagues rapports. Un tel système n’aurait pas permis à son successeur, Daniel Bellemare, de nous informer encore moins sur les progrès réalisés, alors même que nous, les Libanais, nous payons une part considérable de la rémunération du procureur.

En d’autres termes, nous, les Libanais, n’avons jamais mérité ce tribunal, et encore moins la souveraineté et l’État de droit qu’il est censé renforcer. Perdus dans nos théories du complot et nos factions, nous sommes prêts à croire n’importe quelle thèse ridicule, et à rejeter tout ce qui est étayé par des faits établis. Il y a ceux, et ils ne sont pas peu nombreux ni tous partisans du Hezbollah, qui croient sincèrement que Nasrallah a fait une démonstration convaincante. Quand la naïveté frise la stupidité, il est temps d’admettre que le Liban ne mérite rien de mieux que d’être dirigé par des milices armées ou par une dictature étrangère.

Michael Young

COUP DE GUEULE : Quelques scénarios pour contourner la justice.

Tous les Libanais et probablement tous les Arabes - aimeraient pouvoir imputer à Israël l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Ce serait le meilleur moyen d’éviter de nouvelles tensions confessionnelles entre chiites et sunnites, de l’ampleur de celles de mai 2008, quand les militants du Hezbollah avaient pointé leurs armes vers leurs compatriotes. Tous les Libanais et probablement tous les Arabes - aimeraient donc croire le Hezbollah quand il affirme disposer de preuves d’une implication israélienne. Tous les Libanais, et probablement tous les Arabes aimeraient par voie de conséquence que le Hezbollah étaie ses affirmations en livrant ses preuves au Tribunal [international chargé de juger les auteurs de l’attentat]. Cela bouleverserait totalement la donne. Le procureur désigné par l’ONU, Daniel Bellemare, serait alors contrainte de sévir contre ceux que les documents et indices dont le Hezbollah prétend disposer désigneraient comme coupables. Quelle ne serait pas l’inquiétude d’Israël face, à un tel retournement de situation ! Or, pour l’heure, l’inquiétude est du côté du Hezbollah. En effet, il aura suffi de quelques rumeurs sur l’éventuelle inculpation de certains de ses membres, soupçonnés par le procureur d’avoir trempé dans l’assassinat, pour que ses dirigeants donnent des signes de nervosité et se précipitent pour reprendre l’initiative. Car, s’il était avéré que le Hezbollah, détient bien ces preuves, il aurait tout intérêt à coopérer avec le Tribunal plutôt qu’à chercher l’affrontement. Certes, il affirme que celui-ci obéit à des considérations politiques. Or, si les gouvernements peuvent cacher des preuves ou refuser de coopérer avec les enquêteurs, à partir du moment où les preuves sont sur la table, aucune intervention politique n’est possible. Les États n’ont pas non plus le pouvoir d’empêcher les juges d’écouter leur conscience professionnelle. Mieux, les seules considérations politiques qui pèsent réellement sur le Tribunal, sont en réalité favorable à la Syrie et au Hezbollah. Elles sont le fait de la France qui avait œuvré pour sa création sous la présidence de Jacques Chirac, mais qui, sous celle de Nicolas Sarkozy, donne maintenant la priorité à l’ouverture à la Syrie, et des Etats-Unis, où Barack Obama pourrait bien considérer qu’il vaut mieux sacrifier la justice que risquer un affrontement militaire.

À partir de là, les scénarios pour l’avenir se multiplient. Beaucoup parlent de possibles marchandages sur le modèle de l’arrangement qui avait été trouvé avec la Libye pour clore le dossier Lockerbie [270 morts en 1988] : Quelques individus seraient livrés à la justice, condamnés, emprisonnés... puis libérés avant le terme de leur peine. Dans le cas présent, il faudrait que le mécanisme soit extrêmement subtil, afin de tenir compte des spécificités du Hezbollah, qui n’est pas (comme la Libye) un Etat. Les autres scénarios envisagés diffèrent fondamentalement. Le gouvernement libanais pourrait ainsi être chargé de livrer toute personne dont le Tribunal demanderait l’arrestation - que cette personne fasse partie ou non du Hezbollah. Le Liban se trouverait donc en première ligne et risquerait de perdre toute crédibilité s’il devait refuser d’exécuter les demandes d’arrestations formulées par le Tribunal.

Les spéculations vont bon train, alors que le Tribunal entre dans une phase décisive de son fonctionnement. Nombreux sont ceux qui pensent que la justice s’effacera. La vérité, en revanche, ne s’effacera pas. Une vérité que les commanditaires et les exécutants des assassinats politiqués au Liban connaissent mieux que quiconque.

Raghdda Dargham,
Hayat (extraits), Londres

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