LETTRES : Un legs pour l’éternité.

Samedi 17 décembre 2011, par Hilaire de Crémiers // Divers

Henry Bonnier nous a habitués à ses confessions. Il les livre avec une élégance de pensée, de coeur et de plume qui donne une consistance durable et un charme intemporel à tant de souvenirs personnels que le temps inexorable comme le savent trop bien tous les poètes et Henry Bonnier en est un, ne pense qu’à effacer. Ainsi sauve-t-il de l’oubli le meilleur de sa vie. Ce ne sont pas des mémoires d’outre-tombe ! Cette idée le ferait sourire, encore qu’il nous prévienne, dès les premières pages et il nous le rappelle au fil de ses confidences que, de fait, il est bien mort. Curieuse expérience qui ne se vit qu’une fois et qui ouvre dans la nuit des incompréhensions une porte lumineuse à ces-facultés qui sont le propre de l’homme, de connaître et d’aimer, donc de comprendre. La mort, c’est la vie, la vraie, et l’auteur qui parle du haut de son nouvel ailleurs, peut dire vraiment et sincèrement aujourd’hui le sens de la vie, de sa vie.

Ce n’est pas un vain titre que d’avoir appelé cet égrènement de souvenirs et de méditations Journal d’une initiation. Il fut, en effet, initié. Initié peu à peu d’abord, puis plus profondément sur le tard aux significations mystérieuses d’un cheminement d’apparence chaotique dont les détours, dès l’enfance, auraient eu de quoi décourager le plus enthousiaste des poètes, et le plus héroïque des aventuriers mais qui, dans le fil du temps, s’est inscrit hors du temps en leçons de sagesse, devenant ainsi matière à testament, un legs pour l’éternité. Quel est l’homme sur le soir de sa vie qui, s’il n’est pas désespéré, n’éprouve ce sentiment : une aspiration à laisser à la postérité le message essentiel qui ressort de ce qu’il a vécu et compris ?

Le Journal d’Henry Bonnier prend feuillet après feuillet des dimensions politiques, philosophiques et religieuses. Nous promenant de son enfance chahutée à son Saignon d’aujourd’hui tant aimé, de Camus en De Gaulle, de IIIe République agonisante en Ve finissante, en nous faisant passer par tout son univers de lectures, d’éditions, de littérature à quoi il se consacra, tout,peu à peu, transparaît de son être tel que la vie l’a façonné dans une longue, sans doute douloureuse mais finalement heureuse initiation.

Leçon politique : la République des partis est le pire des régimes que la France s’est donné. Hélas, elle ne sera jamais que cela en dépit des quelques grands hommes qui auraient voulu la corriger. L’erreur initiale, c’est 1789. La Révolution française est la grande faute originelle dont tous les péchés de la modernité sur toute la surface de la terre ne sont que la conséquence, du nazisme au communisme et aujourd’hui du libéralisme échevelé à l’individualisme sauvage. Henry Bonnier a vu agoniser dans le ridicule et l’épouvante la IIIe, la IVe et maintenant la Ve République. Tout honnête homme ne peut être que soulevé de dégoût à pareils spectacles. Le laïcisme républicain a tué l’âme de la France et l’empêche même aujourd’hui de trouver les solutions justes à ses problèmes intérieurs qui n’iront qu’en se multipliant.

Leçon philosophique : un seul grand philosophe après guerre, non pas Sartre, mais Camus à qui l’adolescent Henry Bonnier avait voué avec candeur sa jeunesse. Il était vrai, sans prétention dans son amertume ; au-dessus des. systèmes qui broyaient les hommes, il plaçait une morale de l’existence qui le vengeait des horreurs de ce bas monde.

Leçon religieuse : il n’est rien de plus sublime que la rencontre secrète avec Jésus-Christ Notre Seigneur dans le renouvellement de son sacrifice eucharistique. Mais, alors.., alors pourquoi, sous prétexte de donner toute sa place à l’islam, inventer une théorie des âges et des prophéties, à la manière d’un Joachim de Flore, plus encore que d’un Nicolas de Cuse, qui enlève, par le fait même de son énonciation, sa complétude absolue à la Révélation divine en Jésus-Christ. Il appartient à l’Église seule de définir les rapports inter religieux. Quels que soient, par ailleurs, les liens personnels, chaleureux, profonds, mystérieux, que les circonstances, toujours providentielles, ont pu créer entre croyants.

Henry Bonnier aime peu les dogmes. Son esprit y voit des ennemis de la liberté et de la paix. Tournure paradoxale de son esprit qui n’est pourtant ni voltairien ni rousseauiste. Au fond, il sait bien que sa vie spirituelle, qu’il le veuille ou non, se nourrit tous les jours des dogmes catholiques qui ne sont rien d’autre que l’expression authentique de sa foi.

JOURNAL D’UNE INITIATION
Henry Bonnier
Encre d’Orient (4, rue Saint-Louis-en-l’Isle, 75004 Paris)
NDLR : dans le cadre des rencontres des écrivains croyants, Henry Bonnier dédicacera son livre au collège des Bernardins (20 rue de Poissy, 75005 Paris), le dimanche 9 octobre, de 15 heures à 19 heures.

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