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LES SABOTS ( de Noël).

Lundi 19 décembre 2011 // L’Histoire

La nuit est tombée depuis longtemps sur le village, vaguement éclairé par les lampadaires municipaux et quelques illuminations de Noël, au centre du bourg. Les quelques maisons du lotissement, nouvellement construit, ont pris un nouvel éclat sous la fine couche de neige. Au loin, résonne encore le bruit assourdi de quelques rares voitures.

Un vaste pré sépare (pour combien de temps encore ?) les maisons récentes de la forêt, sombre masse confuse, presque menaçante. C’est l’heure des chevreuils, des renards et des blaireaux, trop heureux de n’être pas dérangés dans leur recherche d’une nourriture devenue rare.
 
A la lisière de la forêt cependant, d’étranges regards scintillent, des regards tandis que s’élève un discret chuchotis. « Ne nous approchons pas trop, dit une voix fluette, presque une voix de petite fille. Allons donc ! Qui pourrait nous, remarquer ? On ne sait déjà plus nous voir, ricane une voix un peu nasillarde. Et puis ils sont tous devant leur télévision ».

Cela fait des siècles que la petite fée et le poulpiquet hantent ce bout de terre entre la rivière et les collines. Le village, ils l’ont vu naître : quelques cabanes proches de la rive, puis des maisons plus grandes à l’immense toit pentu. Ils ont vu aussi le paysage changer, la vieille forêt faire place, peu à peu, aux entrelacs des haies et des talus. Ces dernières années, le bocage a laissé place à de nouvelles maisons, dont l’allure bizarre a excité leurs sarcasmes, surtout ceux du poulpiquet qui n’a pas précisément la langue dans sa poche (et pour cause).

Pour les féee et les poulpiquets ou autres korrigans, la fête de Noël est plutôt une soirée comme une autre. Ils s’y sentent même plutôt mal à l’aise. A vrai dire, ils n’ont rien contre l’enfant de la crèche et les cantiques de la messe, simplement ce n’est pas leur monde.

« Tout de même, c’est bien calme pour un soir de Noël, remarque la fée, d’un ton un peu nostalgique. Tu te souviens des Noël d’autrefois ? Il y avait moins de lumière, mais c’était plus joyeux ».

Songeur, le poulpiquet, de ses petites mains crochues lisse sa barbe d’un roux flamboyant. Pour rien au monde il n’avouerait sa nostalgie. Mais une idée semble lui venir à l’esprit.

« On pourrait peut-être y aller voir ».

Pour que tu leur joues encore une de tes mauvaises farces ? Merci bien ! Bah, je suis dans un de mes bons jours ! Et puis tu me connais. Allons !

Et tous deux se dirigent vers le village, chacun à sa façon : la fée à l’aide de ses longues ailes transparentes et le poulpiquet de sa course rapide et saccadée. Leur première visite est pour le parvis de la petite église où va commencer bientôt la messe de minuit. Invisibles, les deux enfants de la nuit s’amusent de reconnaître dans l’assistance les gamins qu’ils ont connus tout petits et qui les ont oubliés. La fée sourit, d’un petit sourire triste devant la vieille dame qui a mené avec peine ses quatre-vingt-dix ans jusque-là. Qu’elle était jolie autrefois la petite Soazic avec sa coiffe et ses grands yeux bleus ! Emue, la fée n’a pu s’empêcher de lui envoyer de loin un long baiser tout frais et tendre comme savent en envoyer les fées. Le poulpiquet, lui, regarde avec étonnement un jeune homme élégamment vêtu, venu avec sa femme et ses trois enfants.

Ça alors, si je m’attendais ! Tu le connais ? Pourtant il n’habite pas par ici, il me semble.

Vous autres, fées, serez toujours des écervelées. Il habite Paris. C’est l’arrière-petit-fils du sabotier, celui qui avait sa loge dans la clairière près de la longue pierre.

Ah oui ! ce malheureux bonhomme que tu as persécuté !

Bon, persécuté... tu exagères. Quelques mauvais tours de temps en temps, d’ailleurs il en riait le premier. Je m’entendais plutôt bien avec lui. C’était un homme qui savait les choses et connaissait les vieux chants. Une fois, il m’a même fait de jolis sabots, des sabots en bois de hêtre avec des semelles sculptées comme des pieds de chevreuil. Grâce à eux, j’avais fait tourner en bourrique tous les chasseurs du canton. Il m’a l’air d’avoir fait son chemin le petit du sabotier, même s’il n’a pas l’air bien gai.

C’est devenu un monsieur sérieux. Même Noël ne le déride pas. Trop sérieux. Cela énerve. Attends un peu mon bonhomme, je vais te dérider, toi et ta petite famille !

Ah non, tu ne vas pas les tourmenter, pas ce soir ! Tu es bête ! Tais-toi et viens avec moi »

Et le poulpiquet galope, accompagné de la fée qui traîne un peu de l’aile, elle commence à avoir des remords. Ils arrivent devant la maison de l’arrière-petit-fils du sabotier, une belle petite longère en granit à la grande porte cintrée. Bien entendu, pénétrer dans la maison ne leur pose aucun problème, pas plus que de repérer la cheminée devant laquelle les cadeaux sont déjà disposés.

« Ils auraient pu au moins laisser une bûche brûler ! Enfin... aide-moi, maintenant »

Quiconque aurait regardé la maison aurait remarqué d’étranges lumières tourbillonnantes derrière les petites fenêtres de la maison.

« Voilà qui est fait. Tu vois, je ne suis pas si mauvais bougre que tu en as l’air. Partons, maintenant. Ils arrivent ».

Quelques minutes après, en effet, le descendant du sabotier revient à la maison. Nul n’a su ce qu’avaient fait le poulpiquet et la petite fée. Pourtant je sais bien que, devant la vieille cheminée se trouvaient cinq sabots merveilleusement décorés d’entrelacs et de figures sculptées. Chaque sabot était à la taille précise du père, de la mère et des enfants, et quand on les mettait aux pieds, on pouvait voir ce qu’on ne voit pas d’habitude.

C’est ainsi que l’un des enfants, le nez à la fenêtre, a pu voir dehors dans la nuit un petit bonhomme à barbe rousse et aux yeux en amande, accompagné d’une d’une femme guère plus grande, gracile avec des ailes transparentes. Et tous deux lui faisaient de grands signes, comme pour lui dire « à bientôt ».

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